‹ Les catacombes de RomeChapitre 15 sur 36 · LE GHETTO · texte numérisé non relu

LE GHETTO

à Robert, et elle se résignait à mourir. Elle eût donné dix ans d'existence pour ne pas se trouver là ! Quand elle reconnut la maison paternelle, quand elle écouta le tintement de la sonnette que le moine avait fait mouvoir, quand elle se dit que son père allait paraître et lui demander compte de son absence, elle se trouva si faible et si découragée, qu'elle regretta d'être venue; elle était prête à tomber en défaillance.

— On tarde bien à nous ouvrir, objecta le bon moine. 11 n'y a. peut-être personne dans la maison?

— Ob! mon père est chez lui sans doute; c'est demain la Pâque, et il se prépare à célébrer cette grande fête selon le rite de notre religion. Ce soir, on doit tuer l'agneau pascal...

— Il nous saura mauvais gré de l'avoir troublé dans ses pratiques... Je souffre de vous voir ainsi exposée à la pluie...

Il se fit quelque mouvement dans l'intérieur du logis, et bientôt un pas lourd et traînant s'approcha de la porte. On ne l'ouvrit pas tout de suite, mais une tête parut dans l'encadrement lumineux d'un judas qui

avait glbfté sans bruit sur des raioures, et qui permettait de juger les intentions des gens du dehors par leurs figures comme par leurs paroles. Cette fois, malgré la violence de Taverse, le P. Alexandre ne fut pas trop tenté d*entrerdaas la maison, en remarquant que cette hideuse grimace de vieillard qu'il avait devant les yeux était barbouillée de sang.

— Moïse et Aaron nous soient en aide ! s*écria ce vieillard en refermant le judas : un moine dans le Ghetto, la .veille de la Pàque !

— Mardochée, ouvre-nous! dit d'un ton d'autorité Seïla qui voulut réparer la fâcheuse impression que la vue de cette face ensanglantée avait produite sur le capucin . Ouvre donc !

Mardochée, dont la voix de Seïla frappait agréablement Toreille, s'empressa d'ouvrir à la, jeune fille et de la recevoir avec des signes muets de joie, sans prendre garde à son compagnon en froc. Ce Mardochée, ancien serviteur alTidé du juif Mondaio, semblait encore plus âgé qu'il ne l'était, à cause de ses longs travaux dans la forge de son maître : sa peau, en se ridant, s'était en quelque sorte

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