‹ Les catacombes de RomeChapitre 3 sur 15 · ALTERI. DAMASO · texte numérisé non relu

ALTERI. DAMASO

QVI. MONVMENTA. MARTYRVM >p:

MILIARII. SAECVLI. RVINIS. OBRVTA.

IN. LVCEM. REVOCAT.

HAEC. VOLVMINA, JVSSV. EIVS. CONFECTA.

AVCTOR.

romaine, était prédisposé par ses études à Toeuvre qu'il entreprit. Il avait, du reste, un but plus élevé en consolidant les galeries, en construisant des escaliers, en ouvrant des lucernaires plus amples que ceux de Page précédent ; il voulait exciter les fidèles à se rendre en pèlerinage aux tombeaux des martyrs afin d'y raviver leur foi. Ils vinrent, en effet, nombreux d'Orient et d'Occident à cette Jérusalem, (c cité et ornement des martyrs du Seigneur, « comme le disait une inscription ou graffito placée sur la porte extérieure de la chambre du tombeau des Papes.

Les pèlerinages furent alors très en honneur et le poète Prudence en a parlé (i). « Où y a-t-il autre part, écrivait également saint Jérôme, un aussi grand zèle pour accourir en foule aux tombeaux des martyrs : « ubi alibi tanto studio et frequentia ad martyrum sepiilcnim conciirritiir ? Aujourd'hui, après quinze siècles, on peut encore suivre la trace du pèlerinage souterrain à toutes les stations, nommées par M. de Rossi cryptes historiques, parce que, renfermant les sépultures de martyrs illustres, elles furent plus particulièrement visitées par les fidèles : tombeau des Papes, appelé

(i) Le Dr Brockhaus a public (en allemand)^, à Leipzig, en 1872, un livre sur Aurélius Prudentius Clémens et son influence sur l'Eglise de son temps, où il examine les rapports qui peuvent exister et existent réellement entre les peintures des Catacombes et les vers du poète.

station de saint Sixte ou de sainte Cécile, tombeau ou station de saint Eusèbe, tombeau ou station de sainte Sotère, etc. (iK Là les lucernaires se succédaient les uns aux autres à intervalles si rapprochés, que, sans lumière, la foule pouvait se diriger à travers Thypogée; ils indiquent aussi la voie ordinairement suivie, comme les graffiti^ inscriptions de noms ou proscynèmes, la font également connaître. Un pèlerin qui, sans doute, avait perdu sa femme ou sa fille, a inscrit trois fois sur la muraille le nom de celle qu'il a perdue, Sophronia, et à mesure qu'il avançait dans sa course et multipliait ses prières, sa foi semblait devenir plus vive. Il commence par la formule optative : Sofronia vibas, plus loin : Sofronia in Domino^ et il termine en affirmant le bonheur dont jouit en Dieu sa douce Sophronia : Sofronia dulcis semper vives Deo.

Les tombeaux des martyrs furent donc visités et vénérés ; mais dans leur dévotion indiscrète, les fidèles commirent plus d'un abus. Afin de reposer plus près des corps saints, ils mutilèrent les peintures pour ouvrir des loculi ou creuser des cryptes neuves derrière la tombe du martyr. Le pape

(i) Ces cryptes sont ordinairement en étroite connexion avec les escaliers qui mènent au dehors. Ainsi, dans le cimetière de Callixte et les parties ajoutées, on trouve onze cryptes en rapport avec onze escaliers. — Les anciens topographes nomment environ 140 sépulcres insignes. Nous n'avons que vingt des marbres ou fragments de marbres des inscriptions damasiennes.

Damase s'émut de ces profanations, et bien que personne plus que lui n'eût pu revendiquer Phonneur de reposer dans les cimetières souterrains, il lit connaître sa résolution de n'y être pas enseveli, prêchant ainsi de parole et d'exemple pour arrêter le zèle inconsidéré des fidèles, qui compromettait et la beauté des souterrains et leur solidité.

Hic fateor Damasus volui mea condere membra,

disait-il dans l'inscription de la chambre du tombeau des Papes.

Sed cineres timui sanctos vexare piorum.

