‹ Les catacombes de RomeChapitre 69 sur 100 · FI. XII · texte numérisé non relu

FI. XII

1. Bon Pasteur, catacombe de Priscille, 2* moitié du m* siècle.

(J. «iipert, Malereien, pi. 66, I).

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2. Amour et Psyché, catacombe de Domiiille, début du m* siècle.

(Ibid.. pi. 53).

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LES CATACOMRF.S DE ROME 2o3

souvent, en buste ou couclices, avec des attributs caractéristiques, sur les plafonds des cryptes. Ailleurs chacune d'elles est simplement indiquée par les plantes ou les fruits qu'elle produit : le long des parois voûtées de la crypte de saint Janvier, au cimetière de Prétextât (ii^ sièclej, s'étalent quatre zones superposées d'oliviers, de vignes, d'épis de blé et de roses; des oiseaux volent à travers le feuillage et çà et là on aperçoit dans la verdure des nids d'où sortent des becs entr'ouverts; au bas de la quatrième zone, sur une frise cintrée, des Génies vaquent aux travaux des saisons, cueillette des olives l'hiver, vendange l'automne, moisson l'été, cueillette des roses au printcmps(pl. 32-34). — Orphée est considéré par les Pères de l'Eglise comme un précurseur du christianisme : six fresques, dont la plus ancienne est de la deuxième moitié du second siècle, nous le montrent assis, charmant les animaux par les sons de sa lyre : allusion très claire au Christ, dont la parole exerce sur les âmes une fascination séductrice. Dans le médaillon central d'un plafond, au cimetière de Domiiille, divers animaux entourent Orphée et l'écoutent pi. 229 ; à Saint-Calliste il n'a près de lui que deux brebis pi. 37) : le berger thracc annonce le type classique du Bon Pasteur, qui paraît du reste l'avoir très vite éclipsé '.

Si les peintres de catacombes donnent sans hésitation une valeur symbolique à certaines figures de la mythologie gréco-romaine, à plus forte raison en usent-ils pareillement avec des êtres ou des objets

I. A. Heissnkr, Die altchristlichen Orpheusdaystellungcu, Cassel, iyy3. — N'oir ci-contrc, pi. XII, i.

e]ui n'ont rien en cux-nicmcs de proprement païen OU chrétien. Guirlandes de fleurs, couronnes de feuillage, palmes surtout sont les images traditionnelles de la victoire; elles symboliseront désormais la victoire du bien sur le mal, de la foi sur ridolàtrie. Le rameau d'olivier que la colombe a rapporté à Noé dans l'arche sera Tcmblême des espérances de la vie éternelle. Le Christ, dans TEvangile de saint Jean, se compare à une vigne dont les fldèles sont les rameaux; le souvenir de ce texte nous explique la grande place que tiennent aux catacombes la vigne et les scènes de vendange; il suffira de citer comme exemple, dès la deuxième moitié du i"" siècle, une fresque remarquable du vestibule des Flaviens dans le cimetière de Domitille fpl. i ). Le règne animal n'offrait pas moins de ressources aux artistes : le paon, dont la chair passait pour incorruptible, représente l'éternité ; la colombe, la paix de Tàme dans la félicité du Paradis; le cerf, le chrétien aspirant aux rafraîchissements célestes. L'animal le plus fréquemment reproduit est l'agneau, image mystique de l'àme fidèle; près de lui se voit assez souvent un vase plein de lait, pure et immatérielle nourriture. Le poisson, d'autre part, est l'image mystique du Christ : les initiales des cinq mots grecs 'It,joj; Xo-.t- -ô; t)£o'j YVo; S(o-/p, « Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur, » forment le mot '/Oj;, poisson '. Dans le dau-

I. J.-B. DR Rossi, De cliristii-Tuis monumeiitis './OJv exhibentibiis, dans le Spicilegium Solcsmcnsc, III, i855, p. 544-577. — R. MowAT, dans les Atti del seconda Congresso inteina^ionale di arclieologia crisiiana, Rome, 1902, p. 1-8, croit que la formule en cinq mois d"où dérive l'acrostiche chrétien

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pliiii pcM^ciidu tridcni il faut reconnaître Jésus sur la croix. Le sens caché du poisson et du dauphin juslitic rinveniion d'autres symboles tirés aussi de la vie de la mer : le navire battu des flots, le phare, l'ancre t'ont allusion aux tribulations de rexistencc, à la lumière de la foi, au salut éternel. D'autres lettres que celles du mot V/ji-'j; ont également une valeur secrète : le tau, T, qui rappelle la croix, l'alpha et l'oméga, A et il, qui signifient que la parole de Dieu est le principe et le terme de toute connaissance. Ce grand travail d'élaboration atteint son point culminant avec la représentation de l'eucharistie sous les espèces du pain et du vin, du vase de lait, du poisson (pi. 2^, 27, 28 : chambres dites des Sacrements, première moitié du second siècle).

Les deux plus belles créations du symbolisme chrétien sont les Hgurcs de l'Orante et du Bon Pasteur.

On donne le nom d'Orante à une image de femme debout, simplement drapée, la léte voilée, les bras ouverts et les mains levées dans l'attitude de !a prière, oratio; elle se rencontre i53 fois dans les cimetières souterrains ; en outre, plusieurs personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament (Noé, Suzanne, les Mages, la 'Vierge'; et quelques saints (notamment sainte Cécile sur une fresque du w" siècle au cimetière de Calliste sont représentés en Orantes. Ce tvpe iconographique est une réminiscence évidente de la

i/6j; a ctc iinagincc d'après la formule oflîcicllc du nom de l'empereur persécuteur Domitien sur les monnaies et les inscriptions : AJ-roxpiitop Kaïjap 0ïoy ï*io; Ao;jiiT'.avô;.

Pictas des sculpteurs grecs et romains et des scènes d'adoration sur les peintures de vases ou les basreliefs païens; mais, s'il a de lointaines origines dans l'art profane, il est tout chre'tien par le sentiment et l'expression. L'Orante, comme l'ont bien montré J. -B.de Rossi et Mgr Wilpert, est le symbole de rame dans réternitc bienheureuse, appelant la protection de Dieu sur les vivants; c'est pour cela qu'elle se répète presque partout avec les mêmes caractères invariables, la même simplification voulue de la physionomie et de la draperie, la même impersonnalité abstraite et hiératique; c'est pour cela aussi que les figures masculines d'Orants sont tout à fait exceptionnelles et que souvent même des figures féminines d'Orantes accompagnent des inscriptions funéraires d'hommes. Sur les plafonds des cryptes de Lucine au cimetière de Calliste ii'^ et ni'- siècles,! TOrantc paraît fréquemment, soit seule, soit alternant avec le Bon Pasteur (pi. 25 et 88) '. Parfois cependant, comme au cimetière de Thrason dans la première moitié du ive siècle, les peintres semblent se départir de cette impcrsonnalité : le costume s'enrichit de draperies, la coitîure se charge de bijoux, la physionomie s'individualise ; le symbole fait place au portrait (pi. 174, 2 et 176).

Le Bon Pasteur est la première représentation du Christ aux catacombes; on le trouve, dès la fin du I" siècle, sur un plafond du cimetière de Domitille (pi. ()). Le Pasteur, jeune et imberbe, vêtu seulement d'une tunique courte serrée à la taille, les jambes nues, les pieds chaussés de sandales, porte

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