‹ Les carnets de Georges LouisChapitre 13 sur 35 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

Pourquoi le Tzar a-t-il donné le S-André à Delcassé? — Il avait tout le reste. — C’est étrange .cependant. — On pense qu’il deviendra président du Conseil, et on veut se l’attacher, — Pour en faire Tinstrument du Panslavisme. D’ailleurs, Bunau- Varilla dit que Delcassé redeviendra peut-être ministre des Affaires étrangères, mais qu’il ne sera jamais président du Conseil. — Pourquoi le Matin le soutient-il avec tant d’ardeur, alors ? — Parce qu’il est payé^pour cela par Isvolsky. Poincaré m’a dit avant d’aller en Russie tout ce qu’on peut dire contre un homme : que c’était un traître, à la solde de Tittoni, qu’il en avait la preuve ; que la politique d’Isvolsky était une politique personnelle, nullement en harmonie avec les instructions de son gouvernement ; que c’était l’ambassadeur le plus dangereux. Et c’est avec Isvolsky qu’il a été en Russie ; et il ne voit aujourd’hui que par ses yeux !

Le Corps diplomatique accrédité à Paris est bien dangereux. Tittoni, Isvolsky, Sceczen, l’auteur du veto, plus allemand que Schoen 1

Quand Yanutelii est venu l’année dernière, j’ai offert à Pichon de le faire se rencontrer avec lai chez moi. C’eût été d’autant plus utile qu’à ce moment le Pape était fort malade, et qu’on envisageait déjà les probabilités d’un très prochain conclave. Pichon comprit que ce serait utile, et il inclinait à accepter, mais il me dit : « Voyez le Président de la République. » Poincaré me dit : « Pour le conclave ? Nous sommes prêts. Nous- avons déjà notrfe candidat. — Rampolla (qui vivait encore à cette époque) ? » Rampolla

s’était montré si favorable à la France qu’il me semblait évident que nous ne pouvions pas avoir un autre candidat. Poincaré me répondit : « Non, notre candidat c’est le cardinal Ferrata. — Ferrata ? mais il n’est pas pour nous. — Peu importe ! nous le tenons. 11 y a ici un dossier contre lui (affaire de mœurs) ! — Votre dossier sera inefficace. )> Et j’ai répondu à tout hasard : « Il y en a un aussi à Rome. »

Il n’y a que Paléologue qui ait pu suggérer une si folle politique.

Escoffier a Madame Georges Louis. 6 février iqi4-

Banque de l’ïndo-Chine. — Très solide, très bien posée, mais les allocations des membres du Conseil d’administration tendront à diminuer plutôt qu’à augmenter, la nouvelle Banque de Chine dont André Berthelot est l’âme faisant déjà à la Banque de l’Indo-Chine une concurrence qui deviendra très dangereuse. La Banque de l’Indo-Chine gardera les affaires de l’Indo- Chine proprement dites, mais ces affaires ne sont pas susceptibles du même développement que celles de la Chine.

Cependant Escoffier voudrait être l’un des deux représentants du Crédit Lyonnais à la Banque de l’Indo-Chine.

Ministère. —Aujourd’hui en Bourse on escomptait la chute du ministère. On disait que Delcassé

prendrait la présidence du Conseil et le ministère des Affaires étrangères, Briand l’Intérieur, Barthou l’Instruction publique, et Millerand la Guerre.

Madame G a tusse a Madame Georges Louis.

A propos de l'échec de Bourgeois à VAcadémie. —

19 février 1914.

On raconte que, s’il ne s’est pas trouvé de majorité pour élire Bourgeois, c’est que dans le camp des opposants on a dit : « Il est visible que Bourgeois n’a plus beaucoup de temps à vivre. Si nous le nommons, il faut que le bureau de l’Académie s’attende à aller bientôtà ses obsèques, et il vaudrait bien mieux que l’Académie ne mît pas son bureau dans la nécessité d’aller à des obsèques qui seront certainement civiles. »

Cette rosserie a pu suffire pour enlever à Bourgeois des trois ou quatre voix qui lui ont manqué.

