‹ Les catacombes de RomeChapitre 2 sur 15 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Le quatrième enfin, appelé Topographie d'Ein- ^ siedlen, du nom du monastère où est gardé le rnariuscrit, écrit vers le temps de saint Grégoire le Grand, a été publié, en i685, par Mabillon (i), et de nos jours par M. G. Haenel '2). Ce document ne remonte pas au-delà de la seconde moitié du huitième siècle, et a été sans doute écrit en ayant sous les yeux une de ces descriptions de Rome, comme il y en avait au temps de Charlemagne.

M. de Rossi a montré l'importance de ces documents : ils sont incomplets, ils oublient des tombeaux illustres ; mais malgré leurs erreurs et leurs obscurités, les renseignements qu'ils donnent concordent admirablement entre eux.

Le De Mirabilibus novœ et veteris w^bis Romœ, si populaire au moyen âge, écrit sans doute dans la seconde moitié du dixième sièle, a un paragraphe sur les cimetières ; mais les erreurs y abondent ; et comme ce livre a été très-répandu et souvent reproduit, les erreurs se sont propagées avec lui (3). Les statistiques du treizième et quatorzième siècle, où Ton signale même les églises indiquées comme à demi-détruites, ne mentionnent

(i) Dans Vetera analecta, p. 538, — (2) Dans Archiv. filr Philologie, t. V^ p. i iq-iSS. — (3) M. Giorgi a trouvé récemment à la bibliothèque Chigi, à Rome, un texte du onzième siècle sur quelques cimetières, plus correct que celui édité par Albertini, en i5io, dans l'édition du De Mirabilibus. M. de Rossi voit dans ce document une mutilation de la plus ancienne et de la plus précieuse topographie {Bull., 1878).

aucun des cimetières. Le plan de Rome, grossièrement dessiné au treizième ou quatorzième siècle, qu^Hœffer a publié, indique seulement les Catacombes de Saint-Sébastien, Les livres sur les indulgences et reliques de Rome, véritables itinéraires à Tusage des nombreux pèlerins du quinzième siècle, traduits en allemand et en français, citent trois ou quatre églises suburbaines, mais gardent le silence sur les cimetières souterrains, à Texception des Catacumbœ placées sous la basilique de Saint-Sébastien, seul souvenir, on le voit, qu'on eût alors gardé des premiers hypogées chrétiens. C'est ainsi que le nom cœmeterium ad Catacumbas ^ les Catacombes, spécial au cimetière de Saint-Sébastien, mais presque seul connu au moyen âge, fut étendu par T usage à tous les cimetières de Rome.

Telles sont les sources consultées par M. de Rossi. Ses prédécesseurs les avaient en partie à leur disposition, mais ils n'en avaient point reconnu toute l'importance. Ces martyrologes, ces calendriers, ces itinéraires, ces topographies, confrontés les uns avec les autres , complétés au moyen les uns des autres, ont fourni, malgré la confusion des termes, des indications assez précises pour rectifier de nombreuses erreurs, restituer aux cimetières leur nom véritable et déterminer leur emplacement, jusqu'alors ignorés. La méthode scientifique de remonter aux sources,

de coordonner topo graphiquement et historiquement les renseignements puisés à ces sources, permet à M. de Rossi, avant même que les fouilles amènent les découvertes , d'annoncer sûrement quels tombeaux illustres on trouvera dans tel ou tel cimetière. Ce ne sont plus ici des rêveries d'archéologue dont on peut sourire, mais les inductions motivées du savant qu'il faut admirer.

Nous suivrons donc, dans son récit, M. de Rossi, le grand maître du Parchéologie chrétienne au dix-neuvième siècle, comme Font suivi ceux qui ont écrit en ces dernières années sur les premiers cimetières chrétiens; car, sans lui, nous ne saurions a peu près rien, et nous allons commencer en nous demandant pourquoi, comment, et à quelles places ont pu être établis les premiers cimetières chrétiens.

Des cimetières chrétiens. — Soins donn-Js après la mort au corps qui doit ressusciter. — Le cimetière chrétien comparé au cimetière étrusque, au cimetière juif et au tombeau païen. — Les arenaria. — Origine chrétienne des cimetières. — Leur emplacement, leur isolement les uns des autres.

La sépulture du chrétien fut toujours un acte religieux. Le prêtre priait sur la dépouille inanimée, et au jour anniversaire renouvelait les supplications au Dieu juge des vivants et des morts. Sans doute Fâme était sortie du corps, mais ce corps inanimé devait ressusciter au dernier jour et être associé à son âme pour une éternité. Telle est la raison qui fit toujours regarder la sépulture honorable des corps chrétiens comme un devoir sacré, en sorte que les prêtres romains, écrivant au clergé de Carthage, étaient les interprètes du sentiment de TEglise, lorsqu'ils disaient : Quod maximum est, corpora îjiartyrum aut cœterorum si non sepeliantur, grande periculum imminet eis quitus incumbit hoc ojpus. « Un point très-grave est que, si les corps des martyrs et des autres fidèles ne sont pas ensevelis, ceux à qui cette tâche incombe courent un grand péril. « La foi en la résurrection des corps inspirait aux chrétiens un

tel respect pour cette enveloppe mortelle, qu'ils rejetaient comme un sacrilège Pidée de la livrer aux flammes; ils prenaient soin, au contraire, de laver après la mort, d'oindre et d^embaumer de parfums, puis de confier à la terre, conformément aux meilleures et plus anciennes coutumes, disait Minucius Félix, ce corps qui devait un jour ressusciter pour paraître devant Dieu.

Aussi, bien qu'aucune loi ne le prescrivît, bien que les chrétiens eussent souvent des cryptes isolées pour recevoir les restes de leurs morts, ils préférèrent, au lieu de les disperser çà et là, les réunir à ceux de leurs frères défunts, mais avec une place distincte pour chacun d'eux; car, dans le commencement du moins, ils avaient en horreur de mettre deux cadavres ensemble, et ils n^auraient pas souffert qu'on les jetât dans des fosses communes, comme l'étaient lespiiticuli, puits rectangulaires où les cadavres païens pourrissaient (i). Ainsi se forma le cimetière, le lieu de sommeil, y.otuLr.rôpioy, ^ mot qui révèle de suite, comme tous les termes de l'épigraphie chrétienne, la foi en la résurrection (2). Ce mot désigne exclusivement, du consentement

(i) Un puticuhim trouvé récemment dans les fouilles faites sur l'Esquilin mesurait 5 mètres de longueur sur 3"',5o de largeur. {Lânciani, Buîlett. archeol. municip. 1874, p. 42.) — (2) « In christianis, dit saint Jérôme (Ep. XXIX), mors non est mors, sed dormitio et sommus appellatur. » — « Pour les chrétiens, la mort n'est pas la mort, on la nomme un repos, un sommeil. » (Cité par M. l'abbé Martigny, Dict., p. 154.)

même des païens, un ensemble de tombeaux chrétiens. L'usage d'enterrer n'était cependant pas inauguré par les chrétiens, ceux-ci, nous Pavons dit, revenaient à la tradition. En effet, les peuples de rOrient avaient construit leurs sépulcres"au flanc des collines; Abraham avait ainsi fait creuser son tombeau dans le roc de la vallée de Mambré. En Palestine, comme en Phénicie, et dans toutes les stations maritimes de la Méditerranée où abordèrent les flottes de Tyr, le même usage se conserva. Lorsque les Juifs se furent répandus en Italie, ils y portèrent leurs usages, comme on le voit à Rome par leurs cimetières, l'un datant du deuxième siècle, découvert par Bosio au Monte- Verde; un autre, retrouvé près la voie Appienne sous la vigne Randanini, datant du troisième siècle, ou peut-être de la fin du deuxième siècle; un ^ troisième, d'une origine plus ancienne, trouvé en 1867 au-delà des Catacombes de Saint-Sébastien ; un dernier, enfin, découvert sur le Janicule. % En Italie, les Etrusques avaient construit des "^ chambres rectangulaires pour y déposer les morts. Seulement une différence essentielle existe même ici entre les sépulcres chrétiens et les sépulcres païens. Ceux-ci étaient seulement pour les morts : ^ la chambre où ils étaient déposés était close à ^ l'extérieur, et souvent le corps n'était pas enfermé; dans les sépulcres chrétiens, au contraire, construits pour être facilement visités, le corps est

toujours clos dans un locus ou étroit compartiment, et la chambre reste ouverte aux vivants.

C'est dans un monument semblable à ces tombeaux étrusques et juifs que Joseph d'Arimathie déposa, sous un arcosolium ou voûte cintrée, les restes mortels du Sauveur.

Chez les Romains, la coutume de brûler les corps et de recueillir leurs cendres dans des urnes, pour placer ces urnes dans les niches des colombaires, n'était pas celle des anciens temps; sous TErnpjre, on commença de nouveau à creuser plus généralement qu'on ne pense, dit M. de Rossi, des hypogées garnis de loci (djoù on a fait lociiHL le long des voies Latine, Appienne, Flaminienne, comme on voit sur cette dernière le tombeau des Nasons qu'a décrit Santé Bartoli, avec sa chambre régulièrement taillée dans le roc et garnie de niches horizontales. Mais ces tombeaux, ces hypogées garnis de loculi sont des chambres isolées; car, si plusieurs sont reliées entre elles, leur nombre est toujours restreint ; ce sont des sépulcres séparés les uns des autres pour la famille ou la clientèle ; tandis que chez les chrétiens, c'est une succession de chambres, une vaste nécropole de la grande famille religieuse. Dans les premiers, tout est petit, exclusif; rien ne révèle que le lien du sommeil, le cimetière, est ouvert à tous; rien ne témoigne la pensée catholique. C'est, au contraire, avec ce caractère frappant de communauté que

les cimetières souterrains furent établis par les fidèles.

Il faut aussi le remarquer : les chambres [cubi- ' cula] souterraines n^ont été généralement construites par les païens qu'après Tère chrétienne, en sorte qu'il est à croire que la coutume de brûler les corps, tombant peu à peu en désuétude, à partir des Antonins, les sépulcres souterrains prirent faveur à Rome en même temps que les chrétiens creusaient leurs cimetières et peut-être sous leur influence.

Mais je préjuge ici la réponse à une autre question, et Pusage chrétien d'enterrer les corps morts une fois indiqué, il faut examiner par qui les cimetières furent creusés et en quels lieux.

Si vous demandez à la première personne venue quelle est Forigine des sépulcres souterrains appelés vulgairement, bien qu'abusivement, comme nous Tavons vu, les Catacombes de Rome, elle vous répondra, d'après un grand nombre d'ouvrages, que les Catacombes étaient dans Torigine y d'anciennes carrières, ouvertes par les païens, pour en extraire les matériaux propres à bâtir la Ville éternelle. Cette opinion déjà ancienne, fortifiée par une interprétation fautive donnée à d'anciens textes, où les cimetières sont appelés arenaria^ cryptœ arenariœ ^ a été jusqu'en ces derniers temps à peu près généralement adoptée. Quelle a

été Forigine de cette opinion ? Bosio n'ayant pas cru nécessaire d'établir les preuves de Torigine des cimetières chrétiens, Aringhi ayant avancé que les chrétiens avaient eu soin de choisir les arenaria, oii les éboulements n'étaient pas à craindre, il arriva que des protestants, comme Misson et Burnet, profitèrent de ce silence et de cette demi-affiriliation pour représenter les Catacombes comme d'anciennes carrières de sable, — comme des fosses communes, des puticidi^ où l'on jetait les corps des esclaves, — comme des lieux de sépultures destinés au menu peuple, où païens et chrétiens étaient confondus, sépultures exploitées ensuite, disaient-ils, par des moines superstitieux pour alimenter je ne sais quel commerce de reliques. Les protestants trouvaient dans cette théorie l'occasion d'attaquer l'authenticité des reliques, dès lors leur culte; l'argument du théologien s'appuyait ainsi sur Terreur de l'archéologue. Après Misson et Burnet, beaucoup d'auteurs répétèrent ces assertions. Boldetti lui-même crut faire preuve de saine critique en admettant que les cimetières étaient d'antiques arénaires occupés par des chrétiens. Mais l'ignorance la plus complète des monuments avait pu seule faire avancer et accepter une opinion que la simple observation des lieux aurait dû détruire. Aussi Boldetti avait-il déjà affirmé que les chrétiens augmentèrent les primitives excavations, et Buonaruoti avait reconnu que

beaucoup de travaux dans les Catacombes furent entrepris parles chrétiens; mais le principe que les cimetières occupaient d'antiques arénaires était conservé. Toutefois le P. Lupi alla plus loin et constata que les excavations faites par les chrétiens étaient beaucoup plus considérables que celles pratiquées auparavant par les païens. C^était un fait acquis; mais on ne voulut ou on ne sut tirer la conséquence légitime de ces premières observations. Du reste, le P. Lupi fut le dernier des écrivains habitués à venir chercher dans Texamen des souterrains la solution de leurs doutes; après lui, comme on crut avoir été trop loin dans le sens de Torigine chrétienne, on voulut restreindre le plus possible la part des chrétiens dans les excavations. Bottari se mit à la tête de ses archéologues aveugles ou timorés : il vit partout la trace d^anciennes arénaires, et dans les lucernaires pour éclairer les salles de réunion, il crut reconnaître les puits pour extraire la pouzzolane. L^autorité de Bottari donna plus que jamais créance à l'opinion vulgaire. Ce n'étaient point les archéologues théoriciens du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuvième qui eussent pu la combattre. Aussi le P. Marchi, en descendant sur les lieux mêmes dont on raisonnait, eut Phonneur de repousser le premier, d'une manière catégorique, l'opinion erronée qui plaçait l'origine des cimetières chrétiens dans d'anciennes carrières.

Par Texamen de la disposition des cimetières, de la direction des corridors qui les traversent, de la nature du terrain où les Catacombes sont creusées, le P. Marchi arriva à cette conclusion : les cimetiè- --^ / res souterrains orU^^été creusés par les chrétiens pour servir de lieu de sépulture aux fidèles et non pour extraire des matériaux destinés à la construction. Il constata que le tuf où étaient creusés les souterrains était impropre au commerce, qu'aucune excavation solide ne pouvait être faite dans la pouzzolane ; et lorsqu'il vint à examiner les textes sur lesquels on s'appuyait, il en montra la fausseté. L'opinion émise par le P. Marchi sur l'origine exclusivement chrétienne des cimetières ne fut pas encore acceptée par tous ; elle fut même vivement combattue. Le P. Marchi fit une réplique et la discussion parut s'apaiser ; mais il fallait définitivement éclaircir la question. M. Michel de Rossi l'a reprise fort heureusement, et par les observations les plus scientifiques, appuyées sur des faits certains, il a pu accomplir Fœuvre extrêmement difficile de tracer Ticnographie de la Rome souterraine et de fixer son origine.

