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séqueiit, apparaissent à peine pendant les trois premiers siècles pour devenir plus fréquentes seulement au quatrième siècle. La plus ancienne de ces inscriptions datées est de Pan 71 ; il y en a une autre en Tan 107, une autre en m. Huit inscriptions, irrégulièrement échelonnées, conduisent à Tannée 268. A partir de cette époque et jusqu'en l'année 642, elles se succèdent presque sans interruption d'année en année (i).
La note chronologique est la mention des consulats, mais, nous le répétons, les dates sont rares
seizième siècle, quelques érudits, Ciacconio, Pasqualini, etc., avaient commencé à recueillir des inscriptions chrétiennes. Le premier grand musée où elles furent conservées fut celui créé par Fabretti, déposé aujourd'hui à Urhino. Bianchini, Vettori, Kircher créèrent d'autres collections; Boldetti désirait que Ton ouvrît au Vatican un musée. Bianchini, Maffei, Bottari appuyèrent ce projet, qui reçut, sous Benoît XIV, un commencementd'exécution; maiscefutseulement sous Pie VII que Gaetano Marini remplit tout le côté gauche de la galerie du Vatican d'inscriptions chrétiennes en regard des inscriptions païennes qui occupaient le côté droit. Mais aucune classification n'y fut suivie. Sous Grégoire XVI on prépara le musée chrétien du Latran, qui fut achevé sous Pie IX. Là les inscriptions ont été classées méthodiquement par les soins du commandeur de Rossi. — (i) En Gaule, la plus ancienne inscription datée Qst seulement de l'an 334 (M. E. Le Blant, Inscript, chrét. de la Gaule, t. I., p. i38). Mais on en a trouvé une à Marseille qui, selon toute apparence, remonte au second siècle, et récemment, sur une pierre formant le dallage de l'église de Maguelonne, on a lu ces mots : vera in PAGE, qui, vu sa simplicité et la forme des caractères, atteste une fois de plus l'antiquité du christianisme dans nos provinces du Sud. (M. E. Le Blant, Lise, clirct. d'Espagne, dans le Journal des Savants, 1873, p. 3 du tirage à part.)
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dans les trois premiers siècles. Il est à remarquer que, sauf quelques exceptions motivées par des circonstances particulières, aucune inscription n'est datée par le pontificat d'un pape ; aucune non plus ne se réfère à une ère propre aux chrétiens, comme serait Père de N.-S. Jésus-Christ ou celle des martyrs.
M. de Rossi a indiqué des règles pour classer les inscriptions non-datées. Il faut examiner à quel lieu et à quel temps appartiennent ces inscriptions.
Sous le premier rapport, il y a deux grandes familles d'inscriptions : celle des sépulcres souterrains et celle des sépulcres sur terre, celles-ci gravées en général sur des pierres plus épaisses, plus grandes. Beaucoup d'inscriptions venant de dessus terre sont tombées au fond des souterrains par les lucernaires et les escaliers; réciproquement, beaucoup d'inscriptions placées d'abord sous terre, ont été ramenées à la surface. Il y avait dans les cimetières des ateliers lapidaires, en sorte que la paléographie a pu faire reconnaître que telle pierre provenait de tel ou tel cimetière. Ainsi le type des anciennes inscriptions du cimetière Ostrien est, nous l'avons dit, unique.
Quant au temps où elles se rapportent, les inscriptions se divisent en inscriptions de Tâge des persécutions, dont le caractère, nous l'avons vu, est la simplicité, le laconisme; et les inscriptions
de Tâge de la paix, dont la formule est plus développée, avec des mots ampoulés et des louanges verbeuses. Toutefois, les règles chronologiques de Fépigraphie chrétienne ne sont pas identiques et constantes dans les monuments de pays différents, pas même dans les cimetières de la campagne, situés à peu de distance de Rome (i).
Nous ne devons pas oublier que suivant la coutume des anciens, qui inscrivaient à la pointe leurs noms et leurs impressions dans les lieux célèbres visités par eux : pyramides d^Egypte, syringes ou sépultures souterraines des rois de Thèbes, colosses d'ipsamboul et de Memnon, temples de la Grèce ou rochers du Sinaï, beaucoup de parois des Catacombes ont été, à différentes époques, et principalement aux quatrième, cinquième et sixième siècles, époque des pèlerinages, couvertes de noms de voyageurs, d'acclamations ou de prières (proscynèmes), inspirées par la vue des lieux.
Dans ces graffiti (de 7pacp£iv, écrire), ordinairement gravés à la pointe, il y a toute une mine à exploiter, et M, de Rossi en promet et même en a déjà donné une collection peut-être plus importante que celle recueille par M. Deville dans les cryptes sépulcrales des rois de Thèbes, ou par le P. Garrucci, dans son ouvrage sur les graffiti de Pompéi. Ces graffiti des Catacombes forment trois
(i) Romasotter., t. III, p. 685.
classes : i° il y a des noms à étymologie romaine ou grecque, sans indication de la qualité des personnes, aux troisième et quatrième siècles ; presque toujours à étymologie barbare, à une époque plus avancée, précédés de croix et suivis de sigles indiquant une qualifiation, comme episcopus, presbyter,peccaLor ; 2° il y a des acclamations comme : Vivas in Deo Christo, Aiiiate in pace^ et autres formules semblables qui, dans Pépigraphie, cessent à Tâge de la paix, bien que sur les objets domestiques elles durent jusqu'au milieu du cinquième siècle; 3° il y a des invocations adressées aux martyrs dont on visite les criptes : Sancte Siiste in mente habeas in o?^ationes Anreliu Rc~ pentinu ; Petite pro me Eiistachiiim^ etc.. Quelques-unes sont du troisième siècle, presque toutes du quatrième. Toutefois, plusieurs de ces invocations ressemblent plus à la langue des graffiti de Pompéi qu'à la langue des épitaphes chrétiennes du quatrième ou cinquième siècle. On serait autorisé à les faire remonter au premier âge des martyrs. Ainsi on a remarqué que \q petite ut Verecundiis cum suis bene naviget^ rappelait le optet sibi ut bene naviget qui se lit à Pompéi ; de même l'expression In mente habetc se retrouve à Pompéi. Ce sont ces gf^affiti qui ordinairement indiquent le voisinage d'une crypte dite historique où reposa le corps d'un grand martyr chrétien.
La comparaison du style des sculptures, des peintures, des inscriptions trouvées dans les cimetières avec le style d'autres sculptures, d'autres peintures, d'autres inscriptions dont la date est certaine, a frappé les meilleurs juges, nous Pavons dit, et désormais on sait qu'il y a des peintures exécutées par des artistes chrétiens dans le troisième, le second et le premier siècle.
Le fait de l'antiquité de ces productions étant reconnu par la critique, il faut l'invoquer pour modifier l'opinion généralement reçue sur les commencements pauvres et humbles, a-t-on dit, de la religion chrétienne, sur la prétendue prudence qui, eu égard à la lutte encore existante entre le christianisme et l'idolâtrie, aurait rendu les images saintes fort rares dans l'Eglise durant les premiers siècles. Des auteurs, ont abusé d'un texte du concile d'Elvire en 3o3 (i); car si on y a défendu les peintures exposées dans les cellœ bâties en plein air, ce fut par une mesure spéciale et locale de prudence afin d'éviter leur destruction. Plusieurs personnes ont même parlé de la haine que les premiers chrétiens portèrent aux arts. C'est là un préjugé vulgaire sur lequel il
(i) Placuit picturas in Ecclesia esse yton debere, nec qiiod colitur et adoratur in parietibus depingatur, can. 36. Mais, c'était là, fait observer Raoul-Rochette, une discipline tout accidentelle, toute de circonstance : on était au temps de la persécution deDioclôtien, la prudence devenait une loi. (Martigny, Dict., 294.)
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faut revenir, car les faits qui le réfutent sont éclatants. L'opinion de ceux qui estiment que, par prudence, on avait généralement maintenu la prescription de Moïse contre les images , n'est pas moins contredite par les monuments, et M. de Rossi a pu écrire avec vérité : « Le grand nombre des peintures dans les cimetières souterrains, la richesse, la variété, la liberté des plus anciens tvpes comparés avec les peintures de la lin du troisième siècle, dont le style est évidemment plus sec et plus pauvre, prouvent rimpossibilité d'accepter Thypothèse^de ceux qui affirment que l'usage des images s'est introduit peu à peu, et comme à la dérobée, contrairement à la pratique de l'Eglise primitive (i). » Les monuments les plus élégants, les ornements les plus riches, les, meilleures fresques, les stucs les plus fins, se rencontrent dans les hypogées les plus anciens, c'està-dire au premier et au deuxième siècle.
Est-il nécessaire d'insister sur ce point que les fresques trouvées dans les cimetières ont été peintes par des artistes chrétiens et représentent des sujets chrétiens? Sans doute, il y a dans ces peintures des parties purement décoratives, qui imitent les peintures classiques, mais l'indécision de la foi, comme on l'a dit, se trahissait-elle dans ces représentations de dauphins, d'hippocampes
(i) Rnma sotter.. t. I. p. 197.
