‹ Les carnets de Georges LouisChapitre 21 sur 35 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

C’est Loiseau qui est actuellement notre agent de liaison avec le Saint-Siège.

Mgr Baudrillart a été récemment à Rome pour demander au Pape une subvention en faveur de PUniversité catholique. « Le Saint-Père l’accorde, lui dit M. Gaspard. Il vous ^alloue 100.000 francs; mais il faut que je vous dise entre nous que le Saint-Père sera content si vous n’acceptez pas toute la somme. »

Sans doute Benoît XY craignait que Mgr Baudrillart ne se rappelât pas l’observation du Cardinal secrétaire d’État ; car, lorsqu’il l’eut fait venir pour lui remettre les 100.000 francs qu’il avait fait mettre sur une table devant lui, il lui dit cette phrase bien italienne et bien « d’Église »: « Si vous ne prenez pas tout, je n’en serai pas responsable. »

Trégomain. Société Générale. — 3 o janvier igi 5 .

Deux ou trois mois avant la guerre, il courut de si mauvais bruits sur la solidité de la Société Générale que, pour soutenir les cours qui baissaient déplus en plus, le Conseil d’administration a jugé nécessaire de procéder à des achats d’actions de la Société, et les membres du Conseil les ont payées de leur^deniers personnels (ceci confidentiel).

Le 3 i juillet, au moment où la guerre allait éclater, la situation de la Société est devenue si inquiétante qu’il est apparu qu’une catastrophe ne pouvait être évitée que si les autres grands

établissements de crédit venaient au secours de la Société. Le Crédit Lyonnais, la Banque de Paris et des Pays-Bas, le Comptoir d’Escompte et le Crédit Industriel consentirent en conséquence à lui prêter une somme de 5 o millions, mais sous la caution personnelle de son ancien président, le baron Hély d’Oissel.

Raindre Directeurs politiques. — 3 i janvier igi 5 .

Decrais avait toujours fini ce qu'il avait à faire, car il ne faisait rien. Jamais il ne lisait une dépêche. Il allait fumer des cigarettes chez Dumaine, qu’il avait pris en amitié, et il a traversé avec le même dédain de tout travail les -ambassades de Rome, de Vienne et de Londres. Il parlait avec aisance, rédigeait avec facilité, mais ce qu’il disait et ce qu’il écrivait était sans intérêt.

Decrais avait été choisi par Herbette pour succéder à M. de Rives, qui lui-même avait remplacé Weiss, précisément parce que la paresse de Decrais était notoire et qu’Herbette y comptait pour pouvoir rester en fait le directeur général du ministère : il était assuré que le nouveau directeur politique ne chercherait pas à rivaliser d’influence avec lui auprès du ministre.

Quant à Weiss, venu et parti avec Gambetta, il avait tout de suite compris qu’il ne pourrait pas se plier aux procédés de travail du ministère. Journaliste très brillant, il se jetait sur sa plume

sans avoir rien lu de ce que le ministère avait écrit sur la question qu’il voulait traiter. Il était incapable de prendre le temps d’étudier un dossier, et ignorait de parti pris les précédents.

IIély d’Oissel. i er février 191 5 .

Dépôts russes. — La situation de la Société Générale est celle-ci. Elle a reçu 80 millions de francs de la Russie en dépôt, et d’autre part elle a avancé 65 millions aux banques russes. La Russie, ayant besoin d’argent, réclame ses 80 millions. La Société Générale lui répond : a J’ai avancé la plus grande partie de cette somme à vos nationaux. Vous ne pouvez donc pas me réclamer purement et simplement vos 80 millions. »-

Gomment la Russie a été amenée à déposer 80 millions à la Société Générale ? Elle a fait des dépôts analogues dans les autres grands établissements financiers français, Ils datent de son dernier emprunt. Pour obtenir des conditions meilleures pour l’émission de cet emprunt, le gouvernement russe a déposé dans nos grandes banques des sommes considérables qui se trouvent ainsi mises leur disposition. C’est la contre-partie des avantages consentis par les banques au gouvernement russe. « Tout cela s’arrangera », ajoute Hély d’Oissel.

— Je croyais que c’était fait par l’intervention de la Banque de France.

Bons du Trésor et Emprunt. — Le ministre des Finances a placé beaucoup de bons, dit Ilély d’Oissel, mais comment? Au détriment des dépôts des banques, ce qui empêche celles-ci de fonctionner. — Est-ce que le public a déjà fait de nombreux retraits ? — Non ; il faut le temps pour que le public voie son intérêt, mais il finira par le voir. Mieux vaudrait que le gouvernement lançât un grand emprunt. Il est vrai que, pour que cet emprunt soit souscrit plusieurs fois, il faudrait y attacher de sérieux avantages. Mais l’effet moral, l’effet moral serait bon.

Lalande. 7 février 1915.

Les Responsabilités. — Il a assisté hier à une conférence taite par le député Lairolle et présidée par Deschanel. S’y trouvaient aussi Arago et les Fontenay, ces derniers « venus pour Deschanel ». La conférence se donnait au Musée Social, sous les auspices de la Fédération nationale de la mutualité sociale. D'où la présence de Mabilieau, ami de Deschanel et de Lalande.

Lairolle avait pris pour sujet de sa conférence :

« Le Livre jaune ». Il a traité le sujet en avocat. Un moment il a parlé des avertissements qui avaient été donnés à notre gouvernement par un de nos derniers ambassadeurs à Pétersbourg ; mais Deschanel a fait tout de suite un geste de déprécation comme pour arrêter le conférencier dans la^ voie des révélations dangereuses. Même geste à

un autre moment quand Lairolle fît allusion à [l’état de notre armement P] d .

L’attitude de Deschanel pendant la conférence et ensuite au cours de sa propre allocution a beaucoup frappé et intrigué Lalande. Une vive mauvaise humeur se peignait sur le visage du Président ; il paraissait vouloir arrêter le conférencier, l’empêcher d’en trop dire, et lui-même en disait plus que M. Lairolle. 11 laissait échapper, en frappant du poing la table, des phrases comme celle-ci : « Nos ambassadeurs avaient tout dit à Paris ; des avertissements étaient venus de tous côtés., Mais on nous a tout caché ; nous n’avons rien su. » Et il prenait à témoin les mutualistes, en faisant comprendre qu’il faudrait des sanctions, qu’un jour viendrait où l’on rechercherait les responsabilités ; et alors!...

[C’est la campagne des responsabilités qui s’annonce. Lui n’a rien su, puisqu’il n’a jamais eu part au gouvernement. Tous les autres candidats savaient. Qu’ont-iis fait pour conjurer le formidable danger que notre pays allait courir 1 2 ?]

L’Italie. — Les choses vont mal pour nous et nos alliés. Bulow gagne du terrain, et nous en perdons. D’après les renseignements donnés par la princesse Veziari ?, née Bauffremont [femme brune, altière, d’urne vive intelligence, ayant une quarantaine d’années 3 ], dame d’honneur de la Reine, le Roi craindrait que l’armée italienne ne

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