‹ Les catacombes de Rome [microforme]Chapitre 4 sur 9 · LES CATACOMBES DE ROME EST MÉSRRNERR · texte numérisé non relu

LES CATACOMBES DE ROME EST MÉSRRNERR

de votre miséricorde !—Que nos humbles prières, Seigneur, soient utiles aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, afin que, dégagées par vous de tous les liens de leurs péchés, elles jouissent du fruit de votre rédemption | ”

mn ee

Outre ces dogmes relatifs à la destinée humaine, Rome souterraine nous ‘en enseigne encore un grand nombre.

On ne doit pas s'attendre à ce que la peinture ait exprimé de bonne heure le mystère de la Trinité : en tracer ur»

image sensible était dangereux et difficile à la fois ; la discipline de l’arcane s’y op= posait du reste. Il faut aller jusqu’au quatrième sièele, pour voir représentées sur un sarcophage les trois personnes divines concourant à la création de la première femme, Au cinquième seulement, des images rappellent l'apparition du Seigneur à Abraham sous la figure des trois anges à forme humaine, bien que tous les Pères vissent toujours dans ce fuit une révélation de la Trinité. Cependant les premiers siècles ne sont pas absolu-

Den. | M 1h ka | n IE L:

ni | |

ment sans témoignages. En réunissant plusieurs épitaphes, nous obtiendrions une éclatante profession de foi à la divinité des trois personnes distinctes. Pour ce qui regarde l'unité de nature, il n’y a pas de doute possible :

Je crois en Dieu le Père.

Ponti, vis en Dieu le Christ,

Paulus Evochiati (repose) dans le Saint Esprit, Spirito (sic) sancto,

Vis dans l'Esprit Saint : Vivas in Spirito sancto.

Sur une autre tombe, une jeune fille

se déclare redevable au Saint Esprit d’a-

voir conservé jusqu’à son dernier soupir la fleur de la virginité :

Severa, Spiritu sancto casta, pudica, et inviolabilis semper.

Ces mots, dans l'Esprit Saint, avec l'Esprit Saint, quelques archéologues crurent d’abord qu'ils marquaient seulement la sainteté, et ne se rapportaient qu’à l'âme du défunt ; mais l’épitaphe

ee ÈS ë

Fouad > ci Hot

D qe dd pr im à SE AE SM PEN - s

suivante trouvée par le P. Marchi dans l’église souterraine de Saint-Hermèg prouve avec évidence qu'ils désignaient la troisième personne de la Trinité :

Protus repose ici dans l’Esprit Saint de Dieu. (1)

Jésus-Christ est la grande figure qui illumine les catacombes. À chaque pas on aperçoit son monogramme entouré de palmes ; des peintures qui rappellent les principaux événements de sa vie ; l'alpha et l’oméga qui semblent le proclamer prineipe et fin de toutes ehoses. Suivant d’illustres artistes, c’est même dans le cimetière de Saint-Calixte que l’on trouverait l’image du Sauveur, devenue parmi les chrétiens un type traditionnel, et qui guida dans leurs immortels chefs-d’œuvre Léonard de Vinei et Raphaël,

Certaines représentations, à première vue, paraissent étranges. Au milieu de dessins dont l’origine ehrétienne n’est

(1) V. Esquisse de Rome chrétienne, t, IS. p. 141,

RS CS Ent UE Lee nt ES SEA ES OLETIZE

ETS

pas Svuteuse, on voit Ulysse lié au mât de gon navire, ou bien Orphée entouré d'animaux divers qu'il enchante et captive par les accents de sa lyre. Pourquoi ces souvenirs mythologiques ? Quelle a pu être l'intention des chrétiens en s’inspirant de ces données de la fable ?

Nous répondons en citant un passage d’une homélie de saint Maxime, au cinquième siècle, sur la passion et la croix du Sauveur : ‘ Les fables du siècle, dit-il, rapportent que cet Ulysse qui fut pendant dix ans le jouet des caprices de la mer, sans pouvoir arriver à sa patrie, fut un jour poussé vers le lieu où les Sirènes faisaient entendre leurs chants....#t tel était le charme de leur mélodie, qu’en l’entendant, on se sentait comme invinciblement entraîné, non vers le port auquel on tendait, mais vers l’abîtme que l’on désirait éviter. Or, Ulysse, pour 8e soustraire à cette périllouse séduction, boucha les oreilles de ses compagnons avec de la cire et se fit lui-même attacher au mât de son vaisseau. Si donc la fiction suppose

qu’Ulysse fut délivré du péril en se liant à l’arbre de son navire, n'est-il pas juste de proclamer à meilleur droit, qu’en ce jour, le genre humain a été soustrait au dauger de la mort par l'arbre de la croix ?

En effet, depuis que Le Christ a été attaché à la croix, nous traversons, l’oreille fermée, les séduisants écueils du monde.

