LA PAQUE DES JUIFS
Rome tuèrent également un chrétien pendant la semaine sainte, la veille du vendredi où fut crucifié Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ce n'était pas pour voler, ni pour satisfaire une vengeance particulière...
— Il y a trente ans? répéta un des auditeurs ; ma mère m*a souvent conté ce meurtre d'un chrétien...
— On l'attacha sur une table, on le saigna aux quatre membres. On voulut lui faire adorer Moïse et le serpent.
— On l'écorcha vif, on mit à la broche une partie de son corps; on but son sang avec du vin, on mangea sa chair rôtie.. .
— Oui, la victime était un enfant de six ans, qui a fait des miracles depuis sa morl et qui doit être béatifié.
— Non, c'était un vieux vendeur d'images qui avait sa boutique sous le proche de San- Lorenzo.
— J'ai ouï dire que c'était une sainte femme qui vendait de la terre bénite à l'entrée des catacombes de San-Sebastiano.
— Peu importent le sexe et l'âge de la victime ! reprit celui qui avait le premier évoqué ce souvenir où le faux se trouvait mêlé à
quelques circonstances d'un fait véritable arrivé deux ou trois siècles auparavant : les juifs qui avaient égorgé le chrétien furent brûlés sur cette place, et Ton érigea, en mémoire du crime et de la punition, cette croix de pierre que vous voyez.
— En effet, voici encore la croix î se direot les uns aux autres ceux qui n'avaient jamais ouï cette tragique aventure.
— Ainsi, c'est l'usage des juifs de tuer un chrétien pendant la semaine sainte ? demanda une femme en se signant.
— Justement, reprit un des plus zélés du groupe, ces abominables juifs célèbrent la Pàque cette année, en même temps que les chrétiens.
— Voilà pourquoi le Ghetto est fermé : ils sont tous à la synagogue... Les entendez- vous chanter la messe ?
— La messe? celle de l'antechrist peutêtre ! Ils ont fait clore les portes, pour manger le malheureux chrétien qu'ils ont assassiné.
— Il faut rompre les portes et mettre en pièces ces mangeurs de chrétien ! Mort, mort aux juifs!...
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— Il faut incendier le Ghetto et brûler dedans toute la verknine qu'il renferme? Au feu! à sac! à sang!...
Ces cris, qui avaient déjà éclaté à plusieurs reprises, ébranlèrent de nouveau le quartier des juifs, pendant que ceux-ci se cachaient et se barricadaient dans leurs maisons. En un instant le bruit s'était répandu de toutes parts que le Français, mis à mort durant la nuit selon la coutume du culte israélite, avait prêté sa chair et son sang à un épouvantable festin. Cette ridicule accusation tant de fois lancée contre les juifs au moyen âge ne trouvait presque pas d'incrédules parmi les Romains du xviii" siècle, et ceux qui hésitaient à imputer aux juifs le crime d'anthropophagie ne doutaient pas qu'ils ne fussent capables de verser le sang chrétien pour satisfaire aux instincts et aux lois de leur religion. Les femmes excitaient les hommes à user de représailles et à venger la cause de Jésus-Christ; les enfants criaient plus haut que tout le monde. On voyait déjà brandir des couteaux et des bâtons; on agitait çà et là des torches allumées; on commençait à battre en brèche la porte massive et ferrée qui ne tremblait
pas sur ses gonds, malgré les coups redoublés de cinquante robustes assaillants.
— De la paille ! des fagots ! du feu ! criat-on tout à coup.
Et mille voix répétèrent les mêmes clameurs.
FIN ou PREMIER VOLUHE.