‹ Les carnets de Georges LouisChapitre 11 sur 35 · CARNETS · texte numérisé non relu

CARNETS

Nicolas II a répondu que la distance de Pétersbourg était trop grande, et que, ne voulant pas lui laisser faire un voyage aussi fatigant, il le verrait à Pétersbourg à son retour.'

Hugo Finaly.

io janvier igi4-

Soixante-dix ans. Né en Hongrie. Dix ans en Égypte, vers i 865 , 1870.

Thèse : Supériorité du neveu sur l’oncle. Notre erreur aurait été de ne pas voir que notre intérêt était de nous allier au neveu et non pas à l’oncle ! L’avenir est à l’Allemagne. Si un plébiscite avait lieu en Alsace-Lorraine, l’Allemagne l’emporterait certainement, au moins en Alsace. On travaille bien plus en Allemagne qu’en France ! Dès à présent, l’Allemagne est plus riche, mais elle manque de disponibilités, parce qu’elle fait fructifier ses gains en entreprises industrielles. Il viendra très vite un temps où elle aura autant de richesses que nous, et même plus : ne nous imaginons donc pas que notre prépondérance financière durera. Une autre erreur de notre politique, c’est de nous laisser entraîner par la Russie à travailler à la destruction de la Turquie, puis de l’Autriche, alors que nous n’aurions pas dû cesser de considérer le maintien de l’intégrité de ces deux pays comme un des buts primordiaux de notre politique.

X [?] io janvier 1914.

La Présidence Poincaré est la plus extraordinaire entreprise de publicité qui ait été organisée. Et malheureusement elle paraît presque assurée du succès, parce qu’elle trouvera tout l’argent qui lui est nécessaire, et aussi parce qu’elle est menée par deux hommes, Poincaré et Bunau Varilla, qui sont sans scrupules et qui emploieront tous les moyens.

Cela a commencé avec le voyage en Russie de juillet 1912. L’argent abonde. Il est venu de tous côtés, surtout de la haute Banque. Et la presse en reçoit en outre de RalTalovitch.

Bien des opposants de la première heure ont été conquis par Poincaré. L’un des derniers est de Selves. Lui et Poincaré sont maintenant comme les deux doigts de la main.

Judet. Poincaré .— 12 janvier 1914.

Il m’a fait demander de venir le voir quelques jours après la formation du ministère actuel. Il savait que je le critiquais d’avoir formé ce ministère, et il a tenu à rrrtïxpliquer sa conduite. Il m’a laissé en tendre que Doumergue était son homme, qu’il l’avait choisi afin de pouvoir sous son nom continuer à diriger la politique extérieure, et qu’il la dirigeait en efiçt en restant en rapports constants avec les ambassadeurs accrédités à

Paris. C’est lui en outre qui a mis Margerie auprès de Doumergue.

Judet a dit à Poincaré : « Et Isvolsky est toujours à Paris. Vous m’aviez dit cependant en juin 1912 que, si M. Louis partait, M. Isvolsky partirait aussi. » Poincaré m’a répondu d’un air de défi : « J’ai dit cela, mais les choses ont changé. Il n’est plus question du départ d’Isvolsky. Tout va bien avec lui. »

Et Poincaré a ajouté : « La Russie a un avenir immense. Sa force est en plein développement. Elle n’oubliera pas le coup que rAllemagne vient de gagner à Constantinople. Dans deux ans, la guerre aura lieu. Tout mon effort va tendre à nous préparer. »

[Abord [?] dit ici : « A son retour d’Angleterre, le Président a réuni le Conseil supérieur de la Défense nationale, et l’un des généraux présents m’a dit : « Pour la première fois nous avons eu a devant nous quelqu’un qui donnait des ordres « et se faisait obéir. » Abord [P] ajoute : « La popularité du Président est très grande dans le peuple (quartier S-Antoine). — C’est très intéressant, dit Judet. — Mais, disent Las Cases et Querenet, nous croyons que d’une manière générale la popularité du Président est plutôt en décroissance 4 ] ».

Le Président a dit aussi à Judet : « Barthou, Millerand, Étienne, comme Dumont, n’entendent rien aux finances. Barthou commençait à apprendre ; mais Millerand est très ignorant sur ces matières. Le ministère Barthou a commis bien des

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