« Moi , Damase , je Pavoue , j'eusse souhaité de déposer ici mon corps, mais j'ai craint de troubler les cendres sacrées des saints. « Il avait préparé pour sa mère, sa sœur et pour lui-même, près de la voie Ardéatine, à l'est du cimetière de Domitilla, un mausolée à fleur de terre, recouvrant une crypte, dont le chef à^sfossores^ Diogène, fut probablement l'architecte ji). »

Le successeur de Damase, le pape Siricius, continua Texécution de Toeuvre commencée et construisit ainsi, au milieu du cimetière de Domitilla, une basilique souterraine. Cette basilique, retrou-

(i) Ce monument de Damase est à la veille d'être découvert. (BuZ/eff /no, 1878, p. l32.)

vce en 1873 par M. de Rossi, a trois nefs longues de 3o mètres, décorées de colonnes de marbre. La grande nef, large de 7 mètres, se termine par une abside au-devant de laquelle est le tombeau même des saints Nérée et Achillée, choisi comme centre, parce qu'ils étaient de vrais martyrs du Christ, de préférence au tombeau très-voisin de sainte Pétronille, qui ne reçut pas la couronne du martyre. Ce tombeau resta adossé à l'abside (i).

Depuis le pape Damase, et sans doute d'après ses avis, Pusage d^enterrer dans les cimetières souterrains tomba peu à peu en désuétude. « Il n'est pas besoin, disait à son tour Tarchidiacre Sabinus, de placer son corps près du corps des saints ; c'est par Pâme qu'il faut se rapprocher d'eux. L'âme une fois sauvée sauve le corps. » La surveillance des sépultures cessa d'appartenir aux prêtres et devint une entreprise de fossores. Leur importance s'accrut : la corporation devint plus indépendante, et ils vendaient, à ceux qui la réclamaient, la faveur d'avoir un tombeau; ce furent eux surtout qui mutilèrent les anciennes peintures pour creuser de nouveaux loculi et satisfaire ainsi à prix d'argent, prix souvent fort élevé, les désirs des fidèles. Les inscriptions font mention de ces ventes : une de 38 1 remarque qu'un tel reçut la sépulture dans l'enceinte du sanctuaire des saints,

(1) Voir la planche XIV.

et elle ajoute : « Beaucoup le désirent, mais peu Pobtiennent. »

Pendant les vingt-cinq dernières années du quatrième siècle, le nombre des épitaphes provenant des souterrains est déjà d'un tiers seulement contre deux tiers d'épitaphes venant de sépulcres établis à ciel ouvert. Cette proportion diminue encore sensiblement dans les années suivantes, et à partir de Tan 400, les sépultures dans les souterrains commencèrent à devenir très -rares. La dernière date relevée jusqu'ici est 407, dans le cimetière de Callixte; à partir de 410, les inscriptions datées ne relatent plus de sépultures. Cette année-là, le roi des Goths, Alaric, entrait dans Rome en vainqueur.

Alors finit la quatrième époque de l'histoire des cimetières, et nous allons, comme nous Pavons fait jusqu'ici, résumer les principaux caractères de Tarchitecture, de la sculpture, de la peinture et de répigraphie pendant cette période.

IJ architecture présente des galeries nouvellement ouvertes, dont les unes ont de larges cryptes, de grands arcosolium, mais dont les autres, petites, étroites, obscures, sans plan arrêté, s'étendent souvent en dehors des limxites géométriques de Varea primitive; on modifie le niveau des galeries : ici on abaisse le sol, là on exhausse la voûte. Les loculi sont petits, juste assez grands pour placer le corps. Beaucoup d'entre eux viennent cou-

per les anciennes peintures, ou sont placés sous les degrés des escaliers. Il est évident qu'il n'y a plus de plan régulier déterminé d'avance, ef que a surveillance n'existe pour ainsi dire plus.

La sculpture peut désormais se montrer dans les basiliques construites et les cimetières établis au-dessus de terre; néanmoins quelques sarcophages sont encore descendus dans les souterrains, mais tous à présent reproduisent librement les scènes de l'Ecriture, que jusqu'alors on n'avait pas sculptées et qu'on s'était contenté de peindre. Les plus fréquemment reproduites sont : la résurrection de Lazare, Jonas sous Parbre, Daniel dans la fosse aux lions, la multiplication des pains, le miracle du vin à Cana, etc.. Les nombreux sarcophages conservés au musée chrétien du Latran, celui de Junius Bassus conservé à Saint-Pierre, et tant d'autres, en sont d'illustres exemples.

Les symboles deviennent très-rares ; on les abandonne; il n'y a plus aucun exemple de l'ancre ni du poisson, m.ais la colombe est encore représentée (ij. On rencontre souvent le monogramme. La croix monogrammatique -^ est pos-

(i) On parle ici de Rome, car, on le sait, les symboles épigraphiques employés à Rome se sont répandus lentement dans les provinces, qui en gardèrent ensuite l'usage longtemps après qu'ils furent abandonnes dans la métropole du christianisme. (Cf. J.-B. de Rossi., E. Le Blant, Manuel d'épigraphie: passim.)

térieure au monogramme de Constantin :^, et apparaît à la fin du quatrième siècle : au milieu de ce siècle, Ta et Tw deviennent souvent, comme nous le verrons plus loin, le solennel accouplement du monogramme A :^ w.

