Publiées en latin, à Leipzig, en lyolî et
2. Elle fut publiée à Paris, en latin et sous un nom suppose : Eusebii Romani ad Theophihtm Gallitm epistola de culiti sancionim ignotontm.
LES CATACOMBKS DE ROME l3
désormais avec plus de rigueur et de réserve. Ses justes critiques furent interprétées, bien à tort, comme une condamnation générale des catacombes romaines.
Les directeurs des fouilles institues enfin officiellement par les papes, l'épigraphiste Ratiaele Fabretti, puis Boldetti, durent songer avant tout à défendre Tauthenticité des cimetières chrétiens; ils firent peu de découvertes nouvelles. On doit cependant à F'abretti, dans le chapitre de son Inscriytioniim antiqiiarum explicatio (Rome, 1699; réservé aux inscriptions chrétiennes, la première mention de deux catacombes ignorées de Bosio. Boldetti a donné, stjus le titre d'Osserva'^^ioni sopra i cimiteri de' santi martiri ed antichi cristiani di Roma (Rome, 1720 , le compte-rendu, d'ailleurs confus et peu précis, de son administration. L'un de ses collaborateurs, Marangoni, qui reconnut la tombe historique des saints Félix et Adauctus, travailla dix-sept ans à rédiger un inventaire des peintures, sculptures et petits objets de la Rome souterraine ; il venait de l'achever, quand un incendie le détruisit; quelques fragments de ses notes, sauvés du désastre, parurent en appendice à son édition des Actes de saint Victorin, évéque d'Amiternum Rome, 1740^. L'ouvrase de Bottari, Sciiltiire e pitture sagre estratte dai cimiteri di Roma Rome, 1 737-1 754, n'est qu'une réimpression des planches de la Roma soîterranea de Bosio, avec un commentaire purement livresque, où les monuments figurés sont étudiés abstraitement, en dehors de toute considération des lieux mêmes d'où ils proviennent.
A la fin du xviii^ siècle, un Français, Seroux
d'AgincoLirt, qui voulait écrire une Histoire de l'art par les monuments — elle ne parut qu'en 1823, — Ht un long séjour à Rome et s'intéressa aux peintures des catacombes, dont il semait tout le prix. Il crut bien faire en demandant la permission, qu'on lui accorda, de détacher quelques fresques des murailles qu'elles ornaient et de les enlever des cimetières pour mieux les examiner. Le fâcheux exemple qu'il avait donné trouva des imitateurs; leurs tentatives souvent maladroites entraînèrent la destruction et la disparition de la plupart des peintures qu'ils prétendaient tirer de TiHibli.
Ainsi, depuis la mort de Bosio, les catacombes eurent à souffrir de tous les côtés à la fois ; les indiscrétions des chercheurs de reliques, les attaques des controversistes, l'incurie des tonctionnaires pontificaux, le zèle intempestif des amateurs d'œuvres d'art leur tirent également tort et les exposèrent à de rudes épreuves '.
Au xix= siècle, la décadence s'arrête et Bosio trouve des héritiers dignes de lui. De i83o à i838 le Français Raoul-Rochette, de l'Académie des Inscriptions, consacra à la Rome souterraine et aux antiquités qu'elle renferme plusieurs mémoires érudits et originaux. En 1837, le chanoine allemand Settele, auteur d'une étude sur l'importance des catacombes, publiée treize ans auparavant dans les Dissertations de l'Académie romaine d'archéologie, fut nommé par le pape Grégoire XVI
I. Artaud a fait paraître à Paris, en 1810, un Voyagedans les catacombes de Rome, par un membre de l'Académie de Cortt»ie, qui montre combien à cette époque la Rome souterraine était
mal connue et mal comprise.