L'arbre de la croix, non-seulement porte l’homme qui y est attaché à sa patrie, mais aussi il protège par la vertu de son ombre les compagnons qui l'entourent. ” (1)

S1 saint Maxime tenait ce langage au cinquième siècle, il n’est pas douteux qu’une si belle interprétation mystique n'ait été populaire dès les premiers temps de l'Eglise. Ulysse était donc regardé comme une figure du Sauveur, et les chrétiens, fidèles observateurs de la loi du secret, en le peignant sur les murailles de leurs cimetières souterrains, rappelaient la rédemption du monde par le sacrifice du Calvaire.

(1) Homél. I., V. Diction. des antiquités chrét. p. 768.

La même remarque s'applique à Orphée.

D’après la fable, ce célèbre chantre de la Thrace avait adouci les bêtes les plus féroces oux sons mélodieux de sa iyre. On pouvait donc voir en lui une image du Christ qui avait transformé les esprits et les cœurs, et attiré à lui des milliers d’âmes par le charme de ses vertus, l'éclat de ses miracles et la sublimité de son enseignement.

Ecoutons saint Clément d'Alexandrie comparant le héros de l’antiquité à Jésus.

Il raconte d’abord les merveilles et les bienfaits attribués au premier, puis il s’écrie : ‘* La puissance de mon chantre à moi, ne se borne pas à de si vulgaires prodiges. Il est venu comme un libérateur rompre la dure servitude, briser la tyrannie que le démon faisait peser sur le monde, et, nous attirant doucement sous le joug suave et bienfaisant de la religion, il rappelle vers le ciel, notre véritable patrie, nos cœurs inclinés vers la terre. Lui seul, oui, seul de tous les Orphées, il a su dompter les animaux les plus difficiles à

vaincre, c’est-à-dire les hommes. ” (1)

Une autre représentation chère aux premiers chrétiens est celle du bon Pasteur ; elle apparaît sur les pierres sépulcrales, sur des bas-reliefs de sarcophages, au plafond et sur les murs des chapelles, ‘ C'était, dit l’abbé Martigny, comme une homélie matérielle qui, se présentant partout aux yeux des fidèles, leur rappelait soit les bienfaits de l’Incarnation par laquelle l'humanité dévoyée est ramenée au bereail, soit la miséricorde du Sauveur qui va chercher le pécheur, et, par les sollicitudes de sa grâce, tient à lui épargner la fatigue du retour. ”?

Ces scènes pastorales offrent une grande variété. Quelquefois, le bon Pasteur porte une brebis sur ses épaules ; d’autres fois, il est entouré de son troupeau qu’il regarde avec tendresse ; ou bien encore assis à terre, il semble se reposer de ses fatigues. Sur plusieurs peintures, il porte dans ses bras un bouc au lieu d’une brebis : détail intéressant qui ne doit pas

(1) Cohort. ad gent, cité par Martigny, p. 559,

passer inaperçu. On sait que dans le symbolisme chrétien, la brebis est l’emblème du juste et le bouc celui du pécheur. Les tableaux dont nous parlons établissent donc le dogme de l’universalité de la grâce ; ils nous enseignent que l’infinie libéralité de Dieu ne refuse des moyens de justification à personne, pas même à celui qui l’outrage.

IL était impossible que dans leurs pro-

ductions artistiques, les chrétiens n’accor-

dassent pas un souvenir particulier à cette femme bénie entre toutes les femmes, et saluée pleine de grâces par l'ange du Seigneur ; le Christ ne pouvait pas être

séparé de sa mère. Plusieurs cryptes des catacombes possèdent des images de l’au-

guste Vicrge, mais il en est une surtout dont le souvenir est resté gravé dans notre mémoire. Elle se trouve au cimetière de Priscille ; M. de Rossi n'hésite pas à croire qu’elle a été faite au berceau de l'Eglise, peut-être même sous les yeux des Apôtres. Nous voudrions pouvoir en faire admirer au lecteur la suave beauté. Nous

me

LES CATACOMBES DE ROME # à à

l’avoucns, aucune des vierges de Raphaël ne nous à impressionné autant que cette œuvre d’un artiste inconnu du premier siècle. Marie tient son fils sur ses genoux ; son regard exprime la joie et la tendresse F maternelles ; son: visage respire une in- ; comparable douceur. Au-dessus d’elle on aperçoit une étoile ; à ses côtés, un homme vêtu du pallium tient d’une main un volume roulé, et de l’autre, montre l’astre

mystérieux. M. de Rossi aime à recon-

Se

naître dans ce personnage le prophète Isaïe. Quant à l'enfant, il est d’une beauté ravissante, on voit qu'il est heureux :sur le sein virginal de sa mère. À la vue de | cette fresque, on se rappelle Balaarn pré- à disant qu’il se lèverait un jour une étoile | de Jacob, et Isaïe annonçant à Achaz la conception et la naissance miraculeuses Us d’Emmanuel. Voilà un précieux témoignage de la foi de l'Eglise primitive à la divine maternité de Marie, et nous pourrions en citer plusieurs autres. Nous les reeueillons tous avec reconnaissance et bonheur, songeant que plusieurs siècles

CLFRNTESEUES

Page 1