OBSERVATION II
(MM. Gouget, Agasse Lafont et À, Weil. — Soc. méd. des Hôp., séance du 10 décembre 1909.)
Un nouveau cas de fièvre de Malte contracté en France et observé à Paris
Il s’agit d’un garçon boucher de quarante ans, entré le
15 novembre 1909 à l'hôpital Saint-Antoine dans le service
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du professeur Hayem. Ge malade se plaignait à peu près exclusivement d’une douleur persistante qu'il localisait nettement au niveau de l’épine iliaque postéro-inférieure droite etqu'ilattribuait à deux chutes successives (chute de voiture et chute de cheval) sur la région, faites sept ans et trois ans auparavant. La première avait déterminé de fortes douleurs lombaires qui l'avaient obligé à suspendre son travail pendant six mois ; la seconde avait ramené ces douleurs de façon si persistante qu'il n'avait pu travailler depuis lors que par intermittences, À part une certaine exagération de la douleur à la pression, l'examen local ne révélait rien d'anormal. Il y avait un léger état fébrile (3809 le soir de l'entrée, 38 degrés le lendemain matin) avec un peu de céphalée, d'anorexie, une langue sale.
Nous songeàmes à un foyer d'ostéite consécutif au traumatisme, puis à un point névralgigue, l'examen radioscopique n'ayant rien montré de particulier, et la température étant retombée à la normale au bout de quelques jours. Le malade, foncièrement alcoolique, fils lui-même d'un alcooliquenotoire, était un névropathe avéré, atteint d’un tic incessant des paupières. Nous nous demandâmes même s’il n'exagérait pas un peu la douleur qu'il disait éprouver.
Mais, dix jours après son entrée, notre attention fut attirée sur sa courbe de température, qui après plusieurs jours d'apyrexie, s'élevait de nouveau progressivement. En même temps, il accusait une forte céphalée, avec constipation persistante, le pouls était relativement lent (98 pulsations pour une température de 38° 2). L'abdomen se montrait souple, sans douleur ni gargouillement dans la fosse iliaque droite,
sans Laches rosées. Le foie et surtout la rate (à la percussion)
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avaient nettement augmenté de volume. Il n’y avait pas d’albuminurie. F
D'autre part, l'examen attentif de la courbe (voir le tracé ci-joint, du 15 au 25 novembre) semblait indiquer que le malade était arrivé dans le service à la fin d'une première atteinte fébrile et que nous avions affaire à une rechute.
En interrogeant le malade sur ses antécédents, on appre nait qu'il avait eu, ‘en dehors des deux accidents signalés plus haut : à l'âge de sept ou huit ans, une fièvre prolongée, ayant persisté plusieurs mois, et depuis laquelle il serait toujours resté sujet à des retours fréquents d'accès fébriles durant quelques jours, et à de violents maux de tête. Mais il déclare que ces accès étaient souvent assez légers pour lui permettre de continuer à travailler.
Il a fait son service militaire en Algérie, où il aurait été atteint de dysenterie, mais non de fièvres intermittentes. IL en est revenu depuis seize ans.
Ila euil y a dix ans une blennorragie compliquée de cystite ; puis à deux reprises, il y a trois ans et il y a deux ans, un chancre mou : enfin, au mois d'août dernier, il aurait eu un nouveau chancre du sillon balano-préputial.chancre qu'un pharmacien aurait qualifié de chancre syphilitique, mais dont la cicatriceest à peine appréciable et nullement indurée. IL n'aurait eu du reste aucun accident secondaire (1j, mais, par contre, des bubons « gros comme un œuf »,pour lesquels ila été en traitement à l'hôpital de Louviers pendant près de deux mois. IlLavait quitté cet hôpital depuis cinq jours lorsqu'il est arrivé dans notre service.
En somme, ces renseignements ne nous apportaient aucun
éclaircissement, loin de là.
On pouvait évidemment songer à une rechute de fièvre iyphoïde, mais il fallait alors admettre que la première atteinte avait passé complètement inaperçue, malgré son séjour à l'hôpital. D'autre part, ce malade ne donnait nulle-
ment l'impression d’un typhique. Il n'avait pas la dépres-
sion qu'on constate toujours chez les typhiques même légère-.
ment atteints; au contraire, son facies était animé, ses gestes assez vifs. Nous hésitions donc beaucoup à conclure à une
rechute de fièvre typhoïde, lorsqu'un renseignement fourni
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37° [EM Î u
par le malade nous orienta dans un autre sens. Il nous apprit que la fièvre montait chez lui, tous les joùrs, sous la forme d’un véritable accès, non précédé de frisson, mais suivi de sueurs tellement profuses, qu'il fallait le changer de chemise plusieurs fois dansla même nuit.