conservateur des cimetières sacres. Le Père Marchi, appelé en 1861 à lui succéder, se Ht le champion enthousiaste de ces précieux monuments. 11 en reprit l'exploration suivant la bonne méthode, délaissée depuis deu.x siècles; on lui doit des touilles heureuses au cimetière Majeur, qu'il appelait abusivement cirrretièrc de Sainte-Ai^nès, l'ideniitication de la tombe de saint Hyacinthe et la solution de la question des arénaires : il démontra dértnitivement que les nécropoles souterraines étaient non pas, comme on l'avait soutenu, d'anciennes carrières de sable utilisées ensuite pour la sépulture, mais bien des galeries creusées expressément par les chrétiens, afin d'y enterrer leurs morts. Le Père Marchi rendit aux catacombes le service d'en proclamer hautement la valeur, d'en faciliter sans cesse l'accès, d'y guider lui-même tous ceux qui manifestaient le désir de les parcourir. Il avait projeté d'écrire un traité sur les plus anciens monuments de l'art chrétien à Rome; il voulait V réunir, classer et commenter toutes les œuvres subsistantes. Une seule partie de ce recueil a vu le jour; elle concerne l'architecture ' ; c'est une analyse des divers types de construction que l'on rencontre dans les catacombes et des divers aspects qu'elles présentent; Marchi en revient aux conceptions de Bosio. Le reste de son ouvrage ne devait jamais paraître. Il recula devant l'immensité de la tâche qu'il avait assumée; il sentit qu'il n'aurait ni le temps ni les moyens d'achever cette immense
I. Gius. MARcrii. Monumenti délie arti cnsliane primitive nclLi metropuli ciel cristianesimo, disegnati ed illiistrati. I. Arcliilettttra dclla Roma sottevvanea, Rome, 1844.
entreprise. Les événements politiques qui troublèrent Rome en 1848 et en 1849 achevèrent de le détourner de son dessein; il se résigna au silence, laissant a d'autres l'honneur d'écrire la nouvelle Roma sotterranca.
La grande publication de L. Perret, Les catacombes de Rome, se rattache aux travaux du Père Marchi et au mouvement de curiosité qu'ils avaient provoqué dans tout le monde savant. Elle comprend six volumes in-folio, publiés à Paris de i85i à i855, par ordre et aux frais du gouvernement français, sous le contrôle d'une commission d'artistes, de critiques d'art et d'archéologues, Ampère. Ingres, Mérimée, Vitet. Les planches des trois premiers tomes se rapportent à l'architecture et aux peintures murales, celles du quatrième aux lampes et aux verres, celles du cinquième aux inscriptions ; le sixième tome contient le commentaire de toutes ces illustrations, dont beaucoup sont en couleur. Perret avait préparé son ouvrage à Rome, où il passa cinq années, surveillant le levé des plans des galeries et la confection des calques et des copies de toutes les peintures et inscriptions alors accessibles; il eut pour principal auxiliaire le dessinateur Savinien Petit. II faut rendre hommage au zèle et à la patience de Perret, mais sa tentative était prématurée. Les fouilles décisives n'avaient pas encore commencé au moment de son séjour à Rome et il dut se contenter, pour ses planches, de procédés de reproduction tout cà fait insuffisants. On ne pouvait pas dire, au milieu du xix= siècle, que l'on connût vraiment les catacombes et leur art.
JEAN-BAPTISTE DE ROSSl
Avec Ac Rossi nous arrivons au terme de cett^ longue histoire mêlée de tant d'alternatives ; la science contemporaine s'empare de la Rome souterraine tout entière. Ce qui distingue de Rossi de ceux qui l'ont précédé et de Bosio même, ce qui fait sa supériorité incontestée, c'est la précision de sa méthode, triomphe de la critique scieniitique en une matière où il serait si facile de s'égarer. Il est de ceux qui eurent l'intention de toutes les grandes choses qu'ils ont accomplies. La découverte de dix cimetières nouveaux et de douze cryptes de martyrs, des fouilles persévérantes dans les autres cimetières déjà signalés, la publication de trois volumes infolio de sa Rome souterraine, en italien, et de deux volumes in-folio de ses Inscriptions chrétiennes de la ville de Rome, en latin, celle aussi de deux albums infolio sur Les mosaïques chrétiennes des églises de Rome et sur Les plans de Rome antérieurs au \\i^ siècle,en italien, l'organisation du musée chrétien du Latran, la rédaction à lui seul, pendant trente et un ans 1 863-1 894^ du Bullettino di archcologia cristiana et maints travaux particuliers sur l'épigraphie profane et la topographie romaine, sans oublier sa collaboration au Spicilegium des Bénédictins de Solesmes, à l'édition des œuvres de Borghesi par
I. Voir, sur l'œuvre de J.-B. de Rossi et sur les principaux travaux dont elle a été l'objet, l'Appendice I, Bibliograpliic.
l'Institut de France, à rédiiion du Corpus des inscriptions latines par l'Académie de Berlin, et son édition du Martyrologe hiéronymien (avec Mgr L. Duchesne), voilà son œuvre. Pour nous en tenir seulement à la Rome souterraine, s'il est possible aujourd'hui de parler avec exactitude des catacombes, de leur histoire, de leur architecture, de leur décoration, c'est à lui qu'on le doit, à lui et à ceux qui, venus ensuite, ont profité de son labeur et marché résolument sur ses traces.