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et autres figures employées également par les artistes païens? Il y aurait là une étrange erreur démentie par Tensemble des monuments; ces sujets en eux-mêmes ne sont ni païens, ni chrétiens. Ce sont des souvenirs d'école, des procédés d'ateliers, reproduits pour la décoration, au moins jusqu'à Constantin, par des ouvriers chrétiens qui avaient fait leur apprentissage chez des maîtres païens. « Un art ne s'improvise, a dit M. Raoul-Rochette, et il n'était pas plus au pouvoir des chrétiens de créer de toutes pièces un art sans précédents que d'inventer une nouvelle langue imitative et un idiome différent du grec et du latin. » Toutefois il est permis de croire que les chrétiens en peignant si souvent certains objets, comme la vigne et ses rameaux, pensaient encore plus au texte évangélique : « Je suis la vigne et vous les branches » qu'aux décorations des thermes de Titus. C'était déjà une transformation de l'art. Aussi « les premiers artistes chrétiens, dit M, de Rossi (i), s'apprirent à distinguer eux-mêmes ce qui, dans l'imitation des types païens, leur était permis ou toléré de prendre quelquefois, de ce qui leur était toujours défendu. Ainsi l'art chrétien acquit la conscience de ce qu'il lui convenait d'accepter quand il était libre de travailler à sa guise, et de ce qu'il pouvait concéder à la prudence du temps
(i) BuUettino, i8ô5, p. 98.
et aux habitudes ou enseignements de Técole. » Sans doute ces enseignements facilitèrent Tadoption de quelques types païenj, auxquels on attribua un sens chrétien ; mais il ne faut pas, comme Ta fait M. Raoul-Rochette dans son Discours sur l'origine et le caractère des types primitifs qui constituent l'art du christianisme, prétendre que les types chrétiens ont leur origine dans les types païens, comme les coutumes et les rites chrétiens avaient été, disait-il , empruntés aux usages admis par Tantiquité profane : c'est là un système exagéré, faux, qui sVppuie souvent sur des monuments estimés alors d'origine chrétienne, mais qui depuis ont été reconnus appartenir à des sectes idolâtres, mithriaques. Cette imitation, si imitation il y a eu en quelques types, fut rare après tout, et elle ne fut jamais servile. D'ailleurs on a des faits positifs pour montrer que les chrétiens créèrent les types estimés les plus semblables à ceux employés par le paganisme. On avait dit que la colombe volant vers Noé qui est dans Tarche avait été imitée de certaines représentations gravées depuis le temps de Septime Sévère au revers des monnaies impériales de la ville d'Apamée en Phrygie ; mais comme on a aujourd'hui sous les yeux, dans le cimetière Domitilla, une représentation du fait biblique, peinte antérieurement à Septime Sévère, il faut renoncer à donner cette explication. Tout ce que Ton pourrait dire avec
Wiseman, c'est qu'il y a là un type commun, probablement emprunté, à Rome comme en Phrygie, à la tradition (li.
Le Bon Pasteur chrétien n'est pas non plus, comme on Ta dit, Timitation du Mercure Criophore ou du Faune portant la chèvre. Cette opinion a semblé au premier abord si naturelle, que les monuments offrant Timage seule du Bon Pasteur ont paru, aux yeux de certaines personnes, ne présenter qu'un signe équivoque de christianisme. Il y a là une double erreur. Rien n'est moins semblable au Bon Pasteur chrétien, toujours vêtu de la tunique, que le Mercure Criophore ou le Faune dont le corps est représenté nu. Le pasteur, dansant avec Tagneau ou la chèvre sur ses épaules, est très-rare dans les monuments païens. Sans doute le sépulcre des Nasons et une chambre d'Herculanum en conservent des exemples qui pourraient être comparés avec ceux des fresques chrétiennes, si dans les fresques païennes le jeune homme n'était nu et ne dansait avec d'autres personnages représentant les saisons. M. Raoul-Rochette citait à l'appui de son opinion le pasteur jouant de la flûte; mais ce type apparaît seulement au troisième siècle, en sorte que l'attribut, considéré comme une preuve de
(i) Discours sur les rapports entre la science et la religion révélée. Edit. Genoiide, p. 5!^ }.
- i69 son origine classique, est un accessoire mis à une époque postérieure. Cest là même le fondement de Terreur de la théorie de M. Raoul-Rochette sur l'emprunt fait par les chrétiens de types païens; il considère comme type caratéristique des exemples exceptionnels et confond ensemble des représentations d'âges divers. Assurément des ouvriers ont pu imiter un type pastoral de sculpture grecque ou romaine, et on expliquerait ainsi la perfection relative de certaines copies, par exemple celle de la statue du Pasteur, aujourd'hui placée dans le musée chrétien du Latran, où le Bon Pasteur est représenté avec une brebis sur les épaules et deux brebis à ses pieds; mais l'imitation est très-libre. Et malgré ses observations particulières souvent si erronées, M. Raoul-Rochette en grand archéologue a bien été forcé de reconnaître que « la légitimité de l'art chrétien était suffisamment prouvée pour l'antiquaire, par l'étude des monuments. » « Les chrétiens, a dit M. Vitet, ne sont pas des imitateurs presque stériles des idées et des formes de l'antiquité païenne. L'élément chrétien en pénétrant dans l'art antique, non-seulement se transforme et lui infuse une autre vie, non-seulement lui communique un ordre tout nouveau de sentiments et de pensées, mais, ce qui est plus étrange, le convertit esthétiquement parlant, le ramène en arrière, lui rend l'instinct des traditions perdues, le goût, sinon lascience des grandes lignes.
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du style sobre et sévère. » M. Vitet continue : « Un principe et des effets absolument nouveaux apparaissent dans ces peintures, et nous révèlent un art mixte, un art transformé, tout autre que Part antique proprement dit. » Bien plus, Téminent critique trouve que « ce qui reste de purement antique dans cet art est en partie régénéré : on sent, dit-il, dans ces peintures, une tendance à échapper aux influences contemporaines, au courant de la mode, au flot de la décadence, pour retourner aux sources pures, à la grandeur et à Taustérité du style (i). »
Aussi M. Vitet conclut des études attentives et des comparaisons aussi sincères que souvent répétées, faites par M. de Rossi, que Fart a été momentanément régénéré par le christianisme.
Cette régénération ne peut s'expliquer, comme on a tenté de le faire, par je ne sais quelle infusion d'esprit hellénique et oriental, soit sous l'influence du culte mithriaque, soit sous l'influence du culte de Boudha ainsi qu'a osé le penser M. Emile Burnouf (2). Sans doute le polythéisme, en ces
(i) Journal des Savants, 18G6, p. 90. — (2) Dans un étrange article (Revue des Deux-Mondes, i5 août 1868), M. Burnouf montre qu'il connaît bien peu les Catacoinbes, puisqu'il dit qu'on y rencontre des symboles semblables à ceux des Indiens et des Perses, et entre autres choses que souvent les âmes des morts sont appelées des Christs. (Ib., p. 874-889.) Or M. de Rossi lui a répondu justement, avec l'autorité de son savoir, que sur quinze mille inscriptions cimetériales, il n'y en pas une qui justifie cette assertion.
temps, a été transformé complètement, et le culte de Mithra est devenu le centre d'une nouvelle forme de dévotion idolatrique, une sorte de fusion entre le polythéisme romain et le christianisme (i). Mais les peintures mithriaques, celles par exemple du sépulcre de Vibia, femme de Vincent, prêtre du dieu Sabazius, trouvées près le cimetière de Prétextât, acceptées à tort par quelques archéologues, même par Bottari, comme des peintures faites pour des tombeaux chrétiens, ne sont qu'une parodie des peintures chrétiennes, comme le culte de Mithra, vanté pour mieux l'opposer à celui de Jésus-Christ, a emprunté aux croyances chrétiennes certaines de ses idées et de ses formules. Les sacrements chrétiens ont été dans les mystères mithriaques l'objet d'une contrefaçon sacrilège. « C'est le diable, dit TerîuUien, dont Toflice est d'intervertir la vérité, qui prend à tâche d'imiter, dans les mystères des idoles, les cérémonies des sacrements. »
Ainsi donc, je le répète, Vart chrétien s'est formé par V expression d'idées chrétiennes i'2;. Ici,
(i) M. de Ross'i, BuUettino, 1870, p. 168.— Recherches sur ÎQ culte public et les )ny stères de Mithra, par M. Lajard. Paris, 1847. — Les mystères du syncrétisme phrygien, par le P. Garrucci, ddixis Mélanges d'archéologie, t. IV, des PP. Cahier et Martin. Paris, 1854. Voir aussi sur ce point les ouvrages de M. Charles-Louis Visconti. — (2) Dans le grand ouvrage en cours de publication : Storia delV arte cristiana ne' primi ofto secoli délia Chiesa, corredata délia collepone
comme partout, selon le mot d^uii savant et pieux artiste et antiquaire, M. E. Cartier, « la période hiératique a été le commencement de l'art ; c'est la doctrine religieuse qui lui a donné son caractère, a lixé ses types et ses symboles ^i). »
di tutti i monumenti di Pittiira e Scultitra, incisi in rame su cinquecento tavole ed illustrati (Prato, in-f', 1872. Il doit y avoir cinq volumes), le P. Garrucci a montré l'art chrétien naissant dès l'âge apostolique, conformément aux règles posées par l'autorité même de l'Eglise; il a réfuté l'erreur de ceux qui ont parlé de la répulsion des chrétiens pour les arts, d'après l'horreur prétendue qu'en auraient les Juifs, car il établit que les Juifs repoussaient seulement les simulacres rappelant le culte idolatrique. Le P. Garrucci, comme M. de Rossi, établit que les premières représentations ne furent pas historiques, mais eurent un sens figuré qui rappelait au spectateur un fait dogmatique ou moral. (Cf. la Civiltà cattolica, 18 avril 1874, p. 186). — (i) Etude sur l'art chrétien, p. 74, à la suite de Jésus-Christ, par M. L. Veuillot, et à part avec plus de développement, i vol. in- 12, 1879, chez Pillet et Dumoulin. La Revue du Monde catholique a donné des lettres sur l'art par le même auteur (octobre 1877 et suiv.}.
De la symbolographie chrétienne. — Le symbolisme, qui est une convenance dans l'enseignement biblique et évangélique. devient une nécessité pour les premiers fidèles. — De la discipline du secret. — Uniformité des sujets représentés comme symboles. — Règles de la symbolographie chrétienne.
