LA CATACOMBE DE PRISCILLE
La caiacombe de Priscille fut à trois reprises le théâtre de fouilles méthodiques et d'importantes découvertes. De i863 à 1870, de Rossi explora la Chapelle grecque et ses environs; en 1884,11 reconnut la sépulture des Acilii Glabriones ; en 1901, M. Marucchi déblaya le baptistère prétendu de saint Pierre, étudié au chapitre précédent. Ce grand et intéressant cimetière, qui renferme un nombre considérable de galeries et de cryptes sur plusieurs étages, a
I. .l.-B. DE Rossi, dans le BuUett. di archeol. crist., 1864, p. 9-i3; 1867, p. 45; j88o, p. 5-54; 1884-1885, p. 57-85; 1886, p. 34-165; 1887, p. 7-36 et p. 109-117; 1888-1889, p. 7-66 et p. io3-i33; 1890, p. 69-80 et p. 97-146; 1892, p. 58-129; ,1. ^^■II.Pi;RT, dans la Rôm. Qiiartalschr., 18S8, p. 1-19 ; iQ'iG, p. I 1-26 ; 1908, p. gi-io5 ; G. Bonavenma, dans le Niiovo Biillett., i()o3, p. i 35-146 ; O. Marl'cciii, 76irf., 1904', p. 2o5-22o et p. 2 33-2 36 ; 1906, p. 45-63 ; 1907, p. 1 15-146, et les articles cites plus haut, p. 94, en note ; du même, Guida del cimitero di Priscilla, Rome. 1907.
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fourni aux chercheurs une abondante récolte d'inscriptions funéraires et de peintures murales. Les documents chrétiens des premiers temps et du moyen âge — Chrono<;raphe de 354, Liber pontificalis, itinéraires — font connaître les principales tombes qu'il contenait; les plus célèbres étaient celles des saintes Pudentienne et Praxède, les deux tilles de ce sénateur Pudens que saint Paul aurait converti et dont la maison du Viminal serait devenue ensuite l'église de Sainte-Pudentienne. Les inscriptions recueillies par de Rossi dans cette catacombe attestent à tout le moins sa haute antiquité. Plusieurs d'entre elles doivent être attribuées, d'après la forme de leurs lettres et leur libellé, au 11' siècle de notre ère ou même à la fin du i«'". Elles sont rédigées assez souvent en langue grecque, et l'on sait que le grec était à l'origine et resta jusqu'au iii« siècle, non seulement en Orient mais aussi en Occident et à Rome même, la langue ofiicielle de l'Eglise chrétienne; VEpitre adressée par saint Clément Romain aux Corinthiens sous le règne de Domitien, le pamphlet anonyme des Philosophumena et les écrits théologiques de saint Hippolyte cent ans plus tard furent composés en grec, ainsi que la très grande majorité des épiiaphes cimétériales antérieures à l'an 200. Quelquefois les lettres des inscriptions du coemeteriiim Priscillae sont peintes en vermillon , comme c'était la coutume, par exemple, à Pompéi au temps des Flaviens ; on rencontre, en outre, dans ces textes, des noms caractéristiques, II:t:o;, Pctrus, Pauliis, Flaviits, Flavia, des formules exclamatives, telles que la brève salutation Pax tecum, et des images au trait, telles que
l'ancre symbolique, qui nous reportent aux premiers âges de l'Eglise romaine.
Pendant le m' siècle, la catacombe de Priscille s'agrandit en tout sens, mais elle n'est plus à Rome la première en dignité ; la prééminence passe alors à celle de Calliste. Quand celle-ci, sous le règne de Dioclétien, eut été conlisquée par le pouvoir civil, c'est à la catacombe de Priscille qu'on déposa le corps du pape Marcellin (296-304) ; les papes Sylvestre (314-335), Libère (3 52-356), Célestin I^r (422- 432), Vigile (538-555) y furent également enterrés; une basilique, dite de Saint-Sylvestre, s'élevait au-dessus des galeries souterraines. Même après l'enlèvement des reliques d'un grand nombre de ses martyrs sous le pontificat de Léon IV, la catacombe de Priscille continua assez longtemps à être fréquentée par les pèlerins; elle fut l'une des dernières abandonnées au moyen âge et aussi l'une des premières que Bosio ait reconnues et identifiées.