Jean-Baptiste de Rossi est né en 1822 et mort en 1894. Jamais vocation ne s'est affirmée plus tôt ni plus fortement que la sienne. Dès i833, à l'âge de onze ans, il lisait Bosio ; son père devait lui défendre de descendre dans les catacombes, où il risquait de se perdre, comme Bosio lui-même en iSq?. A quatorze ans, il déchitlVait couramment dans la galerie lapidaire du musée du Vatican, devant le cardinal Angelo Mai, les inscriptions grecques les plus difficiles. Ses parents voulaient qu'il fût avocat; il prit ses grades de droit, mais avec l'arrière pensée de se consacrer plus tard à l'archéologie. Il étudia à fond les antiquités profanes et les langues anciennes, mais avec l'idée arrêtée de les faire servir à l'avancement de la science des antiquités sacrées. Il fut le disciple préféré du Père Marchi et reçut de lui, dès l'année 1842, la mission de rassembler et d'éditer les anciennes inscriptions chrétiennes de Rome. Bientôt commença la série ininterrompue de ses belles découvertes, dans la catacombe de Saint- Calliste, où il retrouvait en 1849 l'épitaphe du pape Corneille et en 1854 la crypte funéraire des papes du m* siècle, dans les cimetières de Saint-Sébastien et
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de Prétextât, de Domitille et de Piiscille, de Saint- Hermès et de Generosa, etc. Jusqu'à sa mort les catacombes turent l'objet constant de sa pensée et de ses travaux, auxquels les papes Pie IX et Léon XIII ne cessèrent de prodiguer leurs encouragements et leurs subsides.
Le bonheur extraordinaire de ses fouilles vint tout simplement de ce qu'il ne marchait jamais au hasard et n'entamait jamais une recherche sans savoir très nettement au préalable ce qu'il voulait trouver et comment, à quelles conditions, dans quelle direction il devait le ti'ouver. Les découvertes antérieures avaient toujours été accidentelles et fortuites. De Rossi s'arrangea pour ne rien laisser à la chance, et c'est pour cela que la chance l'a si constamment favorisé. II nous est facile, grâce à ses livres et aux confidences qu'il aimait à faire à ses amis, de nous rendre compte des principes qui l'inspiraient et de sa façon de procéder. A l'exemple de Bosio, mais avec plus de rigueur, il entendait étudier les catacombes sur le terrain : l'examen topographique et géologique du sol et du sous-sol de la Campagne romaine était, à ses yeux, le préambule nécessaire de ses investigations. Sur ce point, il eut recours à la collaboration de son frère, Michele-Stefano de Rossi, juriste qui, par dévouement, se fit géologue, devint un savant de grande valeur, inventa une machine ingénieuse pour lever automatiquement le plan des galeries souterraines et ajouta en appendice aux trois volumes de la Roma sottcrranea, sous le titre d'Analyses géologiques et architeetoniques, des dissertations très érudites et très utiles. A l'exemple de Bosio encore, mais en profilant de
tous les progrès accomplis depuis trois siècles, J.-B. de Rossi jugeait indispensable d'éclairer l'observation du terrain par la mise en œuvre des textes littéraires; il connaissait à merveille les auteurs païens grecs et latins et les documents chrétiens du moven âge; il savait également se servir des uns et des autres, en faire la critique, en dégager le sens ; de quelques-uns d'entre eux il a donné des éditions qui sont des modèles. Jamais il n'a séparé l'exploration topographique de l'étude des sources littéraires, antiques ou médiévales.
Tandis qu'avant lui on déblayait les catacombes à l'aventure et sans aucun plan d'ensemble, de Rossi s'astreignit à suivre un ordre déterminé, qu'il demanda aux documents de lui indiquer. Il avait à sa disposition une mine précieuse de renseignements, ignorés ou négligés par ses prédécesseurs; c'était une série de listes des cimetières romains, écrites au vii<^ et au viiT siècles, alors que la Rome souterraine était encore visitée régulièrement par les fidèles '. Un papyrus de Monza, rédigé vers l'année 600 par un prêtre nommé Jean et publié en i8o5 par Marini dans ses Papiri diplomatici, reproduit le texte des étiquettes de flacons en verre envoyés sous le pontificat de Grégoire le Grand à la reine des Lombards Théodeiinde; chacun de ces flacons renfermait quelques gouttes d'huile prises dans les lampes qui brûlaient aux catacombes devant les sépultures des martyrs les plus célèbres ; les étiqueiies don-
I. De Rossi a ctiulic l'ensemble des sources littéraires île son sujet au tmue I''' de la Romj sottcrraueci, p. iii-iS;^; il revient encore sur celte matière au début du tome ill, p. 11xxxu, à propos du cimetière de Callislc en particulier.