Le langage de FAncien Testament, tout rempli d^énigmes, retraça à Tavance, dans ses allégories mystiques, naturelles au génie oriental, la figure et rhistoire 'du Dieu rédempteur promis à Thumanité. Jésus-Christ lui-même, pendant sa prédication, s^exprima le plus ordinairement dans un lajn^a^ej)arabqH£ue^afin de ménager la faiblesse intellectuelle de ses auditeurs, se réservant de rendre ensuite plus complète Tinitiation de ses disciples. En suivant ^es^xejn pi es divins, le symbolisme chrétienjia3m^et^e^évelappa^
Le symbole, le récit figuré, recueilli par l'art chrétien comme une loi naturelle du culte, s'imposa d'ailleurs comme une nécessité , lorsque , surveillés par l'autorité et une opinion jalouse, les premiers fidèles durent prendre quelques précautions pour confesser leurs croyances et pratiquer leurs rites. La moquerie attendait le chrétien : nous trouverons tout à l'heure la caricature du
crucifix à tète d^âne, et nous savons qu'à Pompéi, détruit douze ans après la mort de saint Pierre, on a trouvé en 1862, inscrits sur les murs d'une salle, des graffiti où les chrétiens sont nommés et d'autres où on les tourne en dérision (i). On sait comment Suétone et Tacite appelaient les chrétiens et le christianisme, genus hominum superstitionis novœ et maleficœ, siiperstitio exitialis. En présence de ces insultes, en face des persécutions, le langage des pontifes dut prendre des précautions infinies, pour exposer, à travers des appellations ou représentations allégoriques, la doctrine chrétienne, celle surtout du Sacrement qui confondait le plus l'esprit humain. Chacun, avant d'être baptisé, savait, selon le mot de saint Augustin, qu'il croyait en Jésus-Christ ; mais il ignorait le sens de cette expression : « manger la chair du fils de l'homme. » Et en effet, c'est sur ce côté le plus sacré de la doctrine, sur ce point central du catho-
(i) Bullettino di ArcheoL, 1864, p. 71 : Audi christianos
siivos (saevos) olores : « Ecoute les chrétiens mauvaises
odeurs. » Sur le fac-simile [Bullettino, 1864, p. 71) il ne semble pas facile de lire ni olores, ni sororiis, comme on le propose ; — Mulus hic musciillas (muscellas) docuit : « Ici un mulet a enseigné des petites mouches; » — Mendax veraci ubique salute{m) : « Le menteur au véridique partout où il se trouve, salut; » et sur le mur extérieur : Otiosis locus hic non est discede morator : « Ce n'est pas ici la place des oisifs, éloigne toi, retardataire. » On a interprété en général ces paroles comme des railleries, tandis que M. 'QonnQlx.y {Annales de Philos, chrét., 1866, juillet, p. Sj) y a vu un hommage sérieux rendu aux chrétiens.
— 17^ — licisme que porta principalement la discipline du secret, née de l'expérience, divulguée au besoin par les apologistes, mais gardée pendant plus de trois siècles.
Il faut observer avec M. de Rossi qu'il existe une iiniformité^ans les siijetsj:êpr£S£nt£s^par^ les différentes brandies de l'art. La peinture murale retrace les mêmes scènes, les mêmes symboles que la peinture sur verre ; la sculpture sur les sarcophages s'en empare à son tour ; la mosaïque ne s'écarte pas davantage de ces données, qui sont respectées également par la glyptique et la gravure. Une telle régularité suppose nécessairement une règle uniforme, hiératique, tracée par Pautorité de PEglise ou par la tradition, et cette règle devait être d'autant plus inflexible que les images étaient faites pour donner au peuple un vaste système d'enseignement : Xistus episcopus sanctœ plebi Dei, liton au bas de la vieille mosaïque de Sainte-Marie Majeure à Rome (i). En fait, M. de Rossi a démontré que les représentations symboliques de plusieurs chambres au cimetière de Callixte ont été exécutées sous la direction d'un docteur, peut-être de Callixte lui-même. L'artiste devait se conformer à la pensée de l'Eglise et suivre sa direction : Non est imaginum structura pictorum invent io, sed Ecclesiœ catholicœ probata legislatio et tra-
(i) Abbé Martigny, Dict. des antiq., p. 296.
ditio. « La représentation des images n'est pas une invention des peintres, mais une règle approuvée par TEglise catholique et une tradition. » Voilà ce qu'a été, ce que devrait toujours être la peinture chrétienne (i).
Maintenant, si, en les groupant d'après leur objet. Ton veut étudier ces monuments des cimetières souterrains, il convient de se rappeler toujours : 1° que les monuments parvenus jusqu'à nous sont si peu nombreux en comparaison de ceux qui ont disparu, qu'un argument négatif, appuyé sur la non-constatation de telle ou telle particularité qui, en tout état de cause, doit être présenté avec une extrême prudence, n'est ici d'aucune force.
2® Que tout sujet plusieurs fois reproduit doit cacher un mystère, exprimer un symbole. Non vacat mysterio quod iteratur in facto^ dit saint Grégoire. L'esprit essentiel de la symbolographie
(i) Dans les Statuts de la corporation des peintres siennois au quatorzième siècle, on lit : « La mission des artistes est de manifester par la grâce de Dieu, aux gens ignorants et illettrés, les choses merveilleuses opérées par la vertu et dans la vertu de la sainte Foi. » Toute doctrine esthétique, on l'a dit, se résume en ces trois mots : illuminare, delectare, inclinare. — Trattato délia pittura e scultura, composto da un teologo (le P. Ottonelli) e da un pittore (Pierre de Cortone). ln-40, Florence, i652. — Ayala, Pictor christianus eriiditus. In-folio, Madrid, lySo. — Voir Guide de l'art chrétien, par le comte de Grimouard de Saint-Laurent. 6 vol. gr. in-S®, Poitiers, Oudin ; et Manuel de l'art chrétien, par le même I vol. in- 8°, ibid.
chrétienne étant de représenter certains symboles et certaines allégories sous l'enveloppe de sujets historiques tirés des Livres saints, on ne saurait supposer, avec vraisemblance, que les artistes aient voulu rappeler simplement le souvenir de ces faits en en retraçant l'image. En effet, au lieu de suivre les détails de l'histoire, les peintures idéalisent la donnée; ainsi, c^est seulement dans la seconde moitié du troisième siècle qu^elles se rapprochent du texte historique, et que Lazare, par exemple, représenté jusqu^alors comme un jeune homme prêt à marcher, apparaît en momie enveloppée de bandelettes, la tête couverte d'un suaire.
3" Qu'un usage, si ce n'est une loi du symbolisme chrétien, prescrivait de placer en regard les unes des autres les scène s bi b ligues etjes scène s évangéliques figurant^ le même symbole ; ainsi les trois mages adorant le Messie font pendant aux trois enfants dans la fournaise, parce que ces deux scènes sont la ligure de la destruction de Tidolàtrie et de la conversion du monde païen à la foi du vrai Dieu, etc. Ainsi Moïse frappant le rocher et Jésus ressuscitant Lazare sont également mis en parallèle comme une démonstration de la puissance divine, etc., etc. Cette corrélation bien établie est fondamentale dans l'histoire de la peinture cime" tériale (i).
(i) Le cycle deft compositions inspirées par le rapproche-
4® Que la loi première de la symbolique chrétienne est énoncée ainsi par le savant cardinal dom Pitra : « Tout ce qui apparaît aux^ens doit être interprété comme l'expression cTobjets invisibles^ et ramené par la voie la plus simple à la fin de toutes choses q^ui est le Christ (i). » Mais cette interprétation des peintures et des sculptures ne doit pas être une œuvre d'imagination; elle doit s'éclairer par Fesprit même du texte sacré qui raconte le fait, et s'appuyer sur le témoignage autorisé des écrits des Pères de l'Eglise, contemporains de la représentation de ces symboles.
Nous allons examiner à présent quelques-unes des représentations et des inscriptions trouvées dans les cimetières souterrains, qui font allusion aux dogmes. Je dis « allusion, » en me servant du mot de M. de Rossi (2), parce qu'évidemment les épitaphes ne sont pas de leur nature destinées à enseigner les articles de la foi, elles peuvent seulement les faire soupçonner. Nous indiquerons
ment des scènes des deux Testaments, c'est-à-dire du sens mystérieux de l'ancienne loi par rapport à la nouvelle, a été continué dans les Biblia pauperum, productions xilographiques, dont une ancienne, publiée à Vienne en i863, est un des monuments les plus complets. M. Heider, en 1861, a montré que ces dessins reproduisaient des dessins d'anciens manuscrits. M. de Rossi observe aussi que plusieurs des anciens types peuvent encore s'y reconnaître à travers les diverses transformations. ^Biillettino , i863, p. 40.) — (i) De pisce alîegorico et symbolico dans Spicilegiiim Solesmense, t. III, p. 520. — (2) Roma sotter., t. II, p. 3o2.
