LES DERNIERES CATACOMBES DU III^ ET DU IV' SIÈCLES
Avec le règne de rcmpereur Dèce commence une période nouvelle dans Thistoire des rapports de l'Etat romain et de l'Eglise chrétienne. Les païens s'effrayaient de plus en plus des progrès de la religion persécutée ; ils redoublèrent d'efforts pour les arrêter. Les inquiétudes que causait au pouvoir civil le développement même des catacombes contribuèrent sans doute, pour une grande part, à précipiter les crises qui se succédèrent, à intervalles très rapprochés, pendant la seconde moitié du iii*^ siècle et au début du iV".
Un édit rendu par Dèce en Tannée 2 5o ordonne qu'à jour fixe, dans chaque ville et dans chaque village de l'Empire, tous ceux que l'on soupçonne de pratiquer le culte détendu comparaissent devant les magistrats, sacrifient aux dieux de l'Etat et renient le Christ; s'ils refusent, ils seront emprisonnés, traduits en justice, condamnés à l'exil, à la déportation ou à la mort, avec confiscation de leurs biens; s'ils obéissent, les représentants du prince leur délivreront un certificat constatant qu'ils se sont
mis en règle avec la loi; plusieurs de ces aiiestaiions ilibellij. écrites sur papyrus, ont été retrouvées récemment en Ki^ypte '■ H y eut beaucoup d'apostats, pas assez cependant pour que Tenipereur pût se Hatter d'avoir détruit à jamais le christianisme.
Sept ans plus tard Valérien s'en prend aux groupements qui se sont formés parmi les chrétiens, au mépris des interdictions séculaires ou à la faveur de certaines interprétations complaisantes du droit d'association : les biens collectifs des églises, les lieux de culte et les cimetières sont saisis; les fidèles qui essaient d'y pénétrer et de reconstituer les communautés dissoutes encourent la peine capitale. L'Etat n'avait pas encore osé toucher aux sépultures chrétiennes : le respect tout à la fois de la mon et de la propriété privée les préservait. Maintenant on passe outre : les chrétiens paraissent trop dangereux pour que l'on observe encore à leur égard aucun ménagement; d'ailleurs les catacombes du in= siècle ne sont plus que par exception des propriétés particulières ; elles appartiennent, pour la plupart, à l'Eglise romaine, à tout l'ensemble des fidèles, c'està-dire à un corps illicite, que l'on frappe sans merci.
Valérien, comme Dèce, n'atteignit pas le but qu'il se proposait. Dès l'année 260 Cjallien, plus tolérant, restituait aux chrétiens tout ce qui leur avait été enlevé. Le pouvoir civil mit la main une seconde fois sur les cimetières en 3o5, lors de la dernière persécution. Dioclctien, à cette date, tenta désespérément d'extirper de l'Empire, le christianisme et
I. Cf. P. FoLCART, dans le Journal des Savants, 1908. p. 1G9-181.
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les chréiicns : procès contre les personnes, confiscation des biens, destruction des archives et des livres de piété, rien ne fut épargné. Mais c'est en vain qu'on nuillipliait les rii2;ueurs. L'édit de Milan, en 3i3, permit enrin au christianisme d'exister et réconcilia, après deux cent cinquante ans de lutte, TEglise et l'Etat.
La fréquence et la gravité des persécutions rendirent bien précaire, à partir du milieu du ni<= siècle, la condition des cimetières chrétiens. Ils furent alors le théâtre de scènes tragiques, racontées en détail dans les vies des papes au Liber pontificalis et dans les Actes des martyrs. Les païens connaissaient l'emplacement des principales catacombes; ils savaient à quels moments les Hdèles se réunissaient dans les cryptes souterraines; on vit les agents de la police impériale interrompre les cérémonies du culte pour s'emparer des assistants, qu'ils conduisaient en prison et de là au supplice. En Afrique, dès les premières années du ni= siècle, Tertullien disait : « Nous sommes assiégés, saisis au piège, arrêtés au cours de nos réunions les plus secrètes'. » A Rome, en 258, sous le règne de Valérien, le pape Sixte II fut surpris pendant qu'il célébrait un office dans un des cimetières de la voie Appienne ; il subit le martyre, avec ses diacres, à l'endroit où on l'avait découvert \ A la même époque les saints Chrysanthe et Daria furent mis à mort, après jugement, dans un arénaire de la voie Salaria nouvelle; l'année suivante, le jour anniversaire de leur supplice, un grand nombre des chrétiens se