‹ Les catacombes de RomeChapitre 34 sur 36 · LA TORTURE · texte numérisé non relu

LA TORTURE

à la conversion de Mondaio et de sa fille.

— Et demain, à la même heure qu'aujourd'hui, avec ce même déguisement... Compte sur le prix de ce service ?

— Demain, Excellence, à cette heure-ci?

la grande procession du saint-office sortira du Borgo, et conduira le juif à la place d'Espagne. Nous nous verrons cependant...

— Quelle procession? Pourquoi à la place d'Espagne? Et Seïla? Au nom du ciel, ne m'alarme pas ainsi... Demain...?

— Oui, demain le juif et sa fille iront faire amende honorable devant le Ghetto sur la place de la Juiverie, où ils seront chapitrés et admonestés. Puis on les mènera processionnellement à la place d'Espagne où l'exécution doit avoir lieu...

— Demain ! demain ! répétait Robert qui s'était élancé dans la rue, et qui courait au hasard comme un insensé sans s'apercevoir qu'il faisait aboyer les chiens et maugréer les passants. Demain l'exécution, et aujourd'hui la torture ! 0 ma pauvre Seïla !

9t0cente hane lee catacombee.

Robert redevint plus calme, sinon plus résigné, en songeant que Seïla ne pouvait espérer qu'jîn lui ; c'était donc une immense responsabilité qui lui ordonnait de tout tenter pour faire reconnaître l'innocence de la juive et de son père. Midi sonnait, quand il traversa la place Trajane : il se dirigeait alors vers le Pincio, dans l'intention de rentrer chez lui et de revoir Saint-Non, peut-être aussi Fragonard, et de leur faire ses adieux ;

mais 11 jugea l'heure trop avancée et les circonstances trop pressantes pour retarder encore son audacieuse entreprise : il avait résolu de descendre dans les catacombes et d'y chercher le corps du P. Alexandre.

11 entra dans une de ces boutiques particulières à la ville de Rome, espèces de petits bazars oij l'on trouve rassemblées des marchandises de tout genre : il y acheta une énorme pelotte de ficelle, un paquet de quatre bougies, un briquet et des allumettes. Le marchand, qui les lui vendait à un prix exorbitant (car il savait bien avoir affaire à un étranger), lui demanda, de l'air le plus gracieux et avec force salutations respectueuses, s'il né voulait pas louer à bon marché une fenêtre pour voir le lendemain passer le cortège du juif qu'on devait pendre et bràler per la religione, Robert lui lança un coup d'oeil irrité et partit sans répondre à cette offre polie.

Il repassait dans sa mémoire l'itinéraire qu'il s'était tracé pendant la nuit dernière d'après les plans comparés des catacombes et de la campagne de Rome ; il ne se préoccupait pas des dangers auxquels il allait s'expo-

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ser : il ne pensait qu'aux moyens de réussir dans ce voyage souterrain. Il sortit de Rome par la porte Latine qui correspond à l'ancienne voie Appienne que suivaient les triomphateurs pour aller au Capitole, et qui était autrefois bordée de tombeaux magnifiques ; il longea les ruines du grand Cirque, qui pouvait contenir dans son enceinte deux cent mille spectateurs assis ; il s'avança dans la charmante vallée qui a pris le nom de la famille CafTarelli, et qui est toute pleine de souvenirs et de monuments antiques. Ici, Coriolan, à la tête des Volsques, vint établir âon camp qui menaçait Rome, et ne fut vaincu que par les larmes de sa mère : le temple de la Fortune Mulièbre, fondé en l'honneur de la victoire remportée par une femme, existe encore; là, un ennemi plus implacable que Coriolan , Annibal , amena ses Carthaginois en face de la ville éternelle et fut obligé de battre en retraite : le temple du dieu Ridicule est encore debout là pour rappeler cet échec d'un célèbre capitaine. Plus loin, on aperçoit un monticule couronné d'un bois d'oliviers : c'est le reste de la forêt sacrée oii Nuraa Pompilius consultait la nym- 2 15

phe Egérie. La fontaine, qui a gardé le nom de cette nymphe, n'a pas cessé de couler : elle a perdu les colonnes de marbre et les statues que la vénération des Romains y avait mises, mais elle a conservé son aspect mystérieux, sa source fraîche et limpide et ses ombrages de chênes verts.

Robert ne donna pas un instant d'attention à ces débris de l'antiquité : il gravit le monticule qui domine cette partie de la campagne de Rome, et avant de pénétrer dans le bois d'oliviers, il regarda dans la plaine pour s'orienter, il calcula les distances depuis la porte San-Lorenzo jusqu'aux aqueducs, et il se rendit compte de la situation des catacombes qu'il voulait explorer. Ensuite il se glissa parmi les arbres, pour y découvrir l'entrée que Bosio et ses successeurs avaient désignée comme la principale des cimetières de Saint-Damasse, de Saint-Nicomède et de Saint-Marcellin. Il rencontra bientôt un chemin creux dont la pente était assez rapide, et qui aboutissait à une excavation faite de longue date, et moins fréquentée par les hommes que par les bétes fauves : on remarquait aux abords des empreintes de pattes de

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