le sujet de plusieurs de ces peintures et de ces textes, et alors un esprit intelligent pourra soupçonner les ressources nouvelles, offertes, à l'apologétique et à rhistoire, par les monuments chaque jour exhumés des Catacombes. La pensée de ce travail s'est déjà produite au siècle dernier. Le P. Gêner a publié à Rome une Théologie où certaines questions étaient éclaircies par les monuments de Fantiquité (i); le P. Zaccaria a écrit son opuscule De veterum inscriptionum iisii in rébus theologicis (2); et le P. Danzetta a laissé au Vatican un recueil manuscrit d^inscriptions intéressant la théologie, la discipline et les rites : Inscriptiones ad theologiam, disciplinam et ritus pertinentes (3). De nos jours, le docteur, depuis cardinal Wiseman, dans ses excellents Discours sur les Rapports entre la science et la religion révélée^ lus à Rome en i835 (4), a montré quelles ressources Tarchéologie peut apporter à Tétude de la théologie; le P. Perrone Ta de même indiqué dans son cours de théologie (5). En Angleterre, M. Palmer a écrit un petit livre intéressant : Early Christian symbolism (6) . En Allemagne, le Père
(i) Theologia dogmatico-scolastica. Romge, 1768; 6 vol. în-4°. Cité par l'abbé Martigny, Revue des questions historiques, avril 1873, p. 666. — (2) Thésaurus theoL, t. I, p. 36 1. — (3) Ms. 8324. — (4) Spécialement neuvième et douzième discours; trad. de l'anglais, édit. Genoude, p. 336, p. 443 et passim. — (5) Prcelectiones theolog., t. IX, 226. — (6) J'aime à me rappeler qu'à Rome le savant M. Palmer a eu la bonté
abbé des Bénédictins de Beuron, dom Maurus Wolter, a publié Les Catacombes de Rome et la Doctrine catholique (i), pour montrer, par les témoignages de Parchéologie aux Catacombes , que les enseignements catholiques ne peuvent plus être considérés comme des inventions postérieures ou des additions humaines. Mais c^est aux publications de M. de Rossi, à la Roma sotteranea^ au Bullettino di Archeologia cristiana^ qu'il faut toujours revenir pour puiser les notions les plus nombreuses et les plus sûres. Sans doute un travail complet est aujourd'hui peut-être prématuré; il faudra compléter ces données, agrandir le champ des observations, les préciser, en n'oubliant jamais ce principe fondamental, dont nous paraîtrons cependant ne plus nous souvenir dans la seconde partie de notre travail, que, pour faire servir les monuments à éclairer l'histoire et la théologie des premiers siècles, il est nécessaire de restituer d'^abord avec exactitude à ces monuments leur topographie et leur chronologie. La division de notre sujet n'est donc ici qu'un moyen commode de signaler les principales sculptures, peintures ou inscriptions trouvées dans les cimetières souterrains. Nous verrons comment
de m'expliquer de vive voix son travail chez une noble Anglaise, dont le nom doit être cher à tout cœur catholique et français, Mme Stone née Biddulphe. — (i) Traduit en un volume in-i2. Paris, chez Téqui, 1872.
on a exprimé Pidée de Dieu, et quelles étaient les diverses figures par lesquelles Notre-Seigneur Jésus-Christ et le sacrement de TEucharistie furent rappelés. Nous suivrons ensuite le chrétien du baptême à la tombe, et en parcourant les inscriptions funéraires, nous reconnaîtrons les idées, les préoccupations du fidèle, qui, peu soucieux des distinctions du monde, désire avant tout reposer dans la lumière et la paix de Dieu. L'état de la première société chrétienne pourra ainsi être éclairé d'un jour nouveau; puis nous indiquerons les monuments qui concernent les Saints, la sainte Vierge, TEglise et saint Pierre, chef de PEglise.
Représentations symboliques de Dieu. — Dieu, la Trinité, le Saint- Esprit, Dieu le Fils. Le Bon Pasteur; le Poisson Ix^ùi; Orphée; Dieu sous une forme humaine.
Tous les anciens écrits destinés à combattre les erreurs du polythéisme commencent par affirmer la foi en un seul Dieu. L'influence du christianisme se fit rapidement sentir et transforma plus d'une idée païenne, en généralisant ce que par tradition elles avaient pu conserver de juste concernant la divinité. Aussi est-il parfois difficile, dès le quatrième siècle, de distinguer si les mots Deus^ Deus magnus œternus^ Deus iinus et solus^ ont été inspirés exclusivement par une pensée chrétienne. La connaissance d'un Dieu unique se répandant dans le monde, ces expressions furent en effet admises, même par les païens, comme une transaction entre leur ancienne idolâtrie et la nouvelle foi de l'empereur. C'est ainsi que les mots iNSTiNCTV DiviNiTATis, iusérés en 3 1 5 dans l'inscription de l'arc de triomphe élevé en l'honneur de Constantin, à Rome, n'ont pas été ajoutés postérieurement, comme on le supposait, mais répondaient à l'état actuel des croyances (i).
(i) Bullettino, i863, p. b-] et suiv., et p. 86.
Parmi les inscriptions chrétiennes on lit : « Il a cru en un seul Dieu, » in vnv dev credidit ; « Je demande... par un seul Dieu, » peto per vnvm
DEVM ; « au nom du Christ, « in nomine ^ ; des inscriptions grecques parlent de Dieu Seigneur Christ, de Dieu Christ. Toutefois ces formules, de même que devs christvs vnvs n'appartiennent pas au premier âge. Un très-ancien graffito du cimetière de Callixte porte : « Mesures croît en Dieu ; » mesvri in dev credet (i).
Dans les peintures, Tidée de Dieu est exprimée par le symbole d'une main isolée, sortant d'un nuage, selon l'expression de l'Ecriture appliquée If Dieu : Manus fortis, Manus robusta^ Dextera Deifecit virtutem. Ainsi on voit cette main mise à la place de Dieu dans les fresques représentant Moïse recevant les Tables de la loi. Moïse détachant sa chaussure devant le buisson, Abraham sacrifiant son fils. N'oublions pas que l'esprit chrétien primitif repoussait avec énergie tout ce qui ressemblait à une matérialisation de la divinité, selon le mot de saint Augustin : « Tout ce qui peut réveiller l'idée d'une similitude corporelle, tu dois le chasser de ta pensée, le renier, le répudier, le fuir, » abige^ abniie, nega^ resjpue, fuge.
La sculpture offrit les mêmes représentations.
(i) Les classes VIII et IX des Inscriptions placées au musée du Latran contiennent beaucoup de ces textes.
— i84 — Mais après Constantin, contrairement à Topinion émise par Emeric David et par Raoul-Rochette, on ne craignit pas de représenter Dieu le Père sous une forme humaine. Il apparaît ainsi sur deux sarcophages du quatrième siècle comme un vieillard tenant à la main le volume, symbole de Tautorité.
La Trinité de Dieu est parfaitement indiquée sur un sarcophage de la même époque, déposé aujourd'hui dans le musée chrétien du Latran, par trois personnages barbus placés à la suite l'un de Tautre, dans la même position, ayant le même visage et en tout absolument semblables. Une inscription de Tan 408 atteste, en face de TArianisme si répandu alors, cette croyance en la Trinité : QVINTILIANVS HOMO DEI CONFIRMANS TRINITATEM.
On s'accorde aussi à regarder comme un symbole de la Trinité le triangle, qui lui-même est parfois uni aux attributs de Jésus-Christ.
Le Saint-Esprit est souvent figuré par la colombe, d'après la consécration éclatante que ce symbole reçut au baptême de Notre-Seigneur , et elle est ainsi sculptée sur des sarcophages , comme celui de Junius Bassus en l'an SSg, sur des épitaphes, des mosaïques, etc. La douce colombe, palumba sine felle^ disent les Pères, rappelle parfaitement la troisième personne de Dieu, à qui est attribuée spécialement l'opération de la grâce dans l'œuvre de la sanctification des âmes.
viBAS IN spiRiTO SANCTO, dit unc inscriptioii antique du cimetière de Callixte ; severa spiritv sancto (Domini) casta, pvdica et inviolabilis semper, dit une inscription de la fin du troisième siècle, qui place ainsi sous la protection de PEsprit-Saint la plus admirable des vertus réservées de la religion catholique. Il faut observer, toutefois, que souvent les fidèles exprimèrent, d'après les Ecritures et avec la Liturgie , par le mot Spiritus et même Spiritiis SanctuSy Tàme du chrétien, devenue le temple de la grâce et de Fesprit de Dieu, formule antique, dictée par la foi et devenue caractéristique des inscriptions des trois premiers siècles.
Les inscriptions témoignent également de la croyance à Jésus-Christ. On avait accusé les papes Zéphyrin et Callixte de confondre le Père avec le Fils ; une inscription, peut-être celle d'un de leurs élèves, semble répondre à cette accusation, en attestant « qu'il a cru en Dieu et au Christ. » Une autre inscription porte pax domini et christi, une autre in domino et jesvs christo : ces inscriptions sont du commencement du troisième siècle; quelquefois le X et le I entrelacés X remplacent le mot Jésus Christus, comme dans cette inscription : avgvrine in domino et X • Mais nous retrouverons plus loin ce monogramme.
Si Dieu le Père, si le Saint-Esprit n'ont point été oubliés par l'art chrétien. Dieu le Fils, seconde
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personne de la Trinité, a naturellement été Tobjct de plus fréquentes représentations. Il est désigné dans les anciens monuments chrétiens par deux symboles très-célèbres : celui du Bon Pasteur et celui du Poisson.
Le Bon Pasteur est sans contredit le symbole solennel le plus souvent reproduit dans les cimetières souterrains : Notre-Seigneur Jésus-Christ se nommait lui-même le Bon Pasteur; au second siècle, saint Clément d'Alexandrie désigne le Sauveur comme le pasteur des agneaux royaux et le pasteur des brebis raisonnables; saint Abercius, évêque d'Hiérapolis au temps de Marc-Aurèle, se dit, dans Fépitaphe qu^il a composée, le disciple du Pasteur chaste et pur [i).
La pensée chrétienne a certainement conçu Je type du Bon Pasteur^ car, dès le premier moment, il fut peint à fresque sur les parois des Catacombes; on le trouve dans une chambre du cimetière de Domitilla, datant évidemment du premier siècle (2), et il ne cessa d'être représenté tantôt debout, avec la brebis sur ses épaules, tantôt ayant autour de lui le troupeau , figuré au moins par deux brebis ; parfois Tune de ces brebis fixe les yeux sur le Pasteur et Pautre détourne la
(i) Pitra, Spicilegium Solesmense, t. III, p. 532. — (2) Rovta sotter., t. 1, p. 347. M, Charles Lenormant, Les Catacombes de Rome en i858, p. 19. M. Vitet, Journal des Savants, 1866, p. 97.
