‹ Les catacombes de RomeChapitre 4 sur 36 · LE PÈRE ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LE PÈRE ALEXANDRE

avec la qualité d'abbé, et c^était seulement à ces deux titres qu*il appartenait à la profession ecclésiastique. Son insouciance absolue pour tout ce qui ne tenait pas aux arts et surtout aux antiquités, contrastait avec son ardeur passionnée pour tout ce qui s'y rattachait de près ou de loin. Il n'avait pas d'autre préoccupation au monde : patrie, parents, fortune, il eût tout sacrifié à ses goûts exclusifs d'artiste et d'antiquaire ; ses amis Robert et Fragonard étaient les seuls êtres vivants qui balançassent dans son cœur les monuments inanimés des anciens, et encore ce qu'il aimait en eux, c'était surtout leur art. Cette monomanie, que le séjour de Rome avait développée au plus haut degrés rendait ce jeune homme égoïste, sauvage, distrait et ridicule, en comprimant ses facultés, en étouffant ses sentiments. Il ne se plaisait qu'avec des tableaux, des statues, des médailles, des ruines et des livres : il observait et il étudiait continuellement, mais il ne pensait presque jamais; il ne s'apercevait pas qu'il y eût des femmes sur la terre, et il n'imaginait point de plus vif bonheur que de faire une belle fouille.

Les tendances de son esprit curieux , ma* lériel et positif, se révélaient à chaque mouvement, à chaque parole : il ne savait pas rester en place, causant de choses diverses, laissant reposer ses yeux et ses mains : il s'agitait, il touchait à tout ce qui se présentait à sa portée; il sortait de sa poche des pierres gravées, des monnaies romaines, des fragments de marbre ; il écrivait sur son genou une note archéologique, il dessinait de souvenir un monument. Quant à sa conversation, elle n^abordait pas d'autre sujet que Tart chez les anciens et les modernes; aussi» était-elle fatigante pour la plupart des auditeurs, quoique savante et remplie de faits intéressants. L'abbé de Saint-Non avait bien l'air et la tournure d'un archéologue : de petite taille, maigre et chétif en apparence, il était d'une vivacité et d'une pétulance extraordinaires : sa tête exiguë, au front fuyant et déprimé, se penchait toujours en avant comme pour se rapprocher de l'objet que ses yeux perçants découvraient et analysaient du fond de leurs orbites caves ; son nez proéminent semblait participer à cet instinct de furet qui brillait dans ses regards et qui doa-

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