I. \'oir ci-contrc, pi. XI
HialonJ dans Ils cryptes de Lucine, caiacombe de Saint-Calliste, 1" moitié du il' siècle.
{J. \XiIpert, Malereien, pi. 25).
E. lEROLX, Edi..
H. Demoulin, se.
LES catacombks ni: rome 189
Daniel debout entre deux lions; aux quatre coins, deux fois le Bon Pasteur et deux fois TOrante, alternés; au milieu de chacun des quatre côtés, un Génie ailé ; entre ces huit figures et le médaillon de Daniel, et séparées des unes et de l'autre par deux lignes circulaires concentriques, huit têtes alternativement grandes et petites les grandes au-dessus des Bons Pasteurs et des Orantes, les petites au-dessus des Génies; des lignes géométriques, de formes et de couleurs diverses, isolent les personnages et découpent tout le champ clair du fond, sur lequel se détachent encore, dans les parties restées libres, des vases, des oiseaux et des branches de feuillage.
Des rapports étroits unissent l'art chrétien des catacombes à Tart paien des mêmes temps. Ils ont été indiqués avec beaucoup de force par Raoul-Rochette dans son Discours sur l'origine des types imitatifs qui constituent l'art du christianisme 1834 et dans ses trois Mémoires sur les antiquités chrétiennes des catacombes (i838 ', par M. Ludwigvon Sybel, dans son Introduction à l'art chrétien prijnitif (iqoô) ^, par dom H. Leclercq, dans quelques-unes des pages les meilleures de son récent Manuel d'archéologie chrétienne {iQoj) ', illustrées de gravures ingénieuses et probantes qui mettent sous nos yeux, côte à côte, les thèmes les plus fréquemment traités aux catacombes et les prototvpes pains auxquels ils se rattachent
I. Publiés dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles- Le ltres;W\\, p. 92-iOy, i7c>-2(5.S, 529-78«.
1. L. VON SvBEL, Christliclie Antike. t'Anfiilinm^ in die altcliristliclie Kunst, I. Marbourg, 1906.
3. Do.M H. Leclkrcq, Manuel d'archéol. dirét., I. p. 128j82 : L'iujluençe classique.
igo LES CATACOMBES DE ROME
évidemment. En passant de Pompéi, par exemple, aux cimetières de la Campagne romaine, on ne change pas de milieu; de part et d'autre se retrouvent les mêmes procédés et le même style; tout au plus la décoration classique s'est-elle simplifiée aux catacombes, pour mieux s'adapter à la disposition des surfaces et cà l'éclairage. Les peintres chrétiens sont les élèves et les continuateurs des peintres païens ; ceux ci leur ont appris à traduire les attitudes et les mouvements en quelques traits simples et expressifs, à draper légèrement sur les corps de souples vêtements, à composer enfin leurs tableaux avec élégance et sobriété. Les scènes représentées n'ont que très peu de personnages : l'éiroitesse des salles, l'impossibilité du recul, l'insuffisance de la lumière empêchaient qu'il en fût autrement. Partout le costume est celui que portaient les Romains de l'époque impériale ; on l'attribue indistinctement à toutes les figures de l'Ancien et du Nouveau Testament '.
Les artistes des catacombes empruntent même à leurs devanciers certains motifs particuliers. Les ornements des plafonds et des murs sont, aux deux premiers siècles, de pur style pompéien : ces entrelacs, ces figures géométriques, ces vases, ces oiseaux, ces fleurs, ces bucrànes, ces masques, ces Saisons, ces Génies ailés n'ont rien qui choque la foi chrétienne; on ne veut voir en eux que d'agréables et plaisantes images. Lorsqu'il ne s'agissait plus de détails indifférents, mais d'épisodes bibliques ou de sujets propre-
I. J. W'ii.i'F.RT, Die GcwaJidiing der (Jliristcn iii dcn crsten Jalirliundcrtcn, Cologne, 1898: Un capitolv di storia dcl vcsiiario, Rome, 1898.
ment chrétiens, on était encore obligé, par la force des choses, de copier des modèles païens. Un art ne s'improvise pas. Les peintres appelés à se faire, pour la première fois, les interprètes de la pensée et de l'imagination chrétiennes se sont souvenus instinctivement des formes iconographiques auxquelles ils étaient habitués. Des éléments tirés de l'art profane pénètrent donc dans les œuvres les plus religieuses. Parfois ce sont simplement des accessoires : l'arche de Xoé rappelle le coffre de Danaé des peintures pompéiennes; la baleine qui engloutit Jonas n'est autre. que le monstre d'Andromède ; le char qui entraine Elie au ciel est celui de Phaëton ; le tombeau d'où sort Lazare ressuscité a l'aspect d'un mausolée romain . Parfois les chrétiens vont jusqu'à adopter l'une des figures favorites de l'art paien,mais en lui donnant un sens nouveau, allégorique et mystique : l'image de l'Orante dérive de la Pietas antique ; le Bon Pasteur portant une brebis sur ses épaules est inspiré de l'Hermès criophore; le Christ qui attire à lui les âmes pour les sauver apparaît sous les traits d'Orphée charmant les animaux.
Puisque l'art des catacombes romaines doit tant à l'an profane de l'époque impériale, il est tout naturel que le développement chronologique, l'histoire et les transformations de l'un et de l'autre aient été parallèles et de tous points semblables. On a souvent beaucoup de peine à dater exactement les fresques des cimetières souterrains ', et dans l'ensemble
I . Il convient de rappeler l'essai de classement chronologique tenté par L. Lefort, dans ses Etudes sur les moitumeiits piimitifs de la peinture en Italie, Paris, i883. Pour dater les
des attributions proposées en dernier lieu par Mgr Wilpert il reste, malgré toute la compétence de l'auteur, beaucoup d'incertitudes et de conjectures. Pour fixer, ne fût-ce qu'approximaiivement, l'âge d'une peinture cimétériale, il faut considérer : l'histoire de lagalerie oude lacrypte à laquelle elle appartient, — la technique, c'est-à-dire la composition de l'enduit mural, la nature des fonds et la qualité ou la nuance des couleurs, — le style, c'est-à-dire la composition, les gestes, l'expression des physionomies, le rendu des draperies, — enfin le costume et la coiffure des personnages. Certains détails sont tout à fait caractéristiques de certaines époques : ainsi le monogramme constaniinicn ne se rencontre qu'après la paix de l'Eglise ; la tète du Christ et des saints ne s'entoure d'un nimbe qu'à partir du iv« siècle.
En tenant compte de tous ces indices, on peut grouper les fresques des catacombes en quatre catégories, correspondant à quatre périodes distinctes. Dans la première période (V'" et 11'= siècles), l'art chrétien est encore tout voisin de l'art païen delà belle époque; il se confine à peu près exclusivement dans la décoration ornementale; la facture est très soignée, le style sobre et pur; à ce temps remontent, avec les stucs et les fresques de la Chapelle grecque, les peintures du cubicnhim d'Ampliatus ' et du vestibule des Flaviens, les plafonds des cryptes de Lucine. Dans la deuxième phase, au iii" siècle, les peintres repro-
peinturcs les plus anciennes des catacombes. Mgr Wilpert a très utilement consulté A. Mau, l'auteur de la monumentale Geschichte dcv dchorativcn Waïuimalcici 7» Poiupci, Berlin, 1SS2.