‹ Les Catacombes de saint CalixteChapitre 10 sur 27 · L EPIGKAPHIE ET L ART DANS LES CATACOMBES · texte numérisé non relu

L EPIGKAPHIE ET L ART DANS LES CATACOMBES

somme, l'idée dominante est celle de la tout-puissance divine qui, comme elle a sauvé Noé, Moïse, Jonas, Suzanne, Daniel, les trois enfants, Lazare, le paralytique, rhémorrhoïsse etc.. sauvera aussi le défunt des griffes du démon. C'est une prière faite au Christ pour le supplier de sauver Tâme du défunt, et c" est à la fois une protestation de cette foi qui est le gage de la vie éternelle, comme nous

Fig. 44. — L'Epiphanie {wil-pkrt' Ein Cyclus, pL v, i).

le disent les inscriptions mêmes : Ce/ni\ écrivit le pape Damase sur son tombeau, ç7d marcha sur les flots de la mer, qv.i donne la vie aux grains qui tneiireni dans la terre, qui put délivrer Lazare des liens de la mort, et après trois jours rendit son frère à Marthe, me ressuscitera, moi aussi, