‹ Les cas difficilesChapitre 15 sur 17 · LE VŒU · texte numérisé non relu

LE VŒU

Ce n'élait assurément pas un homme ordinaire, le cousin Matifas. — Pourquoi cousin? — Parce qu'il avait une telle parenté à Avignon qu'il n'était personne dans la ville qui ne fût un peu, à un degré plus ou moins éloigné, son allié par le sang. Ce phénomène était dû à l'humeur singulièrement prolifique d'un de ses aïeux, Mathieu-Barnabe Matifas, lequel avait empoisonné de sa graine tout le pa3's. Car cet ancêtre était certainement de la nature des lapins, voire des cochons d'Inde, bêtes qui pullulent avec délices et font du devoir sexuel l'unique travail de leur courte vie; en quoi je ne les trouve pas si bêtes que ça. Car on peut descendre sans regrets dans la tombe, celle-ci se présenlât-elle sous forme de gibelotte, quand on a si bien occupé son temps et fail acte si constamment de bonne volonté. Mais en voilà assez sur cet ascendant généreux de postérité.

224 NOUVELLES JOTEUSETÉS

Je reviens au cousin Matifas, notre contemporain, — car j'ai des amis qui l'ont beaucoup connu et qui m'ont raconté sur lui mille histoires amusantes dont je ne crois pas un traître mot, comme il convient avec les narrateurs de Provence. — Ce vieillard de haute taille avait eu, c'était notoire, une jeunesse terriblement turbulente, et ses fredaines passées défrayaient encore quelquefois la longueur des veillées hivernales. Il avait mis à mal tant de filles sages, qu'on avait dû l'embarquer pour le soustraire à la fureur des parents d'icelles et qu'il avait navigué dix ans, les autres prétendent vingt, mais ce m'est tout un; car, pourvu qu'on ne se noyé, il importe peu qu'on fréquente la mer plus ou moins longtemps. Il avait rapporté de son voyage une fortune considérable, mal acquise, prétendaient les envieux, gagnée d'une façon louche, avouaient les plus bienveillants. Car jamais on n'avait pu obtenir de lui un mot d'éclaircissement sur la source de ces richesses. Il n'en faisait pas ostentation d'ailleurs, vivant simplement et s'occupant en conscience de l'éducation d'une nièce dont il était le tuteur, et qui était bien la plus belle fille d'un pays où cependant les belles filles ne manquent pas. Car c'est miracle le nombre de créatures avenantes et de race qu'on y rencontre à chaque pas, cette terre étant de celles où le sang latin continue de pousser les plus magnifiques fleurs, empourprant légèrement de transparences exquises la pâleur des chairs, et secouant dans l'air, comme de vivantes saulayes, l'ondoiement des noires chevelures.

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