‹ Les Catacombes de Rome et la doctrine catholiqueChapitre 11 sur 14 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

DOGMES GBaÉTIENS DIRECTEMENT DÉMONTRÉS PAR LES CATACOMBES

Les Cataeomlie* ea sénéral. — Leur Imporfanee

hlstori<iac.

Nous considérerons, dans une première partie, certains dogmes chrétiens qui ont plus spécialement rapport à la destination des Catacombes, et dans une deuxième partie, d'autres points particuliers de la doctrine, qui tirent de ces monuments une éclatante confirmation.

Qu'est-ce que les Catacombes? quelle a été leur destination? Ces questions préliminaires nécessitent une courte réponse.

Transportez- vous, par la pensée, dans la ville éternelle, à Rome, aux jours de son ancienne splendeur, au deuxième ou au troi-

sième siècle de Tère chrétienne. Elle est Torgueilleusc dominatrice du monde, avec ses douze cent mille citoyens, presque tous païens. Du milieu de son ciel d*azup, le soleil darde sur elle ses rayons brûlants et semble vouloir dorer cette multitude de temples, de portiques, de colonnades, de palais, de basiliques, de mausolées, de thermes, de théâtres et de jardins magnifiques. Tous les trésors de la terre, toutes les merveilles de Tart semblent s'être donné rendez-vous dans ce bassin gigantesque oîi sont venues se verser toutes les dépouilles du monde.

Cependant cette surabondance d'or et de marbre, ce luxe grandiose et éblouissant n'est qu*un veçnis brillant sur un immense tombeau. Quoique maîtresse du monde, la Ville est l'esclave déchue, honteuse et déshonorée de la superstition et du vice. L'ennemi du genre humain s'est en quelque sorte incarné en elle et y règne, comme dans une citadelle inexpugnable, entouré d'autant de vassaux qu'il y a de statues des dieux sur les temples et les terrasses des palais. Rome, centre' de

ET L4 DOCTRINE G/LTHOLIQUE

la puissance politique qui gouverne Tunivers, est devenue le centre de la dépravation morale et de tous les vices. Elle attire à elle les forces vitales de toutes les contrées, les transforme en poisons et les renvoia ainsi transformées jusqu'aux extrémités de la terre. Si l'humanité avait été condamnée à périr, le prince de ce monde n'aurait pu choisir un quartier général plus favorable à son œuvre de destruction. Que si, w contraire, elle devait être sauvée, c'était là aussi que la divine miséricorde devait engager la lutte contre le mal. Or, c'est précisément là qu'elle s'ouvrit. Dans le territoire de Rome, sous les vertes prairies de la campagne silencieuse, travaillaient mystérieusement, au fond des allées souterraines, quelques centaines de bras pleins d'activité et d'énergie, dont la pioche formait dans un sol rougeâtre un immense et inextricable labyrinthe de galeries. C'étaient les soldats du Christ qui, entreprenant le siège de la métropole du paganisme, lui faisaient une ceinture de catacombes, comme pour l'étreindre par un vaste système de forte-

resses. C'est dans ces camps retranchés qu'ils s'exerçaient et se préparaient au combat; c'est de là qu'ils partaient, animés d'un saint enthousiasme, pour les luttes du martyre. Aussitôt la victoire remportée et la palme cueillie, on rapportait comme trophées aux Cata* combes les corps des héros chrétiens. On déposait avec eux dans la même sépulture les insignes et les instruments du martyre, comme on avait enseveli autrefois les guerriers avec leurs armes. Mais chaque goutte de leur sang était la semence d'une nouvelle armée de soldats chrétiens, jusqu'au jour où l'étendard de la croix, planté par l'empereur Constantin, flotta sur le Capitoleel que Rome devint le centre vivant d'un monde renouvelé, le cœur qui versa les flots de la foi et de l'amour de Dieu dans toutes les veines de l'humanité.

aa dea Catac^Bibes.

Nous avons donné une idée d% Timpoptance historique des Catacombes; essayons d'en faire la description. Les cimetières souterrains de Rome, qui n*ont pris le nom de Catacombes que depuis le seizième siècle, sont | exclusivement d'origine chrétienne. Leur étendue comprend une zone de deux mille pas autour de la ville, et forme ainsi une immense, silencieuse et sainte nécropole. Creusées dans les propriétés de quelques familles patriciennes qui avaient embrassé la foi, elles jouissaient, surtout pendant les deux premiers siècles, de la protection* de la loi ro-t maine, qui déclarait inviolables les emplace'^\ menls religieux. Pour mieux les désigner, on leur donufiiit les noms de -leurs propriétaires

chrétiens ou des martyrs illustres qui y étaient inhumés.

