Sarcophage de Livia Primiliva
(Ibid.. 1870, pi. V).
E. LEROUX, Edii.
H. Demoalin. se.
tciaux et le couvercle sont ornés de figures en relief. L'emploi de ces cuves pour recevoir les corps des défunts est un legs de l'aniiquitc paienne ; les Etrusques et les Romains l'ont de tout temps connu. Dès les origines il veut des sarcophages dans les catacombes. La partie la plus ancienne du cimetière de Domitille, avec sa large allée centrale, était aménagée tout entière pour lesabriter. On en a retrouvé plusieurs, intacts ou en morceaux, dans les cryptes de Lucine. Ils n'apparaissent cependant que par exception jusqu'à la paix de l'Eglise; à la majeure partie des premiers chrétiens de Rome, qui se recrutaient surtout parmi les classes pauvres, convenaient mieux les simples /oci^//, économiquement creusés dans le tuf. Au iv" et au v<-' siècles les sarcophages se multiplient, d'abord à l'intérieur des catacombes, ensuite et surtout au dehors; presque tous ceux que nous possédons sont postérieurs à la Hn des persécutions.
Au point de vue de la technique, les sarcophages chrétiens ressemblent tout à fait à ceux des païens: de part et d'autre l'aspect général, la façon de composer les scènes, de modeler les corps, de draper les costumes sont pareils. Une inscription funéraire en langue grecque du musée d'Urbin, trouvée à Rome dans le cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin, est accompagnée de dessins au trait qui mettent sous nos yeux un atelier de sculpteur chrétien; à gauche du texte épigraphiquc rappelant le nom et les vertus du défunt, Eutropos, on voit le portrait de ce personnage debout, en Orant; à droite, une colombe tenant un rameau d'olivier dans son bec ; au-dessous, pAitropos, assis sur un escabeau et secondé par un apprenti, décore, avec deux trépans qu'il manœuvre
à la fois, la face antérieure d'un sarcophage à strigilcs orné de deux têtes de lion ; à ses pieds sont divers instruments; plus loin, un second sarcophage, entièrement terminé, porte en caractères grecs, sur un cartouche flanqué de dauphins, le nom d'Eutropos '. Les sculpteurs chrétiens se servaient des mêmes outils que les sculpteurs paiens et avaient recours aux mêmes procédés. En général, leurs œuvres manquent d'élégance et de souplesse; la facture en est lourde et l'aspect parfois peu agréable, par suite de l'emploi abusif du trépan pour creuser les yeux et les cheveux; la polvchromie permettait, dans certains cas, de souligner, à l'aide de teintes variées, les effets de la sculpture '.
Les sujets sont tirés d'abord de l'art profane : les chrétiens s'approprient tout ce qui ne choque pas ouvertement leurs croyances. Le type le plus simple qu'aient imaginé les anciens, c'était le sarcophage à strigiles, cuve rectangulaire recouverte extérieurement de cannelures ondulées et parallèles; on le retrouve aux catacombes, à Saint-Calliste, à Saini- Valeniin, etc. Très fréquemment l'inscription funéraire ou le portrait du mort, en buste, occtipait un cartouche carré on circulaire, au centre delà face sculptée; les chrétiens ont adopté aussi cette mode; autour du cartouche ou du médaillon, pour remplir l'espace disponible, ils tolèrent, en raison de leur caractère décoratif, des personnages mvthologiques et des motifs profanes : .\mours et Victoires, tenant
I . R. ("i \RRii;(;i, Storii.1 deW avte cristiaun, pi. 4<S(S. 2'?. 2. H. SwdiiODA, dans la R6))t. Qiiarti.Tlsclir.. 1887, p. !0<
uô : iS.Si). p. K^-i?;,
T.i:S CATACO.MBKS DK ROMl" 235
à deux mains l'inscripiit)!! ou le poinaii ; Gcnics inclinant vers la icrre une torche allumée, emblème de la mort; porte entre-baillée, qui fait allusion à l'introduction dans la tombe; animaux marins, scènes de chasse, masques aux an;;les, cic. 11 est vraisemblable qu'un certain nombre de sarcophages ainsi ornés ont été fabriqués dans des ateliers païens et simplement utilisés par les chrétiens, (^uand ils portaient quelque image trop explicite et capable de blesser les susceptibilités des ridèles, on avait la ressource de la marteler et de tourner la partie sculptée du côté du mur. Cependant trois épisodes des légendes du paganisme se rencontrent sur des sarcophages de fabrication chrétienne : Orphée charmant les animaux, Eros embrassant Psyché, Ulysse attaché au mât de son navire et résistant à l'appel des Sirènes. Le premier de ces sujets avait pris de bonne heure dans les fresques murales un sens mystique; aussi les sculpteurs n'ont-ils pas hésité à l'adopter. Des raisons du même ordre expliquent sans doute la présence des deux autres : Eros et Psyché personnifiaient l'amour céleste et l'àmc qu'il ravit, Ulysse le fidèle que les vains attraits du monde ne peuvent séduire. Les sujets proprement chrétiens ne s'insinuent tout d'abord que sous une forme très modeste : plusieurs personnages ou motifs svmboliques prennent place dans le cartouche qui porte l'inscription funéraire. Il en est ainsi, par exemple, pour le sarcophage à strigiles de Livia Primitiva,au musée du Louvre, découvert dans les Grottes vaticanes' : au-dessous de l'épi-