Abbé Tiiibaud. Situation intérieure en Russie. —

20 février 1914.

Oui, je crois à=*une agitation profonde. Elle était très forte l’été dernier. Il y a une accalmie depuis que l’affaire Beylis a été réglée par un moyen terme, les Juifs ayant fait cesser les grèves qu’ils suscitaient de tous côtés comme une menace. Mais cela recommencera. Quand l’été dernier j’ai été au Caucase, j’ai lié conversation

avec un remarquable officier, colonel, chargé de v missions importantes. Il ne m’a pas caché qu’à son avis on allait à une nouvelle révolution, et que c’était nécessaire. Les dames qui étaient avec lui parlèrent dans le même sens et avec moins de réserve encore. A l’autre extrémité de l’opinion,

« les Cent-Noirs » s’agitent aussi ; mais le bruit qu’ils font fait illusion sur leur nombre ; ils sont beaucoup moins nombreux qu’on ne le croit.

Tout le monde est convaincu •— et à la Cour plus qu’ailleurs — que, le jour où une guerre éclatera, la révolution intérieure recommencera, plus violente encore, plus décisive que pendant la guerre japonaise.

L’Impératrice mère est l’âme des Cent-Noirs. Elle les soutient très efficacement, son fils continuant à obéira son influence. Suivant l’abbé Thibaud, ce serait elle aussi qui inspirerait le moine sibérien 4 ? Il peut voir les dames de la Cour pendant leur bain pour leur donner de l’humilité. Quand, à la fin de la journée, les grandesduchesses viennent lui demander sa bénédiction :

« Allez vous coucher : j’irai vous la donner quand vous serez dans vos lits. » De telles histoires plus ou moins absurdes se colportent.

Le gouvernement, dit-on partout, irrite par d'incessantes persécutions tout ce qui n’est pas Russe : Finlandais, Polonais, Juifs, etc. Et c’est l’exaspération ainsi créée qui fomente la révolution.

i. Raspoutine.

Madame Ribot.

20 février igi4.

Ses conversations about me avec la comtesse Gyldentolpe : Je ne devrais pas dire cela, mais on a mal agi envers M. Louis. Vilaines intrigues.

Le jour où vous avez rencontré Paléologue chez moi, vous avez été parfait. Il est devenu blême quand il vous a vu sortir sans que vous lui donniez la main. Ce n’était pas moi qu’il venait voir ce jour-là, c’était my husband. Il venait annoncer his appointaient.

Vous rappelez-vous l’article publié ce même jour par Glémenceau ? Il critiquait le Président dû Conseil d’avoir pris comme chef de cabinet le fils du recteur d’une faculté catholique, et il disait qu’on avait nommé Paléologue à Pétersbourg parce qu’on n’avait pas voulu de lui à Vienne. —Est-ce vrai cela, que Paléologue a été refusé à Vienne ? — On me l’a dit de tant de côtés différents que je le crois. On a dit à Vienne qu’on ne voulait pas d’un Roumain.

Pierre Loüys. 21 février igi4.

Last night at Gregh sprach Klotz.

Quels ministres des Affaires étrangères nous avons eus en 1911 1 Le premier si ridicule, le second si insuffisant ! Le premier (c’est Cruppi) ne savait rien et le disait sans cesse. A chaque question un peu délicale dont il avait à entretenir le Président du Conseil ou le Conseil lui-

même, c’était toujours la même phrase : « Vous connaissez mon dévouement, je ferai ce que vous déciderez. Je m’en rapporte à votre jugement. »

Ce qui explique l’affaire d’Agadir, c’est bien moins les convoitises de l’Allemagne sur la Sangha ou sur d’autres territoires, que l’impatience causée à Berlin par nos continuels manquements de cette année 1911 aux engagements que nous avions pris.

