‹ Les catacombes de RomeChapitre 20 sur 36 · I.K CONVERSION · texte numérisé non relu

I.K CONVERSION

— Oh ! ce n'est pas en un moment ni en un jour, dit-elle, que j'ai résolu de changer de religion. Quand j'étais encore enfant, ma mère (je l'ai perdue bien jeune ! ) me parlait souvent des dogmes chrétiens et m'apprenait à respecter l'Eglise de Jésus-Christ. J'ai toujours, en me rappelant ces souvenirs d'enfance, soupçonné que ma mère était ellemême chrétienne. . .

— Votre mère!... répéta en levant les yeux au ciel le P. Alexandre qui parut avoir un secret h révéler.

— Depuis sa mort, continua Seïla, je n'ai pas eu d'autre culte que celui de mon père, et pourtant je me sentais involontairement portée vers la religion de Robert..., vers la vÀtre... C'était un vœu tacite fait à la mémoire de ma mère !

— Ainsi, vous n'avez reçu aucun conseil, aucun enseignement? vous êtes poussée par h main de Dieu vers la foi ?

— J'ai hâte que vous m'instruisiez dans cette foi que j'embrasse du fond du cœur dès à présent.

— Ce sera pour moi un devoir bien doux à remplir, ma chère fille ; c'est moi-même qui

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VOUS ferai abjurer et qui vous baptiserai, si le général des capucins daigne m'en donner la permission.

— Mais il faut que cette cérémonie se fasse secrètement, à cause de mon père qui me maudirait !

— En effet, votre père! répliqua le moioe que les difficultés de la position rendirent pensif: il n'abjurera pas, lui?

— Il se ferait couper par quartiers, plutôt que d^abjurer ! Jamais il ne quittera la religion de ses ancêtres ; et, s'il savait que je me dispose à sortir de cette religion qu'il m'a donnée en naissant...

— Il importe cependant que votre père sache que vous allez être chrétienne.

— Ah ! prenez garde ! s'il le sait, il s'y opposera de toute son autorité de père , avec tout le zèle qu'il puisera dans sa reli> gion. S'il le sait, je suis perdue ! il est capable même de se porter à de terribles extrémités...

— Le gouvernement de Sa Sainteté et l'Église dont vous deviendrez l'enfant seront d'accord pour vous protéger.

— Cette protection n'arrêtera pas les des-

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seins de mon père : il me retirera son aflectioo, il m'enfermera. . .

— Alors, ma fille, nous userons du pouvoir temporel, nous viendrons vous délivrer, nous vous ferons un rempart de nos corps, nous vous mettrons à l'abri de ces injustices, nous vous placerons dans un couvent...

— Dans un couvent ! s*écria Seïla avec autant de surprise que de répugnance. Ce n'est pas pour me faire religieuse, que je pense à devenir chrétienne.

— Eh ! ma fille, qui vous parle de vous faire religieuse ? Il faudrait d'abord que la vocation vous vttit...

— Elle ne me viencfra pas, je vous assure, puisque j'ai l'intention , c'est -à - dire l'espérance , de me marier.

— De vous marier ! reprit le capucin, dans Tesprit duquel l'idée de mariage n'était nullement inconciliable avec celle d'une abjuration, à condition que l'époux serait chrétien. Vous n'épouserez pas un juif?...

— Non ; vous connaissez le mari que je dois prendre, et je suis sûre que vous approuverez mon choix.

— Je l'approuve de grand cœur, s'il est ap-

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prouvé par rÉglîse où vous allez entrer. . . et par votre père.

— Et par mon père ! répéta tristement Seïla, qui s'était déjà dit que son père ne pouvait approuver ce choix.

— Sans doute ; votre père, quoique séparé de vous par la religion, n'en garde pas moins les droits d'un père.

— Mon père ne consentira jamais à ce mariage, répliqua-t-elle en soupirant et en essuyant ses yeux pleins de larmes.

— Ce mariage n'est donc pas honorable ni avantageux, que vous comptez d'avance sur le refus de votre père ?

— Ce mariage est le plus honorable que je puisse désirer!... et puis, ce mariage me rendrait bien heureuse ! . . .

— Dans ce cas, les refus de Montaio ne seront peut-être pas inflexibles, car votre père doit surtout souhaiter votre bonheur. Vous dites que je connais la personne que vous prétendez épouser?...

— Oui, reprit-elle en hésitant et en rougissant ; vous avez même pour cette personne autant d'amitié que d'estime.

— Dépéchez-vous donc de me la nommer.

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ma chère fille, afin que je m'intéresse à cette union et que je l'appuie de toutes mes forces auprès de votre père. Je vous promets de me charger du mariage ainsi que du baptême.

— C'est un Français, un peintre de l'Académie, M. Hubert Robert...

-- Hubert Robert! s'écria le moine enchanté ; vous l'avez dit, je n'eusse pas fait moi • même un meilleur choix pour vous : Robert a bien le plus noble cœur ! c'est un jeune homme excellent, parfait, accompli.

— Que je suis fière de vous entendre le louer ainsi ! vous m'encouragez, vous me rendez l'espoir !

— Voilà pourquoi vous étiez ce soir dans la maison de Robert? Je comprends ; le tableau n'est qu'un prétexte, un moyen de vous réunir? Robert vous aime, et vous l'aimez ! depuis longtemps, sans doute?

— Depuis que nous nous sommes rencontrés... depuis quinze ou vingt jours...

— Vous n'avez pas perdu de temps, dit avec bonté le vieux moine. Je vous blâme, ma fille, ajouta-t-il avec une gravité presque sévère, d'avoir commencé une liaison... honnête et pure il est vrai... sans consulter

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votre père, sans lui faire part de ce projet de mariage, auquel il ne mettra certainement pas obstacle... D'ailleurs quand vous serez chrétienne, votre père ne sera plus seul maître de vous : TÉglise vous nommera un curateur, et vous trouverez un appui efficace auprès de ce second père. . .

— Je .lais des vœux pour que ce second père ne soit autre que vous ! dit-elle en baisant les mains du capucin.

— J'obéirai si Ton méjuge capable de remplir cette imposante mission ; mais les intérêts des pauvres, ceux de mes pénitents, ceux des religieux de ma communauté me laissent peu d'instants libres ; d'ailleurs, je suis vieux...

— Je vous conjure de ne pas m'abandonner ! s'écria-t-elle avec terreur, en distinguant un bruit de pas dans la rue.

-- Vous abandonner! jamais, ma fille ! Regardez-moi maintenant comme votre conseil, votre ami, votre protecteur !

— J'entends mon père qui revient, dit-elle avec un violent battement de cœur. Que vais-je lui répondre?

— N'ayez pas la moindre crainte ; je suis

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