‹ Les catacombes de RomeChapitre 27 sur 100 · EusKBE, Histoire eeelésiast., U · texte numérisé non relu

EusKBE, Histoire eeelésiast., U

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chapelles et galeries qui en occupent le sous-sol et qu'on appelle Grottes vaticancs, ont amené la découverte de quelques restes de squelettes et de quelques fragments d'inscriptions; sur Tune d'elles se lisaient peut-être les premières lettres du nom de L//zz/.s\ saint Lin, que les listes épiscopales romaines nous présentent comme le successeur immédiat de saint Pierre. Les Actes du pape Libère, au v« siècle, font mention d'un cimetière appelé coemeteriiim Ostrianum, dans lequel saint Pierre donnait le baptême aux nouveaux convertis : les saints Papias et Maurus avaient été ensevelis, selon leurs Actes, près d'une source où Pierre baptisait, dans le cimetière nommé coemeterium ad nymphas beati Pétri iibi bapti\averat\ le papyrus de Monza parle de l'huile recueillie devant la première chaire où s'assit saint Pierre à Rome, oleum de sede iibi priiis sedit sanctus Petriis. De Rossi crut retrouver le cimetière ostrien et cette chaire de l'apôtre, distincte de celle du Vatican, dans une catacombe de la voie Nomentane, le coemeterium Majiis du Martyrologe hieronymien, voisin de la catacombe de Sainte-Agnès, avec laquelle Bosio et Marchi le confondaient. C'est là qu'était enterrée sainte Emerentienne, sœur de lait de sainte Agnès. La crypte de sainte Emerentienne fut déblayée en 1873 ; elle renferme, le long du mur de gauche, un siège taillé dans le tuf et, sur le mur du fond, dans la partie supérieure d'un grand arcosoliiim^ une inscription à moitié effacée, où l'on déchiffra, avec le nom de la martyre du iiT siècle, les lettres SANG- PET. De Rossi en conclut qu'il avait là sous les yeux la sedcs sancti Pétri \ le coemeterium Majus on Ostrianum, ad nymphas beati Pétri, achevé au

iii'^ siècle, ne serait qu'un agrandissement d'une a7'ea funéraire de la famille desOstorii, gens Ostoria, qui servait dès le i^'' siècle à la sépulture des chrétiens et où saint Pierre prêcha et baptisa.

M. Marucchi, au cours d'une longue suite d'articles qu'a publiés depuis iqoi le Nuovo Bullettino di archeulogia o^istiana, conteste point par point les hypothèses émises un quart de siècle plus tôt par de Rossi dans son Bullettino et idcntiHe VOstrianum avec la partie la plus ancienne de la caiacombe de Priscille sur la voie Salaria, non loin d'ailleurs de la voie Nomentane'. Pour lui, le moi Ostriamini ne vient pas du nom de la gens Osioria, mais de celui de l'arbre que Y Histoire naturelle de Pline l'Ancien appelle ostrya et qui poussait surtout dans les terrains très humides, comme l'étaient ceux de toute cette région de la Campagne romaine. 11 a découvert en 1901, au deuxième étage de lacatacombe de Priscille, un bassin rectangulaire profond d'un mètre quarante centimètres, juste au-dessous de la piscine qu'on voit derrière l'abside de la basilique de Saint- Sylvestre; bassin et piscine ont servi successivement de baptistère; le premier serait la font^iine où baptisait saint Pierre, nymphae beati Pétri.

A l'appui de sa théorie, M. Marucchi fait valoir deux séries d'arguments, tirés les uns de l'antiquité incontestable du cimetière de Priscille, les autres du témoignage des documents du moyen âge.

I. O. Marucchi, dans le Xiiovo Bitllctt., 1901. p. yi-iii et p. 277-290; 1902, p. 217-232 ; uj()3, p. 199-273 et p. 321-368; ic^nù, p. 5-45 ; 1007, p. iluj-iqo. Du même, dans \cs Dissert. délia pintlif. Acud. rom. di iDclieoL, série H, tome VllI, igoS, p. 217-232.