M. Michel de Rossi a discuté les textes des Actes des martyrs et du Livre pontifical où il est parlé des arénaires. Les preuves philologiques se sont alors accumulées sous sa plume pour fixer le sens des mots crypta^ arenarium, et des mots réunis crypta arenaria; après avoir démontré que tous

les cimetières n'ont pas été nommés arénaires, il a fait voir que seul le mot arenarium signifie une excavation dans la pouzzolane, et que si, parmi les nombreux cimetières romains, un très-petit nombre, quatre ou cinq seulement, ont été nommés arenaria^ c'est qu'il y avait là exceptionnellement des carrières. Ce mot a donc été employé avec justesse en de rares circonstances, et très-improprement étendu aux autres cimetières. Car crypta arenaria signifie non une excavation dans la pouzzolane, mais une grotte creusée dans une roche sablonneuse. Toutefois, l'argument le plus décisif indiqué par le P. Marchi, développé par M. Michel de Rossi, a été tiré des observations géologiques sur la campagne de Rome. Ainsi la géologie, cette science que l'on pourrait croire inutile à l'étude de l'archéologie sacrée, est venue ici lui prêter son concours. En effet, le sol romain, qui appartient à l'époque tertiaire ou pliocène, présente trois espèces de matériaux d'origine ignée : le tuf lithoïde ou vraie pierre propre à bâtir, saxum quadratum ; — le tuf granulaire plus ou moins compact, plus ou moins terreux, tophus^ lapis tophaceus ; — le tuf friable ou véritable pouzzolane, arena. Or l'observation montre que le terrain où sont creusés les cimetières de Rome est précisément celui du__tuf granulaire dont les parties terreuses ne peuvent être employées dans l'industrie ni comme pierre, ni comme pouzzolane ou sable. Quelques rare^

excavations ont été poursuivies çà et là dans la pouzzolane, mais on peut s'assurer que jamais elles n'ont été commencées dans ce terrain, et que toujours, lorsqu'on Fa rencontré, on a eu hàtc d'en sortir. Le tuf lithoïde était trop dur pour qu'on pût le creuser commodément ; le tuf friable était trop inconsistant pour ménager un abri sûr. Si donc les excavations ont été faites dans un terrain impropre à la construction et à tout autre usage, on peut conclure qu'elles n'ont pas été entreprises par spéculation. Du reste, on connaît des carrières [latomiœ] ; on sait leurs formes, leur disposition, et l'on peut les comparer avec les excavations pratiquées par les chrétiens. Les galeries percées pour extraire la pouzzolane sont aérées; leur largeur atteint souvent 5 mètres, et au point de rencontre de deux galeries, les angles sont coupés, arrondis, évidemment pour faciliter les tournants. Les galeries des cimetières chrétiens sont au contraire étroites ; la largeur est ordinairement de 75 à 90 centimètres; très-peu arrivent à i mètre; quelques-unes seulement sont de-i™, 20 et de i™,5o, mais il y en a souvent de 55 à 70 centimètres. Au point d'intersection de deux galeries , les angles se conservent très-droits, au lieu d'être arrondis pour laisser tourner les chars. Cette disposition répugne évidemment au but que se proposerait une entreprise industrielle pour extraire des matériaux. Un seul exemple d'une galerie curvili-

^nc se voit dans la seconde area du cimetière de Callixte(i).

Le P. Marchi avait été frappé de ces observations, et elles pouvaient être appuyées encore par la comparaison entre une ancienne carrière, comme celle placée au-dessus du cimetière de Sainte- Agnès et ce même cimetière ; dans le premier étage du cimetière de Saint-Hermès, plusieurs galeries ont été formées également au moyen d^n mur placé au milieu d^une ancienne carrière, dont les parois primitives étaient quatre fois plus larges ; au cimetière de Thrason, sur la voie Salaria, on construisit aussi des galeries étroites, rectilignes, régulières, au milieu des galeries irrégulières de Tarénaire (2) ; il en a été de même aux cimetières de Priscilla, de Callixte, de Saint-Nicomède, dont une partie, liée à un ancien arénaire, offre un lumineux exemple de la différence qui existe entre eux. Lors même que Ton viendrait donc à découvrir un arénaire dans tous les cimetières, les changements introduits pour établir postérieurement les loculi en cet endroit prouveraient que les cimetières ne sont pas d'anciens arénaires. Mais à plus forte raison on ne peut tirer une conséquence générale de faits exceptionnels, et si, dans quelques endroits, on voit des arénaires, on doit se rappeler qu'avant

(i) Roma sotter., t. II, p. 66. — (2) Voir à la fin de ce volume la planche I.

Constantin on comptait déjà vingt-six grands cimetières et onze hypogées moins étendus. Tous ces faits, d'ailleurs, étaient appuyés et commandés par les prescriptions du droit, car les lois ecclésiastiques défendaient aux fidèles d'enterrer leurs morts dans le même lieu que les païens. Ainsi, il faut toujours revenir à cette conclusion fournie par les observations géologiques, philologiques, architectoniques, juridiques : les cimetières souterrains de Rome sont entièrement l'œuvre des chrétiens.

Ces cimetières ne se sont pas étendus jusque dans Rome et ne pouvaient pas s'y étendre, comme on Ta dit, car ils sont par le fait, et ils étaient de plus, par la loi, limités dans une zone comprise entre un mille et trois milles de Fenceinte bâtie par Servius Tullius. A Pintérieur de Rome, il était défendu d'établir des sépultures : pourquoi braver sans nécessité une défense formelle ? A plus de trois milles on arrivait en pleine campagne, et les cimetières nombreux que Ton rencontre en dehors de cette zone, témoins importants de la diffusion du Christianisme, appartiennent à des bourgades indépendantes de Rome, Albano, Tusculum, Boville, etc. fi).

(i) Voir des notices sur ces cxmeticres dans, Bullettino, î8-j3, passim. M. Henri Stevenson, auquel nous devons déjà un volume sur le cimetière de Saint-Zotique, prépare une histoire de tous ces cimetières de la région suburbicaire.

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Les cimetières ne sont pas et ne pouvaient pas être reliés entre eux, car les conditions géologiques du terrain s'y opposent. Le P. Marchi avait déjà fait remarquer que les galeries creusées à des niveaux différents se dirigent cependant toujours horizontalement ; commencées à 7 ou 8 mètres sous terre, elles arrivent en des endroits, par suite des ondulations du terrain, à se trouver seulement à 4 ou 5 mètres au-dessous du sol. Cette loi de Fhorizontalité est constante, et comme on a observé que les vallées de la campagne romaine ont souvent 28 ou 3o mètres de profondeur, alors que la plus profonde galerie connue est celle d'un quatrième ou cinquième étage, dans le cimetière de Callixte, à 22 mètres sous terre, et que les galeries de profondeur moyenne sont à 10 ou i5 mètres, on se demande comment les galeries auraient pu traverser les vallées?

Passons maintenant à une autre question, c'està-dire à Fhistoire des premiers cimetières.

Histoire des cimetières, première époque (premier et deuxième siècles). — Le cimetière se forme autour du sépulcre privé d'un patricien. — Le droit du propriétaire protège les premiers cimetières : cimetières Ostrien, du Vatican, de Lucina, de Domitilla, de Friscilla, de Prétextât, etc. — Caractères de la construction, de la décoration, de l'épigraphie des monuments de ces cimetières. — Ils prouvent la diffusion da christianisme parmi un grand nombre de familles patriciennes.

Comment , dira-t-on , les chrétiens purent-ils creuser d'aussi grandes galeries sans que les païens le sussent, ou s'ils ne Tignoraient pas, sans être inquiétés ? Dans les deux cas , une telle œuvre n'accuse-t-elle pas Tincurie des magistrats?

Il faut aborder cette nouvelle phase de la question, éclairée par M. de Rossi d'une lumière toute nouvelle, et montrer avec lui comment et à quelle place a pu être creusé le premier souterrain, comment et sur quel emplacement ces souterrains ont pu s'étendre.

Les lois romaines déclaraient religieux tout terrain sur lequel un propriétaire ensevelissait un corps. Religiosum locum iimisqiiisqiie sua voluntate facit diim inoi'tuwn infert in locum suuni [\].

U) Dig.\,S,b,%^.

« Chacun peut à sa volonté rendre religieux un terrain qui lui appartient s^il y porte un mort. » Tout lieu religieux n^était pas sacré (i). Pour devenir sacré, il devait être dédié au culte d'une divinité ; mais comme les fidèles, en faisant consacrer leurs sépulcres , auraient commis un acte d'idolâtrie, le tombeau chrétien ne fut pas sacré : il resta seulement un lieu saint et religieux : huic

SANCTO ET RELIGIOSO LOCO SEPULTUS EGO SUM, Ht-On

sur une inscription de TAgro Verano. A ce titre, néanmoins, le propriétaire de ce terrain pouvait y élever en paix un monument funéraire, y creuser une hypogée. Ce monument et cet hypogée, entourés d'une area ou emplacement plus ou moins étendu, devenaient, sous la juridiction des Pontifes (réduite, pour les monuments placés au-dessus du sol, à une surveillance de police acceptée par les chrétiens), inviolables, et selon la volonté du testateur, inaliénables, imprescriptibles. Les propriétaires chrétiens (et de bonne heure , grâces à Dieu, contrairement à Fopinion généralement reçue, qui représente les premiers chrétiens comme une foule ignorante, il y eut de riches chrétiensi, purent, comme les propriétaires païens, construire ces sépulcres, et avoir un domaine funéraire intransmissible. Il leur était loisible d'y faire transporter les corps de leurs parents, de leurs amis, de

(i) Domaines funéraires païens et chrétiens, par Paul Allard, in-8o. Rouen, 1879, p. 25.

leurs clients. Or quels pouvaient être les plus chers clients des propriétaires chrétiens, si ce n^étaient ceux qui appartenaient à leur religion, monumen-

TUM... LIBERTIS, LIBERTABUSQUE; POSTERISQUE EORUM AT (adi RELTGIONEM PERTINENTES MEAM, « mOnUDient

élevé aux affranchis et affranchies et à leurs descendants appartenant à ma religion, » dit une inscription très-ancienne, chrétienne on peut Pafhrmer, trouvée dans les jardins de la villa Patrizzi, où était le cimetière de Saint-Nicomède (i).

M. ANTONIUS RESTUTUS FECIT YPOGEUM SIBI ET SUIS FIDENTIBUS IN DOMINO, « AutOuluS ReStUtUS fît CCt

hypogée pour lui et ceux qui avec lui croient en Dieu, » dit une inscription, probablement de la lin du premier siècle, trouvée dans une partie trèsancienne du cimetière de Domitilla (2). « Ceux qui ont foi dans le Seigneur... ceux qui appartiennent à ma religion, « sont évidemment les chrétiens.

Il faut même se rappeler que les corps des martyrs suppliciés pouvaient légalement être réclamés et enterrés, selon les paroles du jurisconsulte Paul : Coî^pora animadversorum qiiibuslibet petentibus ad sepulturam danda sunt (3) ; « les corps des criminels seront donnés pour être ensevelis à quiconque les demandera, )) maxime confirmée, dit très-bien M. de Rossi (4], par Tédit de 290,

(i) Bullettino, i865, p. 54. — (2) Roma sotter., t. I, p. log. — (3) Dig. XLVIII, 24, 2 et Ulpien, ibid., I. — (4) Bullettino, 1864, p. 27.

promulgué par Dioclétien. C'était la règle, même pendant les persécutions; et quoique cette règle subît parfois des exceptions, les chrétiens purent, sans trop de peine, ensevelir leurs morts (i).

Autour de Varea, dont la grandeur variait, on ajouta souvent un champ plus ou moins étendu, area adjecta monumento ou jardin, hortus.poma- 7'ium^ ordinairement cultivé, aussi inviolable que le sépulcre lui-même. Or M. Michel de Rossi a calculé que dans une area de grandeur moyenne, ayant i25 pieds romains de chaque côté, on pouvait établir 2 5o à 3oo mètres de galeries par chaque étage, c'est-à-dire 700 ou 900 mètres pour trois étages. A cette area ajoutez donc Varea adjecta^ c'est-à-dire les vignes, jardins voisins, appartenant au monumentum, et voici déjà un espace suffisant pour commencer les galeries souterraines. Ainsi donc les cimetières chrétiens purent commencer légalement autour des sépulcres appartenant à des particuliers, et en fait, ils ont commencé autour d'un monument funéraire dans la propriété, prœdium^ d'un patricien.

Il faut examiner à présent s'il a existé à Rome de vrais cimetières chrétiens remontant à l'âge apostolique. S'ils ont existé, où sont-ils ? et comment peut-on en reconnaître aujourd'hui la haute antiquité ?

(i) Il y a des exemples de refus de sépulture dans les Actes des martyrs. Voir Paul AUard, Domaines funéraires, p. 33.

La tradition, d'accord avec les monuments, fait remonter aux premiers temps : le cimetière Ostrien sur la voie Nomentana, le cimetière du Vatican sur la voie Cornélia, le cimetière de Lucina sur la voie d'Ostie, le cimetière de Domitilla sur la voie Ardéatina, le cimetière de Priscilla sur la voie Salaria ; puis , viennent les cimetières de Maximus, de Prétextât, etc.

M. de Rossi établira tous ces points, Tun après Tautre , dans les volumes de Roma sotteranea. Mais dès aujourd'hui il peut affirmer, à la lumière de la critique archéologique la plus exacte, qu'z7 y a des cimetières remontant à Vâge des Apôtres. Il faut dire quelques mots sur ces cimetières primitifs.

Le CIMETIÈRE OsTRiEN OU dd nj^mphas S. Petri^ dont M. de Rossi a le premier déterminé la position entre la voie Salaria et la voie Nomentana, est aujourd'hui uni à celui qui porte le nom générique de Sainte-Agnès, quoiqu'il en soit distinct (i).

Saint Pierre y a baptisé, la tradition en est constante, et, à ce titre, il fut peut-être un des plus importants de ceux possédés par l'Eglise romaine. Le cimetière de Sainte-Agnès a été en ces derniers temps un des plus visités, mais la forme de ses

(i) Voir Bullettino di archeol. crist., 1864, p. 82 ; i863, p. 10-46 ; 1867, p. 35-40 ; 187 r, p. 3o-34.

galeries ne permet pas de les faire remonter audelà du troisième siècle.

La forme architectonique de la partie ancienne du cimetière est au contraire remarquable. En 1871, on a découvert sous la basilique de Sainte- Agnès des galeries avec des sépulcres tellement intacts, avec des vases, des lampes et divers objets tixés dans la chaux, que bien peu d'ambulacrcs dans les Catacombes romaines présentent un spécimen mieux conservé de Tétat primitif de ces nécropoles. Bosio y avait vu des chambres revêtues de stucs très-tins, ornés de peintures (i). Au sixième siècle on vénérait, près de là, sans doute, ad nymphas S. Pétri, un siège de pierre où le premier apôtre s'était assis, siège bien différent de celui en bois, aujourd'hui revêtu de bronze, conservé dans la basilique du Vatican (2).

(i) Sur les dernières découvertes du cimetière Ostrien, voir outre le Bullettino, le travail de M. Armellini : Scoperta délia cripta dis. Emeran:{iana e diiina memoria relativa alla catedra dis. Pietro nel cemeterio Ostriano. Roma, 1876. • — (2) Ce siège qui, pour la première fois depuis longtemps, fut rendu visible en 1867, lors du centenaire de saint Pierre, n'est pas, comme Lady Morgan l'avait écrit, un siège oriental, portant une inscription arabe proclamant la croyance en la religion mahométane; il n'est pas davantage, comme Wiseman le conjecturait d'après une ancienne description, une chaise curule sénatoriale du temps de Claude, mais un siège à porteur, car elle a quatre anneaux de fer attachés à quatre pilastres, ou quatre pieds en bois de chêne reliés par un dossier et des traverses horizontales; quelques-unes de ces traverses ont été remplacées à une époque postérieure par

— Jj —

Les sculptures trouvées dans cette partie ancienne du cimetière ne présentent guère que le symbole de Tancre ; celles des sarcophages sont très-simples.

