Idem
pût pas tenir devant l’armée autrichienne, et surtout devant l’armée allemande, et ce manque de confiance dans la solidité de son armée.l’aurait convaincu qu’il fallait que l’Italie restât neutre. C’est donc la politique de Gioiitti qui l’emporte, et peut-être va-t-elle ramener au pouvoir l’ancien président du Conseil. Les partisans de l’action continuent, il est vrai, à s’agiter, et ils peuvent mettre la dynastie en péril ; mais il paraît vraisemblable qu’ils ne seront pas assez forts pour triompher.
Les dépôts russes. — Le gouvernement russe, du temps de Kokovtzoff, a déposé trois millions au Crédit Français. Mais une somme trois fois plus forte a été avancée par le Crédit Français à des établissements russes [ce sont les expressions de Lalande, mais n’a-t-il pas voulu dire plutôt : a été employée par le Crédit Français dans des affaires russes PJ 1 . Jusqu’à présent, le gouvernement russe ne nous a pas réclamé les trois millions, — Les journaux disent que ces questions de dépôt ont fait l’objet d’un arrangement entre la Banque de France et la Banque d’EmpircP — On ne nous a fait à ce sujet aucune ouverture soit du côté russe, soit du côté français. Je voudrais en tout cas avoir une conversation sur nos possibilités en Russie, au retour de Bark. Je demanderai par télégraphe à Persiani, allié de ma femme, actuellement directeur du Département asiatique (sic), de me mettre en relations avec Bark.
i. Entre crochets carrés dans le texte.
i)E GEORGES LOUÎS i%
D’où vient l’agression ? — Il est clair que c’est de l’Allemagne, malgré toutes les protestations de ses hommes d’Étatet de ses journaux. Delà part de l’Allemagne et de l’Autriche, c’est une guerre offensive, et c’est pour cela que, sans manquer à la parole donnée, l’Italie a pu leur refuser son aide, car, aux termes de son traité d’alliance, elle n’était tenue de marcher que si l’Allemagne et l’Autriche étaient attaquées.
Causes immédiates de la guerre. — Depuis 1870, l’Allemagne n’avait qu’une seule fois adressé un ultimatum à une des puissances de la Triple Entente : c’était en mars 1909, quand la Russie avait encouragé la résistance que la Serbie opposait aux exigences de l’Autriche. Mais la France avait fait entendre à S^Pétersbourg qu’il ne fallait pas pousser les choses jusqu’au point où la guerre pourrait éclater. L’Alliance avait été conclue pour la protection des intérêts vitaux de la France et de la Russie : la question serbe n’était pas pour la Russie une question vitale ; il convenait donc de ne pas s’engager à fond dans cette affaire. Ces conseils furent entendus, et le gouvernement impérial, qui d’ailleurs reconnaissait que son armée et ses finances n’étaient pas suffisamment reconstituées pour qu’il pût entreprendre une grande-guerre, donna au gouvernement serbe le conseil de ne pas prolonger la résistance.
Dans cette affaire, le gouvernement allemand avait subitement poussé les choses beaucoup plus loin que dans toutes les circonstances où il s’était
trouvé en conflit avec la France. Il a agi de même en juillet 1914. Cela s’explique aisément, car il était sûr dans ces deux cas que, si la guerre éclatait, l’Autriche ne pourrait pas se dérober à ses devoirs d’alliée, puisque la guerre serait faite, au moins en apparence, dans l’intérêt de l’Autriche, et déclarée à la Russie, rivale de l’Autriche bien plus que de l’Allemagne.
Au cours de l’affaire marocaine, le gouvernement allemand s'étaitrendu compte quel’Àutriche ne le suivrait pas volontiers s’il allait, vis-à-vis de la France, jusqu’à un ultimatum. Il avait donc eu grand soin de toujours réserver un moyen d’arranger les choses.
Il était donc clair que, si nous pouvions résister fortement sur le terrain marocain, nous devions être très prudents sur le terrain serbe. C’était là que l’Allemagne avait intérêt à engager le conflit. Nous sommes tombés en 1914 dans le piège que nous avions su éviter en 1909.
Blumenthal. 20 février 1915,
Delcassé est très gonflé de son importance. Il éloigne tout le monde de lui. L’opinion le tient en partie responsable de la guerre actuelle.
Deschanel. 27 février 1910.
He took a mémorandum of the following remarks.
C’est r Allemagne qui a déclaré la guerre, mais c’est par la faute du gouvernement français qu’elle a pu la faire éclater. Elle n’attendait qu’une occasion, parce qu’elle était prête et qu’elle savait que ses adversaires ne l’étaient pas. Nous aurions dû tout faire pour détourner ou retarder le coup qu’elle voulait frapper. Nous avons au contraire laissé les fauteurs de la guerre préparer de longue main l’occasion qu’ils désiraient faire naître.
