‹ Les catacombes de RomeChapitre 7 sur 15 · ID · texte numérisé non relu

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second siècle, au cimetière de Priscilla (i). Le P. Marchi voyait dans cette représentation le signe de la rémission qui est accordée aux péchés après le Baptême par la Pénitence, et on Ta ainsi expliqué quelquefois ; mais cette interprétation ne semble pas, dit M. de Rossi, concorder avec l'état des mœurs, de la discipline de TEglise, et de renseignement au temps de Callixte, où Ton cherchait à conserver la grâce baptismale et où Ton parlait du sacrement de la Pénitence aux seuls pécheurs.

La vie du chrétien converti se divisait en deux parties bien distinctes avant et depuis son initiation aux sacrements de TEglise. Aussi le catéchumène, candidatiis in Chi'isto, dit une inscription, devenu fidèle, yzVe//i% appelait le jour de son baptême le jour de la réception, dies acceptionis, et ce premier pas dans la vie chrétienne était pour lui la grâce, la participation au sacrement, acceptio; gratiam accepit ; Jîdem percepit ; gratiam sanctam consecutus est, disent les inscriptions, grâce destinée à venir en aide à celui qui a été racheté par J ésus- Christ , Christi morte redemptus.

En souvenir de ce baptême, le chrétien portait des médailles; on en trouve en verre, en plomb, en bronze, non frappées, mais gravées et travaillées

(i) Voir nos planches XI et XII.

en creux, le plupart sur les deux faces, quelquesunes sur une seule, munies d'une boucle destinée aies suspendre au cou; trois de ces médailles, que Du Gange a rangées par erreur parmi les monnaies, sont ornées au revers de Timage de la Vierge avec Fenfant Jésus devant les Mages ; d'autres ont au droit des figures de saint Pierre et de saint Paul, et au revers le Pasteur entouré de ses brebis, le Monogramme avec l'A et Fw, etc. Sur des médailles on voit le nom de la personne qui les portait ou son image, à moins que ce ne soit l'image d'un saint; il y avait des petits poissons en verre que l'on suspendait au cou, comme celui trouvé en 1874 sur l'Esquilin, et qui est de la fin du troisième siècle. Une de ces médailles, incontestablement du troisième et peut-être du second siècle, représente le Pasteur appuyé sur sa houlette, à l'ombre de l'Olivier mystique; les brebis dispersées broutent et sautent, tandis que le chien, gardien du troupeau, assis aux pieds du Pasteur, tourne les yeux vers lui (i). Une lampe de bronze, portant le nom de son possesseur et une acclamation à celui auquel elle a été donnée, paraît être également un souvenir de baptême (2).

On remettait aussi des médailles aux enfants que les familles chrétiennes venaient consacrer à Dieu auprès des tombeaux des martyrs. Une d'en-

(i) Bullettino, 1869, p. 33. — (2) Ibid., 1867, p. 27.

tre elles, publiée par M. de Rossi, représente le sacrifice d'Isaac.

Cette coutume de porter des médailles de dévotion ((TWTr.ptxtal, attestée par les monuments produits par M. de Rossi, est donc une tradition fort ancienne dont aucun écrivain n'avait parlé jusqu'à nos jours, mais dont les monuments subsistent (i]. L'examen auquel s'est livré M. de Rossi a amené une véritable révélation. Il y a d'autres encolpia de différentes formes et de diverses époques, les unes rondes, les autres cruciformes, les autres en forme de cassette (theca)^ composée de lames de bronze ; on y renfermait des reliques de saints, des huiles ayant brûlé devant le tombeau des martyrs, et mêmie des Evangiles selon un usage assez fréquent (2).

La Confirmation était généralement alors conférée après le Baptême, et faisait partie de l'initiation chrétienne : lavit et vnxit, dit-on dans une inscription pour indiquer le Baptême et la Confirmation ; de même que acceptio^ conseciitio, rappellent le Baptême, consignatio i consignata a LiBERio PAPA, dit une inscription) désigne la Confirmation aussi bien que ch'isma Dei. Un texte épigraphique du quatrième siècle, publié par M. de Rossi, tiré du baptistère du Vatican, relate

(1) Bullettino, 1869, p. 33-45, p. 49-64. — (2) Bullettino, 1872, no I, voir notre planche XVIII.

les rits et les effets du sacrement de Contirmation; une inscription grecque du troisième siècle dit aussi que la défunte « a été ointe du baume incorruptible et pur. » On sait, il est vrai, que cette femme était une adepte des sectes gnostiques; mais ces sectes, au sein desquelles, après le Baptême, on faisait de solennelles onctions de baume, avaient évidemment emprunté ce rite à la tradition ecclésiastique; les expressions employées dans rinscription sont semblables à celles dont les Pères de TEglise et la Liturgie se servent pour désigner la Confirmation (i).

(i) BullettinOy 1869, P- 28-3o. Corsini a traité exprofesso des inscriptions antiques qui mentionnent le sacrement de Confirmation. Notce Grcec. Dissert. p. xxxvi et suiv. V^oir aussi Zaccaria, dans Thés, theolog., t. I, p. 38o.

De la nouvelle société chrétienne. — Du mariage ; éloge de la fidélité, du travail, de la charité, de la chasteté, de la virginité; veuvage. — Transformation opérée dans la société par l'envahissement des sentiments chrétiens dans les âmes païennes.

La vie après le Baptême et la Confirmation avait désormais pour le chrétien d'autres horizons que ceux entrevus par les païens.

La famille repose sur le mariage chrétien, qui n'est pas le matrimoniiim des hommes libres et encore moins le contiibernium des esclaves.