- i87tête, image touchante des deux portions de l'humanité, dont Tune reconnaît et aime le Sauveur, et dont Tautre le repousse et le méprise. Dans ces représentations diverses, le Pasteur porte ordinairement la houlette ou pedwn^ bâton pastoral devenu ensuite la crosse de Pévêque ; au bout de ce bâton ou tout auprès, on voit le vase de lait, qui a, comme nous le verrons, sa signification particulière. On a remarqué que cette image du Bon Pasteur, très-fréquente dans les premiers temps, apparaît plus rarement dans les peintures, après Constantin, lorsque la religion étant publiquement reconnue, la discipline du secret ne fut plus nécessaire. Aussi, si nous possédons en abondance des peintures à fresque et même des sculptures de sarcophages représentant le Bon Pasteur , il n'y a que deux statues conservées au musée du Latran. Une statue du Bon Pasteur, vraisemblablement du troisième siècle, se voit à Constant!nople dans le musée établi dans Tancienne église de Sainte-Irène (i); comme son type est exactement conforme au type de la même image qui se rencontre dans les monuments de Rome, on y trouve une nouvelle et lumineuse preuve des relations qui existaient entre les types et les symboles de Fart chrétien dans les monuments des églises orientales et dans ceux de TOccident.
(i) Bullettino, 1869, p. 4G.
Notre-Seigneur Jésus-Christ fut, aussi anciennement que sous les traits du Bon Pasteur, représente par une autre image, celle du Poisson^dont le nom grec I^^'jç est formé de la lettre initiale des cinq mots ix^roO; Xoto-roç, ©eoO Ttô,', l^T^p, c"*est-à-dire Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur : touchante énigme, interprétée unanimement par tous les Pères de PEglise, comme on peut le voir dans la savante dissertation du cardinal Pitra, De Pisce allegorico et symbolico, publiée dans le Spicilegiiim Solesmense (i). L'origine de la représentation du Poisson, comme hiéroglyphe de Jésus- Christ, vient-elle des cinq vers de Facrostiche sybillin, dont chaque vers commence par une des lettres du mot t;^Ouç, ou ce symbole produit dans Page apostolique a-t-il inspiré Fauteur des vers sybillins ? Les archéologues ne sont pas d'accord sur ce point (2). Mais M. de Rossi affirme que les origines de V\y%ç arcane, sont proprement et exclusivement chrétiennes. Nous ne possédons qu'un seul exemple de la reproduction intégrale du mot i;^Oûç comme acrostiche proprement dit : c'est la fameuse inscription grecque, trouvée le 2 5 juin 1839, dans le cimetière de Saint-Pierre-FEtrier, près Autun. Le plus grand nombre des savants la jugent être du second ou troisième siècle. M. de
(i) T. III, p. 499-543. — (2) Voir le P. Garrucci, Mélanges d'épigraphie anc, p. 18-20; et de Rossi, Bullettino, 1870, p. 66.
Rossi la croit de Pécole de saint Irénée (i) ; d'autres érudits, entre autres les éditeurs allemands du Corpus Grœcarum inscript ionum^ la jugent du quatrième siècle ; mais le contexte ne justifie pas cette opinion ; on va même, en raison de sa mauvaise orthographe et de ses fautes de prosodie, jusqu'à la faire descendre aux cinquième et sixième siècles ; mais, évidemment, c'est à tort (2). La difficulté sur ce point disparaîtrait si on admettait que le cimetière d'Autun, n'étant pas souterrain, et les monuments ayant dû par conséquent y être détruits pendant des persécutions, l'inscription a pu être reproduite plus tard d'après le texte ancien, mais avec l'orthographe d'une époque plus récente. On peut citer plus d'un exemple analogue de semblable restitution.
Dès le second siècle, ce symbole du Poisson était familier aux fidèles. L'évêque Abercius écrivant à cette époque, dit : « Je suis Abercius, disciple du chaste Pasteur... La foi... me présenta pour nourriture le Poisson venu de la source unique, abondante et pure qu'apporta la Vierge immaculée
(i) Roma, t. II, p. 337. — (2) II eut pour premier éditeur Dom Pitra, Annales de Philosophie chrét., 1840, et Spicil. Solesm., t. m, p. 499-344. Voir Secchi, Epigramma grœc. Christ, dei premi secoli, in-8%Roma, 1840; M. François Lenormant, Mélanges d'archéologie des PP. Cahier et Martin, t. IV, p. 1x8, Paris, i856 ; Garrucci, Mél. d'épig., p. 32. En Gaule, le Poisson ne se trouve que sept fois sur les 708 inscriptions recueillies par M. E. Le Blant.
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JTrapôsvoff à'/vfl) : elle le donna en entier à manger à ses amis; elle avait aussi un vin généreux et elle le mêlait avec le pain... Que ceux qui comprennent ces choses veuillent bien prier pour moi (i). » Déjà, en i855, M. de Rossi rencontrait le symbole du Poisson sur de nombreuses fresques et sur des coupes de verre, sur trente pierres précieuses, à côté de cent inscriptions, dans tous les monuments enfin que Pantiquité chrétienne nous a légués 12). Le symbole du Poisson fut moins longtemps usité que celui du Bon Pasteur, et dès que la discipline du secret le permit, il disparut. On ne le trouve plus sur les sarcophages après le triomphe de Constantin, ni sur les dyptiques, dont le plus ancien, celui de Milan, publié par Bugati, date probablement du quatrième siècle. A la fin de ce siècle, il est très-rare ; au cinquième siècle, il ne parait quelquefois, à Ravenne, par exemple, etc., que comme un objet de pure décoration.
Pas plus que le Bon Pasteur n'est imité du Mercure Criophore, le Poisson chrétien, dans ses anciennes représentations, n'a de rapport avec le
(i) La valeur de ce texte, publié déjà, a été indiqué par dom Pitra, Spicileg. Solesrn., t. 111, p. 533. Voir la savante dissertation sur les Actes de saint Abercius, par le P. de Buck, Acta Sanctorum , octobris, t. IX, p. 486. — (2) M. de Rossi, Z)e christianis monument is \y%i exibentibus dans Spicileg. Solesm., t. 111, p. 545. — Un poisson en a-istal de roche, par M. Aglaus Bowesne , dans la Revue de l'art chrétien, août 1868.
— igi — Dauphin, objet de décoration recherché par les païens, parfois accepté par les chrétiens, mais dans les temps postérieurs plutôt que dans la première période de la symbolographie chrétienne; car, en général, les représentations les plus archaïques du Poisson ne montrent pas le Dauphin (i). Il serait puéril de n'y voir également, avec certains auteurs, que le souvenir matériel du poisson cuit, mangé par Notre-Seigneur Jésus-Christ avec ses disciples sur les bords du lac de Tibériade, car ce fait est le symbole d'un plus haut mystère rappelé ici.
L'image d'Orphée peinte deux fois dans les Catacombes, à la fin du second siècle, au cimetière de Callixte et une fois au cimetière de Domitilla, était-elle aussi la figure du Christ? Sans doute, car le don que le dieu de la fable avait reçu d'apaiser les bêtes féroces par la douceur de ses chants, pouvait s'appliquer au Sauveur, triomphant des hommes mauvais par la douceur de la grâce. Les chrétiens craignaient d'autant moins de représenter Orphée, qu'il circulait sous son nom des vers, probablement écrits, comme les vers sybillins, par des juifs d'Alexandrie, dans lesquels les idées monothéistes et spiritualistes étaient célébrées. Mais lorsque Alexandre Sévère eut mis Orphée et le
(i) Biillettino, 1870, p. 20. Le poisson se trouve évidemment sur des objets païens ; il faut donc d'autres preuves de christianisme pour déterminer le jugement.
Christ sur la même ligne dans son laraire (i), ce type d'Orphée, qui reste l'exemple capital des images profanes adaptées à un sens chrétien, ne fut plus reproduit. L'art chrétien répudia cette image lorsque Part profane Peut multipliée au troisième siècle. Il en est de même du mythe de Psyché, type de TAmour, représenté dans la partie la plus ancienne du cimetière de Domitilla. Notons que, bien que le nu apparaisse sans voile dans beaucoup de peintures et de sculptures, où il est naturellement amené comme pour Jonas et Daniel, Psyché est ici modestement vêtue (2).
De même que Dieu le Père, et sans doute plus anciennement que lui. Notre- Seigneur Jésus - Christ a été représenté sous une figure humaine. Cette figure reproduisait-elle les propres traits du Sauveur? En d'autres termes, possède-t-on de lui un portrait authentique ? Aucun monument connu ne permet malheureusement de l'affirmer. La fameuse controverse, élevée au second siècle et continuée dans les siècles suivants, au sujet de la beauté ou de la laideur de Jésus-Christ, semblerait même exclure toute idée d'un type reconnu comme primitif (3). L'image célèbre, dite de la
(r) L'abbé Greppo, Dissertation sur les laraires de l'empereur Sévère Alexandre, in-S», 40 p. Belley, 1834, et les auteurs cités par lui. — (2) Voir Du nu dans l'art chrétien, par M. le comte Grimouard de Saint-Laurent, dans la Revue de l'art chrétien, mai 1859. — (3) L'abbé Martigny, Z)/c/., p. 334.
Véronique (la vraie image), quoique très-ancienne et objet d'une dévotion légitime, ne paraît pas avoir été connue dans les premiers siècles. En tout cas, on n'y peut rechercher Torigine du type primitif des images du Sauveur (i). Il ne faut pas davantage donner une valeur iconographique aux images du Christ dans la scène de la résurrection de Lazare, où Notre-Seigneur est ordinairement représenté sous les traits d'un jeune homme, sans barbe, tenant dans sa main le bâton du commandement. Lorsque Jésus-Christ opère des miracles où il y a plusieurs personnes, par exemple, lorsqu'il guérit Taveugle paralytique, il est représenté plus grand que les assistants, et l'on marque ainsi sa supériorité.
