Voir ci-dessus, p
duchesse d’Edimbourg, puis de Saxe Cobourg et Gotha)*
On prête à l’Empereur l’intention d'appeler au trône, à défaut de son fils le grand-duc Alexis, le grand-duc Dimitri, né en 1891 du grand-duc Paul et de la grande-duchesse Alexandra de Grèce, actuellement fiancé à la petite grande-duchesse Olga Nicolaïevna, née en 1896.
Chambrun. L’Empereur. — 6 décembre 1912.
Isvolsky a Pair de dire qu’il ne dépasse pas la valeur de Louis XYI. Il ne loue en lui que son impassibilité. « Un jour, râuonte t-il, les ministres étaient réunis autour de l’Empereur, et nous parlions affaires. Pendant ce temps [c'était sans doute à Péterhof] crépitait la fusillade de Cronstadt, où il y avait une émeute. L’Empereur n’avait pas Pair d’entendre. » Isvolsky mentionne aussi l’entêtement de l’Empereur.
Comte de Chollet. Prince Khilkoff. — 25 décembre 197.2.
Il a débuté dans la vie par une tragédie. Il avait un frère aîné marié, et s’était épris de sa femme ; il le provoqua en duel, le tua et épousa sa veuve. Le monde s’indigna, et l’Empereur punit le coupable (en lui confisquant seè biens et) en l’exilant.
Khilkoff partit pour l’Amérique, entra dans les
chemins de fer, et fut successivement chauffeur, mécanicien, chef de gare et directeur de Compagnie. Il revint alors en Russie incognito, et ses amis lui firent donner à conduire un train dans lequel voyageait l’Impératrice (la douairière actuelle). A L’arrivée, on demanda à l’Impératrice la permission de lui présenter le Prince, et on la pria d’intercéder pour lui auprès de l’Empereur puisqu’il avait expié. L’Empereur pardonna, et le Prince, étant entré dans les Chemins de fer, s’éleva rapidement au rang de ministre, et l’expérience qu’il avait acquise contribua à faire de lui un ministre remarquable. Chollet.le rencontra au Turkestan où le Prince avait alors pour mission de contrôler l’administration du général Annenkoff. —Khilkoff est mort sans fortune. C’est sous son administration que fut fait le Transsibérien.
Madame Schébéko. a 5 décembre 1912.
Roumanie. — Il y a à Bucarest un vieux bonhomme, un Roumain, qui a toute la confiance du Roi. C’est à lui qu’on parle quand on veut faire passer au Roi un renseignement, une indication quelconque. Cela se fait en dehors des ministres, et c’est admis. Le vieux bonhomme est une curiosité du pays,
La Cour en Roumanie. — C’est la Princesse héritière qui reçoit, et on la voit assez souvent. Mais c’est à la Cour seulement que l’on rencontre
les Majestés et les Altesses royales. La vieille Reine est intéressante.
La Cour en Russie. — Quand j’étais jeune, il y avait encore une Cour. La saison ne durait que deux mois, mais pendant ces quelques semaines il y avait à la grande Cour au moins sept grandes réceptions, et, comme les grandsducs recevaient assez, l’hiver était très animé. Toutes les coteries se rencontraient sur un terrain commun.
28 décembre 1912.
Le général ParentzofT, commandant militaire du palais de Péterhof, président du Comité slave, à Marchand, correspondant du Figaro :
« J’ai vu le grand-duc Nicolas Nicolaïevitch. Il est découragé. 11 ditxque la politique de paix triomphe, et que l’Empereur a dit à Sazonoff et Kokovtzoff a qu’il fallait éviter à tout prix une a conflagration, et manœuvrer de façon à ameu ner les prétentions autrichiennes sur un terrain « où elles trouveraient en face d’elles l’Allemagne « et la Russie solidaires. »
a Souhaitons que ce ne soit pas pour aller guerroyer avec la Chine que l’on se montre si faible vis-à-vis de l’Autriche. Si c’était cela qu’on veut, 011 irait à une révolution. »
Bachmakoff, vice-président du Comité slave, a dit par téléphone, également à Marchand : ci Si nous avions un homme sur le trône... »
Krivochéine, ministre de l’Agriculture, que Kokovtzoff empêche d’arriver à la présidence du Conseil. 11 dit à Marchand : « On a persuadé l'Empereur que la guerre amènerait une révolution à l’intérieur. Mais en disant cela à l’Empereur on le trompe. C’est au contraire la paix à tout prix qui, à mon avis, peut amener une révolution ».