Dupeyrat. About Paléologue/Margerie . — 5 mars igi 4 -

So long Paléologue was Directeur politique, I was in fact indépendant. The ministers Poincaré, Jonnart, Pichon let me corne, and talked about Maroccan affairs not with Paléologue but with me. I was very grateful to Paléologue ; but Margerie was angry at me because I ignored him, and now he elbow me out.

Before two years hâve elapsed, J. Dupuy Avili be minister of Foreign affairs, and I shall corne back as director ofhis cabinet.

Kleczkowski. 29 mars 1914.

Kaiser. — A sa première A-isite à M. Fallières, Édouard VII lui a dit : « Il n’y a pas à s’inquiéter sur ce que pourra faire Guillaume. C’est un [an blanc] et un capon. »

Il faut dire cependant que ce n’est pas être un

capon que d’éviter la guerre quand elle n’est pas nécessaire. Et pourquoi Guillaume l’eût-il faite par exemple en juin igo 5 , puisqu’on a pu dire avec raison qu’en juin igo 5 il n’y avait pas eu de guerre, mais qu’il y avait eu un vaincu ?

Paléologue: — Ses beaux-frères racontent que l’Empereur lui a fait un accueil particulièrement satisfaisant, et qu’il lui avait dit que l’Alliance était plus forte que jamais, et que la France pouvait compter sur lui comme il comptait sur elle.

Fontarce. 2 mai 1914.

On a dit au Ministère qu’il n’a pas réussi, et qu’il ne pourra pas rester longtemps. Il n’a pas la mentalité française. Il s’agite, met le Président en avant à tort et à travers. C’est lui qui a lancé si inopportunément le bruit de la transformation de la Triple Entente en Triple Alliance

Ly [?]. Poincaré. — 8 avril 1914.

Il reçoit tous les jours Julia, qui est au Temps actuellement et -qui précédemment dirigeait Y Opinion, journal fondé par Poincaré et dont les bureaux sont 4 » rue Chauveau-Lagarde. Je le tiens de Julia lui-même.

t. Note ajoutée ici posterieurement7 comme le prouve la différence des encres. /

Quant à Calmette, Poincaré le recevait aussi très fréquemment.

Kleczkowski.

Sur Poincaré. — 3 mai 1914»

Kleczkowski était à l’Élysée à la réception qui a suivi le dîner offert aux souverains anglais. Hanotaux lui a parlé de Poincaré en homme qui le juge bien. Il sait que, comme le disent ses cousins les Lucien, Poincaré est un faible. (Poincaré, dit Kleczkowski, fait inlassablement des discours, des discours de bon élève dans lesquels il n’y a rien. On attend toujours qu’il dise quelque chose, mais toujours l’attente est déçue). Hanotaux a ajouté qu’on savait que « l’attaque contre Poincaré commencerait bientôt, et que ce ne serait pas seulement Clemenceau qui la mènerait. L’attaque viendrait de deux côtés. — Mais qui serait l’aulre assaillant ? — Hanotaux a nommé Delcassé, et un autre que j’oublie. »

Landy a M rae Georges Louis.

11 mai 1914.

Je connais le plan de campagne qui a été préparé, mais je ne puis le révéler. Tout ce que je puis vous dire, c’est qu’on n’attaquera pas directement ; on agira sur les côtés, de manière à lui couper la retraite et à rendre sa capitulation inévitable.

Madame J. de Montebello.

Les Phares ottomans et les Quais de Constantinople. —

, i 3 mai 1914.

L’affaire des Phares ottomans, c’est mon beaupère qui en a eu l’initiative. Un capitaine au long cours, Michel, lui avait donné les premiers renseignements nécessaires. Il étudia la question, se documenta plus complètement auprès d’un officier

supérieur de notre marine.

Aujourd’hui c’est mon neveu, comte Hubert Michel de Pierredon, qui est administrateur général des Phares ottomans, et lui et son frère aîné, comte Thierry Michel de Pierredon, sont propriétaires du lot d’actions des Quais de Constantinople qui appartenait à leur grand-père Michel.