Les inscriptions forment un groupe particulier; elles sont gravées en très-beaux caractères reconnaissables entre tous; leur tour classique et leur laconisme est remarquable. Les hommes sont désignés souvent par les tria nomina^ ce qui à l'époque suivante n'aura lieu que rarement : il y a une relation visible entre leprenomen et le gentilitium.

des pièces d'acacia dont le siège intérieur est également formé. Dix-huit plaques d'ivoire, disposées en trois rangées, contenant chacune six plaques où sont sculptés en relief les travaux d'Hercule, travail du deuxième ou troisième siècle, couvrent la traverse du devant, pour laquelle évidemment elles n'ont pas été faites. Les autres traverses et le dossier ont été aussi couverts de sculptures sur ivoire représentant des combats de centaures et d'hommes, travail du huitième et du neuvième siècle. Au centre de la traverse horizontale du tympan est le buste d'un empereur (peut-être Charlemagne), la tête couronnée, la main droite tenant le sceptre et la gauche le globe. Deux anges de chaque côté lui offrent chacun une couronne. [Bullettino, 1867, p. 37-47; — ^^ dessin est dans Northcote, trad. Allard, p. 474.) Il est évident que les pilastres de chêne où sont fixés les anneaux de fer sont seuls du temps de saint Pierre. — Deux chaires au lieu d'une, ayant servi à saint Pierre, ont été conservées à Rome, l'une au cimetière Ostrien, dont le souvenir a été fêté le 18 janvier; l'autre, plus illustre, ayant servi à Pierre dans la maison de Pudens, transportée par le pape Damase au Vatican, a été fêtée le 22 février, jusqu'à ce que Paul IV, en i558, croyant à une erreur dans cette double mention, assigna au 18 janvier la solennité qui se célèbre aujourd'hui pour la chaire du Vatican.

— Dô —

Les cognomina et les gentilitia se rapportent aux familles vivantes à Rome aux temps de Néron et des premiers Antonins, On y rencontre \q, gentilitium des Clodii, des Munatii, des Flavii, des Ulpii, etc.

On rencontre Tacclamation : Vivas in Deo.

Le CIMETIÈRE DU Vatican a été malheureusement détruit en partie par les constructions élevées au quatrième siècle, et surtout par celles plus considérables qui les remplacèrent au seizième siècle, pour former la grande basilique de ce nom. On ne peut ainsi rien savoir de positif au sujet d'un cimetière où saint Pierre et les successeurs de saint Pierre furent enterrés pendant le premier et le second siècle. Bosio a vu cependant quelques galeries découvertes de son temps, et on conserve à ce sujet des notes écrites par un chanoine de Saint-Pierre. Le sarcophage de Livia Primitiva, trouvé alors dans une crypte, aujourd'hui au musée Campana, à Paris, présente des caractères évidents de la plus haute antiquité. On y voit représenté le Bon Pasteur entre deux brebis ; un poisson est placé à côté de Tune, une ancre à côté de l'autre (i). Au commencement du dix-septième siècle, on a découvert un sarcophage antique, sur lequel était simplement inscrit le nom de Liniis, nom assez rare, qui est précisément celui du successeur de saint Pierre.

(i) Un dessin est dans Bullettino, iSjo, tav. V.

Le CIMETIÈRE DE LuciNA, situé sur la voie d'Ostie, reçut le corps de saint Paul. Aujourd'hui, il est presque impraticable : une partie a été détruite lors de la construction de la basilique élevée en rhonneur du grand apôtre; une autre partie fut remplie de terre et de débris; mais Boldetti a retrouvé dans cet endroit les deux plus anciennes inscriptions, ayant une date consulaire, qui soient sorties des Catacombes : Tune, de Fan 107, tracée sur la chaux d^un lociilus^ Pautre de l'an 1 10. C'était quarante ans après la mort de saint Paul ( i ) . M. de Rossi y a également trouvé une inscription non datée, mais mentionnant un Titus Flavius Eutychius, nomenclature qui convient à un affranchi ou client des Flaviens Augustes.

Le cimetière de Domitilla, situé entre la voie Ardéatine et la voie d'Ostie, nommé à tort par Bosio cimetière de Callixte, fut établi au bord de la colline de Tor Marancia, dans un prœdium appartenant sans doute à Flavia Domitilla ; en effet, une inscription atteste qu'une area de 35 pieds de large sur 40 de long avait été concédée par la générosité de Flavia Domitilla, ex indvlgentia fla- VLE domitilla, à Sergius Cornélius Julianus et à deux autres personnes (2). Une autre inscription rappelle une sépulture concédée par Flavia Domi-

(i) Il y a une inscription de l'an 72, mais on ne sait où elle fut trouvée. — (2) Roma sotter., t. I, p. 267.

— bo —

lilla, nièce de Vespasien, flavi^ dOxMitil (lœ divi] VESPASiANi NEPTis... BENEFicio. Ccttc Flavia Domitilla, nièce de l'empereur Vespasien, était femme du consul Titus Flavius Clémens, fils de ce Titus Flavius Sabinus qui était préfet de Rome Tannée même du martyre de saint Pierre (i). On a retrouvé dans ce cimetière les tombeaux , voisins Tun de Tautre, des saints qui y furent ensevelis au premier siècle : Pétronille et les deux eunuques martyrs Nérée et Achillée. Commencées en 1854, les fouilles, interrompues par suite des prétentions du propriétaire du terrain , purent être reprises au mois de novembre 1870, lorsque Mgr de Mérode, dont la perte doit être déplorée, eut acheté le domaine de Tor Marancia, où est situé le cimetière (2). Les travaux amenèrent, au mois de mars 1874, le déblaiement de la basilique souterraine, établie, au quatrième siècle, sur l'emplacement du tombeaudes saints Nérée et Achillée, près de celui de la vierge Aurélia Pétronilla qu'on

(i) Cinq personnes de la famille Flavia étaient chrétiennes : Titus Flavius Clémens, — Flavia Domitilla, — Plautilla, sœur de Clémens, — Flavia Domitilla, fille de Plautilla, — Pétronilla. (M. de Rossi, Bullettino, i865, p. 17. — Beulé, les Chrétiens de la famille Flavia dans le Journal des Savants, 1870, p. 27). Cf. Bull. 1875, p. 69 et suiv. Dans le tome IV de la Roma sotteranea , M. de Rossi donnera la description du cimetière de Domitilla. — (2) Des colonnes et deux sarcophages découverts en i854, et recouverts lors de l'interruption des fouilles, ne furent pas retrouvés en 1874. On les avait enlevés en 1870.

a nommée la tille spirituelle de saint Pierre (i).

Il faut signaler en quelques mots ce que peuvent nous indiquer, quant à Page du cimetière, les formes architectoniques, les peintures, les sculptures et les inscriptions qu'on y a trouvées.

Les formes architectoniques sont particulières. On a découvert en i865 un vestibule élégant, trèssimple et de style classique, couronné d'une belle corniche en terre cuite, semblable à celles élevées dans le premier siècle de TEmpire. Il est bâti à ciel ouvert, au flanc de la colline coupée à cet effet, et sa façade ressemble à celle du sépulcre des Nasons, par exemple, taillé dans le roc sur la voie Flaminienne (2).

Là est l'entrée du cimetière. Le style de l'édifice, qui peut se rapporter aux trente années entre Néron et Domitien, est certainement plus pur, par conséquent plus ancien que la façade de la crypte du tombeau de saint Janvier qui, d'après la date du martyre de ce saint, a été construite au second siècle, en l'an 162, sous Marc-Aurèle. La galerie qui succède au portique est large, ornée de peintures, revêtue de stucs très-fins. Le long de cette galerie il n'y avait pas primitivement les lociili que Ton y voit aujourd'hui ; il n'y avait pas non plus à'arcosoliiim, mais seulement quatre grandes

(i) Petronilla est cependant un diminutif de Petronius, non de Petrus. — (2) Biillettino, i803, p. 33 ; voir planche II.

niches quadrangulaires pour placer des sarcophages. Il semble donc que, dans Torigine, on ait peu employé le loculus et qu^on se soit beaucoup servi du sarcophage. M. de Rossi voit même dans ce cimetière le passage , pour ainsi dire, du sarcophage au loculus dans deux loculi^ auxquels on a donné, sur la face extérieure en stuc blanc, la forme et Paspect de deux sarcophages. On observe aussi que les loculi primitifs du cimetière sont très-grands, plus grands qu'il n'est besoin (il y en a de 2™,io de longueur), et qu'ils furent plus tard, lorsqu'il devint nécessaire d'économiser l'espace. M. de Rossi remarque encore dans ce cimetière la trace du passage du sépulcre juif au cubiculum souterrain. Un cubiculum lui semble comme une copie de celui oii Joseph d'Arimathie déposa les divins restes du Rédempteur avec un seul arcosolium bas et un banc taillé dans le tuf où était posé le corps.

L'ensemble de ces dispositions architectoniques indique donc un temps où les persécutions, en devenant plus rapprochées , n'avaient pas encore forcé les chrétiens à se montrer prudents. Assurément, le propriétaire de ce monument, construit si ostensiblement sur la voie publique, croyait n'avoir rien à craindre, car la loi protégeait sa propriété insaisissable , et le propriétaire était celle dont il est fait mention plus haut, Domitilla, nièce de l'empereur Vespasien.

Un vieux mur visible encore près du mur relativement récent de la basilique, a tous les caractères de la plus haute antiquité. Près de l'emplacement de cet autel élevé sur les tombeaux de Nérée et d'Achillée, dont on a retrouvé les deux colonnes du ciborium où sont écrits les noms des deux martyrs, M. de Rossi a découvert les restes d'une chambre carrée d'un assez bon travail en briques, mesurant 5 ou 6 mètres de chaque côté, où descendait directement un escalier spacieux et décoré.

Les peintures du cimetière de Domitilla sont parfois très-antiques : une voûte d'escalier ornée de rameaux de vigne entrelacés, avec des oiseaux et des petits génies occupés à la vendange (sujet affectionné par les chrétiens, car Jésus-Christ avait dit : « Je suis la vigne et vous êtes les branches »), et un ciibiculum ou Ton voit des paysages, sont du style le plus classique, semblable en tout point aux fresques de Pompéi et des plus élégants colombaires du siècle d'Auguste. Tel est le jugement du professeur Kugler (i) ; et un archéologue éminent, M. Charles Lenormant, remarquait en i858 que cette fresque, découverte peu de temps avant sa visite, rappelait à s'y méprendre le style des pein-

(i) Le même professeur a dit : « En ce qui concerne la distribution des sujets et le caractère de l'ornementation, les décorations des Catacombes approchent des peintures murales des meilleurs temps de l'Empire ; leurs légères arabesques rappellent les fresques de Pompéi ou des bains de Titus. » Cité par M. Northcote, p. zbi.

tures de la chambre sépulcrale de la pyramide de CaïQs Sextus , c'est-à-dire celles des meilleurs temps de Fart. En effet, la légèreté, la grâce, la libre imitation de la nature qui se montrent dans ces fresques, sont loin de la symétrie conventionnelle et des grêles compostions des fresques du troisième et du quatrième siècle.

On rencontre aussi dans cette partie ancienne du cimetière, creusée dans Varea de Domitilla, des peintures représentant des scènes bibliques : elles ne sont pas nombreuses, mais on voit Noé dans Parche avec la colombe, et Daniel entre des lions; on y voit aussi des personnages assis autour d'une table sur laquelle sont posés un poisson et trois pains, représentations dont nous étudierons la signitication.

Les sculptures ne se trouvent que sur des fragments de sarcophage en marbre; leurs ornements sont des sujets purement décoratifs, comme des dauphins et des hippocampes. Il y a aussi des sarcophages en terre cuite, d'une très-belle facture ; or on sait que cette fabrication de sarcophages a dû cesser avec le second siècle, car ils sont rares au troisième, époque où Ton construisit des tombeaux recouverts en grandes tuiles reliées ensemble. En outre, cette terre cuite des sarcophages est d'une très-bonne pâte, et son grfin est semblable à celui employé dans les plus beaux temps de cet art. Certaines tuiles, dont les fragments subsis-

tent, ont des marques de fabrique qui remontent aux années i23 et iSj. Les symboles gravés sur la pierre ou le marbre sont Fancre seule, l'ancre et Poiseau.

Les inscriptions doivent être considérées dans la forme des lettres ou paléographie, et dans le style de Tinscription ou épigraphie.

La paléographie de certaines inscriptions trouvées dans ce cimetière de Domitilla est des plus antiques. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, les hastes horizontales, isolées dans les lettres grecqres H. 0. E., sont très-rares dans les épitaphes des cimetières romains, tandis qu'on en voit des exemples dans les inscriptions gravées au temps de Trajan (98-1 17).

L'épigraphie emploie souvent la langue grecque, ce qui est toujours un indice d'antiquité, le nombre des inscriptions grecques allant en diminuant à mesure qu'on descend vers les époques postérieures. Au second siècle, les inscriptions grecques sont en nombre égal aux inscriptions latines. Parmi les inscriptions provenant des anciennes pierres, on voit sur un fragment av [relia] e cyr [iacae con] iv ['gi\ écrit en très-beaux caractères ; or ce gentilitium Avreliae est celui-là même de la sainte Aurélia Pétronilla qui fut enterrée dans ce cimetière, et vivait à la fin du premier siècle. On rencontre aussi \q gentilitium àQ,C\oàm^, Flavius, Ulpius, Elius, Annius, etc., tous noms qui se rap-

portent à des affranchis ou clients des Antonins, c'est-à-dire à des générations de la seconde moitié du premier siècle et de la première moitié du second. C'est près d'un cubiculum, au pied du grand escalier, que fut trouvée l'inscription de Restutus, signalée plus haut (p. 53). C'est dans ce cimetière également, dans l'enceinte de la basilique élevée postérieurement, que M. de Rossi a trouvé des fragments d'inscriptions comparables aux inscriptions païennes de l'époque des Flaviens. Que dis-je ? avec ces lettres visibles ^^'^^l^^ le savant archéologue croit possible de lire un jour : flIvÎ'Srvm-

On a lu aussi, dans ce cimetière, le nom d'une Flavilla, diminutif très-rare, ceux d'un Flavius Sabinus et de Titiana, sa sœur, inscription qui date du second siècle.

Le CIMETIÈRE DE Priscilla, sur la voie Salaria, à deux milles de la porte actuelle de Rome, tire son nom ou de la mère du Pudens qui accueillit saint Pierre, ou de la femme du juif Aquila dont il est parlé dans les Actes des Apôtres, sans doute affranchie des Pudens ; en tout cas, il a été établi à l'époque apostolique dans une propriété des Pudens de la gens Cornélia. L'empreinte du cachet d'un Pudens Félix se trouve plusieurs fois répétée sur le ciment qui scelle un loculus de Tétage inférieur.

La forme architectonique du souterrain présente des caractères de haute antiquité : ainsi, au pied d'un ample escalier, s'étend un grand

vestibule de 24 mètres de longueur sur une largeur moyenne de 4 mètres : ce vestibule donne accès du côté droit à une grande crypte, d'abord rectangulaire, à laquelle un remaniement postérieur donna à la fin du troisième siècle la forme à peu près d^une croix latine, et du côté gauche à une crypte, grande aussi, à peu près rectangulaire, et à des chambres plus petites.

La première crypte est appelée vulgairement la chapelle grecque, capella greca, à cause de deux épitaphes en cette langue qu^on y a trouvé tracées au minium. Cétait d'abord une nef rectangulaire d'environ 6 mètres de longueur : elle ne fut pas taillée dans le tuf, mais a été construite sans aucun loculus^ ni arcosolium, ayant seulement des niches rectangulaires pour placer des sarcophages. Les parois sont revêtues de stucs fins, et sont surmontées d'une C0rniche ; à Feutrée de la crypte, il y a une archivolte avec une guirlande de feuillages. Dans Tune des petites chambres il y a des génies en stuc avec de semblables guirlandes. Cette région est le point où commence l'excavation du cimetière (i).

Les peintures de la grande crypte sont moins

(1) M. de Rossi : Immagini sceltedellaB.-M. Maria, p. 18; Roma sotteranea, t. I, p. 188; Biillettino di archeoL, 1867, p. 45; et 1870, p. 56. M. l'abbé Davin a donné une série d'articles sur la capella greca dans la Revue de l'art chrétien, 1876-1878.

belles que celle du cimetière de Domitilla, mais leur style est aussi classique et le type grécoromain s'y accuse fortement (i).

