‹ Les catacombes de Rome;Chapitre 2 sur 9 · ALTERI. DAMASO · texte numérisé non relu

ALTERI. DAMASO

QVÏ, MONVMENTA. MARTYRVM. ^ MILIARII. SjECVLI. RVINIS. OBRVTA. IN. LVCEM. REVOCAT.

H.EC. VOLVMINA. JVSSV. EIVS. CONFECTA.

AVCTOR.

— io3 —

poète Prudence en a parlé (i). « Où y a-t-il autre part, écrivait également saint Jérôme, un aussi grand zèle pour accourir en foule aux tombeaux des martyrs : ubi alibi ianto studio et frequentia ad martyrum sepulcrum concurritur ? Aujourd'hui, après quinze siècles, on peut encore suivre la trace du pèlerinage souterrain à toutes les stations, nommées par M. de Rossi cryptes historiques : tombeau des Papes, appelé station de saint Sixte ou de sainte Cécile , tombeau ou station de saint Eusèbe, etc. (2) . Les lucernaires se succédant les uns aux autres à intervalles si rapprochés, que, sans lumière, la foule pouvait se diriger à travers l'hypogée , indiquent la voie ordinairement suivie , comme les graffiti, inscriptions de noms ou proscynèmes, la font également connaître. Un pèlerin qui, sans doute, avait perdu sa femme ou sa fille, a inscrit trois fois sur le stuc des murailles le nom de celle qu'il a perdue, Sophronia, et à mesure qu'il avançait dans sa course et multipliait ses prières, sa foi devenait plus vive. Il commence par la formule optative :

(1) Le Dr Brockhaus a publié (en allemand), à Leipzig, en 1872, un livre sur Aurélius Prudentius Cléinens et son importance pour l'Eglise de son temps, où il examine les rapports qui' peuvent exister et existent réellement entre les peintures des Catacombes et les vers du poète. — (2) Ces cryptes sont ordinairement en étroite connexion avec les escaliers qui mènent au dehors. Ainsi, dans le cimetière de Callixte et les parties ajoutées, on trouve onze cryptes en rapport avec onze escaliers.

Sofroniavibas, qu'il répète deux fois, et termine en affirmant le bonheur dont jouit en Dieu sa douce Sophronia : Sofronia dulcis semper vives in Deo.

Les tombeaux des martyrs étaient donc visités et vénérés ; mais dans leur dévotion indiscrète, les fidèles commirent plus d'un abus. Afin de reposer plus près des corps saints, ils mutilèrent les peintures pour ouvrir des loculi ou creuser des cryptes neuves derrière la tombe du martyr. Le pape Damase s'émut de ces profanations, et bien que personne plus que lui n'eût pu revendiquer l'honneur de reposer dans les cimetières souterrains, il fit connaître sa résolution de n'y être pas enseveli, prêchant ainsi de parole et d'exemple pour arrêter le zèle inconsidéré des fidèles, qui compromettait et la beauté des souterrains et leur solidité. •

Hic fateor Damasus volui mea condere membra,

disait-il dans l'inscription de la chambre du tombeau des Papes.

Sed cineres timui sanctos vexare piorum.

« Il n'est pas besoin, disait à son tour l'archidiacre Sabinus, de placer son corps près du corps des saints; c'est par l'âme qu'il faut se rapprocher d'eux. L'âme une fois sauvée sauve le corps. »

Aussi bien la sépulture dans les souterrains cessa d'être sous la surveillance des prêtres et devint une entreprise de fossores. Ces fossores vendaient la

— io5 —

faveur d'avoir un tombeau, et ce furent eux surtout qui mutilèrent les anciennes peintures pour creuser de nouveaux loculi et satisfaire ainsi à prix d'argent les désirs des fidèles. D'ailleurs les lois qui prohibaient l'ensevelissement dans l'intérieur de Rome n'étaient plus observées. Après Théodose, on enterra moins dans les anciens cimetières.

« Beaucoup désirent avoir un tombeau près du tombeau des saints, dit une inscription de 38 1, mais peu l'obtiennent. »

Pendant les vingt-cinq dernières années du quatrième siècle, le nombre des épitaphes provenant des souterrains est d'un tiers seulement contre deux tiers d'épitaphes venant du dehors. Cette proportion diminue encore sensiblement dans les années suivantes. On a affirmé à»tort que l'usage d'ensevelir dans les souterrains a duré jusqu'au commencement du septième siècle; car, de 400 à 409, les sépultures commencèrent à y devenir très-rares, et les inscriptions n'en relatent plus à partir de 410. Cette année-là, le roi des Goths, Alaric, entrait dans Rome en vainqueur.

