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mer des corporations légales. Ainsi, quoique persécutés à cause de leurs croyances, ils pouvaient être propriétaires, amasser un trésor commun, confier à leurs pontifes et à leurs diacres l’administration des sommes versées par la charité, creuser librement leurs cimetières, s’y donner rendez-vous à certains intervalles, et célébrer ensemble la mémoire de leurs apôtres | et de leurs martyrs.
Est-ce là une simple conjecture, une hypothèse plus où moins vraisemblable uniquement appuyée sur quelques textes des lois romaines aux premiers siècles de l'Eglise ? Il nous semble que ces seuls témoignages seraient déjà un fort argument en faveur de la théorie exposée ci-dessus.
Mais écoutons Tertullien : ‘ Chacun de nous, dit-il, fournit une petite contribation, un certain jour du mois, s’il le veut, et si | ses ressources le lui permettent, car rien n'est forcé, tout est volontaire parmi nous.
Le montant des sommes versées forme un fonds commun que l'on emploie à des œuvres de piété ; il sert non à festoyer ou
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à boire, mais à nourrir et à enterrer les pauvres, les orphelins sans biens, et les domestiques cassés de vieillesse. ” (1) Ces paroles du grand apologiste du christianisme sont remarquables. Ne semblentelles pas un commentaire de celles du jurisconsulte Marcien ?
Des inscriptions chrétiennes trouvées dans des cimetières souterrains sur les points les plus divers de l’empire, en Phrygie, en Mauritanie, dans le Pont, ajoutent encore à ces preuves en faisant mention des associations de frères et des églises qui possèdent leurs édifices, leur terrain sépulcral, leur trésor. (2) Il nous serait facile d'étendre cette démonstration, mais ce que nous avons dit doit suflire à expliquer comment l'Eglise, malgré l’intolérance religieuse dont elle était l’objet, a pu sous le titre d’association funéraire, jouir des droits d'une personne civile.
Les usages funéraires des chrétiens différaient assurément beaucoup de cer - des
(1) Apol, XXXIX.
* (2) V. Bourassé, Archéologie chrétienne, p. 60,
païens ; cependant, cette différence ne dut pas paraître aussi grande qu’on se l’imagine, et la discipline rigoureuse du secret dont nous aurons à parler bientôt la rendait moins sensible encore. Prenons comme exemple un de ces collèges du paganisme. [Il se composait de pauvres et d’esclaves, et avait été établi l'an 133 en l'honneur de Diane et d’Antinoüs, et pour la sépulture des morts. Une longue inscription trouvée au commencement de ce siècle, au milieu des ruines des anciens bains de Lanuvium, (1) nous en fait connaître l’organisation et les règlements.
‘ Pour en faire partie, 1l fallait payer une contribution déterminée et fournir un amphore de bon vin. À la mort d’un membre une somme fixe était consacrée à ses funérailles, partie pour en payer les frais, partie pour être distribuée au pied du bûcher aux sociétaires qui auraient suivi le convoi....Chaque nouveau président, à son entrée en charge,
(1) Ville du Latium, à six lieues de Rome, sur la voie Appienne.
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devait donner à souper à tous les menmbres. Six fois par an, les membres du collège dînaient ensemble en l'honneur de Diane d’Antinoüs et du patron du collège. (1) Sanctifiés par la foi et la pratique de la charité, ces règlements et un grand nombre d’autres semblables pouvaient sans danger s'appliquer aux associations chrétiennes. Mais l'examen plus détaillé des monuments funéraires païens et des usages auxquels ils étaient destinés achèvera de répandre la lumière sur cette importante question. L’archéologie, en étudiant scrupuleusement les inscriptions des tombes païennes nous a donné, dans un document original, un aperçu fidèle de toutes les clauses que pouvait contenir le testament d’un romain.
Entre ces clauses dont chacune repose sur un texte ou un document incontestab.e, nous choisissons celles qui vont le plus directement à notre sujet : ‘“ J'ordonne que mon tombeau soit exécuté selon le plan par moi choisi, et qu’on y
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(1) Rome souterraine, p, 72.
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ajoute une chambre garnie de sièges ....
