‹ Les catacombes de RomeChapitre 13 sur 36 · LA MADONE · texte numérisé non relu

LA MADONE

moine, quel grand péché avez-vous donc commis?

— Dites- moi, padre, que le Seigneur Dieu me pardonnera ce péché, en faveur des mérites de Jésus-Chrîst !

— Il faut d*abord que vous me disiez quel est ce péché? Mais vite ! ma fîUe, je ne puis attendre davantage.

— C'est,... répondit-elle en hésitant et en baissant la tête, c'est que je suis aimée d'un juif.

— Un juif! répéta le P. Alexandre qui n'était pas préparé à entendre un péché de cette espèce.

— C'est là, je me l'avoue à moi-même, un péché horrible aux yeux de Dieu et des chrétiens.

— Ce juif vous aime, et vous l'aimez?

— Oui, padre, je l'aime, quoique ce soit un juif capable de tons les crimes.

— Il faut employer à son salut l'attachement qu'il a pour vous, il faut user du pouvoir que vous avez sur lui, pour le retirer des embûches du démon, et l'amener enfin à se faire baptiser.

— Voilà justement, padre, ce que je veux

obtenir de lui; car je me fais horreur en songeant que j'ai de l'amour pour un mécréant qui n'a pas été baptisé, et qui sera damné dans l'éternité.

— Le ciel vous saura gré, ma fille, de ce que vous ferez pour lui gagner une âme, et cet amour n'est peut-être qu'un décret de la Providence qui veut convertir un juif en éprouvant une pécheresse. Continuez de disposer ce pauvre hérétique à se réconcilier avec l'Eglise, et invitez-le à venir vers moi. Je l'instruirai dans notre sainte religion, je le baptiserai, et ensuite on pourra vous marier ensemble.

— Nous marier! s'écria Nisida dont les prunelles brillaient comme des escarboucles; est- il possible qu'un pareil bonheur me soit réservé ! Oh ! qu'à cela ne tienne, révérend padre , nous le baptiserons , je vous assure !

— C'est dans cette espérance que je vous donne l'absolution, ma fille. Achevez votre Confiieor,

La jeune Romaine, joyeuse d'être débar^ rassée d'un péché qui lui pesait, se remit en prière et resta comme absorbée dans sa con-

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trition; elle soupirail et versait de doiices larmes : elle serait morte sans regrets en ce moment, parce qu'elle se croyait en état de grâce et pure devant Dieu. Elle se réjouissait toutefois que son confesseur ne lui eût pas prescrit de cesser toute relation avec rhomme qu'elle aimait, et elle se promettait bien d'avoir la preuve de cet amour, en forçant le juif à devenir chrétien.

Le P. Alexandre n'avait pas attendu que sa pénitente se fût relevée pour aller rejoindre Seïla, qui s'était tenue à l'écart par discrétion, et en même temps par habitude de judaïsme. Elle n'eût jamais osé, en plein jour, demeurer vis-à-vis d'une image de la mère du Christ ; car elle aurait risqué d'être injuriée et lapidée par la populace. Elle suivit en silence le bon moine, qui avait besoin de toute sa charité pour ne pas maudire la rencontre inopportune qu'il venait de faire. Il ne pouvait plus espérer d'être sur la route de Tivoli avant que l'orage éclatât.

De grosses gouttes de pluie se détachaient

déjà de la nue, et le vent, qui s'engouffrait

dans le labyrinthe des rues, en soulevant des

tourbillons de poussière, empêchait seul l'ir-

ruption d'un déluge prêt à fondre sur Rome* Les éclairs et les coups de tonnerre se succédaient presque sans interruption.

St (l$l)eU0.

— Voici le Ghetto, padre Alexandre, dit Seïla qui réfléchissait à rétonnement et à rindignation de son père, si celui-ci la voyait reparaître en compagnie d'un capucin; je vous remercie encore du fond de l'âme, et je vous quitte.

— Moi, je ne vous quitte pas, mon enfant, jusqu'à ce que je vous aie remise dans les mains de votre père.

— Mais il est inutile que vous m'accom-

pagniez plus loin... D'ailleurs, le quartier est ferme. . .

— Le portier Gapricola n'aura garde de m'en refuser l'entrée ; il me connaît bien, ainsi que son Gis Marco.

— Je vous demande seulement de me faire ouvrir la porte et de me laisser ensuite ; je vous avoue que ce mauvais sujet de Marco m'inspire une vraie terreur ; je ne voudrais pas me trouver seule avec lui...

— 11 est d'un caractère sauvage et inquiet, mais je ne le crois pas méchant : je me flatte même de le convertir à notre sainte religion ; je lui ai promis une place de custode au Vatican, s'il veut se faire baptiser le jour du samedi saint, et il n'est pas éloigné de céder à mes conseils : si son père n'y mettait point obstacle...

— Son père se meurt ; Marco ne vous résistera donc pas longtemps ; mais il me semble que de pareils scélérats ne sont pas dignes d'être convertis à la foi catholique, car baptisés ou non, ils ne feront jamais d'honnêtes gens.

— Vous traitez bien mal ce pauvre Marco. Que vous a-t*il fait?

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