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Au cimciicic Majeur on n'a retrouvé jusqu'à présent aucune trace de constructions datant de l'époque apostolique; la crypte de sainte Emérentienne ne fut creusée et décorée qu'à la tîn du ni" siècle ou au début du i\"'; la chaire de tuf qu'elle contient ne peut donc être contemporaine de saint Pierre. Il en serait tout autrement pour la catacombe de Priscille, la plus ancienne, semble-t-il, de toutes celles de Rome. Elle renferme des sépultures authentiques du II* siècle et du temps même de saint Clément Romain ; elle était établie dans la propriété des Acilii chrétiens, dont J.-B. de Rossi a reconnu et déblayé rhvpogée, à peu de distance du baptistère souterrain, et Ton sait par Suétone et Dion Cassius qu'un Manius Acilius Glabrio, personnage consulaire, fut mis à mort sous le règne de Domitien, pour cause peutêtre de christianisme. Plusieurs écrivains modernes, et de Rossi lui-même, ont essayé d'établir un rapport étroit entre les noms du cimetière de Priscille et de l'église de Sainte-Prisque, Sauta Prisca, sur l'Aventin, d'une part, et, d'autre part, le souvenir de Prisca ou Priscilla ', femme d'Aquila, que citent plusieurs fois les Actes des Apôit-es et les Epitres de saint Paul. Le juif Aquila, originaire du Pont, et sa femme Prisca s'étaient convertis de bonne heure; ils reçurent chez eux l'apôtre Paul, à Corinthe d'abord, puis à Ephèse; à la Hn de son Epitre aux Romains, saint Paul leur adresse son salut, ainsi qu'aux tidèles qui se réunissaient dans leur maison. On suppose qu'Aquila et Prisca habitaient Rome

I. Les deux noms sont employés inditVéremment dans le Nouveau Testament pour désigner la mcmc personne.

au moment où saint Pierre y serait venu pour la première fois, vers Tannée 42 ; chassés par Claude en 4Q-5o, avec tous les Juifs, ils allèrent à Corinthe, à Ephèse, et rentrèrent dans la capitale pendant le règne de Néron ; tous deux furent enterrés au bord de la voie Salaria, dans le cimetière des Acilii Glabriones, appelé ultérieurement cimetière de Priscille, et leur maison, située sur TAventin, devint plus tard l'église de Sainte-Prisque. Le Liber pontificalis nous apprend qu'au ix= siècle le pape Léon IV retira d'un cimetière de la voie Salaria, entre autres reliques, celles d'un Aquila et d'une Prisca, en qui l'on reconnaît les hôtes de saint Paul. Le cimetière de Priscille doit son nom, comme l'indiquent les inscriptions chrétiennes qu'on y a trouvées, à une Priscilla du iii^ siècle, parente des Cornelii Pudentes et des Acilii Glabriones; la femme d'Aquila était l'affranchie d'une ancêtre de cette Priscilla, qui portait le même nom; Aquila et Prisca auront été déposés, après leur mort, dans l'hypogée d'une grande famille romaine, celle des Acilii Glabriones et de leurs alliés, dont ils étaient les clients. Enfin, une inscription païenne du iii^ siècle, recueillie sur l'Aventin, concerne un Pudens Cornelianus et atteste que le terrain où s'élève l'église de Sainte- Prisque appartenait originairement aux patrons de Prisca; celle-ci habitait, avec son mari, l'endroit môme qui est placé, encore aujourd'hui, sous son invocation .

Il suffit d'énoncer ces déductions hvpothétiques, plus ou moins bien enchaînées, pour s'apercevoir des multiples difficultés que soulève un système aussi aventureux. L'histoire authentique de la catacombe

de Priscille ne commence qu'avec les Acilii Glabriones, au n» siècle, ou, si Ton veut, à la fin du i'^^. Comme Ta très bien montré M. Merlin, il est impossible d'établir scientifiquement l'existence des relations prétendues de Prisca, femme d'Aquila, avec les Acilii Glabriones et les Cornelii Pudenies '. L'église de TAventin a pour patronne une sainte Prisque, vierge et martyre, mise à mort sous le règne de Claude II, au iu« siècle, et fêtée le i8 Janvier; ce sont ses reliques qui furent retirées du cimetière de la voie Salaria par le pape Léon IV, en même temps que celles de plusieurs autres martyrs; l'un de ceux-ci portait le nom d'Aquila, assez répandu parmi les chrétiens de Rome; cette rencontre fortuite et la coïncidence de la fête de sainte Prisque avec la fête de la chaire de saint Pierre à VOstriamnn, que le Martyrologe hiéronymien fixe également au i8 janvier, ont fait identifier à tort l'Aquila et la Prisca retrouvés au ix= siècle avec ceux du i". Qui sait môme si les hôtes de saint Paul ont été enterrés à Rome? sont-ils seulement revenus d'Ephèse en Italie? Pour expliquer la présence anormale de plusieurs formules de salutation à la fin de VEpitre de saint Paul, Renan suppose que cette lettre avait été adressée en plusieurs exemplaires à différentes communautés chrétiennes et que, plus tard, on transcrivit à la suite de l'exemplaire destiné aux Romains les formules finales de ceux qu avaient reçus les gens d'Ephèse et d'autres villes encore '.

