LART DES CATACOMBES EES PEINTURES : CARACTERES GENERAUX
Les caiacunibes romaines ne sont pas intéressantes seulement par le témoii^nage qu'elles apportent sur l'histoire du christianisme naissant: elles ont, en outre, une importance extrême au point de vue de l'histoire de l'art. Nous avons remarqué déjà que, prises en elles-mêmes et examinées dans les principes et la technique de leur construction, elles présentent une adaptation méritoire de la science architecturale aux conditions matérielles les plus difficiles et les plus défavorables. Il faut ajouter qu'elles renferment une décoration très riche et très variée, dont les différents éléments constituent les premières manifestations authentiques de l'art chrétien en Occident. Ces documents précieux doivent être comparés à la fois aux œuvres païennes antérieures ou contemporaines, dont ils procèdent ', e^
I. C'est a ce point de vue que se sont placés Raoul-Rochette et .M. von Svbcl.
aux (CLivrcs du moyen âge, qu'ils annoncent". Classique par son point de départ et ses procédés, novateur par son inspiration et ses tendances, l'art des catacombes fait la transition, pour ainsi dire, entre l'art de Pompéi et l'art byzantin et roman ; il explique, dans une certaine mesure, le passage de l'un à l'autre.
élï;ments divers de la décoration des catacombes
On serait en droit de s"étonner que l'art des catacombes ait pu même naître et se former. Pendant trois siècles les chrétiens furer.t en butte aux persécutions de l'Etat romain et vécurent sous la menace constante des rigueurs du pouvoir ; comment supposer qu'ils eussent le temps et le goût de cultiver les arts? Leur religion, d'autre part, est issue du judaïsme, qui proscrivait la représentation des êtres vivants : à ses débuts et dans ses origines, « le christianisme était aussi contraire au développement des arts plastiques que l'a été l'Islani '. » Les premiers chrétiens ont publiquement protesté, à maintes reprises, de leur aversion pour toutes les créations artistiques. Les Pères de l'Église ne voient dans les statues que de pures idoles ; ils ne veulent pas que l'on essaie de reproduire les traits du Christ, de peur
I. C'est le point de vue de la plupart des historiens de l'art, comme Garrucci, Kraus, M. Vcnturi. etc. 2. E. Rknan, Marc-Auvèle, Paris, 1881, p. 540.
LES rATACOMHFS DE ROMF. I7I
que les fidèles n'adressent leurs prières, comme les païens, à de vains simulacres. TertuUien reproche à des peintres convertis d'avoir jadis détourné vers des produits de leur industrie les hommages qui sont dus au seul Créateur. Kusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, raconte que l'hémorroisse guérie par le Christ avait fait exécuter, pour commémorer ce miracle, une image dclcsus en bronze, mais il la blâme de s'être laissé entraîner ainsi par un reste d'habitudes païennes. Le concile d'Elvire. tenu en Espagne pendant le règne de Dioclétien, défend encore « de placer des tableaux dans les églises et de peindre sur les murailles ce qui est vénéré et adoré. »
Cependant, malgré tant d'obstacles et de préventions, il y eut dans les catacombes, dès le ir- siècle, dès la fin même du l"^ une peinture et une sculpture chrétiennes : •' transporté chez des peuples amis de l'art, le christianisme devint une religion artistique ' ». Comme leurs ancêtres et leurs contemporains païens, les Romains gagnés à la foi chrétienne ne pouvaient se dispenser d'exprimer leurs croyances et leurs idées sous des formes concrètes et esthétiques; le souvenir des traditions nationales l'emporta sur les raisonnements et les répugnances des théologiens. C'est la décoration des tombes qui donna tout d'abord à ces tendances invétérées et irrésistibles l'occasion de s'affirmer; l'art chrétien primitif est essentiellement un art funéraire, qui dérive en droite ligne de l'art funéraire païen. De tout temps les populations les plus civilisées de ritalie avaient peint des fresques sur les parois des