‹ Les carnets de Georges LouisChapitre 23 sur 35 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

Orlowsky. g mai 1915.

Isvolsky anlifrançais, sa femme entièrement allemande. Lui, pousse à la paix rapide qui donnerait à la Russie la Galicie orientale et Constantinople, c’est-à-dire tout ce dont elle a besoin. Il Sacrifierait la France sans aucune hésitation.

Madame Ribot. ii mai 1916.

Her liusband et P. Cambon say it is not true that we are going to send an army in Italy to invade Germany by her Southern frontier. Il n’en serait pas question.

Le Ministère est très divisé : chacun travaille de son côté et ne parle pas à ses collègues. Tous, cependant, témoignent de la déférence et de la sympathie à Ribot, Sembat surtout. Millerand très attaqué. Laisse faire ses directeurs et Joffre. Il n’a pas changé un seul de ses subordonnés de la rue S'-Dominique, quelles que soient ses fautes, tandis que Joffre a changé 202 généraux.

On voudrait faire partir Millerand, le remplacer par Joffre, et nommer généralissime Foch. Joffre n’a réussi aucune de ses offensives. On voudrait lui faire entendre qu’il y aurait avantage à ce qu’il reprît ce travail d’organisation qu’il avait si bien dirigé avant la guerre.

Après Foch, c’est le général Franchet d’Esperey qui a les plus sérieux partisans.

Joffre ne laisse pas d’initiative à ses subordon-

nés. En cela il est certainement critiquable et excède ses pouvoirs.

Il est très critiqué par Freycinet.

Des avis venus de Lille font craindre que la ville ne soit détruite par les Allemands s’ils sont obligés de l’abandonner.

Gérard. 20 mai 191 5 .

Le voyage d’Hanotaux à Rome.

Avant de partir, il avait vu le Président et Delcassé, et s’était assuré que ni l’un ni l’autre n’avaient d’objections à son voyage. Il s’était réconcilié quelque temps auparavant avec Delcassé en lui communiquant par lettre des renseignements que son fils prisonnier en Allemagne lui avait envoyés au sujet du fils Delcassé, également prisonnier et dont Delcassé n’avait pas de nouvelles.

A son retour de Rome, Hanotaux a rendu compte à Delcassé des impressions qu’il rapportait.

Le Roi a loué son Histoire contemporaine , et lui a dit : «J’y ai trouvé pour moi-même des sujets d’utiles réflexions. Votre Constitution de 1870 ressemble à la nôtre : c’est une constitution monarchique sans roi ; la Constitution italienne est une constitution républicaine avec un roi. L'une et l’autre ne permettent guère au chef de l’État de s’adresser directement au peuple. La forme du gouvernement est avant tout parlementaire. )) Hanotaux ajoute : « Et Salandra n’a fait qu’appliquer ces idées, en donnant sa démission.

avec l’assentiment du Roi, pour provoquer dans le parlement et dans le pays un mouvement d’opinion qui pût éclairer le Roi sur ce que l’Ilalie attendait de lui. »

Hanotaux a vu aussi le Pape, il croit que l’on a été injuste pour lui. On n’a pas tenu un compte suffisant de ses difficultés, et, d’autre, part, il a agi beaucoup plus qu’on ne le dit. Il a protesté à plusieurs reprises, mais le public ne l’a pas su.

Enfin Hanotaux a vu Barrère. Il l’a trouvé bien fatigué, et en même temps très défiant, incroyablement inquiet pour la conservation de son poste [mind ce qu’il a dit à J. Cambon 4 ]. Sa situation est très effacée; mais, dit Hanotaux, il vaut peutêtre mieux qu’il en soit ainsi dans les circonstances actuelles. Mieux vaut ne pas paraître exercer de pression.

