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duisent avec prcdiicction quelques types d'origine païenne, qu'ils s'approprient en les transformant, et certains sujets tirés delà Bible; il en est ainsi, par exemple, au cimetière des Saints-Pierre-et-Marccllin, dans les chambres dites des Sacrements au cimetière de Calliste, etc.; malheureusement on se ressent ici delà décadence générale de l'art, même païen, au temps des Sévères et de l'anarchie militaire. La troisième phase, le iv*^ siècle, est marquée par une renaissance momentanée, dont Constantin est le promoteur; des thèmes nouveaux apparaissent : le Christ enseignant, des images de saints, le jugement de l'àme, l'introduction au Paradis; des scènes de la vie réelle, intérieurs d'ateliers, étalages de marchands, s'ajoutent, dans plusieurs parties des cimetières de Domitille et de Calliste, aux simples motifs ornementaux et aux peintures allégoriques. A partir du v= siècle l'art se tige, devient hiératique et conventionnel ; jusqu'au ix% en plein moyen âge, des fresques de style byzantin, représentant le Christ ou des saints, sont encore exécutées çà et là, dans les catacombes de Gcncrosa, de Saint-Valentin, de Ponlien, de Saint-Hermès, et dans la crypte de Sainte- Cécile à Saint-Callisie.

Si grande qu'ait été l'influence exercée par l'art païen sur l'art chrétien à ses débuts, elle ne doit pas nous faire méconnaitrc la très réelle originalité de celui-ci. Dans leurs tentatives légitimes pour montrer la persistance des traditions classiques aux catacombes, Raoul- Rochette et M. L. von Sybel ont été trop loin; ilscroicntpouvoir tout expliquer par des emprunts faits à l'Orient, à la Grèce et à Rome. Selon M. von Sybel, l'art chrétien des six premiers siècles

et le christianisme lui-mcmc ne sont qu'une dernière forme des ans et des religions de l'antiquité ; le christianisme, à ses yeux, est une partie intégrante et comme le couronnement et IV-panouissement de la civilisation antique. En rendant compte du livre très intéressant où sont développées ces thèses excessives, M. Paul Monceaux observe avec raison que dans la religion chrétienne et dans Tart des catacombes il n'y a pas seulement des souvenirs et des emprunts : « Si le christianisme n'avait pas apporté quelque chose de nouveau, il n'aurait pas séduit, conquis et transformé le monde... on n'explique pas une œuvre d'art ni lane civilisation par l'étude exclusive des sources... ce qui importe le plus dans l'art et dans l'histoire, ce n'est pas la survivance du vieux, c'est l'apparition du neuf... on supprimerait l'archéologie chrétienne si on négligeait l'élément spécifique du christianisme, ce qui l'a différencié des autres religions en assurant sa victoire » '.

Sans méconnaître l'action indéniable et profonde des ateliers païens, il faut faire sa part aussi à l'inspiration chrétienne. Les artistes qui travaillaient dans les cimetières souterrains avaient étudié nécessairement leur métier au dehors, près de maitres qui ne partageaient pas leurfoi, mais ils étaient attachés de cœur à la religion du Christ et imbus des doctrines qu'elle enseignait. Ne fallait il pas déjà une véritable abnégation pour peindre, en l'honneur des martyrs, ces fresques sacrifiées que jamais la pleine lumière du jour ne devait éclairer ? De tels hommes n'étaient pas capables de se laisser dominer servilement par

I. P. Mo:icK.\v\, dans \^ Journal des Savants, 1907, p. 3GG-568.

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des souvenirs d'ccole. Leurs convictions intimes ne pouvaient manquer rinalement de transparaître dans leurs créations artistiques.

Tous les sujets et toutes les figures des fresques cimciériales ne sont pas d'origine païenne. Ceux mêmes qui viennent des païens ont été modifiés et interprétés dans le sens chrétien : souvent Orphée, par exemple, au lieu d'être entouré de nombreux animaux, n'a plus à ses côtés que deux brebis et tend à se confondre avec le Bon Pasteur. L'emploi si fréquent de signes symboliques, tels que l'ancre, la colombe ou le poisson, et les représentations partout prodiguées d'épisodes choisis de l'Ancien et du Nouveau Testament furent suggérés aux artistes par la lecture de la Bible et des Pères de l'Eglise, par les prières liturgiques, par la prédication orale des prêtres. Chaque type et chaque scène appelleraient un commentaire explicatif, dont on n'aurait pas de peine à recueillir les éléments dans l'Ecriture Sainte ou dans la littérature ecclésiastique des premiers siècles. Les artistes n'hésitent pas, d'ailleurs, à s'écarter de la lettre des textes pour des raisons de convenance et de symétrie : dans l'.Xdoration des mages ils placent quelquefois auprès de la \'ierge et de l'Enfant, non pas trois mages, mais deux ou quatre. Au contraire de leurs devanciers païens, qui puisaient à l'envi dans le riche trésor des légendes galantes et souvent immorales de la mvthologie, un sentiment très pur de constante réserve et de chasteté les anime; ils évitent les nudités; les seuls personnages nus qu'on rencontre dans leurs (ouvres sont des Génies ou des Amours, les Saisons, Adam et Eve, Jonas, Jésus au baptême. Ils ont le dessein arrêté de ne

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proposer aux regards des fidèles aucun objet qui puisse les détourner des graves pensées auxquelles invite la contemplation des sépultures dans les galeries funéraires et des cérémonies liturgiques dans les cryptes souterraines.

Certes, on a tort souvent de prêter aux peintres des catacombes certaines préoccupations trop exclusivement dogmatiques ou apologétiques, et de voir dans leurs fresques « une sorte de système théologique en images '. » M. von Sybel réagit heureusement contre ces allégations tendancieuses, que J.-B. de Rossi et Mgr Wilpert lui-même sont encore trop portés à admettre. Mais à son tour il tombe dans le paradoxe quand il prétend ne rien trouver de plus dans les monuments du christianisme primitif que dans ceux des civilisations antérieures. L'art chrétien, dès ses débuts, s'oppose, par son sérieux et son élévation morale, à cet art frivole que les Alexandrins avaient mis à la mode et qui dominait au début de l'Empire, à Rome, à Pompéi et dans tout le monde méditerranéen. Il est profondément religieux, et par là même nouveau.

I. H. Delehave, dans les A>}a!cctJ BolLiiidiaiia, XX\'I, 1907, p. G58.

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