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DESCRIPTION GENERALE DES CATACOMBES ROMAINES

Une description gcncrale des caiacombes romaines doit précéder nécessairement tout examen particulier des cimetières principaux. Il s'agit de savoir à quelle distance de Rome et dans quel terrain on les a creusées, comment leurs galeries ont été construites et quels aspects y présentent les tombes. Le simple exposé des conditions d'établissement qui leur sont communes à toutes fera suffisamment ressortir l'importance et l'intérêt de la Rome souterraine.

RI. PARTITION TOPOGRAPHIQl'E

Sur les voies antiques de l'Italie et des provinces, des bornes jalonnaient les distances, de mille en

I. Voir IWppendice II, Tableau gcnéval des catacombes ramantes, par ordre topographique.

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mille pas, c'est-à-dire tous les 1480 mètres environ. Les catacombes de Rome sont situées, en principe, entre la limite extrême de la cité sous l'Empire et le troisième mille. Les cimetières souterrains des premiers siècles du christianisme que l'on rencontre au-delà du troisième mille ne concernent pas, sauf de rares exceptions, la communauté chrétienne de la capitale même ; elles dépendaient des petites villes voisines; ce sont les nécropoles de la banlieue, les catacombes siibiirbicaires. D'autre part, il n'y a pas de sépultures chrétiennes, avant le moyen âge, à l'intérieur des murs d'enceinte de Rome. Une loi très ancienne, jamais abrogée, souvent renouvelée, défendait expressément d'enterrer les morts dans la ville. Les Romains, comme tous les peuples de l'antiquité, par un scrupule religieux que dictait probablement un légitime souci de l'hygiène publique, ne voulaient pas qu'il y eût de tombeaux au milieu des cités. Cette interdiction était formulée déjà, au témoignage de Cicéron, dans la loi des Douze Tables; à l'époque impériale, les princes maintes fois la réitèrent ; elle reparaît jusque dans les compilations juridiques des derniers temps, le Code Théodosien, le Code de Justinien, le Digeste; c'est une règle fondamentale du droit public.

Rome, à l'origine, n'avait qu'une médiocre étendue ; elle ne dépassait pas d'abord le Palatin, puis, plus tard, la ligne des sept collines groupées autour du Forum, le Septimontiiim; sous la République, elle était limitée par les murailles massives dont la construction était attribuée, d'après la légende, au roi Servius Tullius. Ses premières nécropoles se trouvaient au pied du Palatin; à mesure que la

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ville ^'agrandit, les ciiiiciicrcs reculèrent et lurent reportes de plus en plus loin. Dès le commencement de l'Empire, Kome, débordant de toutes parts ses vieux murs, comprend l'immense espace de terrain qu'enfermera, à la tin du m* siècle, la seconde enceinte continue, celle d'Aurèlicn. Il n'y a pas de sépultures païennes de l'époque impériale en deçà de la ligne du pomeriiiin, qui marquait la limite religieuse de la cité. Les chrétiens à leur tour, bon gré mal gré, ont dû s'incliner devant la loi antique; ils ne l'ont enfreinte, à notre connaissance, qu'une seule fois, au iv; siècle, pendant le règne de Julien l'Apostat : deux martyrs romains, les saints Jean et Paul, furent ensevelis sur la colline du Cœlius, dans leur propre maison, que Ton a fouillée en 1893 et où l'on a découvert d'intéressantes peintures ' ; l'auteur du récit légendaire de leur vie prend soin d'indiquer que l'inhumation eut lieu en secret, car des peines très sévères, dit-il, étaient portées contre ceux qui commettaient un pareil acte. L'antique précepte de la loi des Douze Tables restait toujours en vigueur : « n'enterrez ni ne brûlez aucun mort dans la cité », hominem morlmim in iirbe ne sepelito neve urito.

Les tombes, païennes ou chrétiennes, étaient donc forcément rejetées en dehors des villes. Mais il fallait, du moins, que l'accès n'en fût point malaisé. Il était indispensable de ne pas trop les éloigner et de les placer de telle sorte que les cortèges funèbres

I. Le p. Gkrmano di San Stanisi.ao, La casa celiiiioiitana dei santi martiri Giovanni e Paolo. Rome, 1894. Cf. P. .Ai.i ard, La maison des martyrs, dans ses l'Htidcs d'histoire et d'archéo^ /oif/e, Paris, 1899, p. 1.19-220.