Les peintures sont d'un style moins par, la pâte de Fenduit est moins bonne , le dessin est grêle, les couleurs sont heurtées, et le style, déjà affaibli au siècle dernier, révèle de plus en plus la décadence (i).

Les inscriptions a cette époque sont très-rarement écrites en grec. Dans la seconde moitié du quatrième siècle , cette langue ne se rencontre pour ainsi dire plus. Tout est latin (2). Plus encore que dans l'époque précédente, on trouve la mention des années de la vie du défunt, des années qu'a duré le mariage, ainsi que le nom de celui qui posa Tinscription : le jour de la depositio (sépulture) est ordinairement marqué, et le sigle DEP. qui l'indique est très-usité au quatrième siècle. Les formules, précédemment simples et laconiques, deviennent prolixes, souvent

(i) Voir la planche XIII. — (2) Voir la planche XXI. Voici un exemple d'inscription prise entre beaucoup d'autres. Elle est de l'an 348 :

MIRI BONITATIS ATQ. SANCTITATI ESVBIAE lANVARIAE CONIVGI QVE VIXIT MECVM ANNOS XVIII M.V.D.XXV ARCADIVS MELISSVS MA- RITVS ET SIBI FECIT. DEPOSITA IN PAGE III KAL. APR. FILIPPO ET

SALLiA coss. (M. de Rossi, Inscript, christ., t. I, p. 63.)

ampoulées ; elles sont bonnes encore, mais mal agencées, Féloge est verbeux ; c'est alors qu'apparaissent les expressions niirœ bonitatis, mircv sanctitatïs, mirœ sapientiœ, etc.; rien ne rappelle la concise élégance des inscriptions précédentes. Les épitaphes métriques commencent à être en vogue et le seront davantage au cinquième siècle. Les inscriptions chrétiennes suivent ainsi Texemple des inscriptions païennes. Au cinquième siècle, les épitaphes sont tantôt ampoulées, tantôt simples ; mais en ce dernier cas purement historiques, et tout souvenir classique y est perdu. Les formules d'achat ou de préparation de tombeaux comjparavit — sibi locumfecit, — suis fecerunt locum, sont alors très-usitées. La mention des tria tiomina, indice de grande antiquité dans Fépigraphie chrétienne de Rome, tombe en désuétude; il n'y a plus que les cognomina, et on en rencontre fréquemment terminés en antiiis, entiiis^ ontius^ osus, comme Amantius, Léontius, etc. Ceux dérivés d'un dogme chrétien ou d'une fête chrétienfte, dès lors fréquents comme Paschasius, Deusdedit, Adéodatus, ne se rencontraient pas avant Constantin; souvent il y a un double cognonie?!, seulement on les unit par les mots qui et : ainsi Symmachus qui et Nonnus ; qui et est souvent remplacé par le mot sive.

Les acclamations comme Vivas in Deo, etc., ne sont plus de cet âge, elles sont tombées en désué-

tude avec le quatrième siècle ; on continue seulement à les mettre sur divers objets de dévotion, ou sur les ustensiles personnels et domestiques.

Histoire des cimetières, cinquième époque. — Tolérance par les empereurs chrétiens de certaines liabiludes et préjugés du paganisme. — Les monuments de Rome respectés par les chrétiens sont, comme les cimetières souterrains, détruits par les barbares. — Ceux-ci sont encore un but de pèlerinage. — Translation des restes des corps dans l'intérieur de Rome. — L'oubli descend sur les cimetières.

Avant de poursuivre notre récit de Phistoire des cimetières, il convient de présenter quelques observations importantes.

Au premier moment du triomphe du christianisme sur le paganisme, rien à Rome ne fut changé. La religion s^insinua dans les idées, pénétra dans les mœurs doucement, sans faire d'éclat, sans amener d^orage. Constantin, victorieux de Maxence et arborant à son entrée dans Rome le signe du Christ, eut même la condescendance de conserver dans son palais du Palatin le Palladium païen, comme la garantie de Tempire, pignus imperii, et d'en confier la garde à un magistrat spécial (i). Les lois portées par ce prince et par ses fils contre le culte idolatrique furent peu

(i) Ce fait, inconnu jusqu'à présent, a été tiré par le savant M. Henzend'un titulus de Piperno. C'est une raison plus politique que religieuse qui dicta cette conduite.