Des sculptures ont été rarement trouvées dans ce cimetière ; les symboles ne sont pas communs ; les plus anciens sont des ancres ; dans des inscriptions plus récentes, il y a des poissons unis aux ancres.

Les inscriptions^ celles surtout de la région centrale, présentent un caractère spécial qui constitue une famille à part. Beaucoup, en effet, au lieu d'être gravées sur la pierre sont peintes en minium sur les grandes tuiles qui ferment les loculi : une de ces tuiles porte une marque de fabrique de l'empereur Antonin. Si quelques inscriptions semblables ont été vues çà et là dans les autres cimetières, comme celui de Domitilla, par exemple, jamais on n'en a trouvé une série aussi nombreuse. Cet usage paraît avoir cessé sous Marc-Aurèle (i6ii8o]. Beaucoup d'autres inscriptions, gravées sur marbre, sont rehaussées de vermillon et sont en très-beaux caractères.

Dans cette région, la paléographie est antique : très-souvent les noms romains sont écrits en langue grecque ; et on y voit ces accusatifs absolus,

(i) Ces peintures ont été photographiées à la lumière du magnésium et publiées par M. Parker. Historical Photographs illustrative of the archéology of Rome, n» 612, 61 3, .1473, etc. London, 1873.

propres à Tancien style épigraphique grec. Ce style est très-laconique et de la plus exquise latinité épigraphique. Les inscriptions contiennent seulement le nom propre du mort accompagné d'ancres et de palmes. On n'y rencontre pas encore les invocations solennelles, sauf Yin pace^ mais il y a in Deo vivas qui est d'un style très-antique. La formule de salut apostolique donné aux morts, pax tecum, pax tibi, qui se rencontre rarement dans les autres cimetières, se voit ici fréquemment et semble particulière, pour ainsi dire, à la trèsancienne famille d'épitaphes tracés au minium. On Ta trouvée aussi au cimetière de Saint-Hermès sur une inscription du second siècle.

Les noms relevés sur les inscriptions appartiennent à des personnes dont la nomenclature se rapporte à la génération qui vivait au temps des Julii Clodii et des premiers Aurélii Augusti. Ainsi M. de Rossi a recueilli en i85i dix-neuf fragments de cette épitaphe : titus flavius felicissimus posiTus EST, exemple d'inscription portant les tria nomina.

Outre ces cimetières, dont la haute antiquité est manifeste, on peut noter encore, comme trèsantiques : le CIMETIÈRE DE LuciNA, sur la voie Aurélia, où saint Pierre baptisa saint Procès et saint Martinien ; le cimetière ad Catacumbas, sur la voie Appia, à côté de la basilique de Saint-Sébastien, ou l'on voit une salle, non creusée dans le tuf.

mais construite, ornée de stucs colorés ; le cimetière DE Saint-Hermès, dont nous venons de citer le nom, porté par un magistrat romain, martyrisé au commencement du second siècle, et enterré dans son prœdium sur Tancienne voie Salaria ; le cimetière de Maximus (personnage inconnu], où furent déposés le corps de sainte Félicité et celui d'un de ses fils , Silanus , martyrisé , comme sa mère, en Tan 162 ; remplacement de ces deux cimetières, indiqué parfois dans le voisinage de la voie Appia, ou compris, comme tous les cimetières de la voie Salaria, sous le nom général de Priscilla, a été nettement déterminé par M. de Rossi sur la Salaria Nova, ainsi que le cimetière Jor- DANORUM, un peu plus loin que le cimetière de Maxime, où furent enterrés trois des fils de sainte Félicité, martyrisés en 162, etc. Mais nous devons parler plus longuement du cimetière de Prétextât et du cimetière de Lucina, sur la voie Appia.

Le cimetière de Prétextât, que Ton commença à explorer en 1847, ^^^ situé sur la gauche de la voie Appia, entre le premier et le second mille audelà de la porte actuelle de la ville, au point où aboutit le chemin qui sépare le cirque de Maxence de réglise de Saint-Urbain alla Caffarella. Selon Bosio, il tire peut-être son nom du Prétextât chrétien mentionné, au temps d'Adrien, dans les Actes de sainte Sophie. Mais, en tout cas, des observations précises démontrent qu'il est plus ancien que

le pagus Triopiiis^ fondé dans le voisinage par Hérode Atticus, Tun des précepteurs de Mar- Aurèle et de Lucius. Si on ignore Thistoire de ce Prétextât, il est certain néanmoins e|u'on enterrait dans son cimetière durant les dix premières années du second siècle.

Devenu, au temps de lapaix, un des plus vénérés sanctuaires de PEglise romaine, il renfermait alors quatre groupes de monuments plus célèbres que les autres: i*' celui de saint Urbain, martyr... vs MARTYS (i), dit un fragment d'inscription. On ignore encore si c'est le pape de ce nom qui succéda au pape Callixte en 222, ou le simple évêque contemporain de Marc-Aurèle et de Commode qui baptisa Valérien et Tiburce, Pépoux et le frère de sainte Cécile, ensevelis en 177, avec Maxime, leur compagnon, dans ce même cimetière; 2° le monument des saints Agapitus et Félicissimus, diacres du pape Sixte II, tués à ses côtés en Tan 258, dans le cimetière même de Prétextât (2) ; 3° le monument du tribun Cyrinus ou Quirinus, martyrisé en Tan i3o, découvert en 1866, simple et élégant, ne le cédant en rien aux constructions de Néron sur le mont Célius et aux monuments du

(i) Cette ancienne forme grecque régulière du vocable consacré par l'Eglise avec la désinence éolique en p, est, sur un monument latin, un notable indice d'antiquité. — (2) M. Armellini a récemment trouvé leurs noms dans un graffito sur la table de Varcosolimn où furent déposés leurs corps (Bullettino, 1874, p. 36.)

plus bel âge de PEmpire. Le sarcophage, un des plus anciens qu'il y ait dans les cimetières romains, est sobrement décoré et a sur le devant le buste du défunt, personnage revêtu du laticlave; 4° enfin le monument de saint Janvier, fils aîné de sainte Félicité ; ce tombeau, le plus important du cimetière, fut retrouvé en iSSy. La chambre quadrangulaire où fut déposé son corps n'était pas creusée dans le tuf, mais était entièrement bâtie en briques. D'une architecture moins ancienne que la crypte de Quirinus, elle avait une façade ornée de pilastres et de corniches en briques rouges et jaunes, et ne contenait primitivement ni loculi^ ni arcosolium^ mais seulement trois niches rectangulaires destinées à recevoir des sarcophages aujourd'hui malheureusement brisés. Saint Janvier y fut déposé là en l'an 162, année de son martyre, dont la date, longtemps incertaine, est déterminée à présent parles travaux de Borghesi, de Cavedoni et de M. de Rossi (i).

Les peintures du cimetière rappellent par la pureté de leur style celles de l'époque des premiers Antonins.

Quelqus-uns des sujets représentés dans les cubiciila : l'hémorrhoïsse aux pieds du Sauveur, les soldats frappant avec un roseau la tête Notre-Seigneur, etc., comptent parmi les plus anciens mo-

(i) Bullettino, i8G3, p. 3, 19; 1872, p. 5r.

numents artistiques, aujourd'hui connus, de Thistoire évangélique. Dans la voûte de la crypte de Saint-Janvier, Ton voit quatre guirlandes successives de roses, d^pis de blé, de vigne, de laurier, au-dessous desquelles est une scène de moisson.

Les inscriptions en langue grecque adhérentes encore aux lociili sont nombreuses dans certaines parties : une de ces inscriptions porte le nom d'Urania, fille d'Hérode, probablement Hérode Atticus, le maître de Marc-Aurèle, propriétaire d'une villa voisine, située près de l'endroit ou Ton voit aujourd'hui Téglise Saint-Urbain alla Caffarella. Or la disposition des lieux et des peintures qui couvrent les parois sont évidemment antérieures à la sépulture de cette Urania (ij.

Le style est toujours très-laconique (2].

Le CIMETIÈRE DE LuciNA, près celui de Callixte, situé sur la voie Appia, à droite lorsque Ton sort de Rome , commença dans une area large de 100 pieds, longue de 180, possédée par une noble famille, probablement celle des Cécilii, qui éleva sur la voie consulaire, à Feutrée de Varea, le monument dont les ruines se voient encore. Le

(i) Biillettino, i863, p. i ; et 1871, p. 71. — (2) On sait que les fouilles ont dû être interrompues au cimetière de Prétextât par suite des réclamations des propriétaires du sol de dessus, qui se prétendent propriétaires du dessous, alors que toute la tradition et les titres constatent le caractère public des cimetières chrétiens et en donnent à l'Eglise une propriété que l'intérêt de la science revendiquerait d'ailleurs à bon droit.

nom de Lucina, porté par la propriétaire, était peut-être un surnom pris par elle au moment de sa conversion au christianisme, car il se pourrait, comme le devine M. de Rossi par une de ces intuitions nées de Fétude des faits, qui, grâce à de nouvelles découvertes, devient peu à peu une certitude, il se pourrait que cette grande matrone chrétienne fût la Pomponia Grécina, femme de Plante, vainqueur des Bretons au temps de l'empereur Claude, dont Tacite [Ann.^ XIII, 82) a parlé comme ayant été sous Néron, en Pan 58 (Pannée où saint Paul fut absous à Rome), accusée d'avoir embrassé une superstition étrangère, superstitionis externœ rea. M. de Rossi a appuyé cette opinion sur les plus fortes probabilités; il a rencontré, d'ailleurs, dans le cimetière des tombes de Cécilii Fausti, de Pomponii Attici et de leurs héritiers, les Pomponii Bassi, en sorte que, probablement, la branche des Cécilii, devenus chrétiens, a été liée à la famille des Pomponii, dont Pomponia était membre. Il y a même une inscription de la fin du second siècle, ou commencement du troisième siècle, où est relaté le nom d'un Pomponius Grécinus. Or comme ce cognomen est très-rare depuis le premier siècle de l'Empire, Pomponius Grécinus était certainement parent de la Pomponia Grécina, femme du vainqueur des Bretons. Si la conjecture si plausible de M. de Rossi était acceptée, et elle a tout lieu de l'être, comme l'a montré M. Wandinger, le

cimetière de Lucina remonterait au premier siècle de Vàge chrétien.

Les formes architectoniques de ce cimetière sont les mêmes que celles des cimetières précédents : un ample escalier, placé près du monument tumulaire (peut-être celui d'un chrétien) élevé audessus de Varea^ conduit au commencement de rhypogée, et débouche dans une large galerie souterraine dont rentrée est ornée de deux petites demi-colonnes taillées dans le tuf et revêtues d'un stuc très-fin. Près de là, un cubiculum double est revêtu de stuc fin et blanc ; les galeries sont trèshautes ; il y a peu à'arcosoliiim ; la forme du sépulcre a mensa est au contraire très-usitée.

Lespeintures qui ornent ce cubiculum sont d'un stvle très-classique; mais l'artiste, on le voit, est médiocre. Certaines décorations, sans être trop simples, ne sont pas surchargées d'ornements, et le professeur Welcker, si compétent pour juger les antiquités, a estimé qu^elles pouvaient être du premier siècle ^i).

Les inscriptions fournissent les noms d'Annia Faustina, d'Acilia Véra, d'Annius Catus, de Cécilius Maximus, de Pomponius Bassus, etc., noms du second siècle ; beaucoup d'entre elles sont écrites en langue grecque, et le style est trèslaconique. Le nom y est mis presque toujours

{i) Ché dans, Roma sott.fi.l, p. 322.

au cas direct. Jamais on n'y voit la date de la mort.

Ainsi, tout concorde dans la disposition et la décoration de ces premiers cimetières : formes architectoniques particulières avec des ambulares amples, avec des sarcophages de style classique; famille d'inscriptions ayant la nomenclature classique, écrites très-souvent en grec, toujours avec laconisme, sans aucun titre de dignité civile ou ecclésiastique (il Tels sont les principaux caractères qui saisissent l'observateur et accusent une haute antiquité.

Ajoutons que ces différents cimetières, portant le nom de leurs propriétaires, furent désignés dans le quatrième siècle par ceux des martyrs les plus illustres qui y avaient été ensevelis. Ainsi, le cimetière de Domitilla fut appelé le cimetière des Saints-Nérée et Achillée, ou de Sainte-Pétronille; le cimetière de Prétextât devint celui de Saint- Janvier; le cimetière de Maximus devint celui de Sainte-Félicité ; le cimetière de Callixte fut nommé cimetière de Saint-Sixte et de Sainte-Cécile, etc. ; et cette double nomenclature, fondamentale dans l'histoire de la Rome souterraine, résout plus d'une difficulté et répond à la grande division chronologique établie par l'histoire entre les souvenirs con-

(i) Voir planche XVUI.

cernant les monuments de Tàge de la persécution et ceux de Tâge du triomphe.

Ainsi, sous la protection de la loi, les cimetières de la communauté chrétienne s'établirent légalement dans les areœ de propriétaires riches et puissants, comme les Pudens , les Cécilius, les Flavia Domitilla, les Commodilla, les Prétextât, etc. Il n\y a pas encore d'entrées mystérieuses ; les escaliers sont spacieux et apparaissent aux regards comme les constructions mêmes du sépulcre qui, sur la voie romaine, présente sa façade élevée, ornée de corniches et d'inscriptions. Aucun monument funéraire de la voie Appienne ou Latine ne semble bâti plus publiquement et n'atteste une plus grande sécurité de la part du propriétaire. Ce fait, confirmé par les inscriptions assez nombreuses de membres de grandes familles trouvées dans les cimetières, vient tout d^abord modifier Topinion, ordinairement reçue, sur les origines obscures du christianisme à Rome. Non, le christianisme ne se cacha pas, mais il parut en plein jour et s'empara immédiatement de Tâme des plus intelligents et des meilleurs d'entre les citoyens de la Rome impériale. On le vit pratiqué jusque dans la famille impériale des Flaviens.

Saint Pierre, en venant à Rome descendre chez le riche industriel Aquila, qui habitait avec sa femme Priscilla sur TAventin, y rencontra vraisemblablement ces étrangers, juifs et prosélytes (on

appelait ainsi ceux qui embrassaient le judaïsme et ceux qui repoussaient les pratiques idolâtres), qui avaient été à Jérusalem témoins du miracle de la Pentecôte. Lorsque T Apôtre vint ensuite habiter au pied de FEsquilin, chez Pudens, sénateur allié à la famille de ce centurion Cornélius (s^il n'était, dit-on, Cornélius lui-même), converti par lui à Césarée (i), il dut évidemment entrer en relations avec ces chrétiens « de la maison de César, » salués par saint Paul, chrétiens confondus alors par les païens avec les juifs, et jouissant encore, grâce à cette confusion, de la protection légale accordée depuis Jules César aux usages et aux pratiques religieuses des Hébreux. On ne peut sMtonner dès lors de voir les fastes généalogiques des plus illustres familles romaines, 4es Cornélii, les Cécilii, les Emilii, etc., liés à l'histoire des premiers cimetières chrétiens ; et tous les jours M. de Rossi signale un fait nouveau, une famille nouvelle à joindre aux faits déjà connus, et aux familles patriciennes dont la foi est déjà attestée 12].

Ainsi Tarchéologie sacrée, en éclairant merveilleusement des textes plus ou moins obscurs de Tacite, de Dion Cassius et de Suétone, vient ouvrir à l'histoire de nouvelles perspectives.

(i) Voir la supposition de Bianchini, Vitœ Pontifie., t. II, reproduite par dom Guéranger, Sainte Céeile , p. 118. — (2) M. de Rossi, Roma sotter., t. II, p. 862 et 365; Biillettino, i865, p. 17, et, d'après lui, Northcote et Brownlow, Rome souterraine, p. 48.