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eussent le moyen de s'y rendre commodément. On fut tout naturellement amené à les mettre sur les côtés des grandes voies qui desservaient les cités. Ce fait n'est pas spécial à Rome; nous le constatons bien souvent ailleurs, notamment à Pompéi : les alentours de la route qui reliait Pompéi à Herculanum ont été déblayés; à droite et à gauche se voient encore, en parfait état, les monuments funéraires qui bordaient le chemin. C'est la voie d'Herculanum, c'est aussi la voie desTombeaux, comme l'appellent les modernes, et le même nom conviendrait à toutes celles qui existaient aux abords de chacune des villes du monde antique. La voie Appienne, qui faisait communiquer Rome avec la Campanie et avec Brindisi, où l'on s'embarquait pour l'Orient, conserve de beaux vestiges des monuments funéraires païens qui l'encadraient; il suffit de rappeler le nom du grand mausolée circulaire de Caecilia Metella, transformé en forteresse au moyen âge '. Souvent il est possible de reconstituer le parcours d'une voie disparue par la seule observation des ruines des sépultures qui l'avoisinaient ; tel est le cas, par exemple, pour la voie Latine auprès de Rome.

Nombreuses étaient les routes qui partaient de la capitale de l'flmpire; celle-ci avait été prise comme centre de tout le réseau des voies de communication avec l'Italie et les provinces; on montrait au F'orum une borne magnifiquement ornée, le milliaire d'or; de ce point initial les distances, dans toutes les di-

I. L. Canina, La prima parte délia via Appia, délia Porta Capena a Boville, Rome, i<S53 ; J. Ripostklli i:t H. .VlAnucc.iii, La via Appia à Vcpoque rotuainc et de nos joins, liistoire et description, Rome, i()o8.

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rcctions, étaient comptées. Les voies, tracées en ligne droite, méprisaient les obstacles, escaladaient les collines par des pentes abruptes, traversaient les rieuves sur des ponts hardiment jetés, franchissaient les marais sur de solides chaussées de pierre. Partout, dans ce qui fut Jadis le monde romain, apparaissent les débris imposants de ces grands chemins des légions, des magistrats et des négociants; parfois même ils servent encore, sous un vêtement nouveau d'empierrements modernes. Une douzaine de routes principales, dont se détachaient ultérieurement un très grand nombre de rameaux secondaires, sortaient des portes de Rome '; nous savons leurs noms par les inscriptions, souvent très développées, des bornes milliaires et par les itinéraires ou les cartes que Tantiquité nous a légués, — Itinéraire d'Anionin. Table de Peuiinger. Citons, sur la rive droite du Tibre, la voie Cornélienne, la voie Aurélienne et la voie de Porto; sur la rive gauche, les voies d'Ostie, Ardéatine, Appienne, Latine, Labicane, Tibunine, Xomentane, Salaria nouvelle et Salaria ancienne, tlaminienne. Elles liraient leurs appellations, soit des villes ou des pays vers lesquels elles se dirigeaient (voie d'Ostie, voie Latine , soit des personnages de l'époque républicaine ou des empereurs qui les avaient fait tracer (voie Appienne, voie Auréliennej; la voie Salaria est celle qui servait jadis à conduire dans la Sabine et la haute vallée du Tibre le sel des

I. A. NiBiîv. Aitatisi stovico-tupografico-antiquaria délia carta dei dintorni di Roina, Rome, iS^y: Th. Asubv. 7 lie cljssical topogvaphy of tlie roman Campagna, dans les Papers of tite britisli Scliool at Rome, I, 1902, p. i2r-283 -, III, 1906^ p. 1-212, !\', 190^, p. I et sui\ .

marais d'Ostie. Auprès de chacune de ces routes s'élevaient des sépulcres païens ; auprès de chacune d'elles aussi étaient creusées des catacombes chrétiennes.