observées dans la capitale de Tempire. Tous les monuments païens restèrent debout, aucun ne souffrit, et ces faits, attestant une tolérance que, d'après le texte des lois, on ne soupçonnerait pas, montrent la grande modération des empereurs chrétiens dans kur triomphe (i). La distinction des rites et usages du paganisme, dont le caractère était essentiellement religieux et idolatrique, d'avec ceux qui pouvaient être tenus pour civils de leur nature et regardés comme les actes d'un culte politique, est, selon le mot de M. de Rossi, la clef de toute la législation des empereurs chrétiens, même dans le cinquième siècle. On défendit les sacrifices faits au nom de FEtat, mais l'Etat n'abattit point les temples, qui gardèrent ainsi leurs autels et leurs statues; car, en dehors du culte officiel, toute liberté était laissée aux particuliers. Le collège des Arvales, dont le culte était abandonné depuis les Gordien, conserva probablement la possession de son bois sacré jusqu'en Tan 382. On ordonna alors de le raser, mais on respecta le temple comme monument public, suivant la loi païenne : ^dificioriim sit integer status. Les édits contraires à ces prescriptions ne furent pas appliqués à Rome. Ainsi^ lorsqu'en 382 on construisit

(i) Bullettino di Archeologia cristiana, i865, p. 3 et suiv.; ib., i866, p. 53; ib., 1867, p. 69-76; ib., 1868, p. 3o. Les faits qui y sont relatés contredisent les assertions de plusieurs historiens.

- i34la basilique du cimetière de Générosa, on n'employa aucune pierre du temple des Arvales, situé à quelques pas de là (i). L'empereur Gratien luimême, en enlevant aux temples et à leurs prêtres les subsides du trésor et les rentes constituées (en 383), ne proscrivit pas le paganisme, qui continua à avoir un culte public subventionné par des dons privés. Les patriciens païens payaient alors des professeurs pour maintenir renseignement de leurs rites; et nous savons qu'entre 382 et 391, un temple de Mithra fut rétabli à Rome aux frais de simples particuliers. En 394, un effort sérieux était même tenté par le préfet, chef de la faction païenne, pour rétablir officiellement Tidolâtrie ; et la découverte faite par M. Léopold Delisle de quelques vers inédits a jeté une assez vive lumière sur ce fait intéressant pourPhistoire chrétienne dans le monde romain (2). L'empereur Eugène et le chef de ses partisans, Nicomaque Flavien, restaurèrent alors le culte idolatrique et provoquèrent même audacieusement les chrétiens par un lustrum ou cérémonie expiatoire, célébrée pendant trois mois, et par des fêtes d'Isis et de Cybèle. Alors on voulut par mille artifices entraîner les chrétiens à l'apostasie; on menaça de changer les basiliques chrétiennes en écurie, et d'enrôler les clercs dans

(i) M. Morel, Revue archéologique. , juin et juillet 1868. M. de Rossi, Bullettino, 1868, p. 35. — (2) BuUettim, 1868, p. 61-75.

la milice. Alors on annonça comme assurée la ruine de la religion chrétienne ! Mais après un moment de grande crise religieuse et politique, la religion du Christ triompha définitivement. La victoire de Théodose sur les partisans d'Eugène et du polytéisme, en amenant une réaction plus politique que religieuse, qui épargna les personnes, mais fut inexorable contre Tidolâtrie, fit éclater de toutes parts la foi publique. Les temples païens dans la Ville éternelle furent pour toujours fermés et leurs autels renversés (i). L'église Sainte- Pudentienne fut alors reconstruite avec magnificence en 398, et sa mosaïque représentant notre Seigneur au milieu des douze Apôtres, la plus belle de Rome, au jugement du Poussin, en tous cas la plus ancienne, date de cette époque. Néanmoins, après ce nouveau triomphe d'un empereur chrétien, les statues païennes furent encore respectées, et si on les enleva des temples, ce fut pour les placer au dehors sur les places publiques, comme des ornements et objets d'art.

Lorsque cent ans après, en 465, le pape Simplicius, en vertu d'une disposition testamentaire d'un général des milices romaines, dédia à Tapôtre saint André la basilique construite par Junius Bassus, toute la décoration profane fut conservée.

(i) Le temple fut dévasté seulement plus tard, au sixième siècle.

et les œuvres artistiques, en marqueteries de couleurs variées, furent ainsi sauvées par une consécration religieuse. Quelques années plus tard, Félix IV convertissait en église un temple profane et le dédiait aux saints Cosme et Damien, en ajoutant seulement à Pancienne construction une abside ornée d'une mosaïque. Ainsi les monuments païens de Rome souffrirent très-peu des chrétiens; ils furent détruits par les barbares^ par Alaric en 410, par Genséric en 455, surtout par Vitigès en 537, enfin par Narsès qui, en 57 1, enleva les statues demeurées encore intactes au Capitole et au palais des Césars (i). L'histoire des monuments nous donne par conséquent la preuve de la modération dont les empereurs chrétiens usèrent pour vaincre les habitudes païennes et faire pénétrer peu à peu, dans cette société profondément malade et corrompue, les idées chrétiennes qui devaient la régénérer et la sauver (2).

