‹ Les catacombes de RomeChapitre 4 sur 15 · DO · texte numérisé non relu

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nés, devait se montrer plus réservé que le peintre qui exerçait son art dans la nuit des Catacombes, car le ciseau était moins libre que le pinceau. Il est aussi probable, et Pexamen des monuments porte à le croire, que les chrétiens achetaient pour leur usage des sarcophages préparés dans des ate liers païens ; ils choisissaient alors parmi les décorations celles qui, en rappelant des scènes pastorales, des souvenirs d'agriculture et de chasse, n'offensaient pas la foi et évitaient les signes d'idolâtrie; s'ils avaient sous la main des sujets trop empreints de paganisme, comme des scènes bachiques, ou ils les cachaient en les revêtant de chaux, ou ils les mettaient à l'intérieur de la tombe.

Les deux lettres D M, abréviation évidente, malgré l'assertion de Fabretti (i) réfutée par Lupi (2), du Diis manibus des païens, gravées sciemment ou par habitude sur quelques pierres anciennes, provenant surtout du cimetière de Sainte-Agnès, loin de contredire ces observations, viennent, par leur rareté, les confirmer (3). On comprend donc pourquoi il faut attendre l'époque de la paix de l'Eglise, pour rencontrer dans les sculptures des sarcophages des scènes exclusivement chrétiennes (4).

(i) Inscriptionum antiquarum expUcatio, p. 564. — (2) Dissert, et anbnadv. ad nuper inventum Severce martyris epitaphium, p. io5. — (3) M. de Rossi n'a trouvé cette mention que trente-cinq fois sur quinze mille inscriptions. — (4) Dt; nombreux sarcophages, la plupart venant des cimetières à

La peinture, protégée par les ténèbres souterraines, fut, pendant les trois premiers siècles, trèsfréquemment employée. Elle mettait sous les yeux des fidèles, non-seulement des paraboles et des allégories empruntées aux scènes et personnages des deux Testaments, mais même des scènes historiques. La représentation symbolique d'un fait précéda cependant sa représentation^Jiistorique. Partout où Ton rencontre des cryptes souterraines chrétiennes, dans la Cyrénaïque, en Crimée, à Alexandrie d'Egypte et en Gaule même, avant que rincurie du dix-huitième siècle en eût fait perdre tout souvenir, on a découvert et on découvre au moins des traces d'anciennes peintures chrétiennes, semblables, pour le sujet, à celles trouvées dans les Catacombes romaines.

Ces peintures des cimetières sont exécutées selon Part classique de Fécole païenne, adopté, irriité par Tart chrétien à son début. Les procédés d'exécution et de style sont les mêmes que ceux de récole gréco^roniaine, où les artistes chrétiens les ont puisés. Les images principales, — à part de

ciel ouvert du quatrième et du cinquième siècle, sont réunis au musée chrétien du Latran fondé en 1844, augmenté depuis. Le P. Garrucci avait commencé les Monumenti del miiseo Lateranense descritti ed illustrati, Rome, 1861, mais l'œuvre est inache\ée. Elle a été reprise, en agrandissant les proportions, dans Storia deW arte cristiana nei frimi otto secoli délia chiesa, grand ouvrage publié à Prato, dont le premier volume parut en 1872.

rares exceptions, Orphée, TOcéan, etc., — sont toutefois essentiellement tirées du récit biblique et évangélique, ou appartiennent au cycle des symboles secrets.

Il semble qu'on ait, dès les premiers temps, appliqué sur les murailles quelques mosaïques , mais elles sont rares avant Constantin, car cette décoration ne se répandit que dans les basiliques du quatrième siècle. Lorsqu'aux cinquième et sixième siècles les cimetières furent restaurés, on orna de peintures byzantines et de mosaïques les cryptes historiques (i).

Outre les peintures et les sculptures, on rencontre dans les Catacombes, non pas répandus également dans toutes leurs parties , mais réunis et groupés en quelques régions, des objets d'un genre de composition particulière, je veux parler des fonds découpe en verre doré fixés sur la chaux fraîche qui cimente les bords des loculi ; c'était un ouvrage d'artistes chrétiens, juifs et païens, comme l'ont enseigné Buonarruoti, l'abbé Cavedoni, etc. Sur une lame de verre enduite d'une matière visqueuse, on appliquait une feuille d'or,

(0 Abbé Ma^tigny,Z)/c^,p.42I. — Ciampini, Vetera monimnita in quitus prcecipiœ muciva opéra, sacrarum profanarumqite cedium structura illustrantur 1690- 1699. Rome, 2 infolio.— Plusieurs ouvrages sur les mosaïques de Rome ont paru depuis, en 1867 et en 1870. Le commandeur de Rossi publie en ce mom.ent un ouvrage sur les Mosaïques chrétiennes des églises de Rome, antérieures au quin^^ième siècle.

