‹ Les cas difficilesChapitre 4 sur 17 · LES DEUX CINCINNATUS 5S · texte numérisé non relu

LES DEUX CINCINNATUS 5S

rable, et c'était aussi lavis de M. le comte des Étoupeltes, un voisin de campagne pour qui les soirées astronomiques du commandant n'étaient pas perdues.

C'était en rôdant, à la brune, comme un chai qui guette les mulots, que cette canaille d'amiral avait tout découvert. En se glissant le long du kiosque, où il avait cru entendre du brait, il avait traîtreusementassisté àun spectacle qui nelaissait aucim doute sur cette nouvelle phase du déshonneur de son ami. Il avait beau faire chaud, ce n'est jamais pour causer du prix dubeurre qu'une dame se dévêt aussi complètement que l'avait fait la commandante; et ce n'est pas davantage pour discuter les tarifs de douanes qu'elle s'étend sur un divan aux flancs d'un monsieur, comme elle était couchée aux côtés de M. des Étoupeltes. Ce méchant drôle (c'est Le Kelpudubec que je veux dire) n'eut qu'un cri éloufié, mais un long cri qui aurait voulu dire, si on l'eût entendu : « Nom d'un chien ! que je voudrais donc payer cette vue à Laripète! » — Aller le prévenir- sur sa colline?. .• Les amants pourraient filer pendant ce temps-là. Et puis, c'était banal!... Gomme un3 surprise vaudrait mieux!... En s'en allant, avec son secret

qu'il roulait dans sa tête pour en tirer le plus cruel parti, l'amiral tout à coup se frotta les mains. Il avait trouvé! La scène devait se renouveler toutes les nuits. Une simple combinaison de miroirs, et il était parfaitement possible de fairt arriver en plein télescope du commandant, ei pendant que celui-ci guettait avec son instrument le passage d'un astre, l'image parfaite et inattendue de sa femme à peu près sans chemise dans les bras d'un voisin peu scrupuleux.

Le Kelpudubec se mit immédiatement à l'œuvre. Un premier miroir, ayant l'inclinaison voulue, se dressa à quelque distance du kiosque, braqué sur l'intérieur et dissimulé, pendant le jour, par des feuillages. Un autre fut perché dans le peuplier, qui recueillait, par réflexion, ce que lui envoyait le premier. Le calcul des angles d'incidence fut laborieux ; mais le vieux mâtin ne recula pas devant la besogne. P\.estait à diriger le télescope sur le second miroir et à éclairer subitement la scène. L'amiral arriva au premier de ces buts en se glissant perfidement le jour dans l'observatoire pour y modifier à son gré l'inclinaison de la lunette. Quant au second, il l'atteignit en insinuant, sous le canapé qui servait de lit de repos aux deux amoureux, une petite lampe électrique à incandescence dont il se réservait de diriger le jeu à sa fantaisie, caché qu'il serait, tout près de là, dans quelque buisson.

Ces différents a'pprèls lui prirent une quinzaine. Mais comme il savourait sa méchante action pendant ce temps-là ! Et avec quelle verve cruelle il chantait tous les matins, en attendant le grand

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