Gérard ajoute que dès 1911 [il] a été frappé de l’affaiblissement des facultés de Barrère. Nous croyions qu’il avait fait une enquête sur l’opportunité du projet sur le Sous-secrétariat (L’État permanent, et il n’avait vu que Deschanel, si bien que, lorsque le projet eut été déposé à la Chambre, quelques minutes avant la chute du ministère Caillaux, le nouveau ministère présidé par Poincaré n’eut rien de plus pressé que de le faire retirer. Poincaré, Ribot, Pichon et tous les anciens ministres des Affaires étrangères étaient absolument hostiles au projet ; et aussi des candidats éventuels à ce ministère, tels que Millerand. Ce fut donc une grosse faute de présenter un projet

1. Entre crochets carrés dans le texte. Voir ci-dessus, p. i 5 g.

qui soulevait tant d’oppositions. Non seulement Barrère commit une grosse erreur en assurant que le projet serait bien accueilli, mais il ne fut pas même capable de le rédiger. Rappelez-vous qu’il en avait chargé Maruéjouls, quoiqu’en fin de compte ce fût Privat-Deschanel qui le rédigea. A la dernière conférence sanitaire, on s’était déjà aperçu qu’il ne pouvait plus rien rédiger. Il a fait venir Ronssin de Calcutta pour l’aider !

Quand le projet fut prêt, Caillaux, rencontrant par hasard Gérard en visite chez Madame Faîtières, lui dit qu’il était très partisan du projet, et qu’il entendait que de Selves le présentât sans retard au Parlement. Il fit en effet appeler Berthelot, un samedi, et lui dit qu’il le chargeait de rédiger d’urgence un exposé des motifs, et qu’il fallait que le projet fût déposé le lundi. Ainsi fut fait ; mais ce même lundi, le matin, Caillaux tomba. Et quand Poincaré, ayant succédé à Caillaux, chargea le même Berthelot de retirer immédiatement le projet, ce fut une joie pour Berthelot, qui, comme Gavarry et les autres auteurs de la réforme de 1907, était absolument hostile au projet Barrère.

Pourquoi Barrère a résisté malgré tout et gardé son poste ? — Parce qu’il est tabou, dit Gérard, tabou comme franc-maçon, comme auteur du voyage à Rome, et par suite est cause de la rupture avec le Vatican et de la séparation de l’Église et de l’État.

Madame Ribot. 4 juin 1915.

Delcassé. Si fermé ; ses collègues ne savent rien de ce qu’il fait.

Joffre fait passer dans tous les corps de troupes un ordre prescrivant de conseiller à tous les gradés de remettre aux agents du Trésor, en échange de billets de banque, tout l’or qu’ils pourraient avoir sur eux, afin que, s’ils tombaient entre les mains de l’ennemi, leur or n’allât pas grossir les réserves de l’Allemagne. Cet ordre a été donné par Joffre avec l’assentiment ou à la demande de Millerand, sans que Ribot ait été consulté. Sans doute l’idée vient de Pallain : cc 11 est si faux ! »

Revebseaux. 9 juin 1915.

On dit que votre successeur (meaning Dumaine) n’a jamais vu l’archiduc François-Ferdinand P — Cela ne m’étonne pas ; je ne le voyais qu’à la chasse. Il avait un caractère difficile. — Mais il s’entendait avec l’empereur d’Allemagne P — Oui, tout en le détestant. — Nous aurions dû éviter de laisser éclater la guerre sur l’affaire serbe, puisque cette affaire était à peu près la seule pour laquelle l’Allemagne pouvait compter avec certitude sur le concours de l’Autriche. —Vous l’avez dit. Certainement ; mais notre gouvernement ne lit rien de ce qu’on lui écrit. Ils ont été abominables vis-à-vis de vous. — Je crois en outre que les

Russes auraient pu facilement être détournés de la guerre. Ils n'étaient pas prêts, et ils le savaient. Au lieu de les retenir, nous les avons poussés, je le crains. — Je doute qu’on eût pu les retenir.

26 juin 1916.

Paul Deschanel. — Qu’y a-t-il dans la dépêche de l’Ambassadeur d'Angleterre à Pétersbourg où il est question de Sazonoff ? que la Russie ne marchera que si elle est sûre de la France P

Georges Louis. — [Lu le texte].

P. Deschanel. — Lorsque, quelque temps avant la guerre", Paléologue est venu à Paris, j’ai été le voir chez lui.

G. Louis. — C’était au moment où il a fait sa sortie contre les adversaires de la loi de trois ans P

P. Deschanel. — Oui, il m’a dit qu’il était très inquiet, « l’alliance avec la Russie ne tenant qu’à un fil ».

G. Louis. — Mais au même moment Delcassé affirmait que l’alliance était devenue plus solide que jamais pendant son ambassade.