Il dit cela d’un air profondément affecté, très triste, et très nerveux. Il ajoute:
u Je n’ai pas besoin de vous dire que je suis absolument opposé à la politique de Sazonoff et de Kokovtzoff. Jamais Stolypine ne l’aurait laissé adopter. Lui disait : « Laissons la charrue « russe travailler encore quelques années, et alors « nous pourrons agir. » La charrue russe a travaillé, nous avons des économies, mais on ne les emploie pas.
« L’Empereur ne pense qu’à la santé du Tzarévitch ; c’est pour cela qu’il est si opposé à la guerre.
«— Soukhomlinoff est optimiste P— Oui, il trouve que tout va bien quand sa femme va mieux.
« La période actuelle est la continuation de la chute de l’alliance franco-russe, alliance qui a commencé à décliner au moment où elle s'est compliquée de l’entente anglaise. »
Marchand : « Jamais le grand-duc Nicolas ne se soumettrait à un Cyrille ou à un Boris. »
Bonzon. 1912.
Le sang-froid de Kokovtzoff. — C’était en novembre 1906. Pour ne pas éveiller l’attention, il nous recevait (nous étions douze) de dix heures du soir à deux heures du matin. On entendait le bruit populaire dans la nuit, et cela ressemblait par moment au grondement de l’émeute. Malgré nous, nous tendions l’oreille. Mais pas une fois Kokovtzoff n’a paru s’apercevoir que l’orage grondait. Pas une fois il n’a tourné la tête vers la rue. Il a continué à causer calmement comme à l’ordinaire.
Witte. — Sa brutalité. Grand mangeur, grand buveur. Il entraîne Bonzon dans la salle à manger pour faire jouer trois fois une pendule à musique ; et trois fois il rit aux éclats. Il est bien loin du pouvoir.
Sazonoff. Comte Bernstorff. — 0 janvier 1913.
J’ai connu Bernstorff lorsque j’étais à Londres. C’est l’intrigue même, un Miquel. En septembre, j’étais à Batmoral lorsque Marschall est mort. C’est le Roi qui m’en a donné la nouvelle. Ne sachant pas s’il fallait se réjouir ou non de l’événement, j’ai demandé au Roi s’il prévoyait qui remplacerait Marschall à Londres. « Je n’en sais rien, m’a répondu le Roi ; mais je sais qui je n’aurai pas. Je ne me laisserai pas donner Berns-
torff. Savez-vous comment on l’appelle au Foreign Office ? The snake in the grass. »
Alexandre Stakiiovitch. , 19 janvier 1913.
About Briantchaninoff. — Il nous envoie à notre nouveau journal, la Rousskaïa Malva , de longs télégrammes Çui nous coûtent mille roubles par jour et qui sont si peu pondérés qu’il faut en supprimer le tiers ou la moitié. Il se croit un très grand politique, et, ayant épousé la petite-fille de Gortchakoff, il s’étonne que l’Empereur nomme ministres des Affaires étrangères des Giers, des Isvolsky ou des Sazonoff quand il pourrait nommer Briantchaninoff.
Parti il y a une quinzaine de jours, il a été successivement à Vienne, Belgrade, Paris et Londres.
Rousskaïa Malva, la « Rumeur russe ». C’est un nouveau journal, fondé par le parti progressiste (Efréimoff, etc), sur le modèle du Temps , avec des capitaux importants. A mi-chemin entre le Novoïe Vremia , qui est insupportablement nationaliste, et le Retch , qui s’est montré trop indifférent à la cause slave dans la crise actuelle. (On en veut beaucoup à Milioukoff à Sofia, où il a enseigné pendant quelques années, et à Belgrade.)
