CYPRIS
Déesses au cœur fier, habiles au mépris,
Céderez-vous enfin Iç victoire à Cypris ?
C'est toi qui sur TOlympe où l'on cherche leurs traces,
Junon! dans des baisers charmants conçus les Grâces,
Et qui les enfantas dans de grandes douleurs.
Le sang pur de ta veine a coulé dans les leurs,
Tu leur ouvres tes bras, et tu verses sur elles
L'intarissable flot des bontés maternelles.
Tu les as fait monter au Parnasse divin
Près des Muses leurs sœurs, et pourtant, c'est en vain
Que, sur le roc sonore où les guide Euphrosyne ,
Tu leur as demandé le regard qui fascine.
Et toi, qui des combats afiVontes les hasards,
A quoi donc t'ont servi tes coursiers et tes dards?
Ton front, que l'homme craint plus qu'il ne le révère,
N'a pas été lavé par des baisers de mère ;
C'est par une blessure où s'empourpra le fer
Que pâle, tu sortis du front de Jupiter,
Et jamais un amant, à l'aurore naissante,
N'a tordu tes cheveux dans sa main frémissante.
|1 faut que ton orgueil descende à l'avouer :
Les hommes en retour dédaignent de louer
Celles qui par fierté renoncent à la grâce
De leur sexe enchanteur ,^ et pçrtent la cuirasse.
Mais celle qui chérit mes mystères vantés,
Je lui donne le sens des sages voluptés.
Elle boit à ma coupe, et sur toute la terre,
Apprend, comme aux bosquets de Cypre et de Cythère»
Où j'emplis de soupirs les ombrages discrels. Tout ce que ma ceinture enferme de secrets!
Et maintenant venez, mes fils aux blondes ailes, Et vous dont le plumage est blanc, mes colombelles! Fuyons les cris de rage et les espoirs déçus ! Fendez le sein des airs, et volez au-dessus Des bois profonds, des mers, des rochers et des syrtes Vers Cypre bien-aimée, où fleurissent les myrtes î
PALLAS
durs affronts, tombés dans des cœurs immortels ! Qui désormais voudra, sur nos tristes autels, Pour attirer à soi des regards plus propices. Faire couler à flots le sang des sacrifices ? Junon ! pour guérir notre cœur ulcéré, Viens! dépouillons Téclat de notre front sacré, Cherchons Tombre et le bruit, les promptes funérailles, Les champs tièdes encor de récentes batailles. Où, privéà pour jamais du calme des tombeaux. Les héros mutilés râlent, où les corbeaux , Sombres comme TErèbe ou comme nos pensées.
Planent sinistrement en légions pressées!
Les déesses, précédées par Mercure, s'envolent sur leurs chars.
LE CHOEUR
C'est moi, fils de Priam, qui parmi ces grands bois Ai doucement, aux sons cadencés de ma voix , Guidé tes premiers pas sur l'herbe, et quand naguère Ta parus dans les jeux parmi les gens de guerre^
. Tu vainquis même Hector, qui de tous tes rivaux Etait le plus habile à dompter les chevaux.
Maintenant, pour juger des déesses en larmes Tu parais, et chacune est sensible à tes charmes. Tel fut ce bel enfant que je ne verrai plus, Ganymède, enlevé sur ces monts chevelus , Ou tel vint dans Naxos, plein d'une tendre flamme. Le jeune Dionyse au visage de femme.
PARIS
mon Hélène ! Hélène est semblable à Cypris !
flots silencieux, de vos rives épris !
mers , ô bois profonds ! leurs cheveux clairs et sombres
Sonl, comme vous, baignés de lumières et d'ombres.
nuit voilée, en pleurs pour Phébus qui s^eiffuit !
Torrents échevelés qui roulez dans la nuit !
neiges des hauteurs! Temples au front d'ivoire!
Tels brillent leurs pieds blancs et leur prunelle noire.
Nymphes qui sur moi seul attachez vos regards,
Oh! qui m'emportera vers Hélène ? Quels chars?
Quelles mers? Quels zéphyrs, amants des cieux d'étoiles?
Quels rapides vaisseaux^, ailés de blanches voiles ?
LE CHOEUR
Que les arbres noueux, épargnés par les ans, Tombent sous la cognée et les marteaux pesants ! Qu'avec des bruits pareils à la voix des tonnerres, iloulent déracinés les chênes centenaires !
Que la dryade en pleurs torde ses bras tremblants Et saigne autour de toi la sève' de ses flancs!
Qaand )e flot frémira sous tes légers navires,
Moi-même, abandoimant mes cheveux aux zéphyres.