Elles sont au nombre de ving^t-six, correspondant aux vingt-six titres ou paroisses de Rome; et, si Ton y ajoute quelques petites catacombes postérieures à Constantin, on arrive à un total de quarante, qui forment un réseau souterrain de^^ues sépulcrales.

Taillées régulièrement et perpendiculairement dans un terrain de formation plutonique, résistant, l e tuf granuleux, ces rues se croisent à TinOni et forment généralement des séries d'étages superposés, qui vont quelquefois jusqu'à cinq. Dans ces allées, connues ordinairement sous le nom de galeries^ on a pratiqué, le long des parois, d^uis le sol jusqu'en haut, des coupures horizontales. Ce sont les niches tumulaires, les loculi^ dans lesquels, semblables aux passagers qui se livrent au sommeil bercés par le roulis du vaisseau, reposent les morts chrétiens, souvent jusqu'à quatorze placés l'un au-dessus de l'autre, sans distinction de cang, d'âge ni de sexe. Chaque pouce de la niche, chaque

ET Là DOCTRINE CATHOLIQUE H

pied GEUré de la paroi est employé avec épea:' gne du terrain; mais chacun, enfant ou adulte, a ton tombeau cremé dam le roc, et oit

nul avant lui na été inhumé. Les galeries, sur une hauteur de sept à quinze pieds, sont si étroites, que le plus souvent une personne suffit pour eu occuper la largeur. Mais leur longueur est telle que, si l'on pouvait les souder toutes ensemble, bout à bout, on aurait près de trois cents lieues de chemin à faire, et l'on passerait à côté de quatre à eix millions de tombeaux.

Ce travail d'excavation et de taille des galeries sépulcrales et des locuH, ainsi que la coupure plus spacieuse des chapelles, était confié à une corporation ou confrérie de vrais

imitateurs de Tobie, aux fossoreSj fossoyeurs, qui étaient préparés à leur vocation, toute «de dévouement, par une sorte d'ordination ou de bénédiction ecclésiastique.

llc«ita«tl«B «t Bat dem C^laeoaifcea.

Efforçons-nous, après cette courte description, de découvrir pour quelle fin ces Catacombes ont été creusées. Leur destination originelle et première ressort clairement du nom qu'elles portaient dans lantiquité chrétienne. Elles étaient appelées cimetière, cœme^ terium^ c'est-à-dire, lieu du repos, dortoir. Elles avaient donc servi primitivement de lieu de sépulture aux chrétiens de Rome. Dès l'instant que Ton considérait leurs corps comme les membres du Christ, comme les temples du Saint-Esprit et des vases d'élection, on ne voulait ni les brûler sur un bûcher, selon la coutume païenne alors en vigueur, ni les exposer à être déshonorés par les infidèles. Bien plus,

iU LES CATACOMBES DE ROME

comme ils étaient destinés à resplendir un jour pleins de magnificence et de lumière dans la gloire divine, on les couchait comme une semence dans le champ bénit; ou plutôt, selon le mot plus expressif des premiers chrétiens, onlesy déposail^ comme on dépose, pour le conserver, un trésor en lieu sûr. Ce n'étaient pas des morts, c'étaient des hommes endormis: aussi le lieu de leur sépulture s*appelle-t-il un dortoir^ où ils se reposent des travaux de la journée, jusqu'à ce que vienne l'aurore et que le son de la trompette les réveille.

Transportons-nous un instant dans un de ces souterrains. Un char attelé de deux chevaux vient de pénétrer sous la voûte ténébreuse d'une carr ière de sable , d'une arenarmjabandonnée. C'est le char des morts, auxiliaire indispensable durant les jours si difficiles de la persécution. Les fo$wreê^ revêtus des habits de leur or/lre, attendent le nouveau venu avec impatience et d'une main tremblante font descendre le corps. Ce corps n'a pas été plongé dans la chaux, pour

le cacher aux païens, comme cela arrivait quelquefois. Les fidèles veilleurs des morts l'ont pris, tout sanglant, au lieu même de l'exécution, et se sont hâtés d'apporter leur précieux butin dans le trésor de l'Église, Un fossoyeur^ déjà blanchi par Tâge, précède et éclaire les porteurs. Il les conduit dans un coin de Varenaria oh un escalier dérobé leur ouvre le chemin de la nécropole chrétienne. Là, Tévèque et les fidèles saluent pardes chants solennels la dépouille du héros, et le cortège funèbre se met en marche. Dans ces corridors silencieux, retentit, suavecomme léchant des bienheureux, la divine psalmodie, et ses sons mystérieux se répercutent à travers les galeries. Les flambeaux portés par les acolytes se reflètent sur ces murailles rougeâtres du tuf lithoïde, forment des milliers d'étoiles qui scintillent soudain et s'éteignent bientôt, pendant que les sépulcres, dont les rangs se prolongent indéfiniment de chaque côté, forment avec leurs paisibles habitants une haie d'honneur pour le nouveau concitoyen qui y fait son entrée. Les briquei?