Avant la fondation de la Rousskaïa Malva , il n’y avait à Pétersbourg que deux journaux
sérieux (le Novoïe Vremia elle Reich), tandis qu’il y en a cinq à Moscou.
Stakhovitch a accepté de se charger de la politique extérieure dans le Rousskciïa Malva pendant un mois ou deux.
Savez-vous, dit Stakhovitch, où nous allons chercher des nouvelles sur ce qui se passe en Russie? Dans les correspondances du Temps .
Nous avons fini par découvrir que c’est là que nous pouvons le mieux nous renseigner. Ainsi c’est dans une correspondance du Temps que nous avons appris que d’un trait de plume le Gouvernement a augmenté notre armée de 35o.ooo hommes. —Vous voulez dire que le Gouvernement a retardé provisoirement le renvoi de la classe ? — Oui. Cette mesure a dû être publiée dans le Recueil des actes du Sénat, mais personne ne le lit ; et d’ailleurs, même si nous l’avions lu, nous n’aurions pu publier la nouvelle dans nos journaux, puisque depuis un mois il est interdit de rien publier de ce qui se rapporte à l’armée.
Grande-duchesse Maria Pavlowna. — Elle est Allemande, comme vous savez, et pas seulement Allemande d’origine. Tout récemment, elle a traversé l’Allemagne, et, comme elle est intelligente, les impressions qu’elle a rapportées ont une valeur. Eh bien, elle est convaincue que l’Allemagne veut la paix. Je remarque cependant que la presse non seulement loue le Gouvernement de s’être refusé à faire une démonstration navale à Constantinople, mais le blâme d’avoir
consenti à remettre avec les autres Puissances une note collective à la Turquie.
Zinovieff. La Perse et Jsvolsky. — 19 janvier 1913.
Mon livre a porté. On me félicite de m’être attaqué à Isvolsky ; il est détesté ici. Tout le monde l’appelle Isvolsky le Snob, et l’on voit ce que vaut sa politique.
Je crois que c’est la comtesse Kleinmichel qui lui a envoyé un exemplaire de mon livre. Il est exaspéré, et ne parle plus que de cela.
Madame Narischkine. 19 janvier 1913.
Au Palais d’Hiver, à déjeuner : « J’étais à Livadia le printemps dernier ; oui, il me semble que c’était le printemps quand M. Danef y est venu. Il venait faire connaître ce qui se préparait. M. Sazonoff, qu’il a mis au courant, n’était qu’à moitié satisfait de tous ces beaux projets, et il lui a dit que ce serait à ses risques et périls. »
Comte de Chollet.
U Opinion publique russe. — 22 janvier 1913.
J’ai vu depuis un mois que je suis ici beaucoup de financiers, de grands propriétaires, de commerçants. Tous demandent le maintien de la
paix, et disent que la Russie ne doit pas faire la guerre pour les Balkaniques. Et les officiers disent : « En tout cas, pas la guerre dans le Sud. Nous avons besoin de toutes nos forces sur notre frontière occidentale. »
Buchanan. L'Allemagne et la Russie. — if> février 1913.
Pourtalès m’a dit aujourd’hui qu’on recommençait à le boycotter. « Ainsi, dit-il, la princesse OrlofT a donné un grand dîner pour la duchesse de Cobourg, et, bien que celle-ci ait occupé un trône allemand, nous n’avons pas été invites. — Nous n’avons pas été invités non plus chez le prince Gortchakoff. »
Comte Witte. [Février ou mars 1913.]
SazonoffP S’il n’avait pas été le beau-frère de Stolypine, il aurait fini sa carrière comme ministre à Munich.
28 mars 1913.
Madame de Bas à ma femme : « Il y quelques jours. Madame Isvolsky étant venue me voir, comme elle a fait pendant toute ma maladie, je lui ai parlé de ce qu’elle pouvait faire pour une œuvre dont elle était présidente. Elle m’a
répondu : « Je ne puis faire de projets ; je ne sais « ce qu’on fera de nous. »
Je sais quel accueil l’Empereur a fait à M. Louis quand il a présenté ses lettres. Evidemment, on a été très ennuyé à Tsarskoë de la désignation de Delcassé. Évidemment il veut entraîner la Russie à la guerre contre l’Allemagne.