Dans cette chambre, on placera deux statues me représentant, l’une en marbre, l’autre en bronze....Les jours où elle sera ouverte, on l’ornera de tapis, et l’on fournira des oreillers, des couvertures et des vêtements pour l'usage des convives quis’y réuniront..../Æn avant de l'édifice, sera élevé l’autel, du plus beau marbre de Carrare : c’est là que mes cendres devront reposer. ..J’ordonne que tous mes affranchis payent chaque année une petite somme à laquelle mon fils et héritier ajoutera. Avec cet argent on pourvoira à ce que des sacrifices convenables soient offerts, et que des couronnes de roses soient déposées sur ma tombe. On veillera aussi à ce que du pain et du vin soient fournis pour la fête qui sera célébrée tous les ans, le jour de ma naissance et les trois jours suivants. ”” (1) Sous l'apparence de ces rites funèbres, les enfants de l'Egiise pouvaient aisément dissimuler les cérémonies de leur culte. Eux aussi entou-
(1) Rome souterraine, pp. 74, 75, 76, passim.
raient de vénération et d’amour les tombes qui gardaient les restes de leurs frères. Ils célébraient avec une-piété touchante l’anniversaire de la naissance d’un martyr ; seulement cet anniversaire était le jour même de sa mort, c’est-à-dire le jour où son âme s’envolant de cette terre d’exil dans la patrie, était née à la vie bienheureuse et éternelle. Leurs écrivains nous ont tracé le tableau de leurs agapes fraternelles, repas de charité qui s’ouvraient et se terminaient par une prière adressée à l’auteur de tous biens. N'offraient-ils pas eux aussi leur sacrifice, sacrifice sublime dont l’auguste vietime était Dieu même voilé sous l’apparence d’un pain sacré ? Par conséquent rien dans leurs réunions, rienïdans leurs règlements ni leur langage, n’était de nature à exciter l’'étonnement et la défiance des autorités païennes,.
Presque continuellement, il est vrai, ils voyaient planer au-dessus de leur tête des arrêts de proseription et de mort; ils furent même poursuivis jusque dans leurs.
obscures retraites par les ennemis de leur foi ; mais ces exemples sont relativement peu nombreux, et ne se rencontrent qu'aux jours où la persécution sévissait avec fureur. Pour les priver juridiquement du droit de réunion, le pouvoir civil devait
6 0 nécessairement déclarer que les chrétiens, b “sous le prétexte d’association funéraire FE À avaient tenu des assemblées illicites.” A
cette déclaration, dit M. de Rossi, équivalait chacun des édits spéciaux qui interdisaient expressément aux chrétiens l’u-
x À sage de leurs cimetières. Mais l’édit révo- Fe E qué, le droit commun reprenait immédia- TR tement vigueur, et les persécutés de la
| veille pouvaient de nouveau se réunir EL sans crainte dans ces pieux asiles que
: | tant de souvenirs rendaient chers à leur | cœur.
Les catacombes n’ont donc pas été, au moins pendant plus de deux siècles, des EE lieux de refuge inconnus du paganisme, D + Elles jouissaient au contraire d’une publi- ( cité surprenante ; en droit elles étaient inviolables.
Qui n’a été frappé, en lisant les Actes des Apôtres, de la situation contradictoire faite à saint Paul ? En lui, Rome semble voir deux homiues distincts : le prédicateur de l'Evangile et le citoyen romain.
Le premier est persécuté, traîné devant les tribunaux ; le second conserve tous ses privilèges et les revendique avec éloquence et fierté. Voyez-ie en effet : ïl amène à ses pieds les magistrats qui l'ont fait battre de verges sur la place publique ; 11 fait trembler le tribun qui l’a lié contrairement aux lois, et au gouverneur Festus qui veut le citer à son tribunal, il répond : ‘ C’est devant César que je dois être jugé, j'en appelle à César. ” (1)
La société chrétienne présente un spectacle analogue. Proscrite comme secte religieuse, elle est protégée par la loi à
titre de corporation funéraire. Le diacre pourra faire valoir ses droits comme gardien du trésor, mais il subira le martyre, s’il ne veut brûler de l’encens en l’hon-
neur des faux dieux. Les pontifes, comme
(1) Act, ch. XVI, XXII, XXV.