Histoire des cimetières, seconde époque (fin du second siècle et première partie du troisième). — Les chrétiens obtiennent, comme membres d'une association funéraire, une situation légale. — Le cimetière de Callixte est le cimetière officiel de l'Eglise . — Tombeau de sainte Cécile, tombeaux des Papes, chambre des Sacrements. — Caractères de la décoration et de l'épigraphie des monuments de cette époque.

Les chrétiens, d'abord considérés comme une des sectes judaïques, prirent ainsi part au bénéfice de légalité ou de tolérance dont elles jouissaient. Mais bientôt accusés par les Juifs, ils commencèrent à être persécutés : Néron envoya aux supplices cette espèce d'hommes adonnés à une superstition nouvelle et malfaisante (i) (première persécution). Domitien fit recueillir par Ulpien, dans le Vile livre de Officio Proconsulis, toutes les lois criminelles en vertu desquelles il fallait frapper les adorateurs du Dieu, cultores Dei, et on leur appliqua les lois de lèse-majesté et de sacri-

(i) Christianos genus hominum superstitionis novae et maleficae suppliciis afficit, dit Suétone in Nerone c. xvi. Sur le fondement juridique de la persécution de Néron, voir le Bullettino, i865, p. gS ; M. Le Blant, dans les Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions, 1866, et Mém. de la Soc. des antiq. de France, t. XXXI; M. Tourret, dans Revue catholique de Inst. de Droit, juin-juillet 1878.

lége, lois trùs-sévères qui entraînaient les tortures et des supplices atroces (i) (seconde persécution''. Alors, comme membres des religions étrangères, superstitionis externœ rei^ prohibées par F Etat, on les accusa de préparer des révolutions, res novas moliri; leur existence fut même mise en question, non licet esse vos^ et leur vie fut sous Trajan (troisième persécution) à la discrétion du premier accusateur; cependant, au milieu de toutes ces crises sanglantes, les tombeaux chrétiens restèrent une possession religieuse, protégée par la loi. Ni Pline, ni Trajan, ni les premiers empereurs poursuivant encore contre les chrétiens Tapplication des lois portées contre les éteries fclubs,] ne parlèrent de leurs rites funèbres; tous respectèrent le droit du propriétaire placé sous la garde de la religion des sépulcres et du droit privé.

Toutefois ce qui peut se comprendre pour un sépulcre isolé, devient plus difficile à admettre pour le vaste terrain de Varea adjecta, et cependant, avec le développement du christianisme, le cimetière dut vite s'étendre au-delà de ïarea primitive. Le droit d'un homme a-t-il suffi pour

(i) M. de Rossi [Bullettino, 1867, p. 28 et suiv.) a remarqué la différence du but poursuivi contre les païens et les chrétiens accusés de crime de lèse-majesté. On voulait punir le païen en lui arrachant par la torture l'aveu de son délit; on prétendait par la torture arracher au chrétien la négation de sa culpabilité, pratique contraire aux principes du droit criminel romain.

protéger des multitudes de tombes? Ou y a-t-il eu des lois en vertu desquelles les chrétiens, multipliés au point de ne plus pouvoir passer pour les clients d'un propriétaire, ont pu se creuser des lieux de sépulture assez vastes? Tombés sous le coup des lois terribles de lèse-majesté, comment ont-ils osé développer ainsi leurs cimetières ? S'ils se cachaient, commentles magistatsne les ont-ilspas découverts? Si les magistats le savaient, comment ne les ont-ils pas empêchés? La réponse est simple, et cependant, avant les travaux de M. de Rossi, nul ne Pavait faite et personne n avait soupçonné la possibilité de la faire. C'est que Tombre et le secret dont on parle tant, utile aux chrétiens par mesure de prudence, nécessaire en temps de persécution, n'étaient point indispensables en tout autre moment. Les chrétiens ne constituaient pas vis-à-vis du gouvernement une société secrète, les chrétiens ont formé une association légale, dont le gouvernement a violé le droit lorsqu'il l'a persécutée. C'est ce qu'il faut indiquer en résumant l'exposition toute nouvelle et lumineuse du savant archéologue romain.

Les associations et les collèges, collegia, sodalitates ^ remontent aux plus anciens temps de Rome; interdits peut-être par César, en tout cas mal vus par les empereurs, qui redoutaient l'influence d'une association, ces collèges auraient été supprimés, si d'assez larges exceptions n'avaient

été admises. Ainsi, -il fut permis aux pauvres gens de se réunir une fois par mois, et de mettre en commun leurs cotisations mensuelles pour s'assurer mutuellement des funérailles, permittitiir tenuioribus stipem menstruam conferre dum tamen semel in meiise coeant (i) L'exception emporta la règle, et Mommsen a interprété ce texte par un sénatus-consulte relaté dans Pinscription trouvée en 1816, au milieu des ruines de Tancienne Lanuvium, où on lit : « Tous ceux qui veulent payer une cotisation mensuelle pour les funérailles [funeraticium] peuvent former une association et avoir un lieu commun pour ensevelir leurs morts. » L'inscription (2) faisait connaître en même temps l'organisation intérieure du collège érigé en l'an i33, en l'honneur de Diane et d'Antinous, pour la sépulture des morts. Or c'est un de ces collèges « de pauvres gens » [tenuioribus] dont les chrétiens purent très-bien adopter la forme légale.

Les collèges, les associations se multiplièrent beaucoup pendant la seconde moitié du second siècle, et peut-être, dit M. de Rossi, l'action cachée mais puissante du christianisme ne fut-elle pas étrangère à de telles tendances. Les chrétiens usèrent en effet du droit conféré par la loi

(i) Digest.XLWl, 22, i. Voir, sur les collèges, Mommsen : De collegiis et sodalitiis Romanorum, Kiliae, 1843; M. Boissier, la Religion romaine, t. II, p. 266-342. — (2) Dans Orelli, Ed. Henzen, n» 6086.

pour former des associations, droit étendu par Septime Sévère à toute Tltalie et aux provinces romaines; ils purent, au nom de leur corps réprésenté par Pévéque quant à la possession, et par le diacre quant à Tadministration financière, posséder en commun des lieux de sépulture. Le texte de saint Paul, sur la domestica ecclesia (Rom. XVI, 5), ne rappelle-t-il pas la réunion païenne quod est in domo Sergiœ Paullinœ ? Tertullien parle, à ce sujet, comme le jurisconsulte Marcien, et c^est ainsi que de propriété privée, pour ainsi dire, les cimetières, au moins quelques-uns, devinrent une propriété publique, reconnue à ce titre par la loi. M. de Rossi Ta démontré : Les associations funéraires et de secours mutuels, furent le titre sous lequel la communauté chrétie?ine posséda des cimetières. Le docteur Kiessling a trouvé à Bàle, sur un parchemin servant à couvrir un manuscrit, la moitié environ d'un testament qu'un érudit de Técole d'Alcuin avait relevé sur le marbre d'un sépulcre romain, à Langres. Ce testament (i) suit les prescriptions de la loi païenne. Le testateur pouvait légalement faire construire un tombeau et une chapelle, élever un autel et préparer des chambres pour les repas funéraires; les affranchis du mort pouvaient chaque année payer une cotisation, pour subvenir aux sacrifices offerts

(i) Bullettino, 1864, p. 3qd,

chaque mois sur l'autel, et nommer des curateurs chargés de recueillir leurs cotisations, etc.. Or les dispositions de ce testament romain, convenant précisément aux besoins et aux rites des chrétiens, pouvaient être adoptées par eux. Le droit particulier du propriétaire chrétien put se transformer, et en fait, se transforma dans un droit collectif exercé par l'association chrétienne; seulement, comme le mot collegium sentait le paganisme, les chrétiens ne Templovèrent pas; ils s'appelèrent ecclesia fratrum^ cunctifratres, fratres^ fraternitas.

Les inscriptions apportent à ce sujet des données précieuses. On voit tantôt Féglise des frères, ecclesia fratruni de Césarée en Mauritanie, ordonner la pose d'une épitaphe, tantôt un prêtre préparer un cimetière pour tous les frères cunctis FRATRiBus FEci (i). Sur uu côté d'uue stèle du troisième ou quatrième siècle trouvée en Phrygie 121, on lit : EIC THNAE TO HnON KOINON THN AAEA^llN, c'est-à-dire : « Jusqu'à cette (pierre), la partie orientale (de Varea) est commune aux frères. » On parle également en Asie Mineure d'une « amende à payer à la caisse des frères (3). »

On a trouvé sur une pierre, qui semble une stèle

(i) Roma sotter. t. I, p. 106. —(2) BuUettino, 1864, p. 32. — Kirchoff, Corpus Insc. grœc, t. IV, p. 9266. Cavcdoni, annot. ad Corpus Insc. grœc. dans Opusculi relig. e litter. di Modena, 1860, p. 176. Voir Roma sott., t. I, p. 106. — (3) Roma, i. I, p. loô.

posée sur terre plutôt qu'une plaque destinée à fermer un loculiis^ une demande de prières adressée aux frères : peto a bobis (sic) fratres boni. —

LEONTI PAX A FRATRIBUS VALE , dit UUe iuSCriptioU

du cimetière de Priscilla (i) ; et comme les collèges païens prenaient parfois leur nom du lieu où se réunissaient les associés, les chrétiens purent désigner aussi leurs associations sous le nom du fidèle autour duquel on se réunissait : Sepulcrum Eutychioriim, dit une inscription du cimetière de Sainte-Sotère; d'un autre côté, de même que lé païen, dans son collège, s'appelait le dévot de quelque divinité, cultor Jovis^ Herculis^ Dianœ^ etc., on a rencontré en Algérie, près Cherchell, une inscription mentionnant qu'un certain Evelpius cultor Verbi a donné à la sainte Eglise une area pour des sépultures et a bâti une cella (2). Evelpius ajoute : « Avec un cœur pur et simple, Evelpius vous salue, frères nés du Saint-Esprit. » Voilà, en effet, le titre spécial sous lequel les chrétiens pouvaient légalement, comme les autres sociétés funéraires , établir des cimetières communs; ils formaient une réunion de frères, Eccle-

(i) BuUettino, 1864, p. 12. — Hune locum cunctis fratribiisfeci, dit une inscription touvée en Afrique. — (2) Aream at (ad) sepulcra cultor Verbi contulit et cellam struxit, suis cunctis sumptibus Ecclesias sanctae hanc reliquit memoriam ; salvete fratres puro corde et simplici Evelpius vos satosSancto Spiritu. Ecclesia fratrum hune restituit titulum. [BuUettino, 1864, p. 28.)

sia fratriim^ expression touchante que les païens n'imaginèrent jamais, car, pour le dire en passant, cette explication donnée par Gaetano Marini que les frères Arvales se disaient « frères , » parce qu'ils auraient fait partie d'une confrérie religieuse, appellation étendue par Borghesi à toutes les confréries païennes , a été justement, dit M. de Rossi, repoussée par M. Mommsen (i).

C'est à ce titre légal d'associés que les chrétiens purent ensuite intervenir (vers 225) dans leur contestation avec les popinarii, autre association légale; les édits portés précédemment contre les chrétiens n'empêchèrent pas l'empereur Alexandre Sévère, jugeant la cause en leur faveur, de reconnaître également le droit de l'association et de les maintenir dans leur lieu de réunion, au Transtevère.

De l'âge des Apôtres à la paix de Constantin, il y eut à Rome des églises domestiques dans l'intérieur des habitations où les fidèles purent avoir la faculté de garder chez eux la sainte Eucharistie dans un lieu secret, dérobé aux regards; toutefois, dans les cimetières ou à côté des cimetières, il y eut des réunions nombreuses de fidèles et la trace en est demeurée.

(i) Suivant la tradition, le collège des Arvales fut constitué dans le principe par les douze fils d'Acca Lorentia. Les douze prêtres Arvales se donnèrent le titre de frères, pour rappeler leur origine commune.

A l'entrée du cimetière de Domitilla, on a dernièrement reconnu une construction du troisième siècle; une salle, attenante à la porte même du souterrain, mais ne contenant aucun tombeau, était garnie tout autour d'un banc de pierre; c'était une sorte de triclmhim^ destiné au repas funéraire des membres du collège. La réunion funèbre a eu lieu chez tous les peuples ; mais Pagape chrétienne fut distincte du silicernium des obsèques païennes, en ceci surtout, que celui-ci était donné aux parents et que Fagape était offerte à tous (i). A côté de la salle principale, il y avait plusieurs chambres étroites ou étaient le puits, le réservoir d'eau, la fontaine, que Ton trouve mentionnés par les inscriptions et les testaments païens. C'était alors le temps où Tertullien (2) parlait publiquement de la cotisation mensuelle payée par les fidèles, dont le premier emploi était de subvenir à Tentretien des pauvres et à la sépulture des morts, disposition qu'aucune loi ne défendait, dit à ce sujet Mommsen (Si. C'était le temps aussi ou, pour la première fois. Fauteur des Philosophumena nous montre le pape Zéphirin remettant au diacre Callixte, administrateur du trésor ecclésiastique (en 197), le soin du cimetière. Ce cimetière ainsi spécialement désigné

(i) M. de Rossi, Roma sotter.. i. III, p. 499. — (2) Apolog., CXXXIX. Voir aussi Dig., III, 4, i, ^ i, sur le droit que possédait le collège. — (3) De CoUegiis, p. c)5.

n'était plus dès lors Phypogée d'un particulier , citait le cimetière officiel d'une association publique, administré par les chefs de cette association (il.

Où fut placé ce premier cimetière dont Pauteur des Philosophumena fait ainsi mention? Ce ne fut point au Vatican, et pourquoi? La raison ordinairement invoquée d'une translation du corps de saint Pierre dans le cimetière ad Catacumbas de la voie Appienne est aujourd'hui abandonnée, car au temps de Zéphirin, cela est certain, le corps de Pierre reposait au Vatican; puis le cimetière ^(^ Catacumbas n'est pas le cimetière de Callixte; mais profitant du rescrit de Septime Sévère, qui confirmait et étendait à chaque collège le privilège de posséder des sépultures, et, pour s'administrer, d'avoir un syndicus ou un actor^ le corps des chrétiens, ayant à sa tête le pape Zéphirin, établit le cimetière officiel; or ou pouvait-il l'établir plus sûrement que sur la voie Appienne, près la crypte de Lucina, dans le lieu où, vingt ans auparavant, avait été déposé le corps de sainte Cécile, dans

(i) Pour tous les faits rapportés par l'auteur des Philosophumena, voir M. de Rossi, Bullett. di avcheol. crist., 1870, et, outre les auteurs allemands Dollinger et Hagemann, M. l'abbé Cruice, Etudes sur de nouveaux documents historiques, empruntés à l'ouvrage des Philosophumena, Paris i833, et Histoire de l'Eglise de Rome, de 192 à 224, Paris, 1859: l'abbé Le Hir, dans les Etudes religieuses, octobre et novembre i865. etc.

les terrains appartenant à la puissante famille chrétienne des Cécilii, alliée aux Annii Pomponii, etc.? ii] La populace le sut sans aucun doute, car justement en cette année 197, où le pape Zéphirin monta sur le trône, Rome retentit de cris furieux proférés contre les clarissimi de la secte des chrétiens; et quels pouvaient être ces clarissimi^ sinon les membres des familles illustres que nous avons nommées? Ainsi se forma légalement le cimetière de la communauté chrétienne avec son caractère officiel et quasi-civil. Ce cimetière fut appelé le cimetière de Callixte, à cause des travaux considérables que, malgré la longue persécution (la cinquièmei de Septime Sévère !i99-2ii), Fadministrateur nommé par le pape Zéphirin, et qui devint pape après lui !2i8 , y fit exécuter.