^ Unité nationale. — Dép. de Berlin, 3 i mars 1913.
Jagow a dit à Théotoky : « A l’exception de la France, il n’existe aucune puissance en Europe dont la domination repose dans toutes ses provinces sur le vœu des populations. »
P. de Chambrun a Ch. de Ciiambrun.
Présidence. — 24 avril 1913.
Avant l’élection présidentielle, j’ai été voir M. Ribot pour lui dire que, s’il se présentait, je voterais pour lui, et que j’engagerais mes amis à réunir leurs voix sur son nom. Il m’a alors raeonté qu’il avait reçu la visite de Poincaré, et que celui-ci lui avait conseillé de se présenter, en ajoutant : « Votre élection me paraît assurée. Qui pourrait se porter contre vous? Deschanel? Vous aurez facilement raison de lui. » « J’ai répondu à Poincaré après quelque réflexion :
« Je me sens la force d’être président, et j’en aurai u le courage. »
Quelques jours après, continue P. de Chambrun, j’ai eu l’occasion de voir Deschanel. Et lui aussi m’a raconté que Poincaré était venu le voir et lui avait dit : « Vous devriez vous présenter. Votre élection semble assurée. Qui pourrait se porter contre vous ? Ribol ? Il est bien fatigué. »
Lancken. ii juin 1913.
Que pourrait-on faire pour calmer les esprits si surexcités des deux côtés de la frontière? S’efforcer de régler d’un commun accord les questions soulevées en Orient dans lesquelles nos intérêts sont communs.
Pichon m’a demandé et a demandé le même soir à Sclioen si nous ne pourrions pas profiter de l’occasion offerte par la Conférence financière pour régler d’un commun accord nos affaires d’intérêt commun en Asie. Il voulait dire le Bagdad. Mais ce 11’est pas facile. Mais je crois, dit Lancken, qu’on devrait tendre et arriver à une « exploitation en commun des chemins de fer concédés à des Allemands ou à des Français ».
Droz. Poincaré et Bourgeois. — 22 juin 1913.
Le 25 décembre 1911, Bourgeois, dînant chez moi, me dit que, quels que fussent son désir et son besoin de repos, il s’était entendu avec Poincaré pour prendre très prochainement le pouvoir
avec lui, tous deux considérant que le gouvernement ne pouvait être laissé dans les dangereuses mains dé Caillaux. Il ajouta que Poincaré lui avait demandé de prendre les Affaires étrangères, mais que ce serait un ministère trop lourd pour lui, et qu’il n’acceptçrait qu’un portefeuille comme celui du Commerce ou du Travail. Trois semaines après, Caillaux tombait. Plus tard vint la question de la Présidence. Poincaré et Bourgeois s’entendirent de nouveau cette fois pour empêcher Pams de passer. Ils le considéraient comme incapable de prendre en mains le gouvernement. Ils acquirent la conviction que Ribot ne pouvait réunir la majorité, et que, si on laissait Pams et Ribot en présence, ce serait Pams qui Remporterait. C’est ce qui décida Poincaré à se présenter. Pour l’y décider, Bourgeois lui dit : « Je ne vous abandonnerai pas, quelque éloignement que j’aie pour le pouvoir. J’accepterai la Présidence, pour six mois tout au moins, si je vois qu’il est à craindre que Pams ne l’emporte sur vous. Mais j’ai foi dans votre succès. Acceptez donc nettement la candidature. »
Judet. 4 juillet 1913.
La Presse. — Le/gouvernement russe a déposé à latin de l’année dernière (1912) à Paris une somme d’environ 4oo.ooo francs, en indiquant qu’elle pouvait être augmentée, et qui est destinée à rémunérer les concours de presse. La distribution des* 4 fonds se fait par l’intermédiaire d’Alph. Lénoir,
DE
« publiciste », très lié avec Judet (ils se tutoient), et qui est depuis longtemps l’agent de publicité employé par le gouvernement français (Rouvier, Clémenceau, etc.).