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chefs du collège civil, recevront leur autorisation des mains mêmes de l’empereur, et seront condamnés à mort s'ils refusent de renier le Christ.
Nous venons de démontrer et d’expliquer l’origine exclusivement chrétienne des catacombes ; nous devrions maintenant en raconter l’intéressante histoire, mais cela nous mènerait trop loin. Disons seulement qu'après le triomphe de l'Eglise, elles devinrent des lieux de pèlerinages célèbres. Embellies ensuite par les immortels travaux du pape saint Damase, elles n’échappèrent pas aux rapines et aux envahissements sacrilèges des Goths et des Lombards. Les souverains pontifes veillèrent alors à transporter dans les églises de Rome les plus précieuses reliques des martyrs ; puis le silence se fit sur ces immenses nécropoles qui avaient coûté tant de travaux à l'Eglise des premiers âges. Elles tombèrent dans un oubli vraiment inexplicable. En 1568, un illustre savant de Véronne, Onuphre Panvinio parlant des enterrements chré-
tiens, disait que trois des anciens cimetières seulement étaient accessibles, et pour mentionner les autres, 1l devait s’en rapporter aux itinéraires du moyen âge et aux Actes des martyrs.
Le peuple chrétien de Rome semblait donc avoir oublié la gloire de son berceau ; dans les profondeurs du sol de sa campagne il possédait des trésors qu’il ne soupconnait pas; ses traditions locales étaient mortes. Mais à la fin du seizième siècle, des ouvriers découvrirent par hasard une catacombe à quelques milles de la ville.
Rome entière fut émue de cette précieuse découverte, les savants s’en occupèrent, et bientôt commencèrent avec Bosio et ses zélés disciples, les travaux dont nous recueillons aujourd’hui les fruits.
Les problèmes que nous nous étions posés résolus, pénétrons maïitenani dans ces cryptes séculaires, et voyons quel té-
moignage splendide elles rendent, par
leurs inscriptions et leurs peintures, aux dogmes de notre foi.
Le culte rendu par l'Eglise catholique aux images des saints a plus d’une fois été l’objet de violentes attaques. Dieu avait dit au peuple d'Israël : Tu ne te feras point d'image taillée au ciseau, ni de représentation de tout ce qui est dans le ciel ou sur la terre ” ; et au huitième siècle, des hérétiques s'appuyant sur cette défense de l’ancienne loi, proclamèrent impie l’introduction de l’art dans le eulte religieux. Représenter sur la toile les traits bénis du Sauveur, de sa Mère et des saints ; orner les temples de statues qui rappelaient les gloires de l'Eglise, constituait à leu.s yeux un acte d’idolâtrie. Ils tentèrent une réforme et ne reculèrent pas devant des moyens de violence extrême pour réussir dans leur dessein.
Mais ils échouèrent devant la foi ferme et constante du peuple chrétien, devant les anathèmes de l'Eglise, et l’histoire, afin
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de perpétuer la mémoire de leur vandalisme sacrilège leur a conservé le nom de briseurs d'images.
Leur secte disparut, mais on en retrouva plus tard l'esprit chez les Vaudois et 1es Albigeoïs ; puis au seizième siècle, du sein de la réforme pivtestante s’élevèrent contre l’Eglise de Rome les mêmes accusations. De vives controverses s’engarèrent alors, et d’illustres théologiens entrèrent en lice pour défendre la doctrine catholique. Sans doute, ils apportaient des arguments péremptoires : la loi d’amour, disaient-ils, a remplacé la loi de crainte, la défense de Jéhovah ne s’adressait certainement qu'aux : Hébreux dont elle combattait les funestes penchants vers l’idolâtrie. Du reste, le culte des images n'était-il pas justifié par une longue tradition ? N’avait-il pas son fondement dans les plus profonds sentiments de la nature humaine ? |
Cependant, les adversaires répondaient en apportant des témoignages positifs des Pères des premiers siècles : c'était Tertul-
lien qui, parlant d’un artiste chrétien, l’accusait d’avoir peint contrairement aux lois : “pèngit illicite ; (1) c'étaient saint CIément d'Alexandrie et plusieurs autres qui appliquaient aux fidèles les paroles sévè-
res adressées autrefois par le Seigneur à son peuple : (2) c'était surtout le fameux concile d’'Elvire, en Espagne, qui, l’an 805, défendit de peindre sur les murs Ges temples ‘ tout sujet de vénération et d’adoration. ” On concluait de 1à que proscrire le culte des images, c'était mettre un terme à de graves abus introduits dans le cours des siècles et revenir à la pure doctrine des apôtres.