P. Deschanel. — Et Poincaré tenait un langage analogue à celui de Paléologue : car il m’a dit à moi-même, pendant la revue du i4 juillet, que l’interpellation et les révélations d’Humbert au Sénat allaient rendre bien difficiles les entretiens qu’il devait avoir à Pétersbourg à la fin du mois.

G. Louis. — Ces révélations ne pouvaient être une surprise pour lui, puisque Humbert et Messimy étaient d’accord, le discours d’Humbert

ayant été revu et corrigé par le ministre de la guerre avant d’être prononcé.

P. Demghanel. — Et personne ne parle plus durement que Messimy du rôle joué par Poincaré. Il m’a écrit du front une lettre où il dit en propres termes : « Il faudrait que Poincaré, ce lâche, passât quelques jours au front sous les marmites. » La plupart des hommes qui étaient ministres en juillet disent ouvertement que Poincaré est cause de la guerre.

Il m’a dit pendant la revue : « J’aurai bien de la peine à convajhcre les Russes. » Il voulait dire : « Les convaincre qu’il faut marcher. » Et sa femme a dit à la mienne qui était assise à gauche, M me de Schoen étant assise à droite, que nous n’étions pas prêts, que Je désordre était à son comble. M mo Poincaré parlait si haut que M me Deschanel disait : « M rae de Schoen va entendre ! » [Ainsi Poincaré savait de la manière la plus certaine que nous n’étions pas prêts, et néanmoins il allait à Pétersbourg avec l’intention de pousser les Russes à la guerre ! Et il a choisi la pire occasion, puisque, faire éclater la guerre sur l’affaire serbe, c’était obliger l’Autriche à donner son concours à l’Allemagne h]

Il faut se tenir prêta faire connaître les vraies causes de la guerre. Il faut écrire à Pavance sa déposition, car les révélations a faire ne porteront que si elles sont bien faites. Et il faut s’y préparer.

' G. Louis. — Mais tout le monde sait ce que

i. Entre crochets carrés dans le texte»

l’on peut dire à ce sujet, puisque c’est imprimé.

P. Desciianel. — Non, personne ne le sait, mais il faut que ce soit présenté. Et en même temps il est nécessaire de dire expressément que l’Allemagne voulait la guerre, qu’elle l’a préparée, pendant quarante-quatre ans, et que c’était précisément à cause de cela que c’était folie de provoquer la guerre, puisque ni nous ni nos alliés n’étions prêts, et que nous le savions.

Gérard. io juillet 1915.

Un officier de liaison fait continuellement la navette entre le quartier général français et le quartier général russe. C’est le fils du général Langlois qui remplit ces fonctions. Il a fait connaître ici de la part du généralissime russe les circonstances qui ont amené le récent remaniement du Conseil des Ministres à Pétrograd. Le grand-duc Nicolas Nicolaiëvitch s’est plaint très vivement à l’Empereur du manque de munitions et [de] la mauvaise qualité d’une partie de celles qui ont été distribuées à l’armée russe. 11 aA^ait appris que c’était la maîtresse du grand-duc Serge, Grand Maître de l’artillerie, qui était en partie cause de la lenteur des approvisionnements parce qu’elle exigeait des pots-de-vin des fournisseurs, et qu’elle avait fait repousser les envois de munitions faits à Arkhangel par une grande maison américaine qui avait refusé de lui donner la commission qu’elle réclamait. Des malversations étaient reprochées en outre au général

Soukhomlinoff ou à son entourage. Ces faits, qui jetèrent le généralissime dans une violente colère, furent reconnus exacts dans le conseil qui se tint au quartier général sous la présidence de l’Empereur. À cette réunion assistaient un certain nombre de ministres et le président de la Douma, Rodzianko. Elle fut le point de départ des changements de ministres décidés par Nicolas II ; le Souverain accepta, comme le généralissime le lui proposa, de s’appuyer sur la Douma pour la réalisation des réformes jugées nécessaires : suppression du poste de Grand Maître de l'artillerie (?) ; remplacement du général Soukhomlinoff par son ancien adjoint Polivanoff, très bien vu des éléments libéraux ; contrôle de la Douma ; remplacement du ministre de l’Intérieur Maklakoff, et sans doute bientôt aussi du président du Conseil Gorémykine, qui sera probablement remplacé par Krivochéïne.