Un jour, en janvier ou en février derniers, — c’était après l’élection présidentielle — Judet ayant publié un article contre la politique suivie en Orient (?), Poincaré le manda par un mot rue du Commandant Marchand, et s’attacha, dans sa conversation avec lui, à le gagner à ses idées. En causant, Judet indiqua, sans y mettre d’intention, que la guerre balkanique pesait beaucoup sur les affaires, et que les journaux en souffraient aussi. Poincaré lui dit alors : « Si votre journal est un peu gêné en ce moment, on pourrait venir à son aide » ; et il lui parla des fonds russes. Judet objecta qu’il préférait rester libre. « Mais vous le serez », répliqua le Président ; « on ne vous demande rien en échange. » — Judet a laissé Lenoir inscrire son journal pour 20.000 francs, conformément à l’indication donnée par Poincaré ; mais jusqu’à présent il n’a pas touché la somme, ne voulant pas qu’on puisse s’étonner qu’il continue à écrire avec la même liberté qu’auparavant.
La Croix . — Elle est dirigée par les Âssomptionnistes. Comme ils sont établis en Bulgarie, ils ont espéré que leur influence en Orient gagnerait à la victoire des peuples balkaniques, et leur journal a soutenu ardemment la cause bulgare, et aussi, par suite, la cause serbe. Mais ils s’aperçoivent maintenant qu’ils se sont trompés. Leur
influence, bien loin de se développer, est déjà en décroissance.
Poincaré. — En mars ou avril 1912, Poincaré fit appeler Piou, en sa qualité de chef d’une fraction de la Droite, et lui dit qu’il croyait devoir lui faire part d’inquiétudes que lui causait la politique russe. « Je crains, ajouta-t-il, qu’on aille à la guerre, et j’ai dû faire appel à l’Angleterre. J’ai été entendu, et de Londres on a agi à Pétersbourg. » En même temps, il se plaignait des intrigues d’Isvolsky.
Quelques mois plus tard eut lieu le voyage de Poincaré en Russie, et peu après l’ambassadeur d’Autriche Szeczen dit à Judet : « L’Allemagne sait que Poincaré a été à Pétersbourg pour préparer la guerre. Elle est complètement renseignée sur tout ce qui s’est dit au cours de ce voyage. »
Ainsi s’implanta en Allemagne l’idée que Poincaré c’était la guerre possible dans un avenir prochain, et ainsi s’explique qu’aussitôt Poincaré élu, le gouvernement allemand décida de demander immédiatement à son Parlement l’augmentation des forces militaires de l’Empire. Sans l’élection de Poincaré, notre loi de trois ans n’eût pas été nécessaire.
Judet a revu Szeczen il y a quelques semaines, et l’ambassadeur lui a dit : « lsvolsky est plus écouté que jamais en France. Il fait ici un chantage éhonté. Il n’y a pas de Chambres, pas de Gouvernement qui serait assez fort pour pouvoir résister aux demandes de la Russie. »
Piou a été reçu de nouveau par le Président. Il
a dit à Judet que le Président voyait ïsvolsky trois fois par semaine.
Il semble que Poincaré, si défiant d’Isvolsky, si hostile à son influence l’année dernière, lui est Entièrement acquis cette année, et se laisse dominer par lui.
Judet. Deuxième visite, 1913.
Millerand et Poincaré, \ — Millerand dit :
<t J’ai vu dans les yeux de Poincaré qu’il me lâchait. »
Caillaux. — Grand adversaire de Poincaré.
Clémenceau et Poincaré. — Clémenceau a raconté à Ribot que, lorsque Poincaré le fit appeler, il ne lui parla ni de la loi de trois ans, ni de la situation extérieure, ni de rien. Le Président avait l’air très embarrassé.
Pourquoi m’avez-vous fait appeler ? demanda Clémenceau. -— Pour vous parler de la situation, répondit le Président.
Clémenceau eut soin d’avertir Poincaré, en se retirant, que, chaque fois qu’il viendrait, il devrait être bien entendu queleLpublic en serait informé par l’Agence Ilavas.