Hubert a la procuration de Thierry, dont il est très jaloux. Il désire l’emporter sur lui, et, si Thierry était décoré avant son frère puîné, ce dernier en serait outré. C’est Thierry qui avait donné il y a quelques années pour le consulat français de Jérusalem les 260.000 francs qu’Hamon a omis de verser au Trésor.

L’agent allemand à Bâle chargé de poursuivre l’achat des actions Michel s’est adressé à Hubert avec les pleins poussoirs de sa Banque pour trai- | ter. Il offre deux ou trois millions de plus que la

•/ Banque ottomane.

Judet. Poincaré. — 18 mai 1914.

Il compte sur les complications extérieures pour se maintenir au pouvoir, et il croit qu’elles pourraient aller jusqu’à la guerre. Il s’est laissé persuader que la paix ne pouvait être maintenue que deux ans, que la Russie n’attendrait pas plus longtemps, et il se tient prêt à profiter des événements. C’est pour cela, m’a-t-il dit lui-même, qn’il a offert la présidence du Conseil à Doumergue. L’ignorance de celui-ci, sa complète inexpérience en matière d’affaires extérieures donneraient à Poincaré la certitude que rien ne serait fait sans la participation du Président.

Comtesse J. de Montebello.

Poincaré. — 24 mai 1914.

Son élection a été l’œuvre des académiciens : de Mun et Denys Cochin. Engouement inexplicable, extraordinaire, fou. Qui nous délivrera de la politique des académiciens ? Il n’y en a pas de pire ; mais celle des avocats ne vaut pas mieux.

Je me suis mise en travers autant que j’ai pu. En décembre, j’ai été à Bruxelles pour demander au Prince de déconseiller à ses fidèles de voter pour Poincaré. Je l’ai convaincu, et il a envoyé un de ses (secrétaires P officiers ?) pour recommander de voter blanc ou pour Deschanel.

En 1912 également j’ai vu à Rome le cardinal Rampolla. Il savait quelles sympathies ardentes

Poincaré s’était acquises à l’Académie et dans les milieux mondains, et il les trouvait déraisonnables. Il prévoyait des déceptions.

Victor Béraud. 3o mai 1914.

Élection Poincaré. — Il a été en Russie pour se faire consacrer.

Quelle erreur, cette élection ! Clémenceau écrivait ce matin dans son journal que c’était la cause de la confusion actuelle : rien n’est plus vrai.

Mais, si Poincaré a été élu, c’est la faute de Clémenceau. On avait été lui demander, avant l’élection, de convenir que, si au premier tour ni Pams ni Poincaré n’avaient de majorité absolue, le parti républicain ferait retirer ces deux candidatures et concentrerait ses voix sur Delcassé. Mais Clémenceau refusa de s’engager, et dit qu’on verrait le moment venu ce qu’il y aurait à faire. Comme on insistait, il éclata : « Foutezmoi la paix 1 » C’est ce qui fit l’élection de Poincaré. Jusqu’au dernier moment cependant Delcassé espéra : il emporta à Versailles des bulletins de vote à son nom !

Pams eut été d’ailleurs été un bon président, très acceptable.

Pams se serait retiré facilement devant Delcassé. Ils sont du même département.

Clémenceau a eu tort, même à son point de vue, de refuser l’accord. Delcassé l’aurait forcément pris pour président du Conseil.

Maintenant (Tailleurs, les jours de Poincaré sont comptés. La situation actuelle conduira nécessairement aune crise présidentielle. Quand? Metternich dit avec raison qu’il est plus facile de prédire les tempêtes que les coups de vent.

Les femmes d’existence irrégulière, se donnant un appui mutuel, ont travaillé au succès de Poincaré. C’est Hervieu qui a fait, à l’instigation de M me de X., l’élection de Poincaré à l’Académie : Hervieu seul.

