‹ Les catacombes de RomeChapitre 10 sur 36 · LE GUET-APENS · texte numérisé non relu

LE GUET-APENS

Au nom du cîel, laissez-moi ! je vous en conjure ? ... Je suis armé !.. . j'appelle au secours, je crie ! . . .

Sa voix expira : il avait un bâillon dans la bouche, un bandeau sur les yeux; ses bras étaient garrottés. On l'emporta.

£a mabone.

Seïla s'était mise volontiers sous la protection du P. Alexandre, pour échapper aux poursuites de Fragonard, qui lui avait inspiré tant d'effroi. Elle suivit le bon capucin, fort étonnée de se trouver, elle juive, en compagnie d'un moine catholique. Elle baissait la tête et marchait en tremblant derrière le

P. Alexandre, qui était connu de tout le monde à. Rome et qui trouvait toujours à cha-

que pas un sourire, un salut, une parole à échanger avec quelqu'un de ses pénitents ou de ses amis. On lui parlait, on l'appelait des fenêtres, on sortait des portes et des boutiques, quand il passait dans les rues : on lui présentait de petits enfants, des malades à bénir ; on venait baiser son chapelet et toucher sa robe de bure ; on lui apportait des aumônes et des présents ; les femmes surtout accouraient sur son passage ; mais ce soir-là, aux approches de Torage, les fenêtres et les maisons étaient fermées^ les rues à peu près désertes, et le bon moine n'avait pas à répondre aux interpellations et aux empressements de sa pieuse clientèle. Cependant son nom fut prononcé à plusieurs reprises, et deux ou trois dévotes accoururent pour avoir sa bénédiction : il la leur donna sans s'arrêter, et continua sa route vers le Corso.

— Padre ! dit timidement Seïla en voyant que le capucin allait traverser la rue Ripetta, habitée alors comme aujourd'hui par des orfèvres et des joailliers, la plupart israélites renégats, devenus chrétiens en apparence par raison de commerce...

— Eh bien ! ma fille? répondit le moine qui

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