naient les noms de tous les saints dont les tombes avaient été mises à contribution ; le catalogue sur papyrus énumère les noms dans Tordre même où les tombes se présentaient aux regards des pèlerins, le long des grandes routes de la Campagne romaine. D'autre part, on possède, dans plusieurs manuscrits de Salzbourg et de Wiirtzbourg, dans les Gesta rcgiim Anglontin de Guillaume de Malmesbury, dans un manuscrit anonyme d'un moine d'EinsiedeIn, la copie d'itinéraires composés, un peu plus tard, à l'usage des visiteurs de ces sépultures illustres. Ces petits guides passent en revue successivement les cryptes et les basiliques situées aux abords des voies anciennes et notent les distances qui les séparaient de la ville et les unes des autres. De Rossi se dit, à juste titre, que si l'on voulait retrouver et identifier les catacombes, dont beaucoup étaient encore inconnues, dont beaucoup aussi avaient reçu de leurs premiers explorateurs des noms incertains et contestables, il fallait prendre comme point de départ des travaux sur le terrain les évaluations numériques des itinéraires. Mais ceux-ci ne renferment pas seulement des noms de cimetières et des chitîVes de distances. Ils nous font savoir aussi, comme le catalogue du prêtre Jean, quelles étaient dans chaque cimetière les principales tombes qu'on y vénérait. De iSq'i à i85o on n'avait retrouvé que trois cryptes historiques; de Rossi estima qu'il était possible, en s'aidant des itinéraires, d'en découvrir bien davantage. Au déblaiement pénible et souvent stérile de toutes les galeries souterraines que le hasard pouvait révéler, il substitua, de propos délibéré, la recherche des sépultures les plus impor-
tantes; c'est là que devaient s'accumuler les œuvres d'art et les souvenirs des premiers siècles; en limitant l'effort à ce point précis, l'archéologue le rendrait plus profitable et ne frapperait qu'à coup sûr.
On voit de place en place, dans les catacombes, de grands effondrements, des masses de matériaux éboulés. Bosio et ses successeurs n'avaient pas cssavé de faire des fouilles au travers de ces amoncellements de décombres; ils reculaient devant les difficultés de la tâche et pensaient que sous les ruines les sépultures antiques avaient dû elles-mêmes être entièrement détruites. De Rossi voulut au contraire porter hardiment la pioche dans les endroits en apparence les plus dévastés; il était convaincu que l'on y ferait, malgré tout, un riche butin, et que les tombes historiques s'y cachaient. Nous savons par le recueil des biographies des papes au moyen âge, le Liber Pontificalis, qu'à la fin du iv^ siècle le pape saint Damase fit exécuter de grands travaux destinés à faciliter aux fidèles l'entrée des cryptes des martvrs ; il perça des lucernaires pour éclairer le sous-sol et bâtit des escaliers monumentaux. Les décombres que l'on aperçoit par intervalles dans les cimetières proviennent de l'écroulement de ces lucernaires et de ces escaliers, construits en mauvaises pierres et vite tombés en ruines lors de l'abandon des catacombes. L'événement justifia l'heureuse audace de J.-B. de Rossi : en quelques années il avait reconnu douze nouvelles tombes historiques, dont la situation correspondait exactement au signalement qu'en donnent les itinéraires des vu- et vn^' siècles.
Un autre élément d'information lui permit de contrôler dt /;oi7t'r/or/ l'exactitude de ses intuitions
et do ses déductions. Epigraphiste éminent, il ne pouvait négliger le secours que les inscriptions apportent à l'histoire et à l'archéologie. Les graffiti des, premiers siècles nous font suivre, pour ainsi dire, à la piste les martyrs célèbres ; lorsque les noms des pèlerins et des curieux se multiplient sur les parois des galeries, c'est qu'on approche d'une crypte respectée, où la foule accourait ; souvent, à côté de simples signatures ou de pieuses invocations, se lisent les noms des martyrs enterrés tout auprès : il V a là de précieuses indications, que de Rossi a su mettre à profit. Les inscriptions métriques ne lui ont pas rendu moins de services. Le pape Damase avait fait placer sur les principales tombes de longs textes épigraphiques renfermant l'éloge en vers des saints dont elles abritaient les restes ; les itinéraires nous ont gardé la copie d'un certain nombre de ces poèmes; de Rossi s'est appliqué à retrouver les originaux; il en a recueilli les débris épars et souvent il a pu les reconstituer presque tout entiers, à force de patience et d'ingéniosité. Pour assurer l'identiiication d'une crvpte historique, rien ne vaut la découverte de quelque fragment d'épitaphe damasienne.