Comme le montre Tinspeciion du terrain ou de la carte ', les cimetières chrétiens ne forment pas un ensemble continu, dont toutes les parties se suivraient et seraient reliées entre elles, une seule et immense cité des morts. Nous parlons, par métaphore, de la Rome souterraine, mais les divers quartiers qui la composent sont comme autant d'ilôts distincts. Une cinquantaine de catacombes, d'importance inégale, ont été jusqu'à présent reconnues ; bien qu'elles ne soient pas encore complètement explorées et que même, selon toute probabilité, elles ne doivent jamais Fêtre, il est prouvé, dès maintenant, qu'elles n'étaient pas rattachées les unes aux autres et qu'on ne pouvait passer de l'une à l'autre sans être obligé de remonter à la surface du sol ; souvent même, des espaces assez vastes, vides de tombes chrétiennes, les séparaient.

Comment donc, et en vertu de quels principes, s'est faite la répartition lopographique de ces cimetières dans les environs de la capitale et aux abords des routes?

Les modernes ont longtemps cru que les chrétiens des premiers siècles s'étaient bornés à utiliser d'anciennes galeries souterraines, pratiquées par les

i.Cf. Mgr Crostarosa, Notifie storico-topograficltc, siillo stato délie catacombe romane ^ Aax\?, \c Nuovo BuUett., igoo, p. 321-322 et pi. XI-XII. \'oir à la fin liu présent volume la Carte des emnrous de Rome.

Li;s cataComues de home ?f)

païens dans le sous-sol de la Campagne romaine pour en extraire une sorte de sable appelée pouzzolane '. Ils n'auraient donc pas fait un travail original ; le choix des emplacements leur aurait été imposé par leurs devanciers. Les catacombes ne seraient partout que l'adaptation des carrières de pouzzolane à un usage nouveau. En laveur de cette théorie, on alléguait quelques textes du Liber pontificalis et des Gcsta martyrum, qui donnent aux cimetières chrétiens le nom de cryptae arcnariae, cimetières dans les arénaires, et l'on rappelait qu'auprès de certaines catacombes, comme celle de Priscille, de vieilles allées de carrières, non encore aménagées en vue de la sépulture, continent aux galeries funéraires.

En réalité, si les textes parlent cinq ou six fois de cryptae arenariae, c'est que les cimetières établis dans les arénaires étaient très rares et méritaient d'être signalés; quant aux exemples invoqués, ils se retournent contre la théorie même que nous venons d'exposer. Les fouilles du Père Marchi, au cimetière Majeur et celles de J.-B. de Rossi au cimetière de Calliste ont montré combien les catacombes différaient des carrières de pouzzolane. Sans doute, les couloirs des catacombes viennent quelquefois se heurter à des arénaires : ainsi les constructeurs du cimetière de Saint-Calliste ont fait aboutir l'une des extrémités de leurs souterrains dans une carrière abandonnée, pour ménager à leurs coreligionnaires,

I. Voir l'expose et la critique de cette théorie dans VAnalisi gcologica e architettonica de .Vl.-St. dk Rossi, en appendice à la Roma sotterrauea, I avec pagination spéciale), p. 9-39.

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au temps des dernièi'es persécutions, une sortie facile et dérobée. Ailleurs aussi, à Saint-Hermès, au cimetière de Priscille, d'anciennes carrières ont été changées tardivement en catacombes; mais il fallut, pour y réussir, soutenir les voûtes primitives à l'aide de piliers surajoutés, étayer les parois avec des murs de briques, exécuter, en un mot, de grandes et coûteuses transformations. La raison en est simple : comme on peut le constater en maints endroits, et tout particulièrement auprès de Sainte-Agnès, l'arénaire et le cimetière chrétien ne sauraient être confondus ; ils sont établis suivant des plans différents et dans des terrains géologiquement dissemblables. Le premier est fait pour servir à l'extraction du sable : aussi les païens avaient-ils soin d'y percer des allées fort larges et sinueuses, afin que l'enlèvement des matériaux, en char ou à dos d'homme, fût aisé; il n'a qu'un seul étage, avec des pentes douces. Tout au contraire, la catacombe, où l'on veut renfermer le plus grand nombre possible de corps dans le plus petit espace, a des galeries étroites, réduites au strict nécessaire, qui se coupent, s'entrecroisent à angle droit et s'enchevêtrent; pour gagner de la place, les tombes sont disposées sur plusieurs étages, que des escaliers font communiquer. A la rigueur, quelques arénaires ont bien pu servir comme cimetières, au prix de multiples efforts ; mais l'immense majorité des catacombes ne sont pas d'anciennes carrières, elles ont été créées expressément pour qu'on y ensevelit les corps des chrétiens.

