OBSERVATIONS
OBSERVATIONS Iet II (Résumées)
(MM. Danlos, Wurtz et Tanon. Extrait de la Commuuication
à la Soc. méd. Hôp., séance du 4 décembre 1908.)
Au mois d'août 1908, M. Danlos apprend qu'un de ses amis et une personne à son service étaient atteints de fièvre typhoïde, l’un depuis six semaines, l’autre depuis un mois.
Chez tous les deux, la maladie avait des allures irrégulières.
Très bénigne, elle était anormale par sa durée, par sa ten-
dance aux rechutes et par l'absence des Symptômes les plus
caractéristiques de la maladie, notamment les taches rosées
lenticulaires et lagglutination.
Quelque temps auparavant, dans un but humanitaire, l'ami de M. Danlos avait fait venir à grands frais des chèvres d'Espagne, de Suisse, d'Asie Mineure et même de Nubie, pour propager l'usage du lait de Ja chèvre réputée réfractaire à la tuberculose. Dans ce troupeau modèle, une épidémie se déclara ; elle fit environ une vingtaine de victimes et n’était pas encore terminée quand nos deux malades furent pris.
M. Danlos eut l’idée que peut-être il ne s'agissait pas de fièvre typhoïde mais que la maladie dont étaient atteints
les deux hommes avait pu leur être communiquée par les
deux chèvres.
M. Chantemesse à qui M. Danlos demanda conseil lui
apprit que la fièvre de Malte, maladie vaguement typhoïde,
commune à la chèvre et à l’homme, était déterminée par le -
micrococcus mélitensis et pouvait être diagnostiquée par la
recherche de l'agglutination. Malgré l'affirmation du médecin traitant qui lui écrivit que ses soupçons ne se confir- V7 maient pas, M. Danlos fut fortifié dans sa conviction qu'il s'agissait bien de la fièvre de Malte, lorsqu’en septembre il revit et interrogea son ami, s
La séro-réaction n'avait été positive qu'à r/50 et deux
jours après, à l’Institut Pasteur, elle ne l'avait été qu'à 1/20.
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La courbe thermique n’était pas celle d’une dothiénenterie : la fièvre était trop rémittente. :
Pas de céphalalgie, pas d’épistaxis, jamais de diarrhée ni . de symptômes thoraciques, ni d’albuminurie ; pas de taches
rosées. Outre cela, des symptômes anormaux, douleurs lom- 2.
baires chez l’un, une orchite chez l’autre, des sueurs noc-
turnes profuses ; enfin tendance anormale aux rechutes. MM. Wurtz et Tanon auxquels M. Danlos s’adressa pour
élucider la question trouvèrent que :
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r° Le sang des deux prétendus typhiques n'agglutine pas
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l'Eberth ; donc pas de fièvre typhoïde :
2° Le sang n’agglutine pas non plus différentes espèces de bacilles paratyphiques ; donc pas de paratyphoïde ;
3° Il agglutine' dans les conditions réputées caractéris-
tiques par les auteurs compétents et en particulier par le
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Dr Nicolle, de Tunis, les cultures. du micrococcus melitensis, donc existence démontrée de la fièvre de Malte.
L'origine de l'affection est évidemment ici la contamination par les chèvres, soit par contact direct, soit plutôt par
l'usage du lait.
C’est la première fois que cette maladie fut scientifiquement démontrée en France.
L'observation détaillée des deux malades n’a pas été prise, car l’idée de fièvre de Malte n’est venue que tardivement.
La courbe que M. Danlos joint à sa communication, indiquant les températures de chaque jour chez son ami, du 30 juillet au 6 novembre, est le seul élément d’observation rigoureuse que nous ayons, Cette courbe thermique montre bien le caractère ondulant, l'irrégularité de l'évolution et la persistance d’un léger degré de fièvre vespérale à la période de convalescence. Tous ces caractères sont généralement étrangers à la dothiénenterie et se retrouvent dans les courbes relatives à la fièvre de Malte, nommée pour cette raison fièvre ondulante. Le sang des deux malades a agglutiné, l’un au 5/r00°, l’autre au 1/5o°.
Sur trois ou quatre chèvres guéries, le sang a agglutiné deux fois au 1/50+. £
Les contre-épreuves faites avec le bacille d’Eberth et plusieurs échantillons de paratyphique, tant avec Le sang des malades qu'avec celui des chèvres, ont toujours donné un:°
résultat négatif.
Il paraît donc logique de conclure, avec M. Danlos, que les deux malades, de même que les chèvres guéries, étaient
atteints de fièvre de Malte.