A partir des invasions barbares, le travail souterrain devenu, depuis quelques années déjà, une entreprise privée des fossores, fut, nous Pavons

(i) Buîlettino, 1867, p. 18. Beaucoup de monuments furent aussi détruits par les Normands, au dixième siècle. — (2) On en a un autre exemple dans les combats de gladiateurs abolis par Constantin en 325, et cependant tolérés par ce prince, tolér.'s même par Théodose, vainqueur de la faction païenne. Il fallut le dévouement du moine Télémaque, en 404, pour les faire cesser. (M. de Rossi, Buîlettino, 1867, p. 87.)

- i3-dit, interrompu; à peine rencontre-t-on désormais quelques rares et incertains exemples de sépulture dans les loculi d'an cimetière. Même dans les premières années du cinquième siècle, le nom des fossores ne serait pas une preuve d^excavation nouvelle, puisqu'une inscription nous montre une sépulture donnée par eux dans la basilique de Balbine sub teglata^ c'est-à-dire sous un toit, par conséquent en plein air, au niveau du sol.

Comme la tranquillité n'existait plus nulle part alors dans TEmpire romain ravagé par les hérétiques et par les barbares, les fidèles songèrent peu à peu à mettre en sûreté les reliques de leurs saints. On apporta à Rome plusieurs corps vénérés dans les provinces, et on les déposa dans les souterrains. Sixte III fit peindre les images de trois saints dont les restes avaient été ainsi rapportés de Pannonie vers Tan 427; et vers 42g, le corps de Tévêque Optât, martyrisé par les Vandales, fut également apporté de Numidie au cimetière de Callixte; déposé dans la crypte de Saint-Eusèbe, il fut le dernier des évêques et des saints ensevelis dans ce cimetière.

En effet, les prières pour les défunts et pour la bénédiction des cimetières, insérées dans les livres liturgiques de l'Eglise romaine, compilés vers la seconde moitié du cinquième siècle, font allusion aux sépultures dans les basiliques, ou autour des basiliques, et jamais à la sépulture

dans les cimetières souterrains. Ces témoignages viennent donc contredire, eux aussi, la croyance vulgaire sur l'époque où cessèrent les inhumations souterraines. Cette croyance s'appuyait sur certains documents montrant, par exemple, les papes Siricius, Célestin et Vigile, ensevelis dans le cimetière de Priscilla, et le pape Célestin commandant des peintures pour orner son propre cimetière; mais M. de Rossi a opposé à ces documents, dont le sens est indéterminé, les témoignages précis du pèlerin qui a écrit l'itinéraire de Saisbourg, indiquant que Siricius a été enterré dans une basilique, et qu'à sa droite ont été placés les papes Célestin et Marcel; M. de Rossi a produit des actes établissant que le pape Vigile a été enterré à côté du pape Marcel. Il en est de même de plusieurs autres pontifes, en sorte qu'il est certain que les cimetières où, au cinquième siècle, furent déposés les papes, étaient tous à ciel ouvert , comme celui qui, au-dessus du cimetière de Callixte, s'étendait autour de la cella à trois absides. Les sarcophages y étaient souvent couverts de teguriiim ou de ciborhim avec colonnes, soutenant une architrave, décoration que le moyen âge conserva. Le paradisus fut Varea entourée de portiques devant la basilique où on ensevelissait, nom qui s'est conservé autour de presque toutes les églises de nos villages. Le mot cœmeteriwn^ nous l'avons déjà fait remarquer, désigne désormais

tout aussi bien les oratoires et édifices construits sur terre que les excavations souterraines. Le chanoine Settele, sans connaître les documents sur lesquels s'appuie M. de Rossi, avait pressenti sur ce point la vérité mise en tout son jour par Tillustre archéologue romain. Dès la fin du cinquième siècle et certainement au sixième siècle, les cimetières suburbains à ciel ouvert furent peu à peu abandonés, et on enterra généralement dans Tenceinte de Rome, comme le montre le cimetière découvert sur TEsquilin (i).