jaunâtres et les plaques de marbre blanc qui ferment l'entrée des tombeaux, brillent sous les mobiles reflets de lumière, comme des plaques d'or et d'argent qui seraient incrustées ou enchâssées dans la pourpre. Elles semblent s'animer! La lumière Jes rend parlantes; elle en fait autant d'emblèmes trans* parents, et plus d'une inscription touchante, plus d'un symbole plein de fraîcheur et de délicatesse, exécuté sans art par la main inhabile du fossoyeur, annonce la paix du ciel, l'inébranlable espérance, la confiance joyeuse, et se trouve ôtre, pour ainsi dire, une réponse aux versets psalmodiés par le chœur qui passe. Tout autour de ces plaques de marbre, apparaissent scellés dans le mortier, comme des guirlandes d'honneur, des signes expressifs du souvenir et de l'affection impérissa- *bles. Ici, c'est une monnaie, ou un coquillage, ou un camée qui frappe le regard; là, c'est une pierre étincelante ou un fragment de cristal enchâssé dans l'or. Plus loin, des empreintes de cire, représentant la forme de la plante du pied et couvertes de devises chré-

tiennes, encadrent la mince tablette qui recouvre la tombe. Quand c'est un martyr qui habite le loculus silencieux, le plus enviable des bijoux en signale la présence : une fiole de verre, d argile ou d'onyx, contenant le sang précieux du martyr, et par devant est une lampe allumée. Le cortège funèbre a déjà parcouru plusieurs galeries. Dès qu'il pénètre dans une nouvelle allée, une lampe, sentinelle discrète qui veille sans bruit au fond de sa niche, semble le saluer. Tantôt celte lampe est décorée d'un ornement emblématique; tantôt elle prend la forme d'une colombe, d'un poisson ou d'une barque. Elle marie joyeusement sa faible lumière à l'éclat des cierges.

Cependant on arrive à l'emplacement réservé au défunt. Cette fois, ce n'est pas une simple ouverture dans une de ceâ longues rues sépulcrales. Pour honorer le martyr, les fossorei lui ont préparé dans une grande excavation un arcosolium. C'est une sorte de sarcophage sculpté dans le tuf et couronné par une niche en voûte surbaissée. Les né-

crophores ou porteurs s'arrêtent et déposent sur le sol leur précieux fardeau. Comme celui de Jésus, ce corps est embaumé avec de précieux aromates et enveloppé d'un linceul.

L*amitié a déposé sur ce front victorieux une couronne de lauriers, et le pontife achève la bénédiction. De pieuses lèvres couvrent encore de baisers la sainte dépouille; puis on Tintroduitdans l'ouverture préparée. A côté Ton place un petit vase rempli du sang qui a été versé pour rendre témoignage à Jésus-Christ et une urne d aromates dont lodeur suave, image du parfum de la sainteté, embaume le tombeau et la cçypte. Mais bientôt le tombeau devient la table eucharistique ; la pierre qui en ferme l'ouverture s ert de pierre d'autel; sur elle l'évoque célèbre le sacrifice de la nouvelle alliance, sacrifice offert à la gloire du Très-Haut, en l'honneur du bienheureux qui vient de recevoir la céleste couronne.

Consacrées surtout à la sépulture des chrétiens, qui sont frères et sœurs en Jésus-Christ, les Catacombes reçurent en outre, par la force

» Il .1 I I « I II I I ■ I » ■■

dBs choses, une aatre destination. Aux jours de la persécution, elles devinrent la demeare

temporaire du Pape, du clergé et de quelques laïques de distinction particulièrement désignés à la haine des tyrans. Elles furent aussi le lieu de réunion des fidèles pour la célébration du culte.

Cette dernière destination rendit insuffisantes les chambres sépulcrales de quelques familles et les arcoiolia des martyrs. On fit alors des excavations en forme de chapelles plus richement décorées, avec un arcosolium ou un aute] libre placé sur un sarcophage.