sur laquelle on avait dessiné à la pointe des figures parfois modelées par de légères hachures et rehaussées de couleurs en pourpre, rouge, azur et vert. Cette lame ajustée au fond du vase y était recouverte d'une mince plaque de verre soudée par Faction du feu, et la dorure se trouvait ainsi protégée par répaisseur du double fond. On distingue parfaitement le point de jonction des deux verres parleurs nuances différentes. Bosio a donné seulement le dessin de cinq de ces fonds de coupe. Aringhi en a publié six autres. Buonarruoti, sénateur florentin, en publia soixante-douze dans son savant ouvrage (i). Boldetti en recueillit encore vingt-huit nouveaux; d'autres furent signalés depuis par Marangoni, Passeri, Olivieri, etc. ; enfin le recueil imprimé par le P. Garrucci, en i858, contient le dessin de trois cent quarante verres dont un grand nombre sont inédits ; un savant et ingénieux commentaire est joint aux planches de cette belle publication (2).

Les opinions les plus diverses ont été mises en avant sur Tusage de ces morceaux de verre, plats ou à fond légèrement convexe, qui avaient besoin d'avoir un pied légèrement concave (3). On n'en a

(i) Osserva^ioiii sopra alcuni frammenti di vasi antichi di vetro ornati di figure, trovati nei cimiteri di Roma. Florence, in-4", 1716. Voir la planche XVII. — (2) Vetri ornati di figure in oro. In-4''. Roma, i858. — (3) Abbé Martigny, Dict. des antiq. chrétiennes, p. 291.

— 1 54 — guère trouvé hors de Rome, d'où Ton peut conclure que ces verres n'étaient pas d'un usage civil, mais servaient à quelque cérémonie religieuse, particulière à des usages romains (i). Des auteurs ont cru y reconnaître des fragments de tasses destinées à recevoir le vin eucharistique, ou des fragments de calice destinés au prêtre, même aux fidèles, lorsque la communion était donnée sous les deux espèces. Mais ces conjectures ne paraissent pas fondées, car la forme caractéristique des vases servant au sacrifice est nettement indiquée par les auteurs; elle est la même que celle actuelle (2). D'autres archéologues, et en particulier le P. Garrucci (3), ont pensé que ces coupes servaient aux agapes, à ces repas fraternels et charitables, célébrés par les premiers chrétiens aux jours d'enterrement, de mariage, ou aux fêtes de saints, agapes d'origine essentiellement chrétienne, disons-le en passant, et qui n'étaient point, comme Ta pensé

(i) Dans Bullettino di archéol. crist., 1878, pi. V, il y a le dessin d'un verre qui vient d'Aquila. — (2) Dought, De calicibus eucharisticis veterum christianorum liber. Brème, 1694. — Notice sur les calices, Y>^rV^hhé Barraud. Caen, 1842. — Il ne reste aucun ancien vase liturgique Le plus ancien calice parvenu jusqu'à nous, celui trouvé à Zamon, sur la frontière du Tyrol italien, peut dater du sixième siècle; mais on n'a que très-peu de calices antérieurs au onzième siècle. Le calice de Zamon, dont la forme est semblable à celle actuelle , est en argent et peut contenir un litre et demi de liquide. {Bullettino di archéolog. crist., 1878, pi. XII.) — (3) Vetri ornati,^.X\\[.

M. Raoul Rochette, une pure imitation des repas funèbres célébrés par les païens. A ce titre, bien que sans jamais faire partie du culte, ces repas avaient un caractère religieux qui motiverait suffisamment la représentation sur ces verres de scènes de la Bible ou de TEvangile, et les inscriptions pieuses qu'on y lit : Dignitas amicorum pie :[eses ciim tuis omnibus bibas : « Au nom de Famitié bois, et longue vie à toi et aux tiens. » Hilaris viras cum tuis omnibus féliciter semper in pace Dei :{eses : « Vis joyeux avec tous les tiens, vis .éternellement heureux dans la paix de Dieu. »

Les sujets représentés sont ordinairement une tête de saint, comme saint Pierre, saint Paul, saint Sixte, saint Laurent, etc.; une scène de FEvangile, comme Jésus et le paralytique emportant son lit, etc.. ; une scène de la Bible, comme Moïse frappant le rocher, Noédans Tarche, etc.. ; une scène de famille, comme un père et une mère au milieu de leurs enfants, un mari et une femme devant Tautel nuptial, etc.. Si plusieurs de ces coupes, déposées sur les tombeaux afin de les reconnaître, offrent des sujets mythologiques, des figures d'Apollon, de Vénus, d'Hercule et d'Achille ou des sujets indifférents, des lutteurs, des courses de char, des scènes de chasse, rien ne prouve qu'elles aient servi aux agapes; elles étaient, sans doute, l'œuvre d'ouvriers païens ou juifs; ou bien elles parurent lorsque les agapes dégénérèrent en

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