Bapst envoie des informations télégraphiques très appréciées. Les dernières confirmaient les bruits qui ont récemment couru d’un mouvement d’opinion en Allemagne en faveur de la paix.

Au contraire les informations de Beau ne seraient pas considérées comme sérieuses. Notre ambassade enverrait à Paris toutes les fausses informations que l’autorité militaire allemande fait circuler sur les mouvements de troupes ordonnés de Berlin. [Cela prouverait que Bacot est un attaché militaire très inférieur à sa tâche 1 .] Beau

i. Entre crochets carrés dans le texte.

a en outre pour informateur et visiteur quotidien Lagarde, le duc d’Entotto, et cela suffirait à expliquer la mauvaise qualité de ses informations. Lagarde s’occupe du service des prisonniers (?).

Quand Yiviani revint de Pétersbourg à la fin de juillet, il était complètement désemparé par les événements qui se précipitaient. Il fit appeler Delcassé, et lui demanda conseil pour éviter la guerre. « Mon bon ami, répondit Delcassé, prefrez tout de suite le train pour Berlin. Ayez soin d’emporter avec vous l’encaisse de la Banque de France, et une bonne carte de France, que vous déploierez devant le gouvernement allemand. Si vous laissez aux Allemands toute notre encaisse et les territoires qu’ils vous demanderont, vous éviterez peut-être la guerre. Mais ce n’est pas bien sûr. »

Quand j’étais à Bruxelles, le général belge Desjardins, qui passait alors pour le meilleur héritier des idées du général Brialmont, est venu m’entretenir à différentes reprises des craintes que lui inspiraient pour la sécurité de son pays les projets des Allemands. Il déplorait l’aveuglement de son gouvernement qui laissait les Allemands raccorder leurs chemins de fer stratégiques aux lignes belges, et j’ai plus d’une fois tenu le même langage à M. de Favereau dans mes conversations avec lui. Le général Desjardins me disait, et il l’avait écrit dans des brochures qu’il m’a apportées et que j’ai fidèlement transmises à Paris, que

certainement l’invasion allemande traverserait la Belgique, et que le plan de Berlin était d’entrer en France non par la vallée de la Meuse, mais par Bruxelles et par Lille. Il signalait que les Allemands ne dissimulaient pas ce plan, et qu’ils l’exposaient tout au long dans leurs écrits militaires. Tout cela fut vain.

Léon Bourgeois. i 5 juillet 1915.

La force d’inertie de Millerand. Il est souvent impossible d’obtenir de lui une réponse. Par exemple nous lui avions demandé quel avait été le total de nos pertes dans l’affaire d’Arras (Carency, Souchez, etc.). Je savais par un général de l’armée d’Arras que le total des blessés était de 69.000, ce qui fait supposer que le total des blessés, tués, et disparus est d’environ 100.000. La Commission de l’Armée désirait connaître le chiffre officiel. Millerand a d’abord répondu qu’il ne lui avait pas encore été communiqué. Quinze jours après, nous avons réitéré notre question. Et Millerand nous a encore répondu qu’il ne savait pas ! — Mais pourquoi la Commission supportet-elle que l’on se moque d’elle ? — C’est au Président de la République à demander à Millerand de se retirer. Nous lui avons remis nos rapports et fait connaître nos sujets de plaintes. Nous ne pourrions aller plus loin sans empiéter sur les prérogatives du chef de l’État. Il y a un Président.

-— Il y a aussi une France.

—- C’est contre Millerand qu’on lui a nommé

trois sous-secrétaires d’État. Le choix d'Albert Thomas a été fait par Viviani. Tout autre que Millerand se serait retiré, car en fait ces créations ont amoindri beaucoup sa situation. Il ne lui reste rien, puisqu’il s’est interdit la direction des opérations militaires, et que ses adjoints ont pris la direction de l’artillerie, du service de santé et de l’intendance.