Le buste du Sauveur se voit dans le cimetière de Domitilla, dans la même chambre où Ton a peint Orphée. Le visage est d'un ovale très-marqué, la barbe est pleine et courte, les cheveux, séparés au milieu du front, retombent sur les épaules en deux longues tresses bouclées. Le type de cette image fut reproduite d'âge en âge ; on le trouve au quatrième siècle sur cinq des principaux sarcophages exposés au musée du Latran ; aux cinquième, sixième et septième siècles, sur les mosaïques de Sainte-Praxède, à Rome, de Sainte-Agathe, à Ravenne ; un jour il a dû peut-être inspirer
(i) L'abbé Martigny, Dict., p. 23q.
Giotto. Ce type est lui-mcme assez conforme à celui d'un portrait sur ivoire, conservé au musce du Vatican, et incontestablement, au jugement de M. de Rossi, la plus antique de toutes les images du Sauveur, au type byzantin, trouvées dans les Catacombes (i). La ligure, ici, a un ovale moins accusé, un air moins noble que dans Timage précédente ; elle a aussi toute sa barbe, mais plus longue, et les cheveux séparés sur le front retombent de même sur les épaules (2).
(i) L'abbé Martigny^ Dict., p. 334. La figure de Notre- Seigneur, en terre cuite, reproduite dans les Catacombes romaines^ par M. Perret, comme provenant des Catacombes, n'a jamais été dans ces souterrains, et est probablement de la Renaissance. — (2) Ibid., p. 333 et 334. — Du type du Christ dans l'art c/zré//en, par M, le comte deGrimouard Saint- Laurent, Revue de l'art chrétien, nov. 1869, janvier et mai
Représentations symboliques de l'Eccharistie.— Le Poisson portant le pain et le vin ; le vase de lait; le miracle de Cana ; la manne. Ces témoignages contredisent les assertions des protestants et des rationalistes.
Le Poisson, symbole de N.-S. Jésus-Christ, est représenté seul ou uni à d'autres symboles qui viennent compléter sa signification.
Ainsi le Poisson nageant, emportant un vaisseau sur son dos, est gravé sur trois bijoux antiques, dont Tun surtout a été amplement décrit par Aléandre. Il est aussi représenté avec le vaisseau sur une pierre provenant des Catacombes et maintenant à Anagni. La traduction de ce double symbole, c'est manifestement Jésus-Christ soutenant le vaisseau de FEglise au milieu du monde ^i).
Le Poisson uni à TOiseau, qui représente Tàme volant au sein de Dieu, et à FOlivier, qui exprime la paix, est la traduction symbolique de la formule Spiritus tiais in pace et in Christo ; il rappelle Pâme du défunt unie après la mort à son Sauveur.
Le Poisson dessiné à côté de Pancre, représentation fondamentale dans le symbolisme chrétien,
(i) M. de Rossi dans \e Spicileg. Solesm., t. III, p. 563.
dont un des plus anciens exemples se voit sur le sarcophage de Livia Primitiva, trouvé près du tombeau de saint Pierre, traduit également les mots souvent répétés de Spesin Christo... itiDeo. Pendant les trois premiers siècles, les fidèles gardèrent secrètement dans leurs maisons la divine Eucharistie dans une arca^ dont on ne connaît pas d'exemplaire authentique, mais qui certainement, vu la discipline du secret, était dérobée aux regards in reconditiore loco, et ne paraissait pas, comme on Fa dit, à la place occupée par les dieux lares dans les maisons païennes. Cette discipline du secret amena naturellement le fidèle à représenter, par un symbole, la sainte Hostie. Ce symbole fut le Poisson, joint à du pain et à du vin. Le mystère de Poblation eucharistique, le dogme difficile à entendre, durus est hic senno et quis potest eum audire^ est exprimé par le Poisson portant sur son dos une ciste ou corbeille d'osier remplie de pains decussati^ c'est-à-dire de cette forme particulière aux pains sacrés, offerts dans les sacrifices par les Juifs, les Grecs, les Romains, et adoptés ensuite par les chrétiens (i).
(i) M. de Rossi, Roma sotter., t. I, p. 349. Pellicia, de Ecoles, politia, t. III, part. I, p. i5-3o. — On sait que, dans les premiers siècles, le pain consacré était le plus souvent du pain levé, beaucoup plus volumineux que nos hosties. Ce n'est que longtemps après que les oblatce, c'est-à-dire les hosties eucharistiques, furent réduites à de petites proportions. (Bona, Rer. liturfç. lib. I, caput<32 et 33. Bullet., 1 872, p. 21.)
— 197 —■ Au milieu de la corbeille, on distingue un objet peint en rouge, qui représente un vase de vin. Cette réunion du pain sacré et du vin sur le corps du Poisson, c'est-à-dire de Jésus-Christ, indique évidemment TEucharistie. Tous les écrivains des premiers siècles Pont ainsi entendu. Dans une fresque du cimetière de Lucina (i), datant du second siècle, peut-être du premier, on voit deux poissons nageant à fleur d'eau, ayant chacun sur le dos une corbeille contenant un verre plein de vin rouge et cinq pains. Or saint Jérôme nous aide à comprendre ces anciennes peintures lorsqu'il écrivait : Nil illo ditius qui corpus Domini in canistro vimineo et sanguinem portât in vitro (2). « Rien n'est plus précieux pour celui qui porte le corps du Seigneur dans une corbeille et son sang dans un verre. »
Nous trouvons dans une fresque du cimetière de Saint-Callixte l'acte même de la consécration du pain eucharistique. A côté d'une table à trois pieds, véritable autel, sur lequel sont placés un poisson et un pain, on voit un personnage debout, vêtu du pallium, costume alors habituel du prêtre chrétien, l'épaule droite découverte, imposant les mains sur le poisson et sur le pain. On pourrait citer d'autres peintures : ici, un enfant, assis à une table sur laquelle est posé un pain, étend la
(i) Roma sotter., t. I, p. 323. — (2) Epist. ad Rust., n° 20.
— 19» — main vers une femme (représentant ici TEglise) qui, debout et portant des coupes, s^incline légèrement vers lui; là, au cimetière de Domitilla, une fresque du premier ou du deuxième siècle représente deux personnes assises sur un lit, ayant devant elles un trépied sur lequel sont placés un poisson et trois pains; à côté est un homme debout (i); au cimetière de Callixte, une fresque du troisième siècle représente sept personnes assises devant deux poissons et huit corbeilles de pain. Un critique allemand a prétendu voir dans cette dernière représentation Pimage d'un repas funèbre ou d'une agape chrétienne; mais dans les agapes il y avait des femmes assises à côté des hommes ; pourquoi n'y a-t-il ici que des hommes et pourquoi ces hommes sont-ils toujours au nombre mystérieux et consacré de sept, en souvenir des sept disciples, compagnons du Sauveur au lac de Tibériade? Pourquoi, au lieu de viandes diverses, ne voit-on jamais sur la table que le pain et le poisson, le Poisson qui est très-rarement représenté dans les monuments païens (2)? Non, il faut Tavouer, c'est bien ici, comme Fa démontré le savant abbé Polidori (3), l'image du festin céleste ou plutôt Fimage du banquet eucharistique, la table du Seigneur, selon le mot de saint Paul. Voici le prêtre
(i) Bulîettino, i865, p. 42 et suiv. Voir nos planches XI et XII. — (2) Bulîettino, i865, p. 45. — (3) Dei convivi effigiati a simbolo nei monumenti cristiani. Milano, 1844.
consacrant le pain, voici PEglise offrant le sacrifice et présentant aux fidèles, par les mains de ses ministres, le divin breuvage. La foi parle et nous découvre le mystère.
La vigne, très-souvent employée comme pure décoration , devient parfois aussi un emblème de FEucharistie. On la voit sortir d'un vase , d'un calice ou d'un monogramme comme sur un pilastre du plus ancien reste d'autel que Ton connaisse (i).
Un autre symbole, mais moins fréquent, rappelle l'Eucharistie : c'est le vase de lait, tantôt suspendu au bâton du pasteur, près d'un agneau, comme dans une très-ancienne peinture du cimetière de Domitilla, ou tenu à la main, comme dans une fresque de la crypte de Lucina (deuxième siècle) ; tantôt placé sur le dos de l'Agneau substitué en cette circonstance au Bon Pasteur, comme dans une voûte peinte plus récemment [quatrième siècle) au cimetière de Saint-Pierre et Saint-Marcellin; tantôt, et cela seul donnerait l'explication du symbole, placé sur un autel, de chaque côté duquel est une brebis; Tune, appuyée sur le bâton pastoral, tourne la tête vers le vase, l'autre
(i) Cet autel, trouvé près de Baccano, consiste en une table de 12 centimètres d'épaisseur, de im,o5 de longueur, posée sur quatre petits pilastres de 75 centimètres de hauteur. Il appartient aune église consacrée l'an 32i, et est aujourd'hui en la possession de M. deRof,s\. {Bullettijio, 1875, p. 145.)
détourne la tête (peinture du deuxième siècle à la crypte de LucinaK
L^Eucharistie est également rappelée à la pensée des fidèles par la représentation du miracle de la multiplication des pains, rapproché ordinairement, dans les sculptures des sarcophages aux quatrième et cinquième siècles, du miracle de Cana (i). Pour tous les Pères de TEglise, ces deux miracles sont les figures du mystère eucharistique, et on ne pourrait dire que dans ces peintures et ces sculptures on a voulu représenter le fait historique, sans y montrer un sens qui dépasse la lettre, car « le peintre a toujours soin de s'écarter plus ou moins de Tobservation littérale du texte, dessinant, par exemple, huit corbeilles au lieu de sept ou de douze, sept urnes remplies de vin au lieu de six de PEvangile des noces de Cana. Il semble, par cette négligence volontaire, dire clairement qu'il veut exprimer une idée, non représenter un fait (2). »
Ces représentations sont partout dans Fantiquité chrétienne, et une fresque, découverte il y a peu d'années dans un cimetière souterrain à Alexandrie, en Egypte, est venue mettre dans un jour éclatant la signification eucharistique des anciennes représentations du miracle de Cana. Là,
(i) L'abbé Martigny, Dictionn. des antiq. chrét., 244. — (2) Spencer Northcote et Brownlow, Rome souterraine, p. 288.
le Sauveur, assis et bénissant les pains et les poissons que lui présentent deux apôtres , est placé entre deux scènes évangéliques : le changement de Peau en vin à droite, et la multiplication des pains à gauche; au-dessus de ce double tableau, on lit : TAC EYAOriAC TOT Xr [•Kùiarov]
EC0IONTEC « ceux qui se nourrissent des eulogies du Christ (i). » On le voit, Pexplication est complète et le symbolisme est général : il est le même à rOrient comme à TOccident.