Cependant, en cessant d'être des lieux de sépulture, les cimetières restèrent des sanctuaires visités et entretenus par les fidèles. Le pape Sixte III 143 2-440 1 fit revêtir de marbre la crypte pontificale dans le cimetière de Callixte. Le pape Simmaque (498-514) fit restaurer et orner un grand nombre de cryptes; le pape Jean I (523-526] fit restaurer la basilique souterraine des Saints-Nérée et Achillée ; mais lorsque les Goths, guidés par leur roi Vitigès, vinrent assiéger Rome en 537, plus d'un sanctuaire et plus d'un cimetière furent par eux saccagés : Ecclesiœ et corpora sanctorum exterminata sunt à Gothis, dit le Livre pontifical. Des inscriptions viennent confirmer ce fait en mentionnant les dégâts causés par les barbares aux sépulcres des saints martyrs, particulièrement dans

(i) M, de Rossi^ Roma sotter., t III. p. 553.

les cimetières de la voie Salaria, côté de Rome que ces barbares occupaient ji). Le pape Vigile s'empressa, après le départ des Goths, de réparer les dévastations ; et comme les inscriptions mises par le pape Damase avaient été brisées en plus d'un endroit, elles furent reproduites en imitant un peu les caractères employés par le calligraphe Furius Dionisius Filocalus. M. de Rossi a cité plusieurs exemples de ces reproductions, entre autres cette double inscription de la crypte de Saint-Eusèbe, dans la troisième area du cimetière de Callixte dont nous avons parlé, témoin encore subsistant des ravages causés par les Goths et de la restauration ordonnée par le pape.

Totila étant venu de nouveau ravager la campagne romaine et briser les sépulcres des martyrs, le pape Jean III (56o-5y3] eut donc encore à s'occuper des cimetières dévastés ; il y pourvut à la célébration du saint sacrifice chaque dimanche de Tannée; mais peu à peu cet usage tomba sans doute en désuétude, car Grégoire III (715-741) le rétablit, et institua un corps de prêtres chargés de dire chaque semaine la messe dans les souterrains ou dans les basiliques cimetériales cons-

(i) Cum peritura Getae posuissent castra sub Urbe Moverunt sanctis bella nefanda prius...

Diruta Virgilius nam mox hase Papa gemiscens Hostibus expulsis omne novavit opus.

(Roma sotter., t. I, p. 217.)

truites au-dessus du souterrain et alors réparées par ses soins.

Autour de ces basiliques, on avait construit des habitations pour les mansionarii, et des monastères pour les moines qui, adonnés à la prière, psalmodiaient nuit et jour les offices; on établit un roulement de prêtres pour desservir les basiliques, et cet usage dura jusqu'au treizième siècle, interrompu seulement par la translation du siège pontifical à Avignon.

Sous le coup des calamités publiques, la campagne romaine, jusqu^alors très-habitée, comme le montrent les divers cimetières qui y ont été récemment découverts, mais ravagée par les Lombards et les Sarrasins, se dépeupla de jour en jour; elle devint presque déserte, et ses monuments tombèrent en ruines. En 648 et en 682, le pape Léon II eut la pensée d'ouvrir les tombeaux des martyrs, afin d'enlever leurs dépouilles exposées aux outrages des barbares et de les porter dans la ville. On commença par celle des martyrs enterrés un peu loin, comme Simplicius et Faustin, qui reposaient au cimetière de Générosa, sur la voie de Porto, à six milles de Rome. Mais lorsque Astolphe, roi des Lombards, eut, en 75 5, dévasté encore une fois les cimetières, le pape Paul I, ému de tant de malheurs et déplorant Tabandon de ces cryptes sacrées, transformées, disait-il, en éiables et en bergeries, prit le parti ou de murer des

tombes illustres, comme celle de sainte Cécile, ou d'en transporter d'autres dans diverses églises de Rome. Plus de cent corps de saints furent ainsi ramenés dans la ville (juin 761), et un des premiers, en exécution d'une promesse faite par Etienne II au roi des Francs, Pépin, fut celui de sainte Pétronille (ii. La dépouille de la sainte fut déposée près de l'église Saint-Pierre, dans le mausolée ou tombeau des empereurs chrétiens (2K Le pape Adrien I ne continua pas cette translation de corps saints, et il eut, au contraire, la pensée de faire une dernière tentative pour remettre les cimetières en honneur ; il restaura notamment Féglise des Saints-Tiburce, Valérien et Maxime, la basilique de Saint-Zenon, etc., construites au-dessus du cimetière de Prétextât et fort abîmées par le temps. Léon III l'imita et continua les travaux entrepris : ainsi, il remplaça la basilique souterraine de Sainte-Pétronille, au cimetière de Domitilla, par une plus belle cons-