Le Parti colonial. — On ne sait pas combien grande est son influence. Ses chefs s’arrangent toujours de manière à ce que son influence reste prédominante. Ils se partagent les rôles : Étienne est avec la Fédération des gauches, Thomson est avec Clémenceau. Étienne est proportionnaliste, Thomson est arrondissementier. Peu leur importe qui l’emportera, puisque le parti est toujours sûr d’avoir les faveurs du vainqueur.

Le parti, c’est 4 o voix. Il a réussi à entraîner la France à Fez en 1911. L’expédition a été décidée dans un déjeuner auquel assistaient Cruppi, Berteaux, Étienne et (deux autres). Berteaux a cédé aux instances d’Étienne parce qu’il était candidat à la présidence de la République et qu’il avait besoin des 4 o voix du parti colonial. Vous verrez que le parti réussira également à entraîner la France en Syrie : Poincaré et Pichon marcheront.

Ilis friends : Delcassé, général Toutée. — Lyautey ! Il ne demande qu’à quitter le Maroc,

parce qu’il partirait sur un succès, Taza; parce que, s’il restait, il aurait à surmonter les plus graves difficultés financières, sans parler des autres ; parce qu’il a son discours à faire à l’Académie ; et enfin parce qu’il aura la compensation qu’il souhaite : l’ambassade de Madrid.

Bihourd. L'Empereur cVAllemagne. — 3 juin 191 4 -

Bihourd croit la guerre inévitable et la craint prochaine. Cependant il reconnaît qu’il y a une raison très forte, dit-il, mais unique, de croire que l’Allemagne ne fera pas la guerre : c’est qu’elle n’a pas intérêt à la faire, puisque le temps travaille pour les Allemands, leur nombre et leur richesse s’accroissant si rapidement que dans un court délai la France ne pourra plus accepter^ la lutte. Mais à cela on peut répondre, ajoute Bihourd, que la population et la puissance matérielle de la Russie s’accroissent plus vite encore que celle de l’Allemagne.

Et puis l’Empereur est superstitieux. Sa sœur, la princesse de Saxe-Meiningen, raconte que, d’après une ancienne prédiction portant sur toute une série d’événements qui jusqu’à présent se sont toujours réalisés, c’est sur un champ de bataille que la dynastie des Hohenzollern perdra la couronne, et Guillaume II a été frappé de cette prophétie. (C’est à Madame Louis Stern, née Ernesta de Hierschel, que la princesse a fait cette confidence dans une de ses visites au Cap Martin ;

elle lui a dit aussi que ses neveux, les fils de l’Empereur, n’étaient pas intelligents ; elle ne fait exception que pour un d’entre eux, Frédéric- Guillaume.)

Il m’a fait dire qu’il s’étonnait du ton de mes articles. Je lui ai demandé de me recevoir, et nous avons eu une longue conversation. Je lui ai fait remarquer que les Débats avaient toujours soutenu l’alliance russe. C’est vrai, a-t-il répondu, mais c’est de l’attitude du journal à mon égard que je me plains. Il se rappelait toutes les attaques, si on peut employer ce mot ; en réalité, je ne l’ai jamais attaqué personnellement, à peine critiqué, et il est bien rare que j’aie procédé par critiques directes : tout au plus des réserves ou des allusions; un jour j’ai parlé d’intrigues, une autre fois de manigances d’ambassadeurs, et il s’est reconnu avec Tittoni. Il m’a dit que je l’avais attaqué au sujet du rappel de M. G. Louis ; mais, a-t-il ajouté, je ne suis pour rien dans ce rappel, et, quand j’étais ministre des Affaires étrangères, j’étais dans les meilleurs termes avec M. G. Louis.

— Cette dernière affirmation, ai-je répondu, est exacte ; mais, ce qui ne l’est pas, c’est de dire qu’il n’a été pour rien dans mon rappel. Il y a été au contraire pour beaucoup, parce qu’il m’en voulait d’avoir contrecarré son action dans l’affaire balkanique. Il est en partie cause de

Gauvain .