Ces objections n'étaient pas sérieuses.
En effet, les mêmes Pères cités plus haut ne sont-ils pas les premiers à applaudir,
en d’autres endroits de leurs écrits, à l’art
qui s'inspire du sentiment religieux ?
| Tertullien ne dit-il point qu’il était d'usage universel de représenter au fond des coupes et des calices Jésus-Christ sous la fi- 4
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(1) Contra Hermogenem, cap, FE.
(2)V Büilluart, t. III, p. 133, éd, Locoffre, 1874,
gure du Bon Pasteur ? (1) Saint Grégoire de Nysse n'était-il pas touché jusqu'aux larmes à la vue d’une peinture représentant le sacrifice d'Abraham ? (2) Sans doute l’art ne jouissait pas d’une liberté absolue, il devait être chrétien et servir la cause de la foi. Toute œuvre essentiellenent païenne et toute représentation qui contredisait l’enseignement de l’évangile étaient interdites. , Qu'on lise par exemple les Actes des Quatre Saints couronnés.
Ces jeunes artistes mandés par Dioclétien pour décorer son palais, se rendent immédiatement aux désirs de l’empereur. Mais bientôt, il s’agit de faire une statue d’Esculape destinée à être adorée dans un temple ; ils refusent et préfèrent mourir martyrs plutôt que d'employer leur talent à favoriser la superstition et l’idolâtrie. Ce simple fait explique la parole de Tertullien.
Quant au concile d’Elvire, il suffisait de dire que la défense même portée par
(1) De pudicit, cap. VIT, (2) Orat. de Filii et Spiritus Sancti diviniiate.
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lui supposait évidemment l’usage des images, que ce concile du reste n’était pas œæcuménique, et ne s’aCressait qu’à l’Espagne. Quoi de plus naturel que ce décret si souvent objecté ? C’était le moment où Dioclétien venait de lancer contre l’Eglise l’édit de la persécution la plus sanglante.
Par une mesure de prudence, les évêques défendirent de peindre sur les murs des temples les saintes images, afin de ne pas les exposer à une sacrilège profanation.
Ils se prémunissaient donc tout simplement contre la fureur des ennemis du christianisme.
Les théologiens savaient tout cela ; cependant, ils firent relativement à la question historique des concessions que personne ne ferait aujourd’hui. Peteau ne craignit pas d’avouer que l'usage des images avait été presque nul au berceau de l'Eglise ; le P. Zaccharia exprima un sentiment analogue, et Billuart lui-même apporta plusieurs raisons pour expliquer la rareté des peintures chrétiennes aux premiers siècles, Le dogme restait assuré-
ment intact, mais de tels aveux ne s’appuyaient pas sur la vérité historique ; une connaissance plus parfaite des catacombes les aurait fait éviter, puisque les peintures religieuses abondent dans ces cryptes fue néraires. Que de fois le Christ sous des formes diverses, la Vierge-Mère, les figures les plus saillantes de l'Ancien et du Nouveau Testament n’y sont-ils pas représentés ! Sans aucun doute, un grand nombre de ces productions remontent au second, et même à la fin du premier siècle, Il est plus d’une chambre sépulerale dont les gracieux dessins rappellent ceux des maisons de Pompéi : on y voit les mêmes festons, les mêmes feuillages, les mêmes fleurs. Mais ce n’est là que l'encadrement ; au milieu de ces frais tableaux se montre à nos regards l’aimable figure du Bon Pasteur, ou Lazare ressuscité, ou une femme en prière, ou Daniel dans la fosse aux lions.