(i) Le pape Paul I, écrivant à Pépin, appelle Pétronille l'auxiliatrice du Roi : auxiliatricis vestrœ B. Petronillce. (Cenni, t. I, p. i36.) On sait que tout le côté méridional de l'emplacement, à Saint-Pierre, où est le monument de Pétronille, fui appelé are a Régis christianissimi. Le souvenir de la dévotion des Carolingiens pour Pétronille est ainsi conservé. — (2) Ce mausolée, dont la dernière partie ne fut démolie que sous Pie VI pour construire la sacristie, occupa la place où est aujourd'hui la chapelle de Saint-Simon et Saint- Jude, au fond du transept, à gauche, lorsqu'on entre dans la basilique.

truite au-dessus du sol (ij. Ce pape fit sans doute exécuter les peintures de style romano-byzantin que Ton voit dans la crypte de Saint-Corneille, à côté de son tombeau, et dans la crypte de Sainte- Cécile, bien que Fexécution soit meilleure que celle de cette époque, à en juger par les mosaïques grossières et les peintures plus barbares récemment trouvées dans l'église souterraine de Saint-Clément à Rome. Néanmoins, malgré ces soins, les tombeaux des martyrs restaient abandonnés; aussi, le pape Pascal I, voyant la campagne romaine dévastée, se souvint de l'exemple donné par le pape Paul I, et ramena à Rome, dans l'église de Sainte-Praxède, les corps de milliers de martyrs. Comme le Pape n'avait pas retrouvé le corps de sainte Cécile, caché depuis plus de soixante ans derrière un mur, et qu'il en déplorait la perte, il reçut dans un songe (luimême le raconte] l'indication du lieu précis où il fallait chercher. Le succès ayant couronné ses nouvelles recherches, Pascal I (821) fit transporter le corps de la sainte dans la basilique élevée au Transtevère, sur l'emplacement de la demeure où la jeune et noble patricienne avait trouvé le martyre.

Les papes Sergius II et Léon IV continuèrent les translations de corps chrétiens : le plus grand

(i) BuUcttino, 1S74. p. 33.

— !44 — nombre des tomhe:\ux fut ouvert, mais les marbres des inscriptions restèrent à leur place, etc^est là que les marbriers romains vinrent les chercher au moyen âge pour le pavé des églises de Rome et d^Italie. On brisait alors les marbres pour faire cette décoration en sorte de mosaïque, commune à cette époque, faussement appelée alexandrine (i). Le pape Nicolas I, qui se plaisait à visiter les cimetières, y fit quelques travaux de réparation i858i ; peut-être lui doit-on les dernières peintures byzantines de la chambre de Sainte-Cécile. Toutefois, le texte du Livre pontifical pourrait s'appliquer aux basiliques cimetériales aussi bien qu'aux souterrains eux-mêmes; en tout cas, c'est le dernier souvenir que Ton ait conservé d'eux. Les noms de quatre ou cinq cimetières apparaissent seuls de loin en loin, nous l'avons dit, dans les écrits du moyen âge, comme de lieux encore visités et accessibles. Après la fin du grand schisme d'Occident, les Papes voulurent s'occuper des cimetières. Mais le goût pour l'antiquité classique était trop dominant : il n'avait pas ramené, il avait même empêché la renaissance du goût pour les antiquités chrétiennes. Nous avons déjà dit combien étaient rares ceux qui avaient souci de ces monuments de la primitive Eglise.

Léon X fit déjà quelque chose en nommant

(i) BuUeîtino d'archêol. crist., 1875, p. III-i3i.

Raphaël commissaire spécial pour Fexamen des marbres, qu'on ne pouvait plus enlever et scier sans sa permission; car avec Raphaël on commençait à comprendre que, comme on Ta dit, Rome est la vraie patrie de tout chrétien^ la patrie des arts et la patrie de la foi.

Productions de i/art chrétien. — Des premières églises chrétiennes dérivant des exeJtw des cimetières et non des basiliques civiles. — Des cimetières souterrains et des cimetières à ciel ouvert. — Caractère de la sculpture et de la peinture; fonds de coupe en verre, leur usage; objets divers. — Inscriptions : deux familles d'inscriptions; graffiti. — Les chrétiens créent leurs sujets et ne les imitent pas. — Regénération momentanée de l'art par le christianisme.

Avant de présenter l'explication des symboles peints ou sculptés dans les cimetières souterrains, il convient de résumer et de compléter des notions utiles à connaître sur les formes des premières excavations, sur Parchitecture des premiers oratoires chrétiens, et sur les sculptures, les peintures, les inscriptions et les divers objets trouvés dans les cimetières.