A côté ou par derrière se trouvait le siège épiscfjpalj et le long de la paroi un banc de pierre pour le clergé. La crédence consistait en une niche pratiquée dans le tuf ou en •des consoles taillées en relief. Au c/M»ur, compartiment dans lequel se tiennent les hommes, correspond régulièrement, de lautre côté de la galerie, la chapelle des femmes, qui a vue sur le chœur. Un passage, luminare^ pratiqué dans la partie supérieure et donnant au-dessus de la séparation, apporte à cha-

20r LES GA rAGOMBES DE UOMË

cune des deux nefs la lumière et un air constamment renouvelé. Quelquefois on rencontre un troisième espace, sans ornementation d'aucune sorte. Il est en communication avec le presbyterium par une ouverture destinée à la transmission des paroles : c*est là que se réunissent les pénitents et les catéchumènes. Dans ces cryptes séjournèrent trèslongtemps toute une série de papes depuis saint Pierre jusqu'à saint Marcel et saint Eusèbe. Le saint pape Gaïus, neveu du cruel Dioclétien, y resta huit années entières. C'est là qu'ils instruisaient et qu'ils baptisaient les fidèles, qu'ils ordonnaient les prêtres et établissaient la discipline ecclésiastique. C'est de là qu'ils gouvernaient tout le troupeau du Christ, de là qu'ils dataient leurs bulles pontificales et qu'ils exerçaient leur charge pastorale et apostolique. C'est de là qu'ils envoyaient les fidèles nourris du pain des forts sur le champ de bataille du martyre, et qu'ils sortaient enfin eux-mêmes, quand il s'agissait d'aller mourir pour Jésus- Christ. La sainteté inséparable des tombeaux

et la crainte de s'exposer à des dangers dans ces labyrinthes inconnus donnaient à ces refuges souterrains toute la sécurité désirable contre les ennemis du nom chrétien. On signale néanmoins des circonstances exceptionnelles dans lesquelles cette nécropole cessa d'être un asile inviolable. Ainsi sainte Émérentienne fut lapidée dans une crypte, sainte Candide précipitée par un luminare.

Une autre fois, toute une troupe de chrétiens fut enterrée vivante près du tombeau des saints martyrs Chrysanthe et Daria. Ainsi encore, en 261, le saint pape Sixte IF^ célébrant les saints mystères dans les Catacombes en présence d'un grand nombre de fidèles, fut mis à mort avec quatre diacres. Peu de temps auparavant, un autre pape avait eu le même sort. C'était saint Etienne I.

En vertu d'un ordre impérial, il avait été traîné au temple de Mars. Il échappa par miracle des mains de ses bourreaux et se cacha avec son clergé dans les Catacombes de Saint-Calliste.

Longtemps il donna à son troupeau déjà

coDsidérable tous les soins d'un bon pasteur. Un soir, — c'était après une chaude journée du mois d'août, — les fidèles furent convoqués, comme de coutume, à une assemblée sainte. Celui qui, à ce moment-là, se serait promené sur la voie Appienne , hors des murs, aurait pu voir, de temps à autre, ou seules ou en petits groupes, des ombres marcher rapidement, se glisser et disparaître derrière les murs d'une villa solitaire.

Ce sont les chrétiens qui, pour l'office nocturne, se hâtent de pénétrer dans le cimetière de Lucinay embranchement des Catacombes de Calliste. Le mot de passe donné, la porte s'ouvre devant eux, et ils parcourent silencieusement * les allées souterraines fai-^ blement éclairées.

Les voici arrivés. Les femmes complète^ ment voilées se détournent à gauche, rendant un salut muet aux veuves consacréos à Dieu.

Les hommes pénètrent dans la chtpelle de droite^ dont un clerc garde l'entrée. Les voussures et les murailles sont ornées de peintures symboliques, auxquelles la douce lumière

ET LA DOCTRINE GàTHOLIQUE 23

des lampes prête un charme tout particulier.

Tont respire la piété et le recueillement.

Dans le fond, sur le tombeau d un martyr, s'élève un autel simple, oii le diacre prépare les vases sacrés* Les fidèles qui arrivent déposent dans la niche murale leur offrande de pain et de vin et attendent debout qw Faction minte commence^ pendant que le clergé prend place au presbyterium . La scène se concentre surtout dans la personne vénérable de saint Etienne^ assis sur un siège de marbre.

Son doux regard de père se repose avec amour sur son petit troupeau . Il se lève.

De sa bouche de prophète sortent à flots pressés des paroles de paix et d'encouragement, qui pénètrent les cœurs des fidèles et produisent une émotion puissante dans Tas* semblée.