Dans un de ses derniers livres, Bernhardi nous avait avertis que l’intérêt de l’Allemagne était de faire sortir la guerre de la question balkanique. Il ne disait pas, mais on pouvait aisément comprendre que faire sortir la guerre d’une question intéressant principalement l’Autriche-Hongrie, ce serait obliger l’Empire austrohongrois à prendre part à la guerre, tandis qu’on ne pourrait sans doute obtenir qu’avec de grandes difficultés son concours à une guerre qui ne l’intéresserait pas directement, telle qu’eût été pour lui une guerre pour le Maroc. Notre intérêt était donc d’empêcher les questions balkaniques de grossir, puisquë là était le piège où l’Allemagne comptait nous prendre.
Déjà, en 1909, la guerre avait failli éclater de ce côté. Mais le gouvernement français d’alors avait vu le danger, ^t il s’était empressé de le conjurer en laissant entendre au ministre des Affaires étrangères de Russie que nous ne pourrions pas le suivre s’il continuait à envenimer l’affaire serbe.
Malheureusement M. Isvolsky, devenu ambas-
sadeur en France, put reprendre de Paris son duel avec le ministre des Affaires étrangères d’Autriche-Hongrie, et, bien qu’avertis, les hommes qui dirigeaient nos affaires en 1912 le laissèrent irriter de plus en plus la plaie serbe qu’il entretenait depuis quatre ans au flanc de l’Autriche.
Nous ne menons pas, on nous mène. L’impérialisme anglais vaut l’impérialisme allemand. Le panslavisme vaut le pangermanisme. L’Église grecque vaut l’Église catholique.
La guerre déclarée à la Turquie en Octobre 1912 par Nicolas de Monténégro a mis le feu à l’Europe.
La durée de la guerre est incalculable. Pour moi, c’est le recommencement des guerres de la Révolution et de l’Empire. Peut-être y aura-il des trêves, mais la paix finale est loin.
Suivant quelques-uns, Poincaré aurait poussé à la guerre parce que les troisannistes croyaient qu’il y avait intérêt à la faire avant que les adversaires de la loi aient eu le temps de la faire modifier L
Poincaré nous a fait tomber dans le piège de l’Allemagne. Berlin avait tout intérêt à ce que la guerre éclatât sur une question intéressant
1. Ce texte est celui qui figure dans le Carnet. Une feuille volante, qui est certainement la note originale, porte : « Deschanel dit : Poincaré a déclenché la guerre parce que les troisannistes... »
TAutriche, puisque dans ce cas seulement elle était assurée que l'Autriche marcherait à ses côtés.
P. Desciianel. — Il faudra nous débarrasser plus tard de tous ces hommes, civils et militaires, qui nous ont menés là. On instituera de grandes enquêtes sur les causes de la guerre. Vous serez interrogé, car vous savez. Et vous rendrez, en répondant, un grand service. Pourrez-vous renseigner la Commission P
G. Louis. — Je ne sais ce qui s’est passé à Pétersbourg à la fin de juillet, puisque toutes les voies d’information ont été immédiatement fermées par la guerre. Mais, quand la guerre sera terminée, il est probable que les informations afflueront, et que des Russes bien renseignés viendront me voir.
P. Deschanel. —Et à l’ambassade, qui pourrait éventuellement renseigner les commissions parlementaires ?
G. Louis. — Les secrétaires les plus élevés en grade sont au courant de tout. Il n’y a pas de secret pour eux. Actuellement, c’est Doulcet et Chambrun, le frère de votre collègue.
P. Deschanel. — Le Chambrun de la Chambre est tout ce qu’il y a de plus hostile à Poincaré.
G. Louis. — Ce n’est pas la Russie qui a machiné toute cette affaire, mais c’est un Russe, Isvolsky, la fin de son duel avec d’Aerenthal.
Les toasts de Pétersbourg étaient pour le moins inutiles au moment où la situation était si tendue au sujet d’une affaire qui ne nous intéressait pas directement.
Poincaré a dit sans doute à Nicolas que nous étions prêts. En 1909, nous avons, au contraire, contenu la Russie pj^rce qu’elle n’était pas prête, et que nous ne l’étions pas non plus. Et nous lui avons fait comprendre que notre opinion ne -comprendrait pas la guerre pour une question serbe.
A vez-vous su ce que Poincaré a dit aux Russes en 1912 ? Il ne me l’a raconté qu’en partie, mai& les Russes m’ont dit sur quoi ont porté les conversations. Ils ne pouvaient pas supposer qu’il y avait quelque chose de caché pour l’Ambassadeur de France.