Images bénies ! que de larmes et de prières la piété de nos pères a dû répandre devant elles, aux jours si tristes de la
persécution ? Elles formaient peut-être les seuls ornements de leurs pauvres chapelles souterraines ; elles parlaient à leur cœur, et leur représentaient les plus tendres objets de leur amour. Nous n’avons donc rien innové; en vénérant les images du Sauveur et des bienheureux, nous ne sommes que les imitateurs fidèles des disciples des Apôtres. Que l’on ne nous accuse ni de superstition n1 d’idolâtrie.
Comme les chrétiens des catacombes, nous n’adorons que Dieu, et, dans cette Vierge sans tache, dans ces grands pontifes, dans ces confesseurs et ces martyrs dont les peintures de nos temples nous redisent les héroïques vertus, nous ne voyons que les gardes d'honneur du divin Roi de nos tabernacles.
Mais arrivons à l’examen détaillé des peintures et des inscriptions.
Parmi les premières, un grand nombre, il faut l’avouer, sont enveloppées de mystères. Nous n’en serons pas étonnés, si nous nous rappelons cette discipline célèbre dont tous les documents chrétiens font mention jusqu’au cinquième siècle : je veux dire la discipline de l’arcane, ou du secret,
Sans rechercher les ténèbres, l'Eglise comprit de bonne heure qu’une grande prudence lui était nécessaire. Ses mystères, en effet, par leur sublimité et leur profondeur contrastaient avec les superstitieuses et grossières doctrines du paganisme : les publier sans réserve eût été les
exposer certainement à la profanation et au mépris, Ces appréhensions étaient-
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nntentent mme
elles fondées ? 11 suffit de lire Tertullien et les autres apologistes du christianisme pour s'en convaincre. I] y a quelques années, on a trouvé daus une des chambres du palais des Césars, un grafitto singulier sur le sens duquel on ne saurait se méprendre. Un personnage à tête d’âne est attaché à une croix ; à sa gauche un homme le regarde et porte sa main à sa bouche en signe d’adoration. Au-dessous, on lit des paroles grecques dont voici la traduction : ‘“‘Alexamène adore son Dieu.” Quel était cet Alexamène ? Très probablement un serviteur chrétien de l’empereur :
par une révélation indiscrète du culte qu’il rendait au Crucifié, 1l avait donné lieu à cette caricature injurieuse pour l’auguste mystère de la Rédemption. De tels exemples ne sont pas rares et nous font comprendre la haute sagesse de la discipline de l’arcane.
D'un autre côté, l'Eglise désireuse de pénétrer les catéchumènes d’une vénération profonde pour la religion à laquelle ils se convertissaient, jugeait bon de les
#2 RER y DR
| (8 éprouver et de ne les instruire que graduellement des articles du symbole. (1) 4 L'existence de cette loi si sage est attestée par toute la tradition des premiers siècles. Tertullien s’en faisait un argument pour défendre sés frères des odieuses accusations portées contre eux : ‘ Si nous sommes toujours cachés, dit-il, quand at- | on vu ce que nous faisons ? Qui donc a L pu le dévoiler ? Nos complices ? Assurément non, puisque tous les mystères, par leur essence même obligent fidèlement au secret. ”” (2)
(1) Il importe de remarquer ici que cette loi générale admit quelquefois des exceptions.
‘“‘Œlle fléchissait, dit l’abbé Martigny, toutes les ‘4 fois que le bien de la religion l’exigeait. Aloxs les mystères de la foi étaient publiés, non-seulement devant les catéchumènes, mais en présen- | ce des ennemis. Nous en avons de fréquents : exemples dans les apologistes, qui souvent n'eurent pas de moyens plus efficaces qu’une entière franchise pour repousser les calomnies di- | rigées contre les fidèles, celles surtout qui n’étaient basées que sur l’altération ou le travestissement de la doctrine, ? (Dict. des Antiquités
(l chrét. art, Secret, p. 725.)
À (2) De præscript. ad. hœret., XLI.