Ce n'est pas par hasard cependant qu'elles se rencontrent seulement en certains points déterminés et à certaines profondeurs. J.-B. de Rossi, s'appuyant

Lies caTacombks Dr; romi-:

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sur les rcsultats diicisifs des recherches poursuivies avec tant de mcnhode et de sagacité par son frère Michele-Stefano, fait intervenir ici des considéralions d'ordre géologique. Le sol de la Campagne de Rome, au dessous de la couche plus ou moins épaisse de terre végétale qui le tapisse, est formé de roches sédimentaires, provenant de dépôts marins et de dépôts fluviaux, et de roches d'origine volcanique'. Parmi celles-ci, les unes, les plus anciennes, ont été émises par des volcans sous-marins, aux temps lointains où le Latium était encore recouvert par les eaux : c'est le tuf rouge, très dur, qu'on trouve à la base des collines romaines et que l'on exploite pour la construction ; les anciens en faisaient grand usage. Les autres, plus récentes, proviennent de volcans terrestres, à une époque où le Latium émergeait : c'est \a poUy:iolanc\ qui consiste en dépôts friables de sable, et le tuf granulaire, moins dur que le tuf rouge et par conséquent impropre à la construction, plus résistant que la pouzzolane et par conséquent impropre à entrer dans la composition du ciment comme le sable. Les chrétiens avaient parmi eux des architectes et des ingénieurs très experts; lorsqu'il le fallait, ils se sont résignés à creuser la pouzzolane ou même le tuf rouge, mais presque toujours ils n'ont fondé leurs catacombes que dans les couches de tuf granulaire. Leur choix s'explique aisément. Les païens recher*

I. G.Brucciii, Dcllo stato fisicu dcl siiolu di Roma, Rome, 1820; F. GioRDANo, Cnndiyioni topografice e fisichc di Roma, dans la Monografia di Roma. Rome, 1878, p. I-LXXXVI ; O. RiciiTKR, Topographie dcr Stadt Rom im Altertum. 2'' cdit., Munich, , on., p. .4-0. ^ ,. ^^^^^^^

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chaient les ^isemenls de tul rouge, d où ils uraient des blocs de pierre à bâtir, et ceux de pouzzolane, d'où ils tiraient la matière première de leur c.nien ils négligeaient de parti-pris le tuf granulaire, tout a faitinutUisableàleurpoim de vue. En s attaquant à celui-ci, les chrétiens étaient sûrs de -pas mai cher sur les brisées de leurs persécuteurs. En outre, cette roche est assez tendre pour se laisser commodément travailler, assez résistante aussi pour que Ton puisse y emailler des niches sans avoir a cra.nd. e Pécroulement des parois; elle a enhn le grand avantage d'être poreuse, et, par suite, très saine . e le absorbe les infiltrations de l'eau, et cette particularité avait son prix en des lieux destinés a voir s accumuler tant de cadavres. ^„ nréfé- Si les chrétiens ont partout cherche, de p.etc rence, le tuf granulaire pour tracer le reseau de leurs voies souterraines, on comprend que les di verses catacombes soient séparées, et souvent même fo t éloignées les unes des autres : les couches georlues ne sont pas continues: pouzzolane et tu oC nten-ompent par intervalles les bancs de tu Granulaire. La nature du sous-sol imposait des bornes à l'extension de chaque catacombe. Il iallait prendre garde aussi aux nappes d'eau souterraines, qui marquaient en profondeur l'extrême limite du travail . de là l'obligation d'établir les nécropoles, autant que poss ble, ous les parties saillantes des larges ondulatioi.s de la Campagne romaine; toute communication en elles était impossible par le haut, en raison de es accidents de la surface et de la différence des nive ux et par le bas, à cause des nappes d eau sous-,accm. J -B de Rossi n'avait pas tort d attendre de la geolo-

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gic l\'i:Iaii"cissciiieni des ditlicultcs topographiques que soulève l'étude des catacombes. L'analyse raisonnée du sol lui a appris pourquoi les cimetières chrétiens ont été creusés en tels endroits et non pas en tels autres, pourquoi aussi les divers membres de la Rome souterraine étaient destinés à rester touj(Hirs épars et disjoints.