Je viendrai de ta route écarter les dangers
Et pousser de mes mains tes navires légers.
Thétis en me voyant apaisera ses ondes,
Et rira de me voir sous ses grottes profondes.
En quittant le rivage où r^na Dardanus, Où, roulant ses flots purs vainement retenus, L'Ismare dans la mer jette une onde afiOigée, Gagne la mer de Thrace, où le cap de Pangée A Tombre des palmiers montre, couvert de lys. Le mausolée où dort la sensible Phyllis, Autour de son tombeau^ tu reverras l'enceinte Où, fatiguant les airs d'une inutile plainte. Elle appela neuf fois son jeune époux absent. Sous les arbres en fleurs, son spectre pâlissant Le cherche encor parfois au milieu des arènes Et revient l'appeler pendant les nuits sereines.
Tu verras l'Achaïe et ses riches cités, La superbe Mycène et Phthie aux chants vantés, Que, la limpide mer baigne comme une amante.
Dès qu'à tes yeux fuiront les prés de l'Erymanthe, Sparte t'apparaltra, Sparte où tendent tes vœux, Où les vierges, mes^ sœurs, dénouant leurs cheveux, . Aux bords de l'Eurotas cueillent le laurier-rose. C'esf là qu'abandonnée à des chagrins sans cause, Hélène, les cheveux épars sur son siBin nu.
Attend sans le savoir son amant inconnu.
Et, dans ses longues nuits aux souffrances sans trêves^ Etreint de ses deux bras les fantômes des rêves
LA TOISON DM
À Antoinette
JE vois au grand soleil tes cheveux insolents Rayonner et frémir, dignes d'un chant lyrique. Jaunes comme Tare d'or de la nymphe homérique, Ils courent sur ton sein par de hardis élans.
Et rivoire qui mord leurs anneaux ruisselants, Avant de contenir cette extase féerique Arrêterait plutôt les fleuves d'Amérique Où la neige des monts pleure depuis mille ans.
C'est qu'ils sont amoureux de tes beautés secrètes Et, pour les caresser dans leurs roses retraites Descendent sur tes reins en flots impétueux.
Pareille aux plis épars de la pourpre qui saigne, Pour venir embrasser ton corps voluptueux Leur onde se dérobe aux baisers de ton peigne.
Tel brille un vin de flamme à travers sa pris(Hi, Tels rayonnent, vainqueurs des nuages moroses, Dans les cieux empourprés à ces métamorphoses. Les jardins du soleil en pleine floraison;
Telle, cette ondoyante el soyeuse toison S'étale fièrement sur des bosquets de roses, Et, pour cacher TAmour en leurs apothéoses, Les topazes et Tor y brillent à foison.
S'il eut peint avant moi cette riche crinière, ' Rubens, illuminant de clartés l'atmosphère, En eût fait à Tentour un splendide foyer.
Et, jaI(Aix des tueurs de cette chevelure.
Les sculpteurs de TAttique efussent fait flamboyer
Le mai-bre de Paros avec de la dorure.
Déroule les cheveux, divins comme ta voix !
Leurs cheveux étaient blonds, quand les filles de l'Onde^ Les Grâces sans ceinture et les nymphes des bois Dansaient en s'embrassant dans la forêt profonde.
Mais ces bandeaux, pareils aux ornements des rois, Chaque jour à présent disparaissent du monde. Et sans doute, ô ma sœur, pour la dernière fois J'ai sur ton front charmant baisé la beauté blonde.
Lorsqu'Orphée, envieux de ce rare trésor.
Partit pour enlever l'antique toison d'or, Pour la chanter ensuite il emporta sa lyre.
J'ai comme le héros accompli mon dessein,
nymphe, et maintenant, vaincu par mon délire,
Je célèbre cet or, parure de ton sein.
Ainsi tu revivras dans mes épithalames Avec tes grands cheveux qui baisent ton orteil, Et les astres, avec d'harmonieuses gammes , Diront ce diadème à leurs rayons pareil.
Pour t'embellir parmi mes figures de femmes, J'ai volé dans l'azur les feux du ciel vermeil, Et , pour dorer ton front de lumière et de flammes, J'>ai pris dans mes deux mains les couchers du soleil.
Clar, messager céleste aux yeux remplis d'étoiles. Je a'ai pas^fait fleurir mon rêve sur les toiles, Ni dans l'airain sacré, ni sur les marbres blancs.
Mais, plus heureux, je tiens cette lyre de l'ode Oui brave mille hivers, et cache dans ses flancs Le grand art de Sapho, d'Orphée et d'Hésiode.