Le mariage, descendu sous le paganisme au rang du moins solennel des contrats, a été élevé à la dignité de sacrement, et les monuments nous en transmettent le souvenir. Ici , c'est un fond de coupe où deux époux se tenant par la main sont réprésentés au-dessous du monogramme du Christ (i) ; là, c'est Jésus-Christ, placé au centre du dessin, qui dépose deux couronnes sur la tête des époux. L'inscription complète souvent ridée.

Cette idée rappelle désormais les devoirs imposés, et Ton voit les inscriptions funéraires men-

(i) Abbé Martigny, Dict., p. 388.

tionner avec complaisance le témoignage, d^abord laconique au deuxième et au troisième siècle, plus développé au quatrième siècle, des devoirs remplis. Le mari loue sa très-chère épouse, conivgi RARISSIME MARiTvs *, son épousc incomparable, conivgi INCOMPARABILI CONIVX EIVS FECIT*, SOU épOUSC

très-tidèle, conivgi fidelissimae ; Tépouse chaste, coMPARi castae; réponse pleine de pudeur, conivgi pvDicissiMAE ; CASTISSIMI pvDORis CIRCA maritvm; cellc qui vécut en paix avec lui, mecvm fecit sine vlla controversia ; qvae nvmqvam mecvm discordia ; celle qui vécut d^une vie irréprochable, toujours pleine de charme et de douceur, qv^e vixit mecvm incvl-

PABILITER et CVM OMNI SVAVITATE DVLCISSIME ; CClle

dont les prévenances lui rendirent les rapports agréables, QVAE eivs obseqvio semper nobis convenit. Le mari à son tour est loué par la femme ; elle rappelle le lien sincère qui les attachait et le bon accord qui les unissait : volvsia martina verissimo

CONIVGI BENE MERENTI... DE QVEM {stc) NVLLAM QVE- RELLAM DETVLi; CONDIGNO MERITO FECI. Elle lui élève

un tombeau, ob amorem et affectionem erga se.

Puis le souvenir de Tafîection maternelle ou filiale se fait jour : c'est une fille, Lucilla, qui écrit Pépitaphe de son « inimitable et très-douce mère Lucana» (troisième siècle), «de sa mère qui l'a nourrie, » matri et nvtrici dvlcissime. Cest une mère qui parle de sa « très-douce fille Aurélie, » avrelia dvlcisslma filia qvae de secvlo recessit en 2 35);

de sa (( très-douce et très-regrettée fille, » chresime

DVLCISSIMA ET MIHI PIENTISSIMA FILIA.

Un ami n^oublie pas son ami : « Il a plu à Janvier d'être mis dans le même tombeau que son ami Sibirinus, » genvarivs placvit se vniter poni cvm AMicvM svvM sibirinv, dit une inscription de la seconde moitié du troisième siècle. Un auteur, écrivant sur un sujet nouveau pour lui, a paru croire que les sentiments de famille ou d'amitié étaient rarement exprimés par les chrétiens (i). On vient de voir si cette assertion est exacte.

Dans d'autres inscriptions, Téloge porte surPassiduité aux devoirs purement matériels de la vie, car le christianisme a ennobli le travail; on vante donc réponse qui travailla avec son mari : rvfina

QVE MECVM LABORAVIT, LABORVM AVTRIX, CASTIS SOCIA *,

réponse laborieuse, spyoTroiw dit Pinscription grecque, operaria dit Finscription latine, mot qui, selon la remarque de M. de Rossi, employé ici comme une louange, était pris par les contemporains de Cicéron comme une injure (2).

Quelle révélation aussi dans cette qualification d'ami et d'amie des pauvres ! cinnamivs opas lector TiTVLi FASCIOLE AMicvs PAVPERVM (dit uue iuscription de 377) ; amatrix pavperorvm et operaria, dit une autre inscription; la dénomination dCalumnus ^

(i) Revue des Deux-Mondes, i5 septembre i865. — (2) Sur le mox operarius, voir Bullettino, i865, p. 52-53.

ARRio MiTHRETi ALVMNO (il, aiinoncc aussi un nouvel ordre d^idées, car alumnus est Tenfant abandonné par rinhumanité païenne et recueilli par la charité chrétienne. Dès que la paix permit aux sentiments chrétiens de se traduire en actes publics, on vit paraître les xenodochia^ les nosocomia, les ptochia^ joints souvent aux églises. Alors les inscriptions, comme celle de Piperno, parlent des

SVSCEPTORES, dcS SVBVENTORES et HOSPITES PEREGRINO-

RVM ET PAVPERVM, et sur Tarchitrave d'une porte à Burza, en Afrique, on a lu : hec porta domvs est

ECCLESIE PATENS PEREGRINIS ET PAVPERIBVS.

Mais il est une vertu particulièrement réservée, selon le mot du P. Lacordaire, à la religion catholique, celle de la chasteté parfaite dans le service de Dieu. Les inscriptions des cimetières en gardent le souvenir. Pendant les siècles de la persécution, les servantes de Dieu vécurent isolées ; lors de la paix, elles se réunirent en Egypte, en Palestine, et bientôt à Rome; alors on trouve mentionnée la servante de Dieu et du Christ, la vierge de Dieu, ancilla dei et christi (en 401) — adeo- DATAE DiGNAE ET MERiTAE viRGiNi (quatrième sièclc)

LABINIA VIRGO DEI INIMITABILES (en 4O9) (2) — AOYAH

(i) Inscription de la première moitié du deuxième siècle, au cimetière de Domitilla. {Bullettino, 1 865.) Je sais que dans une inscription païenne du temps d'Auguste on lit : misericoRDis AMANTis PAVPERis, mais une telle expression est rare. — (2) Bullettino, i863, p. 68.

0EOY (r) — VIXIT ANNOS XXII VIRGO (2) VIXIT PURA

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