Le CIMETIÈRE DE Callixte est le plus célèbre des anciens cimetières de PEglise romaine, et cependant, au moyen âge, on perdit le souvenir de sa position exacte. Les documents sont remplis à cet égard de renseignements contradictoires. Bosio lui-même le confondit avec les Catacombes de Saint-Sébastien ; d'autres auteurs Font appelé in-

(1) On n'a pu malheureusement savoir à qui appartenait le monument ruiné qui est à l'entrée, le long de la voie Appia. En 1820, on a trouvé le colombarium des affranchis et esclaves de la gens Cécilia près de l'endroit sous lequel est le cimetière. On a trouvé aussi le colombarium des affranchis d'Annius Pollion. {Roma sotter., t. III, p. 628.)

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différemment cimetière de Prétextât, cimetière de Balbine, etc.. A force de critique dans l'étude des textes, M. de Rossi put, avant même toute exploration et toute découverte postérieure, distinguer en théorie, comme ils sont distincts en fait, le cimetière de Callixte à la droite de TAppia, le cimetière de Prétextât à la gauche de cette voie, et les Catacombes de Saint-Sébastien, situées plus au midi sur la droite. Il reconnut ainsi nettement remplacement du cimetière dont Zéphirin confia Tadministration au diacre Callixte. Nous pouvons en parler plus longuement, car c'est le seul qui soit aujourd'hui complètement déblayé, M. de Rossi l'ayant étudié tout d'abord, parce qu'il eut l'insigne honneur d'être le premier cimetière public de l'Eglise et de servir pendant tout le troisième siècle de lieu de sépulture aux Souverains-Pontifes. Dans l'histoire de ce cimetière et l'observation de ses monuments, nous trouverons d'ailleurs, à très-peu de différences près, rhistoire même de tous les cimetières romains.

Les galeries souterraines du cimetière de Callixte, la plus grande des nécropoles chrétiennes situées sur la voie Appienne, se rattachent à quatre classesdistinctes d'excavations successivement creusées selon les besoins : i° les hypogées préexistant au cimetière de Callixte, c'est-à-dire les cryptes de Lucina dont nous avons parlé ; 2'^ les hypogées du cimetière proprement dit de Callixte, où, de-

— qi — puis le pape Zéphirin jusqu'au pape Melchiade, furent ensevelis les papes; 3° les hypogées voisins ayant chacun un nom particulier : cimetière de la vierge Soteris, où cette martyre, une ancêtre de saint Ambroise, fut enterrée en 304; — arénaire d^Hippolyte, retrouvé en 1646, dépouillé alors, mais où, malgré de grands efforts, on n'a pu retourner depuis, bien qu'on ait vu l'escalier qui conduisait les fidèles aux tombeaux des martyrs grecs ; — région appelée par M . de Rossi, Libérienne, parce qu^elle fut creusée surtout au temps du pape Libérius, etc.; — le cimetière de Balbine, situé au nord de celui de Callixte et retrouvé en 1867, très-vaste, avec de grandes chambres rectangulaires terminées en abside, semble plutôt contigu qu'ajouté à la nécropole callixtienne; 4^ enfin les galeries qui, à la fin du troisième siècle ou au commencement du quatrième, ont relié ensemble ces divers hypogées et en ont fait un seul corps : c'est ainsi que la troisième area du cimetière de Saint-Callixte a été réunie par le prolongement de ses galeries à la première area du cimetière de Sainte-Soteris, etc.

Chacune de ces provinces souterraines que M. de Rossi, dans son plan du cimetière, rattache à quinze divisions, a son développement propre et son histoire.

Les hypogées du cimetière proprement dit de Callixte sont compris en trois délimitations d'aj'ea.

parfaitement reconnaissahles. La première, rectangulaire, de 100 pieds de largeur sur 25o de longueur (ij, a des chambres qui ont été creusées pendant la seconde moitié du deuxième siècle, sous Marc-Aurèle et Commode. Les excavations furent agrandies par Callixte sur Tordre du pape Zéphirin, entre deux voies principales et parallèles entre elles, qui commencent à deux escaliers magnifiques : Tun d^eux, dont les parois sont revêtues de beau stuc, a été retrouvé, en 1864, sous Tescalier construit au quatrième siècle par le pape Damase. Cet escalier ample, visible à tous les regards, donnant accès au cimetière, atteste évidemment sa primitive légalité. On reconnaît dans cette area quatre ou cinq périodes de travaux, car les areœ les plus anciennement occupées sont à présent les plus compliquées.

La seconde area longue de i5o pieds, large de 25, et la troisième, de même dimension, appelée Va7~ea de saint Eusèbe, parce que le corps de ce Pape y a reposé, ont été, comme nous le verrons, successivement ajoutées à la première. Tune au commencement, l'autre à la fin du troisième siècle.

Dans la première area, on avait placé, après son martyre, sous Marc-Aurèle (en 177', le corps de

(i) On a retrouvé sur le sol le mur qui séparait au midi cette area des terres contiguës.

la jeune Romaine, issue d'une branche chrétienne de la noble famille des Cécilii Maximi Fausti, qui porta le nom de Cécile. Elle reposait ainsi dans la propriété de sa famille. D'abord petite, mais plus tard agrandie jusqu'à mesurer 6 mètres dans sa longueur, un peu moins dans sa largeur, cette crypte, où furent aussi enterrés un Septimus Prétextatus Cécilianus, un Octavius Cécilianus, une Pomponia Attica, conserve aujourd'hui les restes des peintures exécutées 3oo ans après, sous le pontificat de Sixte III. A côté, on avait également placé l'image de la sainte, richement ornée, exécutée vraisemblablement au septième siècle ; au-dessous, on aperçoit encore une niche dont le fond est décoré par une grande figure de Notre- Seigneur Jésus-Christ, le tout dans le style byzantin du neuvième siècle (ii.

A côté de la chambre de sainte Cécile, il y en a une autre, plus ancienne, qui fut sans doute le premier lieu où reposa le corps de la sainte. Construite sous Marc-Aurèle, comme M. de Rossi l'a prouvé par l'étude des niveaux des excavations, et par les marques de fabrique des tuiles employées dans la construction des escaliers et la clôture des loculi, cette chambre devint, sous Zéphirin, la chambre des tombeaux des Papes [2]. Comme celle de sainte Cécile, elle a été découverte, sur les in-

(i) Voir planche IV. — (2) Voir planche V.

dications précises de M. de Rossi, dans les premiers jours du mois d'avril 1854. Elle était alors remplie de décombres, était longue de 3'",5o, large de 4™,5o, et n'avait pas à^ arcosolium ; mais les parois contenaient d'amples niches rectangulaires, destinées à placer des sarcophages. Au fond, on découvrit dans la muraille les restes d'un grand tombeau, surmonté d'une niche rectangulaire construite en maçonnerie, revêtue d'un stuc blanc et fin. Sur les murs il y avait des peintures; mais on en retrouve à peine la trace. En avant, sur un gradin en marbre, quatre trous, pratiqués régulièrement en carré, indiquent la place des quatre piliers sur lesquels un autel fut placé. Autour de l'autel était un espace étroit, septum^ circonscrit par une balustrade en clatri ou transennœ^ décoration dont on a retrouvé des fragments. Telle était la disposition d'une église primitive, avec son autel isolé, sur lequel le prêtre, la face tournée vers les fidèles, célébrait les saints mystères. Derrière l'autel se trouvait la place du siège où s'asseyait l'évêque.

Parmi les décombres et sur les loculi disposés dans la chambre, on n'a pu retrouver (encore étaient-ils en treize morceaux) que les pierres sépulcrales de quatre papes AlSTEPnc Eni — <i>ABIANOC

Eni |xp — AOYKIG — EYTÏXIANO EniC

Toutefois, ces noms portent témoignage pour les autres et viennent établir l'identité de la crypte

— 9^ — où douze papes furent ensevelis (ij. D'ailleurs la vénération qu'on eut ensuite pour elle est attestée par de nombreux graffiti trouvés sur les murailles.

Non loin du tombeau de sainte Cécile et des tombeaux des Papes, on rencontre cinq chambres, ouvrant sur le même corridor, appelées chambres des Sacrements^ à cause du sujet des peintures que le diacre Gallixte fit exécuter à la fin du deuxième siècle ou au commencement du troisième. C'est là que se trouvent les types, non point les plus anciens, mais les plus hiératiques de la peinture symbolique chrétienne : les scènes de la Bible, mises en pendant avec les scènes correspondantes du Nouveau Testament, y sont représentées pour rappeler aux chrétiens la vertu des sacrements dont ils sont les figures. Nous décri-

(i) Le pape Pie IX y vint prier, pour la première fois, le 1 1 mai 1854. — Une remarque peut être faite ici : les noms de ces papes est en grec; le grec aurait-il été la langue ecclésiastique de Rome au troisième siècle? On avait déjà discuté cette question pour chercher l'origine de la version latine des Livres saints, mais ces épitaphes en grec confirment la croyance, fondée sur des remarques nombreuses, que la liturgie et la lecture publique des Ecritures se faisait en cette langue à Rome, au second et au troisième siècle. A la fin du troisième siècle, et dans le quatrième siècle, la langue grecque tomba en désuétude et fut ensuite tellement oubliée, qu'au sixième siècle il fallut traduire en latin, pour le faire lire au clergé romain, un texte venu d'Orient. (Voir l'abbé Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, p. 354. — Rossi, Roma, t. II, p. 72.)

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rons plus loin les principales; mais Tunité de la conception atteste qu'elles furent peintes presqu'en même temps , encore que Texécution trahisse une différence de mains jusque dans la même chambre. Ce n'est pas un peintre qui a conçu le plan, c'est un docteur, dit M. de Rossi, c'est un prêtre qui a combiné les sujets et les a indiqués à l'artiste, et ce prêtre, quel autre peut-il être que ce Callixte, « le préposé au cimetière, « dont le portrait y a été peint sans doute en l'honneur de ses grands travaux (i)?

Ici, avec le développement des excavations de la première area du cimetière de Callixte, se termine une époque dans l'histoire des cimetières souterrains, et nous allons résumer brièvement les caractères principaux de l'architecture, de la peinture et des inscriptions dans les monuments de cette époque , c'est-à-dire ceux de la fin du deuxième siècle et du commencement du troisième.

U architecture des galeries nous les montre d'une forme régulière, moins larges qu'à l'époque précédente : les chambres sont carrées, petites, ornées de fresques; elles sont isolées; jamais il n'y en a de doubles; il n'y a pas encore beaucoup dCarcosolium,

La sculpture mise sur les sarcophages est alors purement décorative : ce sont des dauphins, des

(i) Voir les planches VI et VIL

emblèmes marins, ou simplement des cannelures; aucun signe n'est spécialement païen, mais aucun non plus n'est exclusivement chrétien (i). On emploie des symboles. Ainsi Tancre est sculptée sur la pierre : or ce symbole est très-rare et pour ainsi dire introuvable sur les inscriptions païennes. A Tancre est quelquefois joint le poisson. On rencontre aussi la colombe avec le rameau d'olivier. Le Bon Pasteur et VOrante qui, par sa ressemblance avec la Pietas des païens, pouvait être sculptée par eux ou sous leurs yeux, se rencontrent aussi sur des sarcophages (2).

h^. peinture offre une plus grande richesse ; mais elle conserve un caractère symbolique, et la représentation des faits tirés de la Bible ou de PEvangile, et concordant entre eux, est plus allégorique qu'historique. Cependant au cimetière de Prétextât on a découvert une peinture de cette époque (fin du deuxième siècle ou dix premières années du troisième), dont le sujet, tiré de TEvangile, « l'Hémorrhoïsse aux pieds du Sauveur, » a tous les caractères d'une peinture historique, et est à coup sur un des plus anciens monuments historiques aujourd'hui connus de l'histoire évangélique.

Les inscriptions, écrites en langue grecque, sont

(i) Abbé Martigny, Dict., p. ôgS. — (2) Abbé Martigny, Etude archéologique sur l'Agneau et le Bon Pasteur. Màcon, iSGo.

au moins égales en nombre aux inscriptions gravées en langue latine; celles-ci sont en général en très-bon latin. La paléographie est plus ou moins négligée, mais ordinairement elle est d^un bon type et quelquefois xrès-beWe. Lasimplicité est alors le grand caractère des épitaphes. Le style est trèslaconique, plus laconique peut-être qu^à Tépoque précédente, car les persécutions sont devenues plus nombreuses et plus cruelles. La sécurité des premiers temps qui permettait les épitaphes plus développées, que Ton rencontre dans la première époque, n'existe plus. Le plus grand nombre d'entre elles contient seulement le cognomen ou nom du défunt, qui est ordinairement d'origine grecque ou de bonne latinité; il n'y a pas souvent la mention du prenomen; on rencontre encore des gentilitia, et un, celui d'Aurélius, est fréquemment répété dans le cimetière de Callixte. Or, justement, ce sytème de noms tirés des Aurélii Augusti, concorde chronologiquement avec l'époque des grandes excavations de la fin du second siècle et du commencement du troisième (i).

Le nom de celui qui fit poser l'inscription se rencontre très-rarement ; très-rarement aussi on trouve indiqué le jour de la mort du défunt et son âge; jamais, à cette époque, on ne trouve le mot solennel xaxaôeo-tç ou depositio.

(i) M. deRossi, Bullettino, i863, p. 87.

Les acclamations, rares au commencement du deuxième siècle, deviennent plus fréquentes : les plus usitées sont : Vivas in Deo, Vivas in Spiritu Sancto^ et la formule d'origine apostolique : Pax tecwn, d'où naquit la formule solennelle In pace.

Histoire des Cimetières, troisième époque (fin du troisième siècle et commencemciu du quatrième). — Le corps de Pontien ramené à Rome. — Constructions du pape Fabien. — Lieux de réunion dans les cimetières. — Tombeau du pape Corneille. — La persécution sous Valérien atteint pour la première fois les cimetières; mesures prises pour y échapper. — Persécution de Dioclétien. — Les cimetières confisqués sont rendus à l'Eglise. — Caractère de la décoration, de l'épigraphie des monuments de cette époque.

Après une paix relative, les chrétiens subirent une persécution ila sixième) ordonnée par Maximin, meurtrier d^Alexandre Sévère. Le pape Pontien fut alors déporté en Sardaigne, où il abdiqua sa charge de Pontife suprême (3o octobre 235). Antéros fut élu à sa place (22 novembre 235), et fit rechercher aussitôt dans les bureaux de la préfecture de Rome les Actes des martyrs morts dans les derniers temps. Mais arrêté pour ce fait, Antéros fut lui-même mis à mort (3 janvier 236). L^année suivante, Fempereur Maximin fut tué, et PEglise respira ; aussi, comme Fédit de persécution une fois révoqué ou tombé en désuétude, la loi commune sur les associations reprenait son empire, le nouveau pape Fabien demanda à Fempereur la permission de ramener de Sardaigne à Rome le corps de son prédécesseur Pontien, qui

lui aussi y avait trouvé le martyre. On trouve dans ce fait, de la permission demandée par le pape et accordée par l'empereur, une preuve de plus de la légalité des cimetières chrétiens. La translation eut lieu solennellement, sans aucun obstacle.

Le même pape Fabien commença à exécuter, en Tan 238, de grands travaux; et comme le cimetière de Callixte n'était plus alors le seul à être possédé et administré officiellement par VEcclesia fratrum, comme les cimetières étaient déjà nombreux, Fabien, en 240, en partagea Tadministration entre sept diacres, tout en maintenant sous l'autorité directe du Souverain-Pontife le cimetière de Callixte. Ces sept diacres, M. de Rossi Ta montré en reconstituant, à Taide d'inscriptions, une page d'histoire jusqu'alors inconnue , avaient chacun sous leur surveillance deux des régions civiles entre lesquelles Rome était partagée. A chacune des sept régions était attribué un certain nombre des vingtcinq cimetières alors établis. Ainsi la première région ecclésiastique, formée par la douzième et la treizième région civile, comprenait les cimetières entre la voie d'Ostie et la voie Appienne; la seconde région, formée par la seconde et la dixième région civile, comprenait les cimetières de la voie Latine et Asinaria jusqu'à la voie Labicane, etc. (i).