Dans son livre contre Celse, (1) Origène énumérant les dogmes enseignés à tout le monûe ne dit pas un mot de la Trinité ni de l’'Eucharistie. Dans une de ses homélies, saint Jean-Chrysostôme dit qu’il n’ose parler du baptême à cause de ceux qui ne sont pas initiés. Aïlleurs, il enseigne que le mystère de l’Eucharistie est connu des initiés seulement. (2) “ Jamais, dit saint Cyrille de Jérusalem, il n’a été parlé à un gentil du mystère arcane du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous n’en parlons pas même ouvertement devant les catéchumènes ; mais nous nous servons d’un langage occulte, de telie sorte que les fidèles, ceux qui savent la ehose comprennent, et que ceux qui ignorent ne se scandalisent point d’une révélation prématurée. (3)
Il n’est donc pas étonnant que l’art chrétien ait eu lui aussi ses réticences et ses réserves. Si les peintures des catacombes semblent parfois de véritables
(1) Lib. I.
(2) Hom. 72 in Matth.
(3) Catech, VIT,
énigmes, c’est qu’elles se ressentent de la discipline générale de l'Eglise ; mais une page de PEvangile, ou l’enseignement des Pères nous en apprend bientôt la mystérieuse signification.
Les catacombes, nous l’avons vu, sont avant tout des lieux destinés à la sépulture, Il est donc naturel que les dogmes les plus fréquemment exprimés par les dessins et les épitapnes soient ceux qui se rapportent à la vie future : comme l’immortalité de l'âme, la résurrection des corps, la communion des saints.
L’immortalité de l’âme, la résurrection des corps ! Avec quelle éloquence tauchante tous ces marbres funéraires ne nous les enseignent-1ls pas ! Disons d’abord que ces consolantes croyances ressortent du langage admirable que l'Eglise avait crée. La mort, loin d’être le derniér mot de toutes choses n’était que l’aurore d’une vie meilleure : elle s'appelait une naissance. Les catacombes portaient originairement le nom sublime de cimetières ou
dortoirs. C’étaient en effet des lieux de
repos : le chrétien y dormait dans la paix du Seigneur en attendant l'heure du grand réveil. ‘“ Les païens, qui croyaient que les corps étaient enfouis dans l4 tombe pour n’en jamais sortir, remarque le P. Marchi, se servaient de ces mots : sius, positus, compositus, situé, posé, composé, (placé, dans ou avec). Les chrétiens, qui croyaient fermement que le séjour dans le tombeau était temporaire, avaient adopté un terme parfaitement exact : ils disaient :
déposé, déposition. ” (1) Suivant l’observation de M. de Rossi, la loi romaine désignait sous le nom de déposition l’action de consigner une chose, et Cicéron appelle déposées les choses confiées pour un temps à la garde de quelqu'un.
Mais voici des témoignages plus explicites. Entre un grand nombre d’épitaphes, nous choisissons les plus frappantes : (2)
(1) Monum. prim., ete., p. 19. V. Mgr Gerbet, Esquisse de Rome chrétienne, t. 2, p. 231.
(2) Nous croyons inutile d'indiquer les cimetières où les inscriptions que nous citons ont été trouvées. Au lecteur qui voudrait étudier ce su-
Ici, repose en paix Laurentia, fille de Lucius, qui a cru à la résurrection.
Victoria dort.
Zoticus ici pour dormir.
Sabbatia s’est retirée dans le sommeil de paix (ayant environ) XX VIII (ans).
Quel est celui dont la puissance opérera ce prodige de la résurrection ? Jésus-Christ lui-même. Ecoutez :
Justus ressuscitera avec les saints par Jésus-Christ
Ces paroles ne sont-elles pas un écho fidèle du texte sublime de l’épître de saint Paul aux Philippiens : ‘“ Pour nous, notre vie est dans les cieux ; c'est de là aussi que nous attendons le Sauveur qui réformera le corps de notre humilité en le conformant à son corns glorieux, par cette vertu efficace qui assujettit toutes choses à sa puissance. ” (1)
jet d'une manière particulière, nous nous permettrons de recommander le Dictionnaire des Antiquités chrétiennes de M. l'abbé Martigny!; l'ouvrage de Mgr Gerbet, les Trois Romes par Mgr Gaume ; Le Christianisme et les temps présents, par M. l’abbé Bougaud.
