‹ Les catacombes de Rome;Chapitre 3 sur 9 · II · texte numérisé non relu

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devint plus tard en usage dans les formes architectoniques , n'est pas autre chose qu'un sarcophage également taillé dans le roc et surmonté d'une niche cintrée. Quant aux sarcophages en terre cuite , ils disparurent dès le troisième siècle et furent remplacés par des sarcophages faits de plusieurs morceaux. Lorsque vinrent les persécutions du milieu du troisième siècle, les sarcophages durent être moins employés, car le ciseau était moins libre que le pinceau pour traduire la pensée du chrétien. Il»ne faudrait pas expliquer cette rareté, je ne dis pas cette absence de monuments, par une certaine horreur que les premiers fidèles, subissant les idées juives, auraient eue pour l'idolâtrie; car, outre les peintures exécutées dès l'âge apostolique, on voit, au temps de la paix , se multiplier les sculptures selon les types des fresques. La crainte seule d'éveiller l'attention arrêta presque au premier moment le développement de la sculpture chrétienne. Le sculpteur fût-il chrétien, comme le pense M. l'abbé Martigny (i), obligé, en raison de la matière même sur laquelle il travaillait, d'agir en plein air et souvent sous les yeux des profanes , devait se montrer plus réservé que le peintre qui exerçait son art dans la nuit des Catacombes. Il est aussi probable, et l'examen des monuments porte à le croire , que les chrétiens achetaient pour leur usage des sarcophages préparés dans des ateliers

(i) Dictionnaire d'antiq. chrét,, p. 3g8.

païens ; ils choisissaient alors parmi les décorations celles qui, en rappelant des scènes pastorales, des souvenirs d'agriculture et de chasse, n'offensaient pas la foi et évitaient les signes d'idolâtrie ; s'ils avaient sous la main des sujets trop empreints de paganisme, ils les cachaient en les revêtant de chaux ou les mettaient à l'intérieur de la tombe.

Les deux lettres D M, abréviation évidente, malgré l'assertion de Fabretti (i) réfutée par Lupi (2), du Diis manibus des païens, gravées sciemment ou par habitude sur quelques pierres anciennes, provenant surtout du cimetière de Sainte- Agnès, loin de contredire ces observations viennent les confirmer. On comprend donc pourquoi il faut attendre l'époque de la paix de l'Eglise , pour rencontrer dans les sculptures des sarcophages des scènes exclusivement chrétiennes (3).

Les peintures sont exécutées selon l'art classique de l'école païenne, adopté, imité par l'art chrétien à son début. Les procédés d'exécution et de style sont les mêmes que ceux de l'école gréco-romaine ,

(1) Inscriptionum antiquarum explicatio, p. 564. — (2) Dissert, et animadv. ad nuper invent um Severce martyris epitaphium, p. io5. — (3) De nombreux sarcophages sont réunis au musée chrétien du Latran fondé en 1844, augmenté depuis. Le P. Garrucci avait commencé les Monumenti del museo Lateranense descritti ed illustrati, Rome 1861, mais l'œuvre n'est pas achevée. — MM. Benndorf et Schœne ont publié en 1867 , à Leipzig, la description du musée païen du Latran. In-40 de 42 1 p. et 24 plt

où les artistes chrétiens les ont puisés. Les images principales sont toutefois, — à part de rares exceptions, Orphée, l'Océan, etc., — essentiellement tirées du récit biblique et évangélique, ou appartiennent au cycle des symboles secrets.

Outre ces peintures à fresque sur les parois des cimetières souterrains et les sculptures sur les sarcophages, on rencontre dans les Catacombes, non pas répandus à peu près également dans toutes leurs parties , mais réunis et groupés en quelques régions, des objets d'un genre de composition particulière, je veux parler des fonds de coupe en verre doré appliqués sur la chaux fraîche lorsqu'on fermait les loculi\ c'était un ouvrage d'artistes chrétiens, juifs et païens, comme l'ont enseigné Buonarruotti, l'abbé Cavedoni, etc. (i). Sur une lame de verre enduite d'une matière visqueuse, on appliquait une feuille d'or, sur laquelle on avait découpé des figures parfois modelées par de légères hachures et rehaussées de couleurs en pourpre, rouge, azur et vert. Cette lame ajustée au fond du vase, y était recouverte d'une mince plaque de verre soudée par l'action du feu, et la dorure se trouvait ainsi protégée par l'épaisseur du double fond. Bosio a donné seulement le dessin de cinq de ces fonds de coupe. Buonarruoti, sénateur florentin, en publia soixante-

(i) Osserva^ioni sopra alcuni frammenti di vasi di vetro, p. 4.

douze dans son savant ouvrage (i). Boldettî en recueillit encore vingt-huit nouveaux *, d autres furent signalés depuis; enfin le recueil imprimé par le P. Garrucci en 1 858 contient le dessin de trois cent quarante verres dont un grand nombre sont inédits; un savant et ingénieux commentaire est joint aux planches de cette belle publication V.

