‹ Les catacombes de RomeChapitre 67 sur 100 · SUJETS TRAITÉS · texte numérisé non relu

SUJETS TRAITÉS

Ce qui fait la différence entre les peintures chrétiennes des catacombes et les peintures païennes de la Rome impériale ou de Pompéi, ce n'est pas la façon dont les unes et les autres ont été exécutées, mais les sujets qu'elles représentent. Nous pourrons le constater sans peine en étudiant le contenu des fresques cimétériales et en dressant la liste sommaire des motifs essentiels et des scènes principales qu'elles mettent sous nos yeux.

Au milieu des encadrements décoratifs qui se développent sur les parois et les voûtes apparaissent des figures isolées ou des compositions à plusieurs personnages. Il n'est pas toujours facile de les interpréter. Sans parler des obscurités et des incertitudes qui tiennent à leur médiocre état de conservation, il peut arriver que les critiques modernes ne soient pas du même avis sur le sens et le caractère d'une peinture; c'est ce qui s'est produit, par exemple, pour la scène de banquet ou fractio panis de la Chapelle grecque, pour la Madone ou l'Oranie du eue-

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meterium Majiis, etc. La diversité des explications vient le plus souvent d'un desaccord fondamental au sujet de la question délicate et controversée du symbolisme'. Il s'agit de savoir juqu'à quel point et dans quelle mesure les premiers artistes chrétiens ont voulu exposer, sous certaines formes convenues et déguisées, claires cependant à qui sait les entendre, leurs idées religieuses, leurs croyances et leurs espérances. D'après Bosio, dont l'opinion a fait longtemps autorité et se retrouve encore dans la grande Storia deir arte cristiana de R. Garrucci (1873-1881), toutes les peintures des catacombes seraient symboliques et il n'y en aurait pour ainsi dire aucune qui ne soit, directement ou par voie détournée, l'image de quelque dogme ou de quelque sacrement. Les chrétiens s'exprimaient par figures; la « discipline du secret » les y contraignait; vivant au milieu des païens, ils étaient tenus à la prudence. Les peintres ont traduit les mystères de la foi en termes voilés, intelligibles aux seuls initiés; leurs fresques, si on les coinprend bien, contiennent l'illustration vivante de toute la doctrine chrétienne. Bien qu'ils se refusent à suivre Bosio dans ses généralisations téméraires, de Rossi et Mgr Wilpcrt cèdent encore à l'attrait des interprétations symboliques ; ils attribuent aux artistes de la Rome souterraine des conceptions systématiques et profondes, des intentions cachées et subtiles. Dans les épisodes de la Bible qui ornent les chambres dites des Sacrements, au

I. Cf. B. Albk, La théologie et le symbolisme dans les catacombes de Rome (à propos de l'ouvrage de Relier), dans la Revue des Deux Mondes, i3 juillet 188?, p. JÎ62-3f)5,

cimetière do Callistc, de Ross! reconnaît une démonstration en rci;Ie de la vertu du baptême, de la pénitence, de reucharistie, et le sacrifice de la messe; Mgr Wilpert découvre aux catacombes de grands cycles de fresques, composés chacun d'une série de thèmes choisis et rapprochés à dessein, moins pour instruire les Hdèlcs que pour les édifier, les encourager, surexciter dans leurs âmes la confiance en Dieu et l'espoir du salut '. En revanche, d'autres écrivains, comme Raoul-Rochettc et Rf)llei\ Schultze et M. von Sybel, contestent résolument le prétendu symbolisme des peintures cimetériales; ils ne voient partout que des motifs d'origine profane, dans le genre et le style de la décoration pompéienne, et des scènes historiques de l'Ancien et du Nouveau Testament, groupées arbitrairement et sans arrière-pensée, pour le plus grand agrément des spectateurs.

V at-il aux catacombes, et dans quelles proportions, des peintures allégoriques et symboliques? Chaque cas doit être examiné séparément, en dehors de toute idée précon^-ue, de tout parti-pris confessionnel. En fait, on a le droit d'aflfirmer que les premiers peintres chrétiens ont eu recours très souvent, mais non pas toujours, à l'allégorie et au symbole. Quoi qu'en dise Raoul-Rochette, des raisons particulières de doctrine et d'enseignement permettent seules de comprendre la répétition fréquente des

I . J. W'n.PERT, F.in (Ivchts chiistologisclicr Gemâldc ans der Katakombe der lieilif^cn Pctrtis inid Mjrcelliuus, Fribourii-cn- Rrisgau, iSyi (reproduit en ixaWcn danfilcf: Studi e duciimcriti di stovia e diritto, XIII, iSq2, p. 5-38); Die Malereioi der Sakrjineutskjpellen in der Katakombe des lieiligen Callistus, Fribourg-cn-Brist;au, uSyy,

mêmes figures, comme TOrante et le Bon Pasteur, ou des mêmes scènes, comme les banquets célestes, et le choix des sujets tirés de la Bible. Mais il serait vain, d'autre part, de chercher, avec Garrucci, un sens mvstique aux petits Amours du vestibule des Flaviens et aux portraits de fossorcs ou de marchands. Quant aux belles synthèses qu'on imagine pour rendre compte des grands cycles de fresques, il ne leur manque, selon le mot de dom Leclcrcq, que d'avoir été conçues dès l'antiquité même; elles supposent vraiment, de la part des peintres, trop d'ingéniosité raisonneuse et de science théologique. Une fois achevé ce travail préliminaire de reconnaissance et d'identification des thèmes iconographiques, il reste à les classer par catégories, Mgr Wilpert met au premier rang les peintures dogmatiques et, parmi celles-ci, les images du Christ; pour lui les fresques des catacombes étaient destinées, avant tout, à l'édification ; elles proclament la divinité de Jésus et elles implorent sa protection en faveur de l'àme des morts; chacune d'elles est une prière, un acte de foi et d'espérance. M. von Sybel procède autrement; il part de l'idée que l'essentiel ici ce sont les morts; la décoration picturale traduit la notion chrétienne de la destinée d'outre tombe, l'éternelle félicité des àmcs fidèles dans le Paradis, en face de Dieu; le Christ intervient seulement à litre de médiateur, parce qu'il est le sauveur du monde, le libérateur de l'humanité, celui dont l'aide et l'assistance donnent accès aux banquets célestes. Ces deux théories, dégagées de ce qu'elles ont l'une et l'autre d'excessif et de trop rigoureux, se complètent plutôt qu'elles ne se con-

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tredisent : la vision de la victuiure ci la gloritication du Sauveur Jésus sont comme les deux pôles extrêmes de l'inspiration des artistes chrc'tiens, à son point de départ et dans son épanouissement final. Mais il y a autre choseencore dans les fresques des catacombes. S'il l'on veut tracer un cadre général qui les embrasse toutes, il convient, croyonsnous, de les diviser en plusieurs groupes, d'après la nature de leurs sujets, et de distinguer : i° les figures mythologiques et les symboles chrétiens; 2" les scènes de la vie présente et de la vie future; 3° les épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Nous nous élèverons ainsi, progressivement, depuis les emprunts faits à l'art païen jusqu'aux portraits mêmes du Christ '.

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