1. A. Merlin, L'Aventin dans ijntiqiiitc, Paris, 1906, p. 378-

2. E. Renan, Saint Paul, Paris, i86g, Introduction, p. LXVI et suiv.

Il y aurait beaucoup à dire sur les documents du moyen à^e qu'invoque M. Marucchi pour situer, en tout état de cause et quoi qu'on pense d'Aquila et de Prisca, lOstrianum au cimetière de Priscille. Le papyrus de Monza fait mention, comme on l'a vu plus haut, de la scdes Pétri; dans un vieux recueil manuscrit d'inscriptions chrétiennes, connu sous le nom de Sylloge de Verdun, se trouve une épigramme qui concerne un baptistère pontifical et qui rappelle à ce propos la chaire de saint Pierre. Or le papyrus et la Sylloge sont rédigés, comme les itinéraires, par ordre topographique; ils passent en revue successivement les différentes routes de la Campagne romaine; les textes en question, d'après la place qu'ils occupent, ne peuvent se rapporter qu'à la voie Salaria nouvelle et nullement à la voie Nomentane, à la catacombe de Priscille et non pas au coemeîeriitm Majus.

Le Père Bonavenia a combattu ces propositions '. La Sj-lloge nous est parvenue en mauvais état ; c'est une copie fragmentaire et incomplète d'un recueil antérieur, maintenant perdu ; les inscriptions n'y sont pas énumérées dans un ordre rigoureux; elle ne saurait par conséquent avoir une valeur topographique bien solide et l'on a tort d'attacher tant d'importance à la disposition respective des pièces qu'elle contient. 11 en est de même pour le papyrus de Monza; sans doute, en règle générale, son auteur, le prêtre Jean, cite ensemble, dans son catalogue des huiles saintes, tous les martyrs dont les tombes

i.G. EoswEyiA, La Sillage di \'crditii c il fJiyiro di Mou^a Konic, icjoS.

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se trouvent sur une même voie ; mais il ne passe pas mcthodiqucmcnt d'une route à la route voisine; au lieu de suivre l'iiincraire habituel des pèlerins, il rapproche parfois, d'une façon fort arbitraire, des voies assez éloignées les unes des autres ; la mention même de la sedes Pctri appartient à un groupe d'indications qui ne sont pas relatives à la seule voie Salaria, comme le pense M. Marucchi, mais à toute la région que desservent les deux ro.utes Salaria et Nomentane. C'est évidemment dans ces parages qu'on doit localiser le souvenir de la prédication de saint Pierre, mais il est impossible, dans l'état actuel des recherches, de préciser davantage, et rien ne prouve que le baptistère découvert en 1901 soit précisément les nymphae Pctri.

Il s'en faut, par conséquent, que nous puissions considérer dès à présent le problème de V Ostrianum comme résolu. Les discussions provoquées par les travaux de M. Marucchi ont eu tout au moins pour effet de mettre en pleine lumière le rôle de la catacombe de Priscille pendant les premiers temps du ciiristianisme à Rome. Dans une note publiée lors de la découverte de 1901, Mgr Duchesne a présenté sur ce sujet de très intéressantes observations '. De nos jours, le centre de l'administration de rKglise romaine, la résidence du pape, évèque de Rome, la domiis Ecclesiae, c'est le palais du Vatican. Au moyen âge, et depuis le règne de Constantin, c'était le palais du Latran. \'atican et Latran sont situés

I. L. DuciiKSNE, dans le Suovo Diillett., 1901, p. ii3- I iS ; 1907, p. 225. Cf. du nuimc auteur, Histoire ancienne de riîglise, I, p. 243.

dans l'intérieur même de Rome. A l'origine, la domiis Ecclesiae se trouvait en dehors de la ville. Au iii"^ siècle, le principal établissement de TEglise et le centre de son administration était au cimetière de Calliste. Mgr Duchesne suppose, avec beaucoup de vraisemblance, qu'avant l'organisation de la grande catacombe de la voie Appienne, celle de Priscille présentait le même caractère; Jusqu'au 111= siècle aucune autre nécropole souterraine ne pouvait soutenir la comparaison avec elle, ni comme antiquité, ni comme développement; on est donc autorisé à voir dans le coemeterium Priscilïac le premier siège social de la communauté chrétienne de Rome.

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