Ce n'est pas à dire assurément que tout soit inattaquable et définitif dans les théories de J.-B. de Rossi. Sur un certain nombre de points des recherches ultérieures ont infirmé ou ébranlé ses conclusions. Les découvertes de Mgr Wilpert nous montrent qu'il avait tort de chercher la tombe du pape Damase dans la catacombe de Domitille; M. Marucchi se refuse à placer avec lui au cimetière Majeur de la voie Nomentane VOstrianiim où prêcha saint Pierre. Dans l'interprétation des peintures mu-
raies il se laisse entraîner à son insu par son imaginaiion ardente et par ses préoccupations apologétiques; il s'est mépris plus d'une fois sur le sens véritable des fresques et il exagère dans l'ensemble leur valeur symbolique et doctrinale. Sur les questions très délicates que soulève l'histoire des origines du christianisme à Rome et de sa première propagation dans les hautes classes, nous ne saurions adopter sans réserves toutes ses thèses ; il attache trop d'importance à des légendes tardives, comme celles des vingt-cinq années de l'épiscopat romain de saint Pierre, ou à des rapprochements arbitraires de noms, de faits et de textes, comme ceux qu'il se permet à propos d'Aquila et de Prisca ; il paraît bien prompt à proclamer le christianisme de Pomponia Graecina, d'Acilius Glabrio, de Flavius Clemens.... Mais qu'importe ? Quelques assertions hasardeuses ne compromettent en rien la valeur générale de son œuvre; sa Roma sotterranea restera comme un modèle de science et de conscience ; il faut saluer en elle l'une des créations les plus belles de l'érudition du xix^ siècle et de tous les temps.
Jean-Baptiste de Rossi mérite d'être considéré, sinon à vrai dire comme le fondateur — ce titre, en toute justice, revient à Bosio, — du moins comme le rénovateur de l'archéologie chrétienne. On désigne sous ce nom la branche de l'archéologie, ou science des monuments du passé, qui a pour objet exclusif l'étude des monuments du premier âge chrétien. Par les temps qu'elle considère, elle se distingue nettement de l'archéologie classique, qui s'occupe de l'antiquité païenne, et de l'archéologie médiévale, qui s'occupe du moyen
âge. Elle n'en diffère point par la méthode. De part et d'autre, il faut recueillir avec diligence tous les vestiges des époques disparues, les comparer entre eux, dégager leurs caractères et leur signification, fixer leur date, les utiliser enfin pour écrire l'histoire de l'art et faire revivre les civilisations d'autrefois. Le grand principe, la grande loi de l'archéologie, c'est l'observation directe des œuvres, la soumission aux monuments, de même que le grand principe de l'histoire, c'est la soumission aux textes. Un monument, une ruine, un document figuré sont eux-mêmes des textes; comme une page de chroniqueur et comme une inscription, ils nous apportent un témoignage. L'archéologue a pour mission de recevoir ces témoignages et de les apprécier ; il amasse ainsi des matériaux, qui permettront ensuite à l'historien d'essayer en toute sécurité la résurrection intégrale du passé.
Grâce à de Rossi, l'archéologie chrétienne, jusqu'alors hésitante et inexpérimentée, a pris conscience d'elle-même et s'est organisée scientifiquement. Elle a des adeptes fervents et nombreux; dans tous les pays où l'érudition est en honneur, de Rossi a fait école; il suffira de citer, parmi ses contemporains ou ses continuateurs : les Italiens Raffaele Garrucci, Mariano Armellini, Enrico Stevenson, Orazio Marucchi; les Français Edmond Le Blant, Paul Allard, Mgr Louis Duchesne ; les Allemands Franz-Xaver Kraus, Mgr Joseph Wilpert, Mgr Anton de Waal, le Père Hartmann Grisar '. La Commission d'archéologie sacrée, instituée par Pie IX en