Enfin l'Eucharistie est figurée par le sacrifice d^Abraham et d'Isaac, par la manne qui nourrit le peuple juif au désert, symbole de Jésus-Christ qui est la vraie manne. Ce symbole ne s'est rencontré jusqu'ici que dans une fresque de la fin du quatrième siècle, découverte en i863 au cimetière de Cyriaque, où quatre personnages, deux hommes et deux femmes, reçoivent la manne tombant du ciel sur leurs pénules ou vêtements relevés, marque de respect très-usitée dans Tantiquité (2).
En présence de tous ces témoignages, on se demande ce que deviennent les assertions des protestants et des rationalistes. Est-ce au second concile de Nicée, en jSo, que « Ton vote pour la présence réelle, » comme a osé le dire M. Henri
(i) BiiUettino, i865, p. 74; 1872, p. 22, d'après un dessin de M, Wescher. — (2) M. de Rossi, Bullettitio, i863, p. 76. Martigny, Dict. des ant. chrét., p. 386.
Martin (i)? Et les écrits des saints Pères ne reçoivent-ils pas pleine confirmation de ces monuments exhumés des Catacombes? Ah! si Spon, cet honnête protestant lyonnais qui, au dix-septième siècle, reprochait au catholicisme ses prétendues innovations , déclarant n^avoir rencontré dans les monuments antiques aucun souvenir du sacrifice de la messe, eût pu voir ces choses, il fût peutêtre tombé à genoux, heureux de retrouver dans ces représentations voilées, mais encore si transparentes du dogme eucharistique, le témoignage de la foi de ses ancêtres. Un écrivain protestant de nos jours en a fait Faveu : « Si Ton pouvait, dit-il, se dépouiller de tout préjugé, laisser de côté toute idée préconçue et se former, dans un complet désintéressement, une idée de l'Eglise primitive d'après les traces laissées par elle dans les Catacombes, on reconnaîtrait que le culte de cette Eglise se développait tout entier autour de plusieurs sacrements qui en formaient le centre mystique (2). »
(i) Hist. de France, t. II, p. 90. — (2) M. G.-J. Hemans, London, 1866, A History of ancien Christianity and sacred art in Italy, cité par MM. Spencer Northcote et Brownlow, p. 349.
Représentations symboliques de la croix : L'Ancre, le Trident,! Monogramme, l'Agneau. — Du Crucifix. — Scènes humiliantes et scènes glorieuses de la vie du Sauveur attestant sa divinité — L'A etl'û.
Si la discipline du secret avait fait adopter des attributs symboliques pour représenter le mys- ■♦ tère eucharistique, afin, selon la parole du divin Maître, de « ne pas livrer les choses saintes aux chiens, » on ne peut s'étonner de voir le mystère de la croix, scandale pour les chrétiens et folie pour les gentils, » enveloppé aussi de voiles. En effet, la croix, restée jusqu'à Constantin l'instrument ordinaire du supplice, devait inspirer une répulsion naturelle : on tournait en dérision le culte d'un Dieu crucifié, témoin la parole de Tertullien {Apolog. XVI) sur une peinture où Notre- Seigneur était représenté avec des oreilles d'âne, ovox.oîtî; ; témoin ce dessin tracé à la pointe, découvert en i856, sur une muraille du palais des Césars, où, devant une croix à laquelle est attaché un homme ayant une tête d'âne, on voit un individu, et on lit ces mots tracés en grec : « Alexamène adore son Dieu (i). »
(i) Sur le sépulcre de la vierge Januaria, on voit une lampe dessinée à la pointe : sur cette lampe il y a une tête avec une
Cet Alexamène a existé réellement; car, dans une autre chambre du même Palatin, on a trouvé ces mots : Alexamenos jidelis^ tracés sans doute par celui-là même (employé du palais ou de toute autre condition) qui, en raison de sa foi, était Tobjet des railleries de ses camarades (i).
On comprend dès lors avec quel ménagement il fallut procéder. Aussi, à part des objets d'usage privés où la Croix était peut-être figurée, objets aujourd'hui perdus, mais qui d'après certaines par-
oreille d'âne qui rappelle à la pensée le Christ à tête d'âne. (Roma sotter., t. III, p. 353.) — (i) M. Charles-Louis Visconti a publié un dessin de ce graffito dans le t. LXII de Giornale degli Arcadi avec de savants commentaires. Cf. Bonnetty, Annales de Philosophie, t. XV (quatrième série), p. loi; — le P. Garrucci, // crocifisso graffito in casa dei Cesari, Roma, 1837, in-8% publié dans la Civiltà cattolica, déc. i856; — Becker, Das Spottcrucifix der romischen Kaisera Palaste, Breslau, 1866; — D"" Kraus Das Spottcrucifix vom Palatin, Fribourg, 1872, etc., etc. Ce n'est pas, a-t-on dit, un monument de haine, mais un irrévérencieux croquis d'un étourdi traduisant des bruits répandus. Alexamène fait un pied de ne:{. M. Haupt a nié que ce fût l'image dérisoire du Christ, mais il y a vu la représentation vraie, sérieuse du culte de Typhon ou Dieu âne, thèse bien hasardée. — M. l'abbé Martigny a donné un fac-similé de cq graffito {DiC' tion. des antiq. chrét., p. gS), qui paraît dater de la première moitié du troisième siècle et se trouve actuellement au musée Kircher, près le collège Romain, à Rome. Comment ici ne pas penser sans douleur que ce célèbre musée a été enlevé par la Révolution à ses fondateurs et propriétaires au nom de la liberté même! — Voir d'autres gr^a^^i qui complètent celui-ci dans Bullettino di Arch. crist., i863, sept. M. C. Maës a écrit une note sur ce crucifix dans // Buonarotti, nov.-déc. 1873, p. 386.
ticularités peuvent aussi avoir fourni le type de la caricature du palais des Césars, on peut affirmer que dans aucun monument public, connu jusqu'ici, la Croix n'apparaît à Rome avant le cinquième siècle, et dans certaines provinces, comme à Carthage, où le christianisme fut plus tôt émancipé, avant le quatrième siècle. Pour rappeler Fimage de la Rédemption on eut donc recours à l'allégorie, et son expression même fut très-timide.
La Croix fut rappelée à la pensée des chrétiens par une Ancre traversée d'une barre, par un trident, décoration fréquente chez les païens, par ce tau grec (t) qui, d'après Tertullien, est la vraie forme de la croix où mourut le Sauveur. On le trouve ainsi gravé sur une cornaline du second siècle et sur deux inscriptions du troisième siècle (i).
La combinaison du I et du X grecs, premières lettres des mots iiQo-ovç Xpio-Too-, fournit le plus ancien exemple du Monogramme [:J^). Mais le Monogramme proprement dit, ou decussatus, est la combinaison du X et du P, premières lettres du mot Xpio-Tôç (:!;). Employé d'abord en Orient plus peut-être qu'en Occident, dans la seconde moitié du troisième siècle, comme abréviation de l'Ecriture, pour remplacer le mot Christus dans le cours de l'inscription, il ne fut mis comme signe isolé et symbole triomphal que sous Constantin (2}.
(i) Bullettino, i863, p. 35 et 82. — (2) Ibid., 1873, p. 71.
Dans la première période constantinienne, ce fut le monogramme le plus en usage. Le contexte du passage où Eusèbe parle du monogramme tracé par Constantin sur le Labarum, laisse voir que cet empereur, loin dUmaginer cette désignation symbolique du Christ, adopta un signe consacré dans la société chrétienne ; mais s^il y a des probabilités en faveur de la préexistence du Monogramme au règne de Constantin, les monuments authentiques jusqu'ici connus sont insuffisants pour élever le fait à la hauteur d'une vérité démontrée. Je dis monuments authentiques^ car si on a souvent cité des inscriptions de martyrs enrichies du Monogramme, la critique a reconnu la fausseté des unes ou la date récente des autres, tracées, après la pacification de l'Eglise, par la main des pèlerins. Aussi, à part certaines ébauches où l'on peut voir le Monogramme employé avec précaution parles fidèles, à part une inscription dont la date mutilée est peut-être de l'an 298, aucun monument représentant le monogramme du Christ comme signe distinct et solennel^ ne remonte avec certitude audelà du triomphe de Constantin sur Maxence (3 1 1) . On le trouve à la date 323, quelques jours avant la défaite de Licinius, sur un marbre découvert, en 1862, sous le pavé de la basilique constantinienne de Saint-Laurent-hors-des-murs (i). Aupa-
(i) Bullettino, i863, p. 2?.
ravant, le plus ancien marbre connu portant ce signe était de Tan 33 1 (i).
Il y a une Croix équilatérale sur une pierre du second siècle trouvée dans la crypte de Lucina (2), puis un des plus anciens exemples de cette Croix se voit à côté d'une inscription de la lin du troisième siècle. La Croix latine qui a figuré avec la Croix équilatérale ou grecque et le Monogramme sur les monnaies de la fin du règne de Constantin (3), que Ton trouve à cette date sur plusieurs objets de piété portés par les fidèles, n'est plus dissimulée après le triomphe définitif du christianisme sous Théodose. Elle apparaît d'une manière certaine dans une inscription de Pan 407.