Le Président craint les responsabilités ; il veut les éviter, et il ne voit pas que, plus ilTes fuit, plus elles s’attachent à lui. C’est de lui que relèvent en temps de guerre les armées de terre et de mer, d’après la Constitution.

Je lui ai dit un jour dans le feu de la discussion, oubliant que je ne le tutoyais pas : « Tu ne comprends donc pas... » Il m’a pris au mot. — Et depuis ce temps-là. vous vous tutoyez ? — Oui.

Bourgeois me confirme l’assurance donnée au roi des Belges par notre Etat-Major que les Allemands n’iraient pas à Bruxelles : Oui, notre État-Major avait été imbu à l’École de guerre de l’idée que l’offensive était la seule tactique qui nous convînt, et il avait décidé qu’il fallait piquer droit sur Strasbourg, et que nous entrerions en Allemagne avant que l’État-Major allemand ait eu le temps d’envahir la Belgique. On disait chez nous : l’Allemagne est très préparée, mais cette préparation est un chef-d’œuvre d’horlogerie que nous mettrons hors d’usage par une offensive hardie qui nous mènera au cœur de

l’Allemagne avant que nos ennemis aient eu le temps de faire fonctionner tout leur outillage. Malheureusement rien de ce qu’avait prévu notre État-Major ne s’est réalisé.

J’ai vu J offre il y a quelques jours à un déjeuner où l’on avait invité, je ne sais pourquoi, les présidents des Chambres. C’est la seconde fois seulement que je le voyais. Je crois lui avoir fait comprendre qu’il fallait faire reposer les hommes de première ligne, les remplacer par des troupes de l’arrière qu’on a trop longtemps gardées dans les villes du Midi ; qu’il fallait accorder des permissions même aux hommes qui se trouvent dans les places fortes ; qu’il fallait en outre ne pas laisser les officiers d’État- Major exercer une autorité trop minutieuse et trop absolue dans les détails des opérations militaires dont l’exécution appartient aux officiers de troupes [cela veut dire aussi sans doute qu’il faudrait que les officiers d'Etat-Major redeviennent plus souvent officiers de troupes ] ] ; et enfin j’ai amené le Général à reconnaître qu’il fallait renoncer aux offensives qui nous coûtent si cher sans nous donner de résultats appréciables.

Poincaré parle tout le temps en Conseil. Des hommes comme Ribot renoncent, découragés, à disputer la parole à ce parleur incorrigible. Sans doute, dit Bourgeois en riant, il tient à parler jusqu’à ce que midi sonne afin qu’on ne décide

t. EnUe crochets carrés dans le texte-

rien, et ainsi il croit éviter les responsabilités qu’il redoute tant.

Nous avons (c’est-à-dire les Alliés ont) 900.000 hommes sur le front de plus que les Allemands. C’est certain ; et si, malgré cette supériorité numérique, nous ne pouvons pas percer les lignes allemandes, c’est uniquement à cause de l’infériorité de notre artillerie : i. 5 oo canons de moins qu’au commencement de la guerre ! (1.180 ont éclaté et 400 ont été pris ou démontés ; nos batteries, qui étaient de 4 canons, ne sont plus que de 3 ; et en outre, pour se garantir contre les explosions, on tire à la ficelle, ce qui a pour résultat d’enlever à notre 75 l’avantage de la rapidité du tir.)

On va enfin amener sur le front notre artillerie de côte.

La Boulinière. Bulgarie. — 17 juillet 1916.

Quand il était à Sofia (il y a succédé à Bourgarel), il était très bien vu du Roi (alors prince Ferdinand). Invité à [un blanc ] près Varna, il était encore couché que le Prince venait causer avec lui.

Le Roi est resté catholique. Il l’est même avec ostentation, et il y a dans son catholicisme un fond de mysticisme. Mais, lorsqu’il lui naquit un fils, il crut nécessaire de le faire élever dans la religion orthodoxe, afin de lui assurer l’attachement de son peuple. Ses .autres enfants sont catholiques. Il a raconté à La Boulinière que le

Pape, informé par lui de ses intentions au sujet de son fils aîné, lui avait laissé comprendre qu’il se rendait compte que cette décision était inévitable, et qu’il le plaignait plus qu’il ne le blâmait. Quand la décision fut prise et rendue publique, le Roi se rendit de nouveau à Rome et demanda audience au Pape. Léon XIII le fit entrer ; mais, dès qu’il le-vit, il se dressa de son siège pontifical, et d’un geste lui ordonna de se retirer.