Quant aux conversations de 1914, je ne connais que le peu que l’on m’a raconté et le peu qu’on a laissé percer dans le Livre Dieu (page 4 de la brochure), les phrases supprimées dans le Livre Jaune. Millerand a raconté avoir dit à Poincaré : a Mais qu’est-ce que tu as dit aux Russes P » Il n’a jamais pu le lui faire dire.
La bataille de la Marne. — C’est Galliéni qui l’a gagnée en jetant un corps d’armée sur le flanc du général von Kluck. Il a eu beaucoup de peine à obtenir de Joffre qu’il autorisât ce mouvement. Le généralissime voulait que l’armée continuât à reculer jusqu’à la Seine et au plateau de Langres.
Foch a largement contribué à la victoire, mais en faisant le contraire de ce qu’il avait enseigné dans ses livres. Il le reconnaît loyalement. Ce qu’il a fait à la bataille des marais de S-Gond est d’ailleurs admirable.
La Guerre. —La préparation militaire. Poincaré fait attaquer le Parlement, mais je ne laisserai pas faire cette campagne. Il n’est pas vrai que le ministère de la Guerre n’ait pas pu obtenir des Chambres les crédits dont il avait besoin. Si quelques ministres, comme André et Picquart, n’ont pas assez demandé aux Chambres, il est faux en tout cas que celles-ci aient rejeté les crédits qui étaient nécessaires.
L’htat-Major. Jamais nos chefs militaires n’ont voulu admettre que les armées allemandes déboucheraient par Mézières et par Lille. On avait dit \ à Lanrezac qu’il n’avait devant lui à Charleroi que quelques débris de patrouilles, et il a trouvé cinq corps d’armée ! C’est cet aveuglement de notre État-Major qui a été cause de la retraite de ' Charleroi. Et Lanrezac n’était pas suspect au Quartier Général : c’était le successeur désigné du généralissime. Du reste, si rien n’était prêt pour arrêter l’ennemi, soit par Mézières, soit par Lille, il en était à peu près de même du côté de Toul et Verdun : si le haut commandement allemand avait eu l’audace de jeter de grandes masses de ce côté dès le début des opérations, il est probable, au dire de plusieurs de nos généraux, que là aussi nos lignes auraient été enfoncées. Ce n’est qu’après l’ouverture des hostilités que le nécessaire a été fait pour barrer la route à l’ennemi.
Bien des ordres ont été donnés à la légère, sans étude, sans réflexion, et trop souvent les généraux qui les recevaient ont dû déclarer qu’ils ne pouvaient être exécutés. C’est ainsi que Pau a préféré perdre son commandement en Alsace
plutôt que de tenter les opérations qui lui étaient prescrites. Ses instructions lui prescrivaient de passer le Rhin à Neuf-Brisach, et il n'avait pas d'artillerie lourde !
De même, le général qui commandait à Soissons au moment de l’offensive prescrite en janvier dernier a déclaré que le mouvement ordonné était impossible à moins d’importants renforts ; on l’a remplacé sur l’heure, et on a donné les renforts à son successeur.
Sarrail a dit que si on lui donnait des ordres aussi irréfléchis « il refuserait d'obéir)).
Il y a eu i 4 o généraux mis à pied, et beaucoup injustement.
Poincaré. — Nous nous sommes tous trompés sur lui. Moi aussi je l’ai soutenu. Je le louais de bien dire tout ce qu’il disait. Et de son côté il m’a soutenu : dans un article donné au Temps en 1892 au sujet d’un de mes livres, il s’étonnait qu’on me laissât à l’écart.
Aujourd’hui, il n’a presque plus d’appui dans le monde parlementaire. La plupart de ceux qui ont fait son élection se sont détournés de lui. Briand l'a pris en horreur ; il y a souvent entre eux des échanges de mots très vifs en plein Conseil des Ministres. Il n’a plus guère pour lui que Yiviani, qu’il s’est attaché en lui donnant ses dossiers d’avocat. Mais, si le monde parlementaire s’éloigne, si l’on peut dire aussi que sa popularité a beaucoup diminué à Paris, je crois bien que sa situation dans le pays n’est pas encore très sérieusement ébranlée. C’est du moins
l’impression que j’ai rapportée du voyage que j ai fait avec lui en décembre sur le front des troupes. La presse continue à le soutenir, et visà-vis de la province il a aussi pour lui le prestige de la fonction, et la force que donne la distribution des faveurs du pouvoir, des croix, etc.
Dans son voyage sur le front des troupes, il a eu bien des mots malheureux. A table il a attaqué d’abord les Belges et si vivement que Deschanel a dû prendre leur défense. (Ah, oui I je sais, vous êtes belge, a dit Poincaré. — Je m’en honore !) ; puis les Anglais, dans des termes qui nous ont mis mal à l’aise ; et enfin son ministre de la Guerre, Millerand ; tout cela devant nos généraux !