(i) Roma soter., t. III, p. 5i5. — Cette division ecclésiastique de Rome en sept régions remplaça, à partir du milieu du sixième siècle, la division civile de Rome en quatorze

La première area du cimetière de Callixte fut alors reliée à la seconde, dont le terrain appartenait encore aux Cécilii. Les chambres qui furent creusées dans ce nouvel espace ne semblent pas avoir été destinées, dès le premier moment, aux sépultures, mais aux réunions qu'Alexandre Sévère venait de permettre aux chrétiens. Une de ces chambres a trois absides, une au fond et deux de chaque côté ; d'autres fois, comme au cimetière de Prétextât, en face d'un monument vénéré, on creusait la paroi en abside, au fond de laquelle on ouvrait une galerie, afin que plus de monde pût y contenir. La lumière arrivait par des lucernaires ouverts en même temps que les chambres. Ces observations architectoniques viennent réfuter l'opinion de ceux qui, après Ciampini et Ansaldi, voudraient soutenir que les cimetières ne furent pas pour les fidèles des lieux de réunion. Au siècle dernier, le P. Fassini (De Veterum christianorum synaxibus] avait cherché à établir la vérité sur ce point, désormais hors de doute, car le P. Marchi a de nos jours donné une notice complète sur les églises souterraines, qu'il a retrouvées avec leur vestibule, leur enceinte et leur presbyterium ; il a

régions établie par Auguste. Ce point a été établi avec science par M. l'abbé Duchesne, Revue des questions historiques, juillet 1878, p. 217, contrairement à l'opinion de M. Jordan, qui fait durer au moins jusqu'au douzième siècle les régions d'Auguste, et prétend que les régions ecclésiastiques n'ont jamais servi à désigner les quartiers de Rome.

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rencontré encore au cimetière de Sainte-Agnès des bancs creusés dans le roc, autour de chambres à absides, communiquant les unes avec les autres, ainsi que des sièges épiscopaux creusés également dans le tuf. Or ces chambres étaient de véritables églises, et les salles devaient correspondre, selon le P. Marchi, à la division qui eut lieu dans les basiliques, où une partie était réservée aux hommes et une partie destinée aux femmes. Au cimetière de Sainte-Sotère (fin du troisième siècle), il y a aussi de nombreux exemples de salles, encore plus grandes, éclairées par des lucernaires, pouvant servir de lieux de réunion. C'est à ces temps de protection accordée aux chrétiens par Alexandre Sévère (222- 235) et Philippe (244-249] (i), que doivent être encore rapportées les constructions des cellœmemoriœ^ « chambres du souvenir, » basiliculœ ouchB.pelles élevées sur le sol, au-dessus des cryptes souterraines où reposaient les corps des martyrs qu'on voulait ainsi honorer, constructions ayant tantôt la forme circulaire, tantôt la forme rectangulaire avec hémicycles, comme Téglise tricora de Saint- Sixte, véritables scholœ que tout collège ou asso-

(i) Voir abbé Greppo, Notes concernant les premiers siècles des chrétiens, p. 127-164; Moniglia, De annis J.-C. et de religioyie utriusque Philippi Aug., dissertationes duce, in-4°, Romae, 1741 ; Du Christianisme de quelques impératrices romaines dans les Alélanges d'archéologie, par les PP. Cahier et Martin, t. III, p. i63.

ciation pouvait légalement posséder, lieux de réunions oti le peuple chrétien célébrait les anniversaires des défunts et les agapes, recevait les distributions de vivres et d'habits que la charité des particuliers et le trésor de TEglise accordaient aux pauvres (i).

A la même époque a été construit sans doute le triclinium^ dont nous avons déjà parlé, récemment découvert à la porte du cimetière de Domitilla. Cette salle, nous Favons dit, devait servir aux repas des fidèles, après la célébration des saints mystères. La construction, donnant sur la voie publique, convenait à des lieux de réunions autorisées par la loi ; toutefois, dans les peintures qui la décorent, on voit seulement des bandes, des oiseaux, des fleurs et des fruits ; les sujets bibliques ou évangéliques sont bannis.

La (septième) persécution éclata de nouveau (249) .

Dèce, étant monté sur le trône, se mit, par haine des deux Philippes, à poursuivre les chrétiens que ces derniers princes avaient protégés. Le pape Fabien fut une de ces premières victimes (janvier 25o), ainsi que Calocérus et Parténius (mai 25o), tuteurs de la fille du consul Emilien, Anatolie, qui probablement avait donné aux chrétiens le terrain de la troisième area du cimetière de Callixte, où elle enterra les corps des deux martyrs

(i) M. de Rossi, BuJlcttino, 1864, p. Go.

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dont elle était pupille. De nombreuses victimes de la persécution furent alors ensevelies dans des polyandres, tombeaux contenant un grand nombre de corps.

Après la mort du pape Fabien, Fempereur défendit d'élire son successeur, car le césarisme, après avoir individuellement poursuivi les chrétiens, s^attaquait à présent à la constitution de PEglise et à sa hiérarchie. Le pape Corneille, élu malgré la défense (2 juin 2 5 i), fut arrêté par ordre deGallus, successeur de Dèce, et alla mourir à Civita-Vecchia (14 septembre 252i ; toutefois son corps fut ramené à Rome par une matrone, Lucina (sans doute une Gécilia, sa parente t, et déposé dans les plus anciennes cryptes du cimetière restées la propriété privée de sa famille, tandis que le cimetière officiel des chrétiens avait été confisqué. Le tombeau de Corneille, soupçonné en 1849 par M. de Rossi, lorsqu'il vit sur une pierre, dans la campagne, les lettres rnelivs martyr , fut découvert en i852. Il est placé dans une galerie qui fut élargie, en cet endroit, en forme de chapelle, ornée de beaux stucs, et décorée ensuite par les deux figures de saint Corneille et de saint Cyprien, exécutées, au commencement du neuvième siècle, à la place de peintures plus anciennes.

Jusqu'alors , nous Pavons dit , les empereurs poursuivaient les chrétiens comme coupables de sacrilège et de lèse-majesté, sacrilegii et majestatis

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rci convenimur, dit Tertullien, comme coupables de malélices et sectateurs de cultes étrangers non approuvés par le sénat, nova et malefica superstitio. Mais peu après le commencement de la huitième persécution sous Valérien (253-26o), qui d'abord respecta les lieux de sépulture, puisque le pape Etienne fut déposé à côté de ses prédécesseurs (257), les empereurs Valérien et Gallien défendirent aux chrétiens de se réunir dans les cimetières : « Ni à vous ni à personne, disait en 2 58 le préfet d'Alexandrie à saint Denis, évêque de cette ville, il n'est permis de tenir des assemblées et d'aller dans ce que vous appelez vos cimetières. » — « Les très-saints empereurs Valérien et Gallien ont défendu de se réunir en aucun lieu et d'entrer dans les cimetières, » disait le proconsul d'Afrique à saint Cyprien. Or c'était là un édit contre le droit de propriété, contre le droit de réunion et le droit d'association reconnus par la loi aux collèges funéraires.

Cet édit (257 et 2 58) marque une nouvelle phase dans l'histoire des persécutions et des cimetières.

Les chrétiens, en voyant leurs cimetières envahis par les soldats, furent réduits à se réfugier dans des arénaires, dont plusieurs devinrent, comme les cimetières eux-mêmes, des lieux de martyre. Alors le pape Sixte II, arrêté dans le cimetière de Prétextât, au moment où il célébrait les saints mystères, conduit à Rome pour y être jugé, et ramené, pour subir sa condamnation, sur

le lieu de son prétendu crime, y fut décapité avec ses diacres Félicissimus et Agapitus, sur la chaire pontificale rougie de son sang (258) ; alors sainte Emérantienne périt lapidée pendant sa prière au cimetière de Sainte-Agnès ; alors, dans Parénaire contigu au cimetière de Thrason, entre ce cimetière et celui dit Jordanorum, où furent enterrés Grisante et Daria, une multitude de fidèles périt étouffée, pendant qu^elle assistait aux divins mystères, devant la tombe des saints. Deux siècles plus tard, le pape Damase retrouvait avec leurs ossements blanchis la scène même du désastre.

En présence de ces attaques nouvelles, les chrétiens songèrent à mettre entre eux et leurs persécuteurs des obstacles infranchissables. Ils démolirent les vastes escaliers qui de Textérieur donnaient accès dans les souterrains, et se mirent à pratiquer des entrées secrètes, en poursuivant, au-delà des limites de Varea légale, des galeries qui, depuis les précédentes persécutions, menaient déjà dans la campagne à travers d^anciennes arénaires. Ces galeries, séparées les unes des autres par des constructions ou des remparts de terre, formèrent un vrai labyrinthe que Ton retrouve encore au midi de la première area du cimetière de Callixte. Dans rintérieur de Tarénaire, proche ce cimetière, on creusa un escalier très-étroit, qui de Fextérieur n'arrivait pas à Tétage souterrain , mais restait suspendu à moitié hauteur sur un point encore

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parfaitement visible, d'oii une échelle mobile conduisait dans les galeries du cimetière. Les observations architectoniques et topographiques de M. Michel de Rossi font reconnaître que ces galeries ont été creusées à cette époque, en même temps que les derniers travaux exécutés dans la première area.

Toutefois, Valérien, en défendant les réunions dans les cimetières, n'avait pas prohibé la sépulture chrétienne, car on voit plusieurs martyrs, le pape Sixte à Rome, saint Cyprien à Carthage, etc., enterrés publiquement dans les anciens cimetières.

En 260, Gallien, à la prière peut-être, dit dom Guéranger, de Cornélia Salonina sa femme qui était chrétienne, révoqua les édits de son père, qui avaient violé la loi protectrice de la sépulture du collège des chrétiens. Il ordonna à tous ceux qui avaient occupé les « lieux- religieux » confisqués par Valérien de les restituer aux chefs de chaque église, et il écrivit aux évêques pour leur permettre de reprendre le libre usage de leurs cimetières. Cette différence dans les ordres indique peut-être une différence entre les « lieux religieux » confisqués, par conséquent rendus, et les cimetières occupés seulement par TEtat, revenant dès lors tout naturellement au collège des Frères lorsque les agents de TEtat se retiraient. Ici ce n'étaient pas des particuliers, c'étaient les représentants officiels du collège légal [religîo licita^ qui recou-

— 109 " vraient Tusage des biens dont ils avaient pu per- .dre la possession, mais jamais la propriété.

Le pape Denis (259-269) reprit l'œuvre du pape Fabien, interrompue par la persécution. Les cellœ memoriœ placées au-dessus des cimetières furent restaurées; des chambres de la troisième area du cimetière de Callixte et du cimetière de la vierge Sotéris furent éclairées par de nouveaux lucernaires ; des tombeaux de martyrs furent revêtus de marbre et décorés de colonnes. Les chrétiens étaient alors tranquilles, et jusque dans Rome on éleva des églises. Cependant l'expérience du passé fut mise à profit : on consolida les travaux de défense improvisés sous Valérien, afin de se tenir prêts en cas de nouveau péril. Ce péril vint un jour, plus grand encore qu'il n'avait jamais été. Aurélien, qui avait reconnu la légalité des biens de l'Eglise et l'Eglise elle-même comme association légale, se mit soudain à poursuivre les chrétiens (neuvième persécution, 275). Dioclétien, après un premier moment de rigueur, les laissa ensuite en paix, et ceux-ci en profitèrent pour ouvrir de nombreux lucernaires afin de faire descendre le jour dans les cryptes souterraines. On transporta toutefois des corps de martyrs, ceux par exemple du pape Caius et des saints Calocérus et Parténius, dans l'intérieur du cimetière défendu par les travaux. Galère entraîna bientôt Dioclétien dans sa haine contre les chrétiens, et la (dixième) persécu-

tioii se déchaîna terrible et dévastatrice (3o3) ; Tempereur ordonna de détruire les églises et de con; fisquerles terrains où étaient les cimetières.

De même que le corps du pape Corneille, mort à Civita-Vecchia, mais ramené à Rome par la matrone Lucina , n'avait pu être descendu au lieu ordinaire de la sépulture des Souverains- Pontifes, les deux papes Marcellin (-h 304) et Marcel (-h 3 10) ne purent point davantage reposer dans le lieu de sépulture de leurs prédécesseurs, car rentrée en était obstruée, et durent être portés dans le cimetière de Priscilla, resté lui aussi sans doute la propriété particulière des Pudens et dès lors exempt de la confiscation. Ce qui confirme cette dernière supposition, c'est que les Pudens firent alors exécuter dans leur cimetière de grands travaux, aujourd'hui encore parfaitement reconnaissables.

Sous le coup des édits de Dioclétien, comme les cimetières de PEglise étaient confisqués, il fallut chercher des lieux nouveaux pour ensevelir les morts; le cimetière auquel le chrétien Thrason donna son nom sur la voie Salaria reçut les corps d'illustres victimes de cette persécution; le martyr Castulus, camérier de Dioclétien , ayant été enseveli vivant sur la voie Labicane, un cimetière en partie ouvert dans la pouzzolane se forma autour de son tombeau. En 1868, on a découvert à cinq milles de Rome, hors la porte Portèse, un

cimetière établi postérieurement en ce lieu, où furent déposés les corps de trois victimes de la persécution, saint Faustinien, saint Rufinien et leur sœur sainte Viatrice ^i). Ce cimetière, auquel la matrone Générosa donna son nom , s'étendit sous le bois sacré qui, jusque vers Pan 240, avait été occupé par le célèbre collège sacerdotal des Arvales. Beaucoup de riches familles quittèrent alors Rome, pour se retirer, avec leurs affranchis et leurs clients, dans leurs propriétés rurales; et c'est ainsi qu'on retrouve au loin, à Piperno et ailleurs, des traces évidentes de cette émigration (2).

Ainsi les témoignages historiques et des observations architectoniques entièrement nouvelles, attentivement faites par M. Michel de Rossi dans tous les cimetières, principalement dans celui de Callixte, viennent révéler cette succession de faits jusqu'alors inconnus et montrer, par des témoignages encore subsistants, les conditions contradictoires, mais également vraies, dans lesquelles les chrétiens se trouvaient pendant les trois premiers siècles de TEglise, touchant la possession et l'usage de leurs cimetières : légitimité de la corporation et illégalité de la religion. En temps de paix^ et en vertu de la loi générale^ sécurité dajis l'exercice public du droit de la corporation : par

(i) M. de Rossi, Biillettino, janv. et fév. 1869. Dans Roma sotter., t. III, il y a une description complète de ce cimetière de Générosa. — (2) BuUettino, 1878, p. 96.

conséquent, réunions religieuses tenues légitimement, sépultures paisibles, possession incontestée des édifices construits en plein air; puis, dans les temps de persécution , en vertu d'édits spéciaux, poursuite de la religion devenue illégale : par conséquent, violation de la propriété, dévastation, invasion des cimetières.