La Croix gammée [gammata], c'est-à-dire formée par la combinaison de quatre r (gamma grec), n'a été guère employée qu'à la fin du troisième siècle. L'usage en fut très-rare tant que prédomina celui de l'Ancre 14). Dans la plus ancienne mosaïque de Rome, celle de Téglise Sainte-Pudentienne qui a été exécutée entre l'an 390 et l'an 398, non au hui-
(i) M. Armellini a retrouvé récemment, dans une niche du mausolée de sainte Constance, un monogramme de la forme constantinienne, appartenant à une mosaïque datant des temps mêmes de Constantin. (Cronachetta mensiiale délie pin iviportanti scoperte, 1879, p. 3i.) — (2) Rovia sotter., t. I, p. 345, — (3) Abbé Cavedoni, Ricerche crit. intorno aile medaglie di Constantino, i858. Le P. Garrucci, Numismatica Constant iniana, dans Vetri, p. loS. — (4) M. de Rossi, Bullettino, 1869, p. 89.
tième siècle comme on le croyait, la Croix gammée est posée sur la montagne au pied de laquelle est le Sauveur.
La Croix monogrammatique -f- est, depuis la seconde moitié du quatrième siècle et au cinquième siècle, plus employée à Rome que le Monogramme constantinien ^ (i). On vient de la rencontrer au milieu d'une peinture exécutée alors pour orner Tare d'entrée de la basilique souterraine de Sainte-Pétronille (2). Vers cette époque, TAgneau, image de Notre-Seigneur, apparaît couché sur un autel, tanquam occisus ; mais il faut attendre quelques années pour voir le sang couler de son flanc ouvert. Au sixième siècle, la Croix simple apparaît peu à peu (3), non comme sujet isolé, mais dans les épisodes de la Passion. Bosio a donné le dessin d'un crucifix, c'est-à-dire Notre-Seigneur sur la croix, trouvé par lui peint à fresque dans le cimetière souterrain de Saint- Valentino, près la voie Flaminienne. On a retrouvé cette peinture , malheureusement trèsendommagée, mais elle n'est certainement pas
(i) M. de Rossi, De Christianis titulis Carthaginiensibus, dans Spicileghim Solesm., t. IV, p. 532.— (2) Bullettino, 1874. — (3) Le Monogramme délaissé reparaîtra cependant à la renaissance des lettres sous Charlemagne, et figurera fréquemment dans des inscriptions de synodes ou en tête de manuscrits, ceux de la Bible surtout. {Bullettino, i863, p. 3i et 3y.) Abbé Martigny, Z)fc^ des ant. chrét.,p. i go, et Etude archéologique sur le Bon Pasteur, Mâcon, 1860.
antérieure au septième siècle (i). Le Sauveur fut d'abord représenté encore vivant; son corps peint ou gravé à la pointe fut, aux septième et huitième siècles, toujours vêtu d'un colobium ou tunique sans manches, descendant jusque sur les pieds. A la fin du huitième siècle, on commença à sculpter le corps en relief, et le vêtement, plus ou moins long, ne partit plus que de la ceinture pour descendre jusqu'au genou (c'est ce qu'on appelle le Christ juponnéj. Au neuvième et au dixième siècle, le vêtement, qui va en se raccourcissant (sauf quelques exceptions où il est encore ample), tend à se rapprocher de la bande d'étoffe qui figure dans nos crucifix modernes. Les pieds étaient alors fixés séparément par deux clous. A la renaissance des arts, au quinzième siècle, on superposa les deux pieds et on les fixa par un seul clou.
Voilà donc quel est l'état de la science touchant l'origine des images de la Croix et du Crucifix; mais il faut faire observer que les cimetières souterrains n'ont pas encore dit leur dernier mot à cet égard, et on appliquera ici la règle posée plus haut, qu'un argument négatif ne doit (vu le grand nombre de monuments perdus) être produit qu'avec une extrême réserve.
Les mêmes raisons qui interdisaient dans les
(i) Bullettino di Archeol. crist., 1876, p. 68, 69. M. Marucchi {Gli studii initalia, 1878, p. 496, 461, 807) adonné une notice sur ce sujet.
premiers temps les représentations de Jésus-Christ crucifié, ont fait exclure à peu près complètement des monuments primitifs toutes les scènes de la Passion. La peinture des trois premiers siècles n'en garde aucune trace, à moins qu'on ne voie la comparution de Notre-Seigneur devant Pilate, dans cette scène d'un martyr en présence d'un proconsul, peinte au cimetière de Callixte, sur une fresque datant de la fin du troisième siècle ou du commencement du quatrième. La seule circonstance de la Passion qui apparaisse sur les sarcophages du quatrième siècle est la comparution de Jésus-Christ devant Pilate, scène ordinairement mise en pendant du sacrifice d'Abraham, figure biblique du sacrifice du Sauveur. Sur quelques bas-reliefs d'un âge plus récent, on voit le lavement des pieds, l'arrestation par Judas, une scène de flagellation, une scène de couronnement où, par une touchante pensée, reproduite dans des peintures modernes, l'artiste a changé la couronne d'épines en une couronne de roses (i). Il semble qu'on évitât aussi, dans les premiers temps, de représenter les scènes d'humilité de la vie du divin Enfant. Cependant, dès le quatrième siècle, une peinture, trouvée récemment dans les Catacombes de Saint-Sébastien, représente Notre-Seigneur enfant couché dans la crèche, ayant à ses côtés un
(i) Abbé Martigny, Dict. des antiq. chrét., p. 5ir.
bœuf et un âne. La crèche est gravée à côté d'une inscription datée de Tan 843.
Si dans Torigine on éloignait ainsi de la vue des fidèles les scènes humiliantes de la vie du Rédempteur, on en multipliait à Fenvi les scènes glorieuses, ses miracles par exemple, œuvres surnaturelles qui, en triomphant de la nature, attestaient la puissance divine. La divinité de Jésus-Christ pouvait aussi être rappelée par les deux lettres grecques A (alpha) et w (oméga), selon le texte célèbre de l'Apocalypse appliqué à Notre-Seigneur, symbole du premier principe et de la dernière fin de toute chose créée. Ces deux lettres (la seconde toujours en lettre minuscule dans les anciens monuments chrétiens) devinrent, disent quelques auteurs, une sorte de muette protestation contre les attaques dont la divinité du Christ avait été l'objet de la part d'Arius. Cependant M. Le Blant a fait observer qu'on les trouve dans les monnaies de l'empereur Constance, violent adepte de l'hérésie, et qu'en Gaule, où le premier exemple est de l'an 377, les évéques placés en face des ariens n'ont point fait inscrire ces lettres sur les monuments épigraphiques (i).
(i) Manuel d'épigraphie chrétienne, p. 186. M. E. Le Blant a dit ailleurs : « Pour qui tente de reconnaître les inscriptions des catholiques, une grave difficulté se présente en effet : c'est la tendance familière, aux sectes comme aux partis politiques, qui les porte à usurper les appellations de leurs adversaires. » {Journal des Savants, iSyS.)
En Tan 340, Ta et To sont pour la première fois (au moins dans les monuments des cimetières connus jusqu'ici) unis au monogramme du Christ ; il y en a un second exemple en 35 5. Depuis, ces deux symboles se trouvent fréquemment associés. A :^ &>
Représentation symbolique du Baptême et de la Confirmation. — Moïse frappant le rocher. — Résurrection de Lazare. — Guérison du paralytique. — Médailles de baptême.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, représenté par le Poisson-Sauveur, a un antagoniste qui lui dispute les âmes, le démon, dont le polype a été pris comme symbole. Le polype dévoré par le Dauphin, qui se voit sur un antique anneau trouvé dans le tombeau d'un évêque d'Angoulême, est le symbole de Satan vaincu et subjugué par le Sauveur (i). Jésus-Christ, en effet, était venu pour sauver les hommes. Or, pour être sauvés, tous devaient recevoir le baptême. Il n'est donc pas étonnant de rencontrer sur les monuments chrétiens des Catacombes de nombreux souvenirs de ce sacrement. Ainsi, et dès le second siècle, on voit souvent Moïse frappant avec sa verge le rocher d'où sort Teau qui arrose le désert. Or Tertullien
(i) BuUettino, 1870, p. 62 et suiv. L'agathe-onix, 011 est gravé ce sujet, montée sur or et adoptée pour chaton de la bague pastorale d'un évêque du onzième siècle, remonte aux premiers temps du christianisme et est le plus ancien monument d'art classique des origines chrétiennes dans lesGaules.
a identifié dans ses écrits rcau qui s'échappe du rocher frappé par Moïse et Teau du baptême. Le rocher, selon le mot de TEcriture, est le Christ : Petra aiitem erat Christus. Pierre est le nouveau Moïse; aussi, pour ôter tout équivoque et marquer le symbole, on a mis sur un verre un homme frappant le rocher, et au-dessus de lui est inscrit le mot Petrus.
Le baptême est également rappelé à la pensée par cette peinture d'une chambre du cimetière de Callixte, représentant un pêcheur tirant de Peau avec sa ligne un petit poisson, allusion à la parole de Notre-Seigneur : « Je vous ferai pêcheur d'hommes. » A côté est un homme baptisant un enfant, sur la tête duquel il pose sa main; le baptême ici semble, contrairement à Popinion ordinaire, être fait par infusion et aspersion plutôt que par immersion. Voilà la figure, le souvenir, le fait du baptême, rassemblés dans une même chambre, peinte probablement sous la direction de Callixte, à la fin du second siècle. Au cimetière de Lucina, la scène du baptême de Notre- Seigneur a été peinte au premier ou second siècle.
La représentation de Moïse frappant le rocher est ordinairement mise en regard de la résurrection de Lazare par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Elle est jointe également à la scène du paralytique emportant son lit sur ses épaules. On retrouve cette scène à côté de celle de Moïse, peinte au