Le pontife monte alors à Tau tel, et, tourné vers le peuple, il commence les saints mystères « Qftel éclat surnaturel illumine sa face quand il élève les mains! quelles merveilleuses flammes jaillissent de ses yeux quand il contemple TAgneau de Dieu couché devant

lui I Est-ce lavant-goût de la félicité prochaine dont le pressentiment saisit le noble vieillard? Ecoutez. . • On entend un cliquetis d'armes ; . . . la lumière des torches se fait déjà voir dans la galerie voisine; une troupe s'approche:... ce sont les redoutables satellites de César.

Le soupirail ou luminare leur a apporté le son des cantiques et leur a par là même révélé l'asile des chrétiens. Ils se fraient violemment un passage. Mais une puissance surhumaine semble les clouer au seuil de la crypte sacrée. Le Pape achève le sacrifice, prie pour les persécuteurs, et les soldats ne sortent de leur miraculeuse torpeur que quand Etienne a pris place sur son trône. C'est alors que la troupe se précipite sur lui, l'épée nue, et fait une glorieuse victime de celui qui tout à l'heure offrait lui-même le sacrifice.

Voilà notre route aplanie. Elle nous conduit au but que nous nous proposons en écrivant ces pages. Les Catacombes^ pillées et dévastées durant l'invasion des barbares, plus tard comblées de terre par suite d'ébou-

lements, tombèrent complètement dans Toubli et furent une région inconnue jusqu'au temps (1593) d'Antonio Bosio, de Malte. Avec ce savant, le Christophe Colomb de la Rome souterraine, commencèrent des fouilles sérieuses, destinées à réveiller l'intérêt qui s'attache naturellement aux Catacombes, et qui fournirent des bases à la science dont elles sont l'objet. Mais c'est à notre siècle, et surtout au glorieux règne de Pie IX qu'était réservée la gloire de donner à ces recherches une impulsion dont les résultats ont dépassé les espérances les plus hardies. Pie IX, cet autre Damase, a, pendant près de vingt ans et au prix des plus nobles sacrifices, fait pratiquer des fouilles, qui ont permis à l'illustre àe Rossi de publier, dans des œuvres désormais classiques, une profusion de découvertes extrêmement intéressantes et de construire l'édifice scientifique le plus complet à l'aide des matériaux conquis. Ce n'est qu'après l'achèvement de ces œuvres qu'on en verra le prix immense pour toutes les branches de la science chrétienne.

26 LES CATAGOMffig DE ROME, ETC.

Nous espérons néanmoins, par l'analyse des résultats déjà acquis, pouvoir contribuer pour notre faible part à Tapologétique du catholicisme •

Les monuments qni nous permettront surtout de nous faire une idée exacte de la primitive Église sont les monuments funèbres.

Cette cireonstance va déterminer la direction de nos recherches. Ces recherches seront naturellement circonscrites par le dogme qui a le plus de rapports avec la destination des Catacombes, à savoir, la communion des saints, c'est-à-dire F Église triom-phante, F Église souffrante et l Église militante.

Les âmes des défunts qui sont morts dans la grâce divine sont, selon l'enseignement de TÉglise catholique, auprès de Dieu; leur demeure est établie dans la paix du ciel ; elles jouissent de la gloire et de la félicité éter-

28 Lt5 CATACOMBES DE ROME

ne] les. Les tombeaux des Catacombes nous donnent-ils les mêmes enseignements? Nous allons les interroger, relever les inscriptions tumulaires et l'iconographie des trois premiers siècles, qui pourra nous venir en aide. Comme l'espace nous est mesuré, nous ne ferons que les citations qui se justifient par leur importance dogmatique.

Parcourons donc les épitaphes suivantes :

« Prima, tu vi$ dans la gloire de Dieu et dans la paix de N.-S. J.-C. VIVIS IN GLORIA DEI ET IN PACE. » — « Rempli de grâce et d'innocence, Sévérien, repose ici dans le sommeil de la paix; son âme a été reçiLe dans la lumière du Seigneur. IN LVCE DOMINI SVSCEP- TVS. » — « A Saxonia bien méritante : elle repose en paix dans F éternelle maison de Dieu. »

— « Laurent naquit pour ï éternité à tdge de vingt ans; il repose en paix. NATVS EST IN ETERNVM. » — « Ursina, — Àgape, — Àlogia, — Felidssimaj — Fortunée, — etc., vous vivrez dans la paix, — en Dieu, — toujours,

— éternellement. » — « Hermaniscus, ma lumière, tu vis en notre Dieu et Seigneur

J.-C.» — « Marcien, néophyte, les cieux te sont ouverts, ta vivras dans la paix. GELi.

Page 1