La Chapelle grecque, Cappella greca, fouillée par de Rossi en i863, doit son nom moderne à deux épitaphes en langue grecque qui se lisent sur ses murs ; on ne sait comment s'appelaient les principaux martyrs dont elle abritait les restes '. Elle est située dans l'une des parties les plus vieilles du cimetière et formait certainement l'un des premiers centres dont l'extension et la réunion constituèrent
I. La description la plus complète et la mieux informée est celle de Mgr J. Wilpert, dans sa brochure intitulée Fractio panis, la plus ancienne représentation du sacrifice eucharistique à la Cappella greca découverte et expliquée, qui a paru simultanément en allemand, en italien et en français, à Tribourg-cn-Brisgau, Rome et Taris, 1896, avec planches.
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Hnalemcni rcnscmble de la caiacombc. Les galeries qui l'environnent, creusées avec beaucoup de soin et irès régulièrement tracées, renfermaient des sarcophages ; ce mode d'ensevelissement et la belle apparence de la construction sont une preuve certaine d'antiquité. D'autres galeries, qui font suite aux précédentes, ont été établies dans les allées d'un arénairc abandonné ; on peut y constater combien il fallait de travail et d'etïorts pour adapter les carrières de sable à une destination funéraire. La Chapelle grecque a la forme d'une église souterraine de petites dimensions ; c'est une basilique cimétériale à une seule nef; elle mesure seulement 7 mètres de longueur sur 2 mètres 25 de largeur; une arcade la divise en deux parties ; du coté de l'entrée, une banquette de maçonnerie est adossée au mur de gauche; du côté Opposé à l'entrée sont trois niches, terminées l'une par une voûte en berceau, les autres par des absides ; dans l'abside centrale, un tombeau en maçonnerie servait d'autel; un luminaire, percé au-dessus des niches et maintenant bouché, éclairait tout le monument. En avant de la Chapelle se trouve un vestibule ou atrium, long de i 3 m. jS et large de 3 m. 73 : suivant la coutume des premiers siècles, les simples fidèles s'y réunissaient, tandis que seuls les prêtres pénétraient dans la nef du sanctuaire.
La décoration de la Cappella greca était très riche et très élégante; on la cite généralement comme l'exemple le plus remarquable du style ornemental adopté à Rome par les artistes chrétiens des deux premiers siècles et directement inspiré par l'art païen du même temps. Des rinceaux de stuc finement dessinés revêtaient les voûtes des niches. Des
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peintures imitant des incrustations de marbre veiné et divisées en panneaux rectangulaires, à la mode pompéienne, recouvraient la partie inférieure des murs de la nef; plusieurs séries de fresques d'une excellente facture, séparées de ces panneaux par une Corniche et représentant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament (Moïse frappant le rocher, histoire de Suzanne, Daniel entre les lions, histoire de Lazare, etc.), occupaient la partie supérieure des parois et la voûte du luminaire. Au-dessus de l'abside centrale, dominant l'autel, aussi remarquable par l'harmonie des couleurs que par la science de la composition, qui font penser encore à Pompéi, se détache la belle scène de banquet dans laquelle Mgr "Wilpert a cru pouvoir reconnaître la plus ancienne représentation du repas eucharistique, Ja fractio panis '.
Une autre crypte de la cataconibede Priscille contient une fresque célèbre, dont J.-B. de Rossi a fixé le sens : on y voit une femme assise, avec un enfant sur ses genoux, et un homme debout, vêtu du pallium, qui tient dans la main gauche un rouleau et montre de la droite une étoile au ciel; ce sont la 'Vierge, l'Enfant Jésus et le prophète Isaïe annonçant la venue du Christ, lumière qui éclaire le monde "'. C'est aussi du môme cimetière, où elles furent retrouvées en 1802, que proviennent l'épitaphe et les reliques dites de sainte Philomène, maintenant conservées à Mugnano près de Naples. L'ins-