T.KS CATACOUIRCS DB ROME
110 LES CATACOHBES DE BOHE.
tous... Pauvre P. Alexandre! quelle triste fin ! lui, si bon, si charitable...
En ce moment, l'archidiacre avait ordonné an catéchumène de se relever, et Marco n'obéit qu'à une injonction réitérée. On dta le voile qui le couvrait presque entièrement, tous les regards se tournèrent vers lui à la fois, et sa figure sinistre produisit une pénible impression dans l'assemblée. On s'attendait à trouver sur son visage le repentir, la contrition et la joie : on n'y remarqua qu'une indifférence froide et dédaigneuse; ses sourcils restaient froncés, et ses yeux lançaient des éclairs menaçants. Il semblait étranger à la cérémonie dont il était l'objet, et il ne vit de tout ce qui l'entourait, que Nisida priant à ses c^tés. Cette vue changea par degrés l'expression de sa physionomie qui redevint sereine et même radieuse. Quant au baptême, il ne fit que suivre lentement et distraitement les instructions qu'on lui avait données et qu'on lui renouvelait l'une après l'autre. Plusieurs fois, il manifesta de l'impatience en s'y soumettant , et ce fut un coup d'œil tendre et suppliant de Nisida qui lui r<*donna la docilité et la résignation néces-
saires; mais il ne répondit à aucune des questions sacramentelles que Tarchidiacre lui adressait, et un des prêtres assistants dut répondre pour ce néophyte récalcitrant que tout le monde crut muet.
L'abbé de Saint- Non ne dessinait plus.
Penché en avant, les yeux fixes, la respiration suspendue, il examinait minutieusement Marco, qu'il se souvenait d'avoir rencontré le soir du jeudi saint dans la campagne de Rome . Il ouvrit son album à l'endroit où était le portrait esquissé, aux lueurs du feu, sous une voûte dès aqueducs antiques. La ressemblance de ce portrait ne pouvait même lui laisser un doute, et Baretti, qui regardait pardessus l'épaule du dessinateur, confirma cette ressemblance par une exclamation de surprise. Saint-Non se rappelait toutes les circonstances de la rencontre nocturne qu'il avait faite, les cris entendus au loin, l'arrivée soudaine de cet homme qui paraissait fuir et qui s'enfuit de nouveau après Téloignement des carabiniers, les réponses suspectes et certainement fausses qu'on avait tirées de lui au sujet de P. Alexandre, les soupçons et l'effroi de Pierre, et beaucoup de particularités qui
113 lES CATACOMBES OK ROHB.
ne devaient leur importance qu'à cet étrange rapprochement. Saint* Non eut aussitôt Tidée de demander compte à Marco de la disparition du P. Alexandre et de sa mort.
— Quand vous avez fait son portrait, Excellence , dit Baretti curieux et indiscret, il ne recevait pas le baptême, ce me semble?
— Quel est cet homme ? repartit Tabbé de Saint-Non qui évoquait tout bas ses souvenirs.
— C'est un juif, ni plus ni moins, un drôle que je ne voudrais pas trouver an coin d*uQ bois; il se nomme Marco et il est custode du Ghetto.
— Custode du Ghetto ? C'est pourtant bien lui que j'ai dessiné sous les aqueducs pendant l'orage...
— Avant-hier soir? Un fameux orage! Le tonnerre est tombé sur la Propagande, ce qui est de fâcheux augure pour les pères jésuites qu'on persécute en France, comme vous savez. Excellence... Oui-da, ce mauvais sujet était sous les aqueducs avant-hier soir? Je suis charmé de ne m'y être pas rencontré avec lui... Santa Maria ! c'est le véritable portrait d'un brigand.