(1) Philip. III. 20, 21.
Les peintures à leur tour viennent illustrer les inscriptions. Fréquemment elles appellent le souvenir de la résurrection de Lazare et l’histoire de Jonas. On peut dire que ces deux scènes sont reproduites à satiété sur les pierres sépulcrales et au plafond des chapelles. Le prophète de Ninive a inspiré plusieurs compositions différentes : tantôt on le voit introduit par un des hommes de l'équipage dans la gueule de la baleine, tantôt il est rejeté sur la rive par ce monstre, où bien encore il se repose sur le rivage, à l'ombre d’un arbre. Ces productions diverses expriment toujours la même vérité : Jonas figure le Christ sortant glorieux du tombeau, et la résurrection du Christ est le gage assuré de la nôtre. Voilà le grand dogme qui soutenait les chrétiens au milieu de leurs tribulations et de leurs souffrances, Voilà la pensée qui leur faisait braver couraseusement les tortures du martyre ?
Mais une fois la tombe fermée, tous les
doux liens de famille où d’amitié formés
sur la terre sont-ils à jamais brisés ? N'y
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a-t-il plus de communication entre les habitants de la terre et les âmes qui les ont devancés dans la patrie ? Oh ! non, l'affection, la reconnaissance, la tendresse sarvivent au trépas. Ceux qui sont partis n'oublient pas ceux qui sont restés : du sein de Dieu, ils les suivent du regard, compatissent à leurs maux, prêtent l'oreille à leurs prières, et intercèdent en leur faveur auprès du dispensateur de tous les biens. Telle est la foi de l'Eglise des premiers siècles ; comment en douter, lorsqu'on lit sur la pierre sépulerale des inscriptions comme cellesei Sabbatius, âme chérie, intercède pour tes frères et tes amis.
Jovianus, vis en Dieu et prie.
Atticus, ton âme est dans le bonheur, prie pour tes parents.
Avouons que l’on trouverait difficilement une formule plus claire du dogme de la communion des saints.
Ce n’est pas tout. 81 l'Eglise militante adresse ses supplications ferventes à ceux
Et à ét lé dd < à
qu’elle croit en possession de la gloire, elle-même aussi prie pour ses frères tré- { passés : preuve manifeste de la croyance au purgatoire, c’est-à-dire à un lieu inter- | médiaire entre le séjour de supplices éterà «| nels et celui d’une félicité sans fin. Pour- 4 quoi, en effet, implorerait-on la clémence \ divine en faveur d’une âme dont le sort serait irrévocablement fixé ?
Tantôt, le défunt est recommandé à la miséricorde de Dieu :
A mie an NC a
Seigneur, je te prie qu’il puisse voir le paradis da la iumière !
Seigneur que l’âme de Vénéria y ne soit pas plongée dans les ténèbres !
Que Dieu se souvienne de lui dans les siècles ! (
Tantôt, l’épitaphe demande à ceux qui la liront l’'aumône de la prière pour celui qui repose sous le rmarbre funéraire :
Quiconque des frères lira, qu’il prie Dieu que ia sainte et in- , nocente Âme soit reçue auprès [0 de Dieu. *
Re RU Per pan Re Re RAT AE 1
On s'adresse même aux élus, et on les supplie d'employer le crédit dont ils jouissent au ciel, à venir en aide à une âme
(À chérie :
Sainte Basilia, nous recomman-
dons à votre charité Crescentinus, et Micina, notre fille.
Taie
Domina Basilia, commandamus (sic) tibi, Orescentinus, et Micina filia nostra (sic).
na ner SÉSTS
ÿ Cette épitaphe ne ferait assurément pas l'admiration d’un latiniste, mais les fautes grammaticales r’en sauraient diminuer la | haute valeur dogmatique. En transcri- ‘ vant ces textes si beaux, les touchantes prières que l'Eglise récite aujourd’hui sur
le cereueil de ses enfants nous reviennent
| à la mémoire : ‘“ Seigneur, donnez-leur le repos éternel, et que la lumière éternelle les éclaire. O Dieu Créateur ! et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin qu’elles obtiennent, par nos très humbles prières, le pardon qu’elles ont toujours attendu
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