Herbette. Clémenceau. —4 juillet 1913.
Herbette a rencontré ces jours derniers Ad. Pichon. lia eu l’impression qu’on était très préoccupé de Clémenceau à l’Elysée. « Croyez-vous,
lui a demandé Ad. Pichon, que Y Homme libre ait beaucoup de lecteurs ? — 11 ne tire qu’à 1.800, a répondu Herbette, mais il n’y a pas un homme politique qui ne le lise. Le Petit Parisien , au contraire, tire des centaines de mille, mais on ne le lit que dans les régions obscures. »
Bourgeois. 5 juillet 1913.
Oui, c’est lu par tous les parlementaires, et cela porte.
Poincaré est venu me voir hier. Je l’ai trouvé très préoccupé de la situation. Il sent que la campagne qui se poursuit contre la loi des trois ans est la continuation de la lutte engagée contre lui.
Païelle. Poincaré et Paul Cùmbon. — 7 juillet 1913.
On racontait aujourd’hui chez Madame H. Germain qu’il y a eu un échange de mots vifs à Londres entre le Président et l’Ambassadeur. Poincaré dit à P. Cambon qu’il désirait inviter au dîner quil donnait à l’ambassade un assez grand nombre de journalistes. — C’est impossible, dit Cambon, ma salle à manger n’est pas assez grande. Je n’ai en conséquence invité que [un blanc ] correspondant des Débats , et Menadier (correspondant de l’Agence Havas ?) [Ce sont les deux journalistes qui soutiennent le mieux P. Cambon *]. — Alors, répliqua le Président, je
a. Entre crochets carrés dans le texte.
n’inviterai aucun journaliste. Je vous charge de retirer les deux invitations que vous avez adressées.
Bihourd. 20 juillet igi 3 .
Le Kronprinz à Laguiche, quelque temps après le départ de Bihourd : « Nous ferons le rapprochement. C’est Cécile qui le fera. »
Hanotaux à Paul Cambon, qui lui demandait sur un ton impératif une ambassade pour son frère, alors gouverneur général de l’Algérie : « Vous êtes ambassadeur, Monsieur, mais vous oubliez que je suis ministre. »
La dernière fois que Bihourd vit le Kronprinz
— c’était après la remise de ses lettres de congé,
— il lui dit, au cours de la conversation, dans laquelle le Prince avait beaucoup parlé de l’Allemagne et de l’Autriche : « Mais vous ne dites rien de l’Italie, Monseigneur. — L’Italie, cela ne compte pas, » répliqua le Kronprinz.
Milliès-Lacroix. Sénat . — 21 juillet 1913.
C’est aujourd’hui un sénateur de l’Aisne, gros industriel de S l -Quentin, M. Touron, qui exerce au Sénat l’influence prépondérante. Il a remplacé Prevet, et le remplaçant a plus d’autorité encore que le remplacé. Cette substitution s’est faite tout
naturellement, comme une chose qui allait de soi, sans protestation, sans lutte.
La candidature de Pams à la Présidence de la République était indéfendable. Jamais Pams n'a joué au Sénat un rôle quelconque. Il ne parle même pas dans son bureau. Il ne vient pas.
D’après le projet du gouvernement, l’introduction du service de trois ans devait entraîner une charge annuelle d’environ i 4 o millions. La Chambre a tellement majoré les secours à donner aux soutiens de famille que, si le Sénat adopte le projet qui lui a été envoyé, la charge annuelle sera de plus de ooo millions : la Chambre l’a plus que doublée.
Bizot. Jeune Raffcilovitch. — 3 o juillet 1913.
Intrigant, actif, très souple, très intelligent, fécondité de moyens, mais trop agité, trop personnel. En somme, les résultats qu’il obtient semblent plutôt minces.
[C’est sans doute Isvolsky qui l’a fait venir à Paris. Il est son agent personnel, ne fait rien, dit Bizot, sans accord avec Isvolsky L]
Landouzy.
Son pere et le cardinal Gousset. — 29 août 1913.
Invidia invidissima medicorum, disait tout bas Landouzy père au Cardinal en entendant un méde-