Alors finit la quatrième époque de l'histoire des cimetières, et il faut, comme nous l'avons fait jusqu'ici , résumer les principaux caractères de l'architecture , de la sculpture , de la peinture et de l'épigraphie pendant cette période.

L'architecture présente encore des galeries nouvellement ouvertes, mais elles deviennent rares, et

— io6 —

elles sont petites, étroites, obscures : on manque évidemment de plan déterminé d'avance ; les loculi sont petits , juste assez grands pour placer le corps. Dans quelques anciennes galeries, on abaisse le sol. De nouveaux loculi viennent couper les anciennes peintures ou sont placés sous les degrés des escaliers.

La sculpture peut désormais se montrer dans les basiliques construites au-dessus de terre; néanmoins quelques sarcophages sont encore descendus dans les souterrains, mais tous à présent reproduisent librement les scènes de l'Ecriture, que jusqu'alors on n'avait pas sculptées et qu'on s'était contenté de peindre. Les plus fréquemment reproduites sont : la résurrection de Lazare, Jonas sous l'arbre, Daniel dans la fossse aux lions, la multiplication des pains, le miracle du vin à Cana, etc.. Les nombreux sarcophages conservés au musée chrétien du Latran, celui de Junius Bassus conservé à Saint-Pierre, en sont d'illustres exemples.

Les symboles deviennent très-rares ; il n'y a plus aucun exemple de l'ancre, mais la colombe est encore représentée (i).

Les peintures sont d'un style moins pur ; elles sont grêles, à couleur heurtée et trahissent évidem-

(i) On parle ici de Rome, car, on le sait, les symboles épigraphiques employés à Rome se sont répandus lentement dans les provinces, qui en gardent l'usage longtemps après qu'ils sont abandonnés dans la métropole du christianisme. (Cf. J.-B. de Rossi., E. Le Blant, Manuel d'épigraphie; passim.)

ment la décadence. Les sujets symboliques disparaissent devant la représentation historique des scènes de la Bible et de l'Evangile.

Les inscriptions à cette époque sont très-rarement écrites en grec. Le sigle R est très-usité au quatrième et cinquième siècles; les formules, précédemment simples et laconiques , deviennent prolixes, souvent ampoulées; elles sont bonnes encore, mais mal agencées , l'éloge est verbeux ; c'est alors qu'apparaissent les expressions mirœ bonitatis , mirœ sanctitatis, mirœ sapientiœ, etc.; rien ne rappelle la concise élégance des inscriptions précédentes. Les épitaphes métriques commencent à être en vogue et le seront davantage au cinquième siècle. Les inscriptions chrétiennes suivent ainsi l'exemple des inscriptions païennes. Au cinquième siècle, les épitaphes sont tantôt ampoulées, tantôt simples; mais en ce dernier cas purement historique et tout souvenir classique est perdu. Les formules sibi locum fecit, — suis fecerunt locum, sont alors très-usitées. La mention des tria nomina tombe en désuétude au quatrième siècle; pn rencontre fréquemment de nouveaux cognomina en antius, entius, ontius, osus, comme Amantius, Léontius, etc. Ceux dérivés d'un dogme chrétien ou d'une fête chrétienne, comme Paschasius, Deusdedit, Adéodatus, ne se rencontraient pas avant Constantin; souvent il y a un double cognomen, seulement on les unit par les mots qui et : ainsi Symmachus qui

et Nonnus ; qui et est souvent remplacé par le mot sive.

Les acclamations comme vivas in Deo , etc., ne sont plus de cet âge , elles sont tombées en désuétude avec le quatrième siècle.

Histoire des cimetières, cinquième époque. — Tolérance de certaines habitudes et préjugés du paganisme par les empereurs chrétiens. — Les monuments de Rome respectés par les chrétiens sont., comme les cimetières souterrains, détruits par les barbares. — Ceux-ci sont encore un but de pèlerinage. — Translation des restes des corps dans l'intérieur de Rome. — L'oubli descend sur les cimetières.

Avant de poursuivre notre récit de l'histoire des cimetières, il convient de présenter quelques observations importantes.

Au premier moment du triomphe du christianisme sur le paganisme , rien ne fut bouleversé. La religion s'insinua dans les idées , pénétra dans les mœurs doucement, sans faire d'éclat, sans amener d'orage. Les lois portées par Constantin et ses fils contre le culte idolatrique furent peu ou point observées. Tous les monuments païens restèrent debout , aucun ne souffrit , et ces faits, qui contredisent le texte des lois, viennent attester la grande modération des empereurs dans leur triomphe. La distinction des rites et usages du paganisme , dont le caractère est essentiellement religieux et idolatrique, d'avec ceux qui pouvaient être tenus pour civils de leur nature et regardés comme les actes d'un culte politique , est , selon le mot de

M. de Rossi, la clef de toute la législation des empereurs chrétiens , même dans le cinquième siècle. Du reste, en dehors du culte officiel, toute liberté était laissée aux particuliers. Les Arvales conservèrent probablement la possession de leur bois sacré jusqu'en Tan 382. L'empereur Gratien, en confisquant cette année-là les revenus des temples païens, ne proscrivit pas le paganisme, qui continua à avoir un culte public subventionné par des dons privés. Les patriciens païens payaient alors des professeurs pour maintenir l'enseignement de leurs rites, et nous savons qu'entre 382 et 391 un temple de Mithra était construit à Rome aux frais de simples particuliers. En 394, un effort sérieux était même tenté pour rétablir officiellement l'idolâtrie , et la découverte faite par M. L. Delisle de quelques vers inédits a jeté une assez vive lumière sur un des plus grands faits de l'histoire chrétienne dans le monde romain (1). L'empereur Eugène et le chef de ses partisans, Nicom'aque Flavien, renouvelèrent alors toutes les cérémonies païennes ; mais enfin la religion du Christ triompha définitivement, et après la victoire de Théodose sur les partisans d'Eugène et du polythéisme, une explosion de foi religieuse éclata de toutes parts. L'église Sainte-Pudentienne fut alors reconstruite, en 3g8 , et sa mosaïque, la

(i)M. Morel, Revue archéologique , juin et juillet 1868. — M. de Rossi, Bullettino, 1867, p. 35.

plus belle de Rome , au jugement du Poussin, en tous cas la plus ancienne, date de cette époque. Néanmoins, après ce nouveau triomphe d'un empereur chrétien, les statues païennes furent encore respectées, et si on les enleva des temples convertis en églises, ce fut pour les placer au dehors sur les places , comme des ornements et objets d'art.

Lorsque le pape Simplicius dédia (en 465) à saint André la basilique de Junius Bassus, il conserva toute la décoration de l'église profane, sauvant ainsi par la consécration religieuse les œuvres artistiques. Les monuments de Rome souffrirent trèspeu des chrétiens et furent seulement détruits par les barbares, par Alaric en 410, et surtout par Genséric en 430 et par Vitigès en 637, puis par Narsès qui, en 5yi , enleva les statues demeurées encore intactes au palais des Césars et au Capitole (1). Ainsi, on a des preuves de la condescendance dont les empereurs chrétiens usèrent pour vaincre les habitudes païennes et faire pénétrer peu à peu, dans cette société profondément malade et corrompue, les idées chrétiennes qui devaient la sauver (2).

(1) Bullettino, 1.867, p. 18. Beaucoup de monuments furent aussi détruits par les Normands, au dixième siècle. — (2) On en a un autre exemple dans les combats de gladiateurs abolis par Constantin en 325 , et cependant tolére's par ce prince, tolérés même par Théodose vainqueur de la faction païenne. Il fallut le dévouement du moine Télémaque, en 404, pour les faire cesser. Une inscription y fait allusion. (M. de Rossi, Bullettino, 1867, p. 87.)

A partir des invasions barbares, le travail souterrain devenu , depuis quelques années déjà, une entreprise privée des fossores, fut, nous l'avons dit, interrompu; à peine rencontre-t-on désormais quelques rares et incertains exemples de sépulture dans les loculi d'un cimetière. La dernière mention des fossores aujourd'hui connue est de l'an 426, dans une vente à haut prix d'un sépulcre construit en avant de celui de sainte Emerita. Même en les premières années du cinquième siècle, leur nom ne serait pas une preuve d'excavation nouvelle , puisqu'une inscription nous montre un lieu de sépulture dans la basilique teglata de Balbine, c'est-à-dire construite avec un toit. Comme la tranquillité n'existait plus nulle part alors dans l'Empire romain ravagé par les hérétiques et par les barbares, les fidèles songèrent à mettre en sûreté les reliques de leurs saints. On apporta à Rome plusieurs corps vénérés dans les provinces, et on les déposa dans les souterrains. Sixte III fit peindre les images de trois saints dont les restes avaient été ainsi rapportés de Pannonie vers l'an 427, et en 430 on apporta de Numidie au cimetière de Callixt? le corps de l'évêque Optât, martyrisé par les Vandales ; déposé dans la crypte de Saint-Eusèbe , il fut le dernier des évê- *ques et des saints ensevelis dans ce cimetière.

En effet, les prières pour les défunts et pour la bénédiction des cimetières, insérées dans les livres liturgiques de l'Eglise romaine, compilés vers la

seconde moitié du cinquième siècle, font allusion aux sculptures dans les basiliques, ou autour des basiliques, et jamais à la sépulture dans les cimetières souterrains. Ces témoignages viennent donc contredire, eux aussi, la croyance vulgaire sur l'époque où cessèrent les inhumations. Cette croyance s'appuyait sur certains documents montrant, par exemple, les papes Siricius, Célestin et Vigile, ensevelis dans le cimetière de Priscilla, et le pape Célestin commandant des peintures pour orner son propre tombeau; mais M. de Rossi a opposé à ces documents suspects les témoignages précis du pèlerin qui a écrit l'itinéraire de Salzbourg, indiquant que Siricius a été enterré dans une basilique, et qu'à sa droite ont été placés les papes Célestin et Marcel ; M. de Rossi produit d'autres actes établissant que le pape Vigile a été enterré à côté du pape Marcel. Il en est de même de plusieurs autres pontifes, et il est certain que les cimetières où, au cinquième siècle, furent déposés les papes, étaient tous à ciel ouvert, comme celui qui, au-dessus du cimetière de Callixte, s'étendait autour de la ce lia à trois absides. Ce mot cœmeterium désigne désormais tout aussi bien les oratoires et édifices construits sur terre que les excavations souterraines. Le chanoine Settele, sans connaître les documents sur lesquels s'appuie M. de Rossi, avait pressenti la vérité sur ce point; M. de Rossi l'a placée dans tout son jour. Aussi bien dès la fin du cinquième siècle et certainement au sixième

— ii4 —

siècle, comme le montre le cimetière découvert sur l'Esquilin, on enterra généralement dans l'enceinte de Rome.

En cessant d'être des cimetières, les souterrains restèrent des sanctuaires visités et entretenus par les fidèles. Au cinquième siècle, le pape Sixte III fit revêtir de marbre la crypte pontificale dans le cimetière de Callixte. Le pape Simmaque fit restaurer et orner un grand nombre de cryptes; mais lorsque les Goths avec leur roi Vitigès vinrent assiéger Rome en 527, ils saccagèrent plus d'un sanctuaire. Ecclesiœ et corpora sanctorum exterminata sunt à Gothis, dit le Livre pontifical. Des inscriptions viennent confirmer ce fait en mentionnant les dégâts causés par les Goths aux sépulcres des saints martyrs, particulièrement dans les cimetières de la voie Salaria, côté de Rome que ces barbares occupaient. Le pape Vigile s'empressa, après le départ des Goths, de réparer les dévastations, et comme les inscriptions mises par le pape Damase avaient été brisées en plus d'un endroit, le pape les fit reproduire en imitant, autant que possible, les caractères si particuliers employés par le calligraphe Furius Dionisius Filocalus. M. de Rossi a cité plusieurs exemples de ces reproductions, entre autres cette double inscription de la crypte de Saint-Eusèbe au cimetière de Callixte dont nous avons parlé, témoin encore subsistant des ravages causés par les Goths et de la restauration ordonnée par le pape.

Totila vint de nouveau ravager la campagne romaine, et après lui ençore le pape Jean III (56o-5y3) s'occupa des cimetières dévastés ; il pourvut à la célébration du saint sacrifice dans les cimetières chaque dimanche de l'anriée ; mais peu à peu cet usage tomba sans doute en désuétude, car Grégoire III le rétablit et institua un corps de prêtres chargés de dire chaque semaine la messe dans les souterrains.

Sous le coup des calamités publiques, la campagne romaine se dépeupla de jour en jour; elle devint presque déserte, et ses monuments tombèrent en ruines. En 648 et en 682, le pape Léon II eut alors la pensée d'ouvrir lès tombeaux des martyrs, d'enlever leurs dépouilles exposées aux outrages des barbares et de les porter dans la ville. On commença par celles des martyrs enterrés un peu loin, comme Simplicius et Faustin, qui reposaient au cimetière de Générosa, sur la voie de Porto, à six milles de Rome. Quelques corps avaient déjà été tirés des souterrains et portés dans les basiliques construites à leur entrée ; mais lorsque Astolphe, roi des Lombards, eut, en y56, dévasté les cimetières chrétiens, le pape Paul, ému de tant de malheurs et déplorant l'abandon de ces cryptes sacrées, transformées, disait-il, en étables et en bergeries, prit le parti de murer des tombes illustres, comme celle de sainte Cécile, et voulut aussi en ouvrir d'autres, pour transporter les corps dans les églises de Rome.

Plus de cent corps de saints furent ainsi ramenés dans la ville (juin 761), et un des premiers fut celui de sainte Pétronille. Le pape Adrien I ne continua pas cette translation, et il eut, au contraire, la pensée de faire une dernière tentative pour remettre les cimetières en honneur. Léon III l'imita et continua les travaux entrepris : il remplaça la basilique souterraine de Sainte-Pétronille, au cimetière de Domitille, par une plus belle construite au-dessus du sol (1). Peut-être ce pape fit-il exécuter les peintures que Ton voit dans la crypte de Saint-Corneille, à côté de son tombeau, et dans la crypte de Sainte-Cécile, bien que l'exécution soit meilleure que celle de cette époque, à en juger par les peintures plus barbares récemment trouvées dans l'église souterraine de Saint-Clément à Rome. Néanmoins, malgré ces soins, les tombeaux des martyrs restaient abandonnés, lorsque le pape Pascal I, voyant la campagne romaine dévastée, se souvint de l'exemple donné par le pape Paul I, et ramena à Rome, dans l'église de Sainte-Praxède, le 20 juillet 817, les corps de deux mille trois cents martyrs. Comme le Pape n'avait pas retrouvé le corps de sainte Cécile, caché depuis plus de soixante ans derrière un mur, et qu'il en déplorait la perte, il reçut dans un songe (lui-même le raconte) l'indication du lieu précis où il fallait chercher. Le succès ayant couronné ses nouvelles recher-

(1) Bullettino, 1874, p. 33.

— ii7 —

ches, Pascal I (822) fit transporter le corps de la sainte dans la basilique élevée au Transtevère sur l'emplacement de la demeure où elle fut martyrisée.

Les papes Sergius II et Léon IV continuèrent les translations : le plus grand nombre des tombeaux fut ouvert, et ainsi se termine l'histoire des cimetières souterrains. Le pape Nicolas I, qui se plaisait à les visiter, fit quelques travaux de réparation (858), peut-être lui doit-on les peintures byzantines de la chambre de Sainte-Cécile. Toutefois, le texte du Livre pontifical pourrait s'appliquer aux basiliques cimetériales aussi bien qu'aux souterrains eux-mêmes ; en tout cas, c'est le dernier souvenir que l'on ait conservé d'eux. Les noms de quatre ou cinq cimetières apparaissent seuls de loin en loin dans les écrits du moyen âge.

Prod uctiows de l'art chrétien. -- Caractère de la sculpture et de la peinture; fonds de coupe en verre, leur usage ; objets divers. — Inscriptions : deux familles d'inscriptions, graffiti. — Les chrétiens créent leurs sujets et ne les imitent pas. — Régénération momentanée de l'art par le christianisme.

Avant de présenter l'explication des symboles peints ou sculptés dans les cimetières souterrains , il convient de résumer quelques notions utiles à connaître.

Nous trouvons dans les cimetières des sculptures et gravures, des peintures, des inscriptions.

La sculpture dans les cimetières se voit principalement sur les sarcophages , quelquefois sur les pierres qui ferment les loculi. Les sarcophages étaient en marbre, en terre cuite, etc. Juvénal, en parlant des sarcophages, l'appelait un mode de sépulture selon le rite oriental^ or les chrétiens qui suivaient ce rite ont pu contribuer à en multiplier le nombre et à en favoriser le commerce ; car on sait que ce fut à l'époque des Antonins que l'usage des sarcophages prédomina à Rome. Mais le sarcophage étant un objet coûteux fut remplacé généralement par le sépulcre à table (a mensa) , sorte de sarcophage taillé dans le roc. Uarcosolium, qui

Page 1