Les opinions les plus diverses ont été mises en avant sur l'usage de ces morceaux de verre, plats ou légèrement concaves (3). Des auteurs ont cru y reconnaître des fragments de tasses destinées à recevoir le vin eucharistique, ou des fragments de calice destinés au prêtre, même aux fidèles, lorsque la communion était donnée sous les deux espèces. D'autres archéologues, et en particulier le P. Garrucci, ont pensé que ces coupes servaient aux agapes, à ces repas fraternels et charitables , célébrés par les premiers chrétiens aux jours d'enterrement , de mariage , ou aux fêtes de saints , agapes d'origine essentiellement chrétienne, disons-le en passant, et qui n'étaient point, comme l'avait pensé M. Raoul- Rochette , une pure imitation des repas funèbres célébrés par les païens. A ce titre, bien que sans jamais faire partie du culte, ces repas avaient un

(i) Osserva^ioni sopra alcuni frammenii di vasi antichi di vetro ornati di figure, trovati nei cimeteri di Roma. Florence, in-40, i y 1 6. — {2) Vetri ornati di figure in "oro. In-40. Roma, i858. — (3) Abbé Martigny, Dict. des antiquités chrétiennes, p. 219.

caractère religieux qui motive suffisamment la représentation sur ces verres de scènes de la Bible ou de l'Evangile, et les inscriptions pieuses qu'on y lit : Dignitas amicorum pie \eses cum tuis omnibus bibas : « Au nom de l'amitié bois, et longue vie à toi et aux tiens. » Hilaris vivas cum tuis omnibus féliciter semper in pace Dei \eses : « Vis joyeux avec tous les tiens, vis éternellement heureux dans la paix de Dieu. »

Les sujets représentés sont ordinairement une tête de saint, comme saint Pierre, saint Paul, saint Sixte, saint Laurent, etc.; une scène de l'Evangile, comme Jésus et le paralytique emportant son lit, etc.; une scène de la Bible, comme Moïse frappant le rocher, Noé dans l'arche, etc.; une scène de famille, comme un père et une mère au milieu de leurs enfants, un mari et une femme devant l'autel nuptial, etc. Si plusieurs de ces coupes offrent des sujets mythologiques, des figures d'Hercule et d'Achille, ou des sujets indifférents, des lutteurs , des courses de char , des scènes de chasse, c'est qu'ils étaient sans doute l'œuvre d'ouvriers païens auxquels on les avait achetés inconsidérément ; ou comme pour les verres portant le chandelier à sept branches, etc.. ., l'œuvre d'ouvriers juifs ; ou bien, c'est parce que les agapes dégénérèrent souvent en un repas ordinaire , même en une orgie, (i) La licence des* derniers convives explique-

(i) Saint Jérôme écrit à Eustochium, ép. XXXI : « C'est la

rait alors qu'on recherchât ces Apollon, ces Amour et Psyché, ces Vénus, ces Proserpine, représentations étranges, si elles ont été réellement faites par des chrétiens, et dont quelques-unes, d'ailleurs, sont l'œuvre d'habiles faussaires du seizième siècle , comme on l'a démontré en particulier pour un dessin des trois Grâces dans un état de complète nudité (i).

Quant à l'âge de ces fonds de coupes, Buonarruoti pensait, et il appuyait son opinion par de nombreuses observations , que plusieurs remontaient au second siècle , et que la plupart étaient du temps des Gordien et des Philippe , c'est-à-dire avant la seconde moitié du troisième siècle. Boldetti, Blanchini, Marangoni avaient également soutenu que ces verres étaient antérieurs à l'époque de la paix de l'Eglise ; mais un examen plus attentif les a fait reconnaître en général moins anciens. Quelques-uns sont du commencement du troisième siècle; on en cite un du deuxième siècle, trouvé dans la première area du cimetière de Callixte (2) ; mais d'après le jugement du P. Garrucci et de M. de

fête du bienheureux Pierre; nous devons nous appliquer à honorer ce jour solennel non par l'abondance de la nourriture, mais par la joie de nos âmes. Il est absurde de manger avec excès pour fêter un martyr qui gagna le ciel par ses jeûnes; » et saint Augustin montre « les ivrognes poursui vant les saints avec leur coupes comme les païens furieux les poursuivaient jadis à coups de pierres. » — (1) Garrucci., Vetri, p. 83. — (2) Bullettino, 1864, p. 82.