Vous ne serez jamais qu’un d'Orléans, lui aurait dit sa première femme, une Bourbon de Parme.

Il traite durement avec mépris la seconde, l’Allemande,bonne infirmière, mais sans charme et sans esprit, que lui a choisie la grande-duchesse Wladimir. Et ses enfants Limitent.

Depuis l’affaire de Cavalla, il n’a pas reçu Panafieu.

GhennadieL Le Roi et son gouvernement avaient voulu nous l’euvoyer ; mais Panafieu consulté répondit que sa place serait non â Paris, mais au bagne, et nous l’avons refusé [peut-être à tort, car on le dit fort intelligent*].

Comte J. de Montebello. 5 août 1915.

Tout le monde savait que l’Allemagne nous attaquerait par la Belgique, et, comme me l’avait

ï. Entre crochets carrés dans le texte

dit M. de Brocqueville, cela ne signifiait pas que la Belgique serait seulement le chemin : cela signifiait que l’Allemagne prendrait la Belgique d’abord, puis se jetterait sur nos villes et nos ports du Nord ; car', dans cette guerre, ce n’est pas comme en 1870 la France qui est le but, le but c’est F Angleterre.

Il est incroyable que notre'gouvernement n’ait rien préparé pour résister à une attaque de l’Allemagne par la Belgique. C’est incroyable, alors «que les écrivains militaires allemands, Bernhardi en tête, avaient annoncé que l’invasion allemande prendrait ce chemin.

Dans le Livre bleu (anglais ?-le i CI ou le second ?), il y a une dépêche du ministre d’Angleterre à Bruxelles, Villers, qui raconte, à la date du 5 août, que notre attaché militaire est venu dire au président du Conseil belge que, si l’Allemagne violait la neutralité belge, la France enverrait cinq corps d’armée au secours de la Belgique, mais que M. de Brocqueville avait répondu que le gouvernement belge espérait que sa neutralité serait respectée. Brocqueville m’a raconté qu’en effet il avait répondu cela ; mais que, en remerciant de l’aimable proposition, il avait d’abord fait observer qu’il faudrait trois semaines pour envoyer cinq corps d’armée, alors que les Allemands étaient en mesure d’entrer immédiatement, et que par conséquent on en était réduit à espérer qu’ils respecteraient la neutralité.

Si nous n’étions pas prêts à résister à une invasion allemande à travers la Belgique, c’est que Poincaré, depuis son arrivée aux affaires, jan-

vier 1912, tout en disant qu’une guerre prochaine était probable, et en laissant voir qu’il allait presque jusqu’à la souhaiter, n’avait qu’une préoccupation, en sa qualité de Lorrain : la reprise de la Lorraine et de l’Alsace. Il concentrait l’attention de notre État-Major surMetzetStrasbourg, il n’admettait pas qu’on s’occupât d’une autre frontière. C’est ce qui explique que, lorsque la guerre eut éclaté, on n’eut qu’une pensée, l’offensive dans la direction de Strasbourg.

Gentitjjez. 12 août 1916.

Le prince Ruprecht de Bavière, qui commande à Lille, s’étant mis en relations avec l’évêque de la ville, Mgr Charost, a connu par lui un riche industriel lillois, membre de la Chambre de Commerce, M. Guérin, qui s’occupe d’œuvres locales. Récemment, il lit appeler ce dernier et lui proposa de partir en mission pour Berlin, u En mission P Mais de qui P — Vous le saurez làbas. Tout ce que je puis vous dire, c’est que, si vous acceptez, vous irez à la Wilhelmstrasse. »

Guérin consentit. Il reçut toutes les facilités possibles pour son voyage, et, à son arrivée à Berlin, il put choisir son hôtel et circuler partout librement sans aucun désagrément, bien que ne sachant pas un mot d’allemand.

A la Wilhelmstrasse, il apprit que le but de son voyage était de rechercher, de concert avec le haut fonctionnaire avec lequel il fut mis en rapport, le moyen de mettre fin à la situation

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