Ces accès suivis de sueurs pouvaiént faire songer au paludisme. Mais la courbe assez régulièrément ascendante de la température n’était guère en faveur de ce diagnostic, D'ail-
leurs, le malade n'avait fréquenté aucun pays à paludisme
1. Ce malade paraît cependant être Syphilitique, car son sérum donne une réaction de Wassermann positive,
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RON: : AR depuis son retour d'Algérie, il y a seize ans, et, là-bas même, iln’avaitjamais eu d'accès palustres. Néanmoins, pourexclure définitivement cette hypothèse, nous instituâmes l'épreuve thérapeutique. La quinine, donnée trois jours de suite dans la matinée, se montra sensiblement sans effet.
D'ailleurs, dès le moment où le malade nous avait signalé ses sueurs profuses, ce symptôme, rapproché de l'aspect de la courbe thermique, nous avait fait apparaître comme beaucoup plus satisfaisant un autre diagnostic, celui de fièvre de Malte. L'interrogatoire fut dirigé dans ce sens mais sans résultat,
Depuis son retour d'Algérie, c’est-à-dire depuis seize ans, le malade n'avait jamais fréquenté ni le littoral méditerranéen ni même le Midi de la France. Il n'avait jamais élevé ni soigné de chèvres, ni bu de lait de chèvre. Quant au début de sa fièvre, il était comme nous l'avons déjà dit impossible d'obtenir à cet égard un renseignement même approximatif.
Malgré tout, les symptômes nous paraissaient plaider en faveur de la fièvre de Malte plutôt que de toute autre infection, et l’un de nous, discutant le cas devant les élèves de la clinique, conchiai dans le sens de ce diagnostic, sous réserve, bien entendu, du contrôle bactériologique,
L'examen du sang (M. Agasse-Lafont) montra une légère anémie (4.500.000 hématies) avec tendance à la leucopénie (4.000 leucocytes) et mononucléose (58, o/o de mononucléaires), c'est-à-dire la formule sanguine habituelle dans la fièvre de-Malte.
Les recherches bactériologiques (M. Weil) furent conduites de la façon suivante : le 26 novembre on prélevait dans la vèime du pli du coude 5 centimètres cubes de sang qui furent
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ee ensemencés dans 250 centimètres cubes de bouillon. Au bout de quarante-huit heures nous obtenions une culture d'un coccus ovoide, isolé ou en diplocoques; se colorant bien par les colorants usuels, mais ne prenant pas le Gram.
Un repiquage donne en quarante-huit heures sur agar une culture d'aspect lisse et brillant et en bouillon un léger trouble uniforme, sans voile à sa surface.
Ce coceus était rapidement agglutiné a ur/50° par le sérum fourni par M. Nicolle au laboratoire d'hygiène, d’un malade atteint de fièvre de Malte. |
D'autre part, le sérum de notre malade agglutinait en une heure au 1/100° le coccus précédent et au 1/5o°trois échantillons de micrococcus melitensis obligeamment fournis par MM. Wurtz. Bourges et Tanon. Quatre sérums témoins se montrèrent au 1/10° sans action sur ces échantillons. Un sérum de typhoïdique donna une agglutination incomplexe au 1/10°, nulle au 1/80e. 3
Le sérum de notre malade agglutinait le bacille typhique nettement au 1r/10°, incomplètement au 1/30. Il était sans action au 1/b0e. |
Enfin la réaction de fixation du complément pratiqué avec le séram du malade et, comme antigène, soit le micrococcus provenant de son sang, soit celui d'une culture qui nous avait été fournie, se montra nettement positive. Au contraire, l'hémolyse se produisit avec quatre autres sérum s dont un sérum de typhoïdique.
Ajoutons que l'échantillon de microcoecus melitensis fourni par M. Bourges fut agglutiné au 1/30e par l'urine du malade et au 1/10° par son liquide céphalo-rachidien.
En somme, toutes ces recherches, contrôlées par M. Tanon