En 3o6, Maxence publia à Rome la fin de la persécution, qui cependant continua à sévir en Orient surtout. Aussi la restitution des biens confisqués aux églises n'eut-elle lieu qu'en 3ii. Nonseulement redit de Milan rendit aux chrétiens les endroits où ils avaient Phabitude de se réunir, mais il les rendit avec la mention spéciale qu'ils appartenaient de droit non à des particuliers, mais à des corporations, c'est-à-dire aux églises, ad jus corporis eorum, id est ecclesiarum^ non honiinum singulo7'um, pertinentia. Ainsi ce texte vient attester encore l'existence de l'Eglise chrétienne comme corporation légalement établie. Le pape Melchiade (3ii-3i4) reprit, en qualité de chef de l'Eglise, possession du cimetière de Callixte ; il y fit rapporter dans la troisième area le corps de son prédécesseur, Eusèbe , mort pendant son exil en Sicile. En effet, comme la chambre des Papes n'était pas encore accessible et que les corridors qui y conduisaient restaient obstrués de terres, le corps d'Eusèbe dut être déposé dans une autre crypte, distante de cent pas environ de

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celle où reposaient ses prédécesseurs. M. de Rossi la reconnut de i852 à i856, et y trouva, en 59 petits morceaux de marbre, Tinscription qui y fut mise par le pape Damase [i).

Le pape Miltiade fut également, pour la même raison, déposé dans une crypte, voisine sans doute de celle d'Eusèbe, où un sarcophage, le sien peutêtre, dont il reste seulement le couvercle, est le plus grand qu'on ait trouvé jusqu'à présent dans les souterrains. Ce dernier fait seul, peu important en apparence, révèle toutefois le changement qui s'était fait dans la condition des chrétiens. Après Miltiade, aucun pape ne fut plus enseveli dans les Catacombes : l'empereur Constantin était déjà monté sur le trône impérial.

(i) L'inscription damasienne en l'honneur d'Eusèbe avait été gravée sur le dos d'un marbre où était inscrite une inscription païenne en l'honneur de Caracalla. Brisée par les Barbares au cinquième siècle, elle fut rétablie par les papes au sixième; mais alors le copiste inintelligent ne reproduisit pas exactement les caractères de l'original, et même, dans les endroits où les fragments de cet original n'avaient pu être retrouvés, commit des erreurs de transcription. M. de Rossi, en rassemblant les fragments de l'original et ceux de la copie, l'a démontré. L'inscription est des plus importantes : c'est un chapitre de l'histoire de l'Eglise ; le texte accueilli avec doute par Baronius, lorsqu'il le vit dans des manuscrits défectueux, est aujourd'hui attesté par l'inscription lapidaire. Les troubles auxquels donna lieu le schisme tenté par Héraclius, lors de la discussion sur les lapsi, sont ici mis au jour : Scinditur in partes popidus... Seditio, cœdes, bellum, discordia, lites. L'exil et le bon droit du pape sont indiqués. (M. de Rossi, Romasotter.;h Spencer Northcoteet Brownlow, Rome souterraine, trad. Allard, p. 235-23o, pi. XII et XIII.)

Alors tinit la troisième époque de Thisioirc des cimetières, et il convient de résumer, avant d'aller plus loin, les caractères principaux de Tarchitecture, de la peinture, de la sculpture et de Pépigraphie pendant cette période qui , du premier tiers du troisième siècle à peu près, s'étend aux années qui virent la paix de TEglise, sous le premier empereur chrétien.

U' architecture modifia quelques détails : ainsi on abaissa des niveaux de galeries afin de trouver de Tespace pour placer de nouveaux loculi. Ces loculi^ plus serrés les uns contre les autres, sont souvent creusés d'après la forme du corps, larges pour les épaules, étroits pour les pieds, afin de ménager Fespace. Des corniches, des pilastres taillés dans le roc, servent à la décoration des cubicula^ à formes parfois hexagonales, octogonales avec absides. Lqs arcosolium sont nombreux ; il y a des area% ou ils abondent, le long des galeries; il y a peu de loculi à mensa (i).

Les peintures, jusqu'alors purement allégoriques, deviennent plus historiques. C'est pendant la seconde moitié du troisième siècle qu'a été peinte, par exemple, dans le cimetière de Callixte (2), la scène où un martyr comparaît devant le tribunal d'un juge ou d'un empereur. Le visage de celui-ci exprime la colère; celui du martyr porte l'expres-

(i) Voir planche VIII — (2) Roma, t. II, p. SSg.

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sion d'une calme tranquillité (i). Les peintures décoratives sont d'un style moins classique que précédemment; elles sont moins élégantes, ^/z/s gr'êles^ plus mal exécutées : ainsi, dans une chambre du cimetière de Callixte, dite chambre de FOcéan (parce qu'on a vu dans une tête peinte à la voûte la représentation symbolique de TOcéan, on trouve un système assez grossier de décoration : ce sont de grands paons, hors de proportion avec le reste de la composition, encadrés dans de larges bandes peintes en diverses couleurs, rouge, jaune, vert, formant un ensemble peu harmonieux ; évidemment, le style est en décadence.

Les sculptures des sarcophages travaillés dans les ateliers païens, ou du moins sous les yeux des païens, n'offrent toujours que des sujets susceptibles d'être acceptés par les chrétiens. Le pasteur au milieu de brebis rentre lui-même dans cette catégorie. Ulysse, représenté lié à l'arbre de son navire écoutant le chant des sirènes, est une sculpture païenne qui se voit sur un sarcophage trouvé dans le cimetière de Callixte. Ce sujet, toutefois, pouvait être acheté par les chrétiens, car il renferme un sens moral. Les chrétiens y virent le symbole de la Croix et du Crucifié, qui ferme aux séductions du mal les oreilles des fidèles navi-

(i) Au lieu de cette scène, M. Et. Cartier y voit celle de Suzanne entre les vieillards.

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gLiant sur la mer orageuse, interprétation conforme, selon la remarque de M. de Rossi, aux poroles de saint Maxime de Turin (i).

Quelques sculptures à sujets tout à fait païens, comme celle où on voit TAmour et Psyché, ont été descendues dans les cimetières, mais on les cachait aux regards, en plaçant les sculptures dans rintérieur du loculus (2).

Les symboles, très-usités dans Page précédent, commencent à devenir moins fréquents. L'ancre est de moins en moins répétée, en sorte que sur les monuments du commencement du quatrième siècle, il n'y en a plus guère d'exemple. Le poisson et le Bon Pasteur sont aussi plus rarement représentés; la colombe persiste, mais comme elle se retrouve dans les monuments des six premiers siècles, elle ne peut servir de note chronologique.

Le monogramme ou le rhau grec P, entrelacé avec le chi X : :^ , XP (tcrToç),ou Piota avec le X : )fC, X (pto-Toç) 1 jfl<7ovçj, se rencontre parfois comme une abréviation, comme un sigle dans le corps d'une inscription, pour signifier c/zr/5^i/5, christi; il n'est pas encore isolé comme il le sera plus tard. Les fonds de coupe dont nous parlerons, oii l'on voit des dessins variés, commencent à devenir nombreux ; précédemment il y en avait peu.

Les inscriptions ont, depuis la moitié du troi-

(i) Bullet., i863,p. 35.— (2)Northcote et Brownlow,p. 377.

sième siècle, une paléographie moins bonne en général qu'à répoque précédente. A mesure que Ton s'approche du temps de Constantin, les épitaphes en langue latine sont beaucoup plus nombreuses que celles en langue grecque. Les mots xaraôcc-t; ou depositio, très-rares auparavant, sont, à la fin du troisième siècle, d'un usage fréquent. Le mot depositio est souvent abrégé par le sigle dp, ou l'abréviation DEP. Le sigle r [recessit de sœciilo ou reddidit spiritum] est usité à partir du troisième siècle ; bientôt il devient très-fréquent, comme les mots dormit, quiescit.

Le jour de la mort ou de la sépulture est souvent mentionnée, ainsi que les noms de ceux qui ont posé l'inscription. On indique assez souvent Page du défunt. Il y a peu de tria nomina. Ordinairement le prénom n'a que la seule lettre initiale. Le gentilitium devient de moins en moins fréquent vers la fin du troisième siècle et au commencement du quatrième. Les gentilitia que Ton rencontre sont très -variés, mais ils diffèrent naturellement de ceux de l'époque précédente.

Les acclamations In pace^ Vivas in Christo^ Tépithète benemerens, deviennent chaque jour plus fréquentes dans les inscriptions sépulcrales de cette époque, à mesure qu'on se rapproche du temps de Constantin. On commence à employer des formules qui deviendront de plus en plus développées 1 1) .

(i) Voir la planche XX.

Histoire dks cimetières, quatrième époque (quatrième siècle et commencement du cinquième). — Basiliques élevées sur les tombeaux. — Tr;ivaux dans les cimetières. — Le pape Damascct ses inscriptions. — Pèlerinages, les cryptes historiques. — La sépulture dans les souterrains devient une entreprise dcfossores. — Elle devient plus rare et cesse.

Melchiade fut, nous Tavons dit, le dernier pape enseveli dans les cimetières souterrains (3141. Nous sommes, en effet, à Page de la paix de TEglise, sous Constantin. Les successeurs de Melchiade, Sylvestre (-+- 335) et Marc (-f- 336), reposèrent dans les églises construites à la place des petites cellœ^ élevées sur remplacement des tombeaux de martyrs. Or, pour construire ces églises, ces basiliques, il fallut souvent entamer la colline sous laquelle était creusé le cimietière, Feffondrer, sacrifier ainsi une quantité considérable de loculi, afin de former un emplacement convenable autour du tombeau principal, qui restait immobile à sa place primitive. Telles nous apparaissent les basiliques de Saint-Pierre au pied de la colline du Vatican, de Saint-Paul au cimietière de Commodilla, etc., basiliques reconstruites depuis et agrandies, mais sur le même emplacement où furent élevées celles du quatrième siècle.

Au lieu de les construire à ciel ouvert, on les établit parfois dans Tintérieur du souterrain, comme à Sainte-Agnès, à Saint-Laurent, etc.

Des basiliques furent également élevées dans la ville, sur remplacement des maisons où les fidèles s'étaient réunis pendant les premiers siècles comme dans de véritables églises. Ainsi les églises de Sainte-Pudentienne, de Sainte-Cécile, de Saint- Clément, remplacèrent la maison des saints dont elles portent le nom (i;.

Les sépultures chrétiennes dans Tenceinte de Rome, rares avant Constantin, devinrent en usage

(i) Les fouilles dirigées par le P. Mullooly ont fait reconnaître sous la basilique actuelle de Saint-Clément, qui date seulement du douzième siècle, l'église primitive du quatrième siècle. Au-dessous de l'abside de cette dernière, on a reconnu deux chambres en briques, antérieures à Constantin, remontant même au premier siècle. C'est dans ces chambres qu'était la statue tronquée du Bon Pasteur, rare morceau de sculpture chrétienne antérieure à Constantin. Au même niveau et un peu en arrière de l'abside, on a trouvé un spelœum mithriaque établi pendant le temps des persécutions, lorsque les biens de l'Eglise furent confisqués. [Bullett., i863, p. 29; et 1870 , p. 149. — S. Clément pape and martyr, and his basilica in Rome, by. R. Jos. Mullooly. Rome, 1869.)

Sous toute rétendue des nefs de l'église s'étend un gigantesque édifice composé de grandes masses en tuf du Cœlius, œuvre de la République romaine. Il y a peu de lieux qui offrent une telle succession de couches monumentales architectoniques. Ces différents niveaux se retrouvent dans tous les édifices entre le Cœlius et l'Esquilin. C'est ainsi que sous les thermes d'Antonin on retrouve une maison de l'époque impériale, et que sous le palais des Césars apparaissent des vestiges de la Rome républicaine et même royale.

et peu à peu se multiplièrent. Cependant le pape Marc augmenta et décora le cimetière de Balbinc, dont Torigine était plus ancienne, et Téleva à la dignité de cimetière paroissial. C'est au cimetière de Balbine que Ton rencontre cette suite de cryptes, ordinairement en carré long terminé en abside, éclairées par des lucernaires, qui forment le groupe le plus grand, le plus régulier, le mieux ordonné qu'on ait trouvé jusqu'ici. Rien qu'à voir ces vastes proportions, on comprend que les chrétiens ont retrouvé la paix et la sécurité.

Le pape Libérius (352-366), reconnu pour successeur légitime de saint Pierre à Rome, fut maître des cimetières, comme le montre une inscription ou, pour protester sans doute contre le schisme soutenu par son antagoniste, un chrétien a daté une épitaphe : svb libehio papa, note chronologique très-rare, car on ne connaît que deux ou trois exemples où le pontificat d'un pape soit ainsi relaté.

Après l'élection du pape Damase en 366, de violentes émeutes éclatèrent dans Rome; mais une fois qu'elles furent apaisées, le saint pontife se donna la mission de remettre en honneur les tombes des martyrs dont beaucoup, dans le cimetière de Callixte notamment, étaient restées inabordables derrière les remparts de terre entassés pendant les jours de la persécution de Dioclétien. L'entreprise de Damase s'étendit à tous les cime-

tières de Rome. Il fit construire des escaliers spacieux pour multiplier et agrandir les entrées ; il fit revêtir de marbre les salles les plus célèbres, et ouvrit des lucernairespour amener la lumière dans les souterrains. Il composa aussi en Thonneur des martyrs des inscriptions en vers, d'où Ton peut tirer plus d^un renseignement historique , et il les fit graver sur le marbre près de leurs tombeaux ( i ) . Les caractères employés pour graver ces inscriptions sont d'un type élégant, d'une forme particulière, en sorte qu'on les reconnaît entre toutes dès le premier coup d'oeil. Furius Dionysius Filocalus, qui aimait et vénérait le pape Damase [Damasis papœ cultor atque amatot] (sic), fut l'habile calli-

(i) Dans la chambre des papes il y avait une inscription célèbre qui s'appliquait à tout le cimetière (Rossi, Roma, t. II, p. 23. — Northcote, p. 197) :

HIC CONGeSTA JACET QVAERIS SI TVRBA PIORVM

CORPORA SANCTORVM RETINEN'T VEXERANDA SEPVLCRA, ETC.

Voir \e fac-similé que nous en donnons, planche XXII. En voici une traduction :

« Ici, si vous désirez le savoir, gisent entassés une foule d'hommes pieux; des sépulcres vénérés renferment des corps de saints : la cour du ciel nous a ravi leurs nobles âmes; ici sont les compagnons de Xyste, qui ont triomphé de l'ennemi; ici de nombreux notables qui gardent les autels du Christ; ici est enseveli l'évêque qui a passé sa vie dans une longue paix ; ici sont les saints confesseurs que la Grèce nous a envoyés. Ici reposent des jeunes gens et des enfants, des vieillards et leurs neveux qui, de préférence, ont voulu garder la chasteté virginale. Moi, Damase, j'eusse souhaité, je l'avoue, de reposer ici mon corps, mais j'ai craint de troubler les cendres sacrées des saints. »

graphe dont se servit le Souverain-Pontife. En même temps, des travaux de consolidation furent exécutés dans les galeries menaçant ruine, et, récemment, on a retrouvé au cimetière de Prétextât le plus grand exemple, jusqu^ici connu, de ces constructions élevées de chaque côté d'un vaste ambulacre pour recevoir les nouveaux lucernaires et soutenir Tantique hypogée; les loculi primitifs sont ainsi recouverts en cet endroit par des murs du quatrième siècle. C'est donc au pape Damase que nous devons depouvoirétudier encoreles cimetières souterrains ; sans ses travaux, ils se seraient en beaucoup d'endroits effondrés. Aussi M. de Rossi, en dédiant son ouvrage Roma sotteranea au pape Pie IX, dont la sollicitude, secondant le zèle du savant archéologue, a permis d'arracher à des ruines séculaires les vieux cimetières, n'a pu lui donner une louange plus délicate et plus vraie que de l'appeler un second Damase (i). Damase ayant été dans sa jeunesse, durant la persécution de Dioclétien, notaire archiviste de l'Eglise

(i) Voici la dédicace mise en tète du premier volume :

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