DISPOSITION INTi:RIt:URE

Toute catacombe se compose d'une série de galeries souterraines, plus ou moins nombreuses, à divers étages. Il s'agissait, avant tout, d'économiser la place ; aussi s'effori;ait-on de rétrécir les allées et de descendre en profondeur le plus loin possible. D'après Michele-Stefano de Rossi, un cimetière de grandeur moyenne, établi dans le sous-sol d'une area lunéraire de i25 pieds carrés, sur trois étages, donnait de 25o à 3oo mètres de couloirs par étage, soit un développement total de 700 à 900 mètres. De très vastes surfaces étaient ainsi disponibles; dans un terrain exigu, et à peu de frais en somme, trouvaient place des quantités prodigieuses de cadavres. Les cryptes de Lucine, qui ne représentent qu'une faible partie de la catacombe de Calliste, étaient

I . On trouvera un bon expose des observations essentielles de J.-B. de Rossi sur cette question dans l'ouvrat^e de J.-Sp. NoRTHcoTE KT W.-R. Browni.ow. traduit en français par P. Allard, Rome suiitciiaine, Paris, if^j2.

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creusées dans une area mesurant 180 pieds sur 100; elles contenaient deux milles tombes environ. La catacombe de Sainte-Agnès occupait une superficie de 16,475 mètres carrés et renfermait 5,736 cadavres. On évalue à cinq millions le chifiVe des morts que pouvaient recevoir les 876 kilomètres de la Rome souterraine.

Les chrétiens chargés de tracer le plan des cimetières et de réaliser ensuite ce plan dans le sous-sol portaient le nom modeste de fossores ou fossarii, fossoyeurs'. Ils étaient rompus à tous les exercices minutieux des arpenteurs ron'iains, agrimensores, et le labeur immense qu'ils ont accompli dénote une remarquable habileté technique. Les difficultés de leur tâche étaient doublées par le fait même qu'ils ne travaillaient pas à ciel ouvert ; mal éclairés par la lueur incertaine de petites lampes de terre cuite ou de bronze, ils avaient peine à reconnaître leur chemin, à éviter tout crochet inutile, toute erreur de direction, qui eussent entraîné la perte d'une parcelle précieuse d'espace. L'enlèvement des matériaux n'allait pas non plus sans embarras ; il fallait beaucoup de temps pour les faire sortir à dos d'homme et par des couloirs exigus où deux personnes ne pouvaient passer de front. Comme ramoncellement des décombres aux alentours des cimetières risquait d'attirer l'attention des païens, on prit parfois le parti, aux époques de persécution, de remblayer avec les terres des galeries nouvellement pratiquées

I. .1.-15. ur. Rossi, Riima sottcrvanca. III, p. 533-552 ; M. -St. DE Rossi, Ibid.,p. -jon-^uù \ .1. W'ii.pkiît, Die Malcreiçti dt'v Katc{kumbcn Roms. p. 520-523.

d'aiicioniK's i^alerics dcjà ttnitcs i^ainics de scpuliurcs, — ou encore d'obstiHier avec ces iiuiieriaux les allées conduisant aux cryptes principales, qu'il importait de soustraire aux profanations. Architectes et ouvriers ont su triompher de tous les obstacles; leur œuvre est un prodige de science et d'adresse, en même temps que de persévérance. Plusieurs peintures des catacombes représentent les Jossores au travail, abattant la terre avec leur pioche ou tenant un pic d'une main et de l'autre une lampe allumée '. Dans les premiers temps ils appartenaient à la hiérarchie ecclésiastique et comptaient parmi les clercs de rang inférieur; à la fin du iv* siècle, ils forment une corporation, dont les membres paraissent disposer à leur gré et à leur bénéfice des concessions funéraires dans les cimetières souterrains ; les inscriptions de cette époque parlent en effet d'emplacements de sépulture achetés aux fossoyeurs, locus cmtus a fossore.

On pénétrait dans les catacombes, à l'origine, par des entrées monumentales qui s'ouvraient directement sur les routes romaines. La façade à arcades du cimetière de Domitille, qui remonte au i--' siècle, ressemble tout à fait à celles des tombeaux païens du même temps; elle était adossée à une colline ; du dehors, les passants apercevaient le commencement des galeries ; la porte donnait accès dans un vestibule assez vaste, d'où partaient les escaliers et les couloirs \ Parfois ce vestibule était orné de motifs d'architecture : celui du cimetière de Prétextai pos-

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