Les premières excavations furent une suite d'hypogées, séparés à leur origine, et communiquant chacun directement par un escalier avec le sol extérieur. Ces hypogées, établis dans le périmètre d'areœ^ géométriquement définies par des limites fixées conformément à la loi civile sur les sépulcres, furent ensuite réunis entre eux.

M. Michel de Rossi a découvert la trace des différents travaux qui se sont succédé, et a pu reconstituer diverses formes architectoniques qui

correspondent aux événements historiques et aux conditions diverses du christianisme. Sous son œil exercé, ces formes architectoniques sont devenues un élément chronologique.

On a enseveli dans les souterrains jusqu'au commencement du cinquième siècle; les cimetières à ciel ouvert établis au-dessus des souterrains furent en usage, un peu pendant les trois premiers siècles, beaucoup à partir de Constantin, généralement au cinquième siècle jusque vers la fin du sixième, époque où on n^enterra plus que dans rintérieur de Rome.

Les chrétiens se réunirent aussi dans les souterrains pour célébrer le saint sacrifice : Fautel^ fut d^ajbord adossé au .mur, sous Varcosolium ou la niche quadrangulaire, comme dans la chambre des Papes ; au guamème siècle, il fut placé en avant, isolé. Dès le second siècle, les réunions funéraires, permises par la loi, se célébrèrent à ciel ouvert, devant des chapelles, cellœ^ rectilignes sur le front, circulaires des trois autres côtés [hémicycle ou exedra). Cet hémicycle deyjm Tabside des églises chrétiennes. Car, malgré Topinion répandue que la basilique chrétienne a été copiée sur la basilique païenne, il faudra désormais, avant de répondre sur cette question, jeter les yeux sur les exedrœ construites dans les cimetières, et considérer ce fait que la basilique classique n'a pas ordinairement d'abside, que le tribunal n'a pas néces-

sairement d'hémicycle, que les murs y sont le plus souvent droits; tandis que dans la basilique chrétienne, la partie essentielle est le sanctuaire ou abside (i). A Varea en plein air, où se réunissait le peuple devant Vexedra, on substitua une couverture splendide, et la basilique chrétienne apparut.

La sculpture dans les cimetières se voit principalement sur les sarcophages, quelquefois sur les pierres qui ferment les loculi. Les sarcophages étaient en marbre, en terre cuite, etc. Juvénal, en parlant des sarcophages, l'appelait un mode de sé£ulti]Te^elon le nte__qrien^J[; or les chrétiens qui suivaient ce rite ont pu contribuer à en multiplier le nombre et à en favoriser le commerce ; car on sait que Pusage des sarcophages j)rédo;mina à Rome à Tépoq^ue des^ntonins. Mais le sarcophage, étant un objet coûteux, fut remplacé généralement par le sépulcre à table [a mensa]^ sorte de sarcophage taillé dans le roc. Varca-solium^ dont la table ou couvercle était fixé

(i) Voir la planche XV. Ce n'est que plus tard, au douzième siècle, que des églises, comme celles de Laon, furent à abside rectiligne. Voir les belles considérations de M. de Rossi {Roma sotter., t. III, p. 496). Les églises chrétiennes rondes dérivent évidemment des mausolées à coupoles, placées dans les cimetières à ciel ouvert : le mausolée du Saint-Sépulcre avait cette forme. Notre savant maître, M. J. Quicherat, dans son cours d'archéologie professé à l'Ecole des Chartes, l'avait déjà observé.

à demeure sur la sépulture, et qui devint plus tard en usage dans les formes arcnitectoniques, n'est pas autre chose qu^un sarcophage également taillé dans le roc et surmonté d^une niche cintrée. Quant aux sarcophages en terre cuite, ils disparurent dès le troisièrhe siècle et furent remplacés par des sarcophages faits de plusieurs morceaux. Lorsque vinrent les persécutions du milieu du troisième siècle et les mouvements contre les cimetières, les sarcophages durent être moins employés; on n^a pas encore trouvé dans les sarcophages des trois premiers siècles de sculptures bibliques comme celles du quatrième siècle. Mais il ne faudrait pas expliquer, comme on Ta fait, cette absence de monuments par une certaine horreur que les premiers fidèles, subissant les idées juives, auraient eu pour Tidolâtrie; car, outre les peintures exécutées dès Page apostolique, on voit, au temps de la paix, se multiplier les sculptures selon les types religieux des fresques antérieures. La crainte seule d'éveiller l'attention arrêta au premier moment le libre développement de la sculpture chrétienne. Le sculpteur fût-il même chrétien, comme le pense M. Tabbé Martigny (i), obligé, en raison de la matière même sur laquelle il travaillait, d'agir en plein air et souvent sous les yeux des profa-

(i) Dictionnaire d'antiq. chvét., p. SqS.

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