Au moment de l’élection présidentielle deux personnes ont mené campagne contre moi avec acharnement : Madame Piccioni dans le monde, et P.... A.... dans la presse. Ce dernier était un journaliste qui m’en voulait à mort de l’avoir fait expulser de la Chambre, d’ailleurs à la demande de la majorité, un jour où, ivre, il s’obstinait à prendre la parole dans une tribune.
« L’année dernière, en juin, il m’a offert le pouvoir après l’échec de Ribot. C’était un piège. Me voyez-vous abandonner ma situation actuelle ? Jamais. Et, s’il me pousse à bout, je déclarerai que je n’accepterai jamais le pouvoir avec lui. »
IIerbette.
8 mars 1915.
1 Donc l’élection de Poincaré est la vraie cause 3 e la guerre. Je ne crois pas que la question serbe ait été la cause ; elle n’a été que le prétexte. — D’accord, mais on aurait pu reculer la guerre. — Peut-être, mais y aurait-on gagné? Qu’aurait-on fait de plus pour nous préparer ? Rien.
Notre personnel gouvernemental était si médiocre 1 Des généraux politiciens qu’il a fallu changer, des préfets et des municipalités radicaux et socialistes qui ont fichu le camp devant l’ennemi ! Ce sont les évêques qui se sont dévoués.
Il est probable que, nous croyant assurés de voir l’Allemagne obligée par la famine de solliciter la paix, nous ne prendrons plus l’offpnsive, afin d’éviter d’inutiles massacres.
La paix : exiger que l’Allemagne rappelle ses troupes chez elle avant l’ouverture des négociations, qui devraient avoir lieu à Magdebourg occupé par nous ; exiger que l’Allemagne s’engage à payer aux alliés 80 milliards en 4o ans par versements de 2 milliards qui ne pourraient pas être anticipés : l’Allemagne céderait toutes ses colonies et ses flottes de guerre et de commerce aux alliés ; la rive gauche du Rhin, Cologne, Aixla-Chapelle, à la Belgique sans habitants.
t) E GEORGES LOUIS 185
Clauzel a Pierre Louys. 26 mars 1915.
Une des nombreuses aberrations de Dumaine a été de se fier entièrement à Serps, directeur du Fremdenblcitt. Il le voyait tous les matins, et croyait dur comme fer à tout ce que l’autre lui disait. Un des derniers jours qui ont précédé la guerre, Clauzel lui disait : «Ne croyez-vous pas que nous allons à la guerre P Les signes inquiétants se multiplient. — N’en croyez-rien, répondit Dumaine. J’ai vu ce matin encore Serps, et il m’a assuré que le maintien de la paix est assuré. »
On a tenu à Pétersbourg à la veille de la guerre un langage dangereux. Il est malheureux que votre frère n’ait plus été là et que Clémenceau n’ait pas été alors président du Conseil.
Kurcz. . 4 avril 191 5 .
Augagneur lui a dit : « Delcassé est un diplomate de premier ordre. Pendant qu’il était à Pétersbourg, il a su ramener toute la politique russe dans la bonne voie. » [Et la guerre a éclaté ] 1]
Kurcz. Je ne crois pas qu’il ait eu une telle influence. On ne la lui aurait pas laissé prendre. [Le comte Freedericksz m’a dit : « C’est un démo-
1, Entre crochets carrés dans le texte.
crate trop autocrate pour un pays autocrate où l’on est démocrate i . »] Il a dit à Jean Bernard, à Decoin, à [un blanc] que l’Empereur lui écrivait chaque mois. Jean Bernard, qui cependant le connaît trop pour lui être attaché, dit qu’il a vu les lettres !
Il a vu le mois dernier en passant à Sofia Savinsky et Panafieu, et ce dernier se disait prêt à parier que dans un délai de quelques semaines la Bulgarie marcherait avec la Triple Entente.
Jouss[?]. 6 avril 1916.
Charles Benoist. Les sénateurs l’appellent Monsieur l’Ambassadeur. Il se défend du titre, mais dit : « J’ai conscience d’avoir rendu de grands services à mon pays. Mes séjours en Italie [du temps de Béhaine 2 ] et ma qualité de membre de l’Institut m’ont valu des relations et une influence qui font complètement défaut à l’ambassadeur actuel, un homme usé, fini, et qui n’a jamais eu de valeur. » Il y a quelque temps, il disait qu’il attendait d’un moment à l’autre un coup de téléphone du Quai d’Orsay pour retourner en Italie, mais le coup de téléphone n’est pas venu.
t. Entre crochets carrés dans le texte.