LES CA R NET S
Mal écouté tout cela. Did she speak of Cyrille or Michel *] ?
' Duc Alexandre de Leuchtenberg, fils aîné du duc Georges. — Il passe pour un imbécile, mais il ne l’est pas tant que cela ; il observe. Je lui demandais un jour s’il croyait que les dynasties se maintiendraient. Il m’a répondu que non. — « Qu’est-ce qui vous le fait croire P — Les propos que les officiers tiennent devant moi quand ils sont ivres. Pas ceux des Chevaliers Gardes, bien entendu, mais ceux des régiments ordinaires. Tous ceux-là, quand ils sont ivres, ne se gênent pas pour dire devant moi que plus tard il n’y aura plus ni princes, ni grands-ducs. On voit bien que c’est là leur véritable pensée, et on peut croire qu’on pense ainsi dans tout le pays. »
Il est le fils du duc Georges de Leuchtenberg, et de Thérèse, duchesse d’Oldenbourg. Il est né en 1881.
Les Judéophobes. L’arbitraire. — Le surveillant de mes sucreries et de celles de mon neveu est un Juif : un parfait honnête homme que nous employons depuis vingt ans. Mais il est Juif, et cela a suffi pour que le gouverneur actuel, qui est l’homme des bandes noires, ait pris contre lui un arrêté d’expulsion. Mon neveu était alors aux obsèques de son père : j’étais maiade. Peu s’en est fallu que l’ordre fût exécuté. Mais j’ai écrit tout de suite à Kokovtzoff pour lui deman-
i. Entre crochets carrés dans le texte. — Cf. ci-après, p. 44 .
der s'il y avait encore des lois en Russie, et le lendemain j’ai été trouver Makaroff, qui avait, m’a-t-il dit, remis ma lettre à Kokovtzoff depuis la veille à minuit. Je me suis plainte si fort qu’on a télégraphié au gouverneur de suspendre ; mais, si je n’avais pas été là ou si j’avais réclamé moins fort, rien n’eût pu sauver la victine.
Mon neveu est un des plus riches propriétaires de Russie, sinon le plus riche. Ses biens valent dix-huit millions de roubles. Et il était tellement indigné des procédés du gouverneur qu’il disait : « Ces gens-là nous rendraient révolutionnaires ! »
Ce gouverneur a obligé à partir dans les vingtquatre heures des malheureux Juifs dont les quatre enfants étaient atteints de scarlatine. Un de ses subordonnés le suppliait de ne pas l’obliger à exécuter de pareils ordres. « Les souffrances de ces malheureux me percent le cœur, disaitil. — Et moi, répondit le gomœrneur, elles font ma joie. »
Cela se passe dans le gouvernement de Koursk. Le gouverneur actuel, nouvellement nommé, est celui quia fait élire Pourischkévitch. Auparavant, il était dans le gouvernement de Tambof. Comme il refusait de ratifier l’élection du jeune comte Renckendorff (fils de celui de Londres) comme maréchal de la noblesse, les Benckendorff sont arrivés non sans peine à le faire déplacer, et c’est ainsi que Koursk en a hérité. Comme nous lui avons résisté, il a essayé de faire dire par des paysannes que mon beau-frère (le défunt père de mon neveu) se faisait appeler « le Tzar » (parce qu’on disait dans le pays qu’il était le
roi du sucre). Les paysans s’y sont refusés.
Mais, s’ils l’avaient dit, le gouverneur aurait intenté à mon beau-frère un procès de lèsemajesté, pour faire confisquer ses biens. Voilà le régime !
Jamais, continue la comtesse Kleinmichèl, il n’y a eu plus d’arbitraire qu’en ce moment. Ce n’est pas la faute des ministres, ni celle de Kokovtzoff, ni celle de Makarolï. Mais ce sont les bandes noires qui gouvernent, c’est à elles qu’obéissent les gouverneurs, parce qu’ils savent qu’elles sont bien vues de l’Empereur.
— Mais comment le mot d’ordre leur vient-il de la Cour ?
— Par une des personnes de l’entourage.
Actuellement, c’est, je crois, le général Papouïloff (P), qui commande la garde intérieure du Palais.
Sir G. Buchanan. 2 décembre 1912.
La question de perte des droits au trône se pose pour Cyrille *, parce que, pour régner, il faut être fils de père et mère orthodoxes, et que Maria Paylowna était encore luthérienne lorsque ses enfants sont nés : elle ne s’est convertie à l’orthodoxie qu’après leur naissance. D’autre part, l’Église orthodoxe interdit les mariages entre cousins germains, et Cyrille et la grande-duchesse Victoria sont fils et fille de frère (grand-duc Wladimir) et sœur (grande-duchesse Marie,