Isvolsky. — 6 juin 1914.

l'affaire tripolitaine et des guerres balkaniques. Vous vous en étiez rendu compte puisque, dans plusieurs de vos articles de ce temps, vous avez parlé des « puissances complices ou consentantes », et il était clair pour les initiés que c’était à la Russie et à l’Italie que vous faisiez allusion. Mais, dans la réalité, ce n’était pas tant le gouvernement russe que M. Isvolsky personnellement qui a déclanché ces événements. Et certes c’était là une politique contraire à nos intérêts. C’est encore Isvolsky qui agissait quand Poincaré a commis à son instigation la faute de demander à l’Autriche d’adhérer à une formule de désintéressement. Poincaré s’est fait ainsi l’instrument des rancunes d’isvolsky contre l’Autriche.

Paléologue. — 6 juinigi 4 .

Hier paraissait dans le Matin un télégramme de Pétersbourg parlant de Paléologue comme ayant continué d’une manière remarquable la politique de Delcassé, et le correspondant du journal insistait sur le tort que ferait à l’Alliance l’abandon par la France du service de trois ans. Aujourd’hui, Paris-Midi annonce que, dès son arrivée à Paris, Paléologue s’est rendu chez Viviani, et lui a déclaré « que, si la moindre atteinte était portée à la loi militaire, il se verrait obligé de remettre séance tenante sa démission ».

C’est découvrir le gouvernement russe et faire croire qu’il veut exercer une pression sur les

décisions de la Chambre. Tout porte à croire que c’est Poincaré et Paléologue qui ont provoqué la campagne des journaux russes en ce sens. C'est un bien dangereux précédent.

Herbette. 7 juin 1914.

Ce qui expliquerait l’incartade de Paléologue, c’est que Delcassé a négocié dans les derniers mois de son ambassade un article additionnel à la convention d’alliance, aux termes duquel le gouvernement français s'est engagé à maintenir sous les drapeaux, même en temps de paix, l’effectif que lui donne la loi de trois ans. Ce serait manquer à cet engagement que de revenir au service de deux ans. En échange, le gouvernement russe a de son côté pris des engagements destinés à rendre plus efficace le concours militaire qu’il doit nous donner.

—« S’il en est ainsi, on comprend que Viviani déclare qu’il n’est pas libre. Mais Poincaré et le gouvernement des derniers mois de 1913 ont eu tort de consolider la loi de trois ans sous forme de convention militaire. Cette loi était trop violemment attaquée pour que le gouvernement français puisse donner l’assurance qu’il ne consentirait à aucune réduction du service militaire.

— Ce serait Poincaré qui aurait inspiré les démarches de Paléologue.

Allemagne. — On attribue aux radicaux l’in-

tention de remplacer à Berlin Jules Cambon par Lutaud, qui serait chargé de faire la politique de rapprochement que souhaite M. Caillaux.

Ribot. 7 juin 1914.

Vous avez raison : le langage de Paléologue est indéfendable. C’est aussi l’avis de Paul Cambon qui est venu me voir cè matin.

— Vous avez été appelé par le Président de la République au commencement de la crise? —* Aujourd’hui seulement. Adolphe Pichon est venu me demander d aller à trois heures et demie à l’Élysée. La semaine dernière, j’ai reçu la visite de Viviani, mais je n’ai pas vu Poincaré. Adolphe Pichon m’a dit que le Président avait fait appeler ce matin Peytral, mais que celui-ci avait refusé de se charger de former le ministère, et m’avait désigné à son choix. J’ai répondu qu’il fallait un président du Conseil radical, et que j’accepterais de prendre un portefeuille dans un ministère formé par Peytral. — Peytral reprendrait les Finances ? — Il n’en serait pas capable. Il est vieilli, fatigué, et il s’est tenu si à l’écart depuis quinze ans ju’on ne le connaît plus. — Et Clémentel? — ITn’en peut être question pour la présidence du Conseil.

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