Rossi , le plus grand nombre a été fabriqué pendant les dernières années du troisième siècle et principalement au quatrième. Il n'y en a guère qui soient postérieurs au cinquième siècle ; ce jugement s'appuie sur la paléographie, sur l'orthographe des inscriptions , sur le costume des figures représentées dans les dessins (i).

Indépendamment des fresques, des sculptures, des fonds de coupe, divers autres objets ont été trouvés dans les cimetières souterrains de Rome , ou par terre, dans les galeries, ou encastrés dans le mortier des loculi ; ce sont des pièces de monnaie, anneaux de fer, de bronze, des lampes la plupart du temps faites d'argile des tissus d'or, des objets de toilette, et si c'est un martyr, des instruments de supplice, crocs de fer, lanières garnies de plomb, etc.. Il semble qu'on ait, dès les premiers temps, appliqué sur les murailles quelques mosaïques, mais elles sont rares avant Constantin. Cette décoration ne se répandit que dans les basiliques du quatrième siècle. Lorsqu'aux cinquième et sixième siècles les cimetières furent restaurés, on orna de peintures et de mosaïques les cryptes historiques (2) .

(1) De Rossi., Bullettino, 1864, p. 82; 1868, p. 2. — Garrueci., Vetri, n°g. — (2) Abbé Martigny, Dict., p. 421. Ciamjpini vetera monimenta in quibus prœcipue muciva opéra, sacrarum profanarumque œdium structura illustrantur 1690- 1699. Rome, 2 in-folio. — Plusieurs ouvrages sur les mosaïques de Rome ont paru depuis, en 1867 et en 1870. Le corn-

Des inscriptions accompagnent souvent et expliquent ces peintures, ces sculptures, ces coupes, ces anneaux, lampes et objets divers. Le plus grand nombre des inscriptions se rencontrent isolément sur la pierre, le marbre ou la tuile, gravées avec un ciseau ou une pointe quelconque, tracées avec du charbon ou avec un pinceau, au minium et au cinanabre, écrites en latin ou en grec, mais, en général, en grec et en latin moins élégants que celui des inscriptions païennes de même date. La pierre ou le marbre sont, en quelques cas très-rares, empruntés à des inscriptions ou à des sculptures païennes. C'est ainsi que, outre les exemples que nous avons déjà donnés, on a trouvé dans le cimetière de Sainte- Agnès des fragments de rescrits impériaux en faveur des Péanistes, pierres utilisées dans les derniers temps par les fossores pour clore les loculi.

Le recueil d'inscriptions, commencé par M. de Rossi dès 1842, doit en renfermer plus de douze mille, dont 1374, les seules qui fussent alors datées, ont été imprimées en 1861 , dans le premier volume de Inscriptiones christianœ urbis Romœ (1). Les dates, toujours très-rares par conséquent, apparaissent à peine pendant les trois premiers siècles pour devenir plus fréquentes seulement au quatrième

mandeur de Rossi publie en ce moment un ouvrage sur les mosaïques chrétiennes des églises de Rome antérieures au quinzième siècle. — (1) Inscriptiones christianœ urbis Romœ

siècle. La plus ancienne de ces inscriptions datées est de l'an 71 ; il y en a une autre en Tan 107, une autre en 111. Huit inscriptions, irrégulièrement échelonnées, conduisent à Tannée 268. A partir de cette époque et jusqu'en Tannée 542, elles se succèdent presque sans interruption d'année en année (1).

La note chronologique est la mention des consulats. Il est à remarquer que, sauf deux exceptions motivées par des circonstances particulières, aucune inscription n'est datée par le pontificat d'un pape; aucune non plus ne se réfère à une ère propre aux chrétiens, comme serait l'ère de N.-S. Jésus-Christ ou celle des martyrs.

septimo sœculo antiquiores edidit J.-B. de Rossi, Romanus, vol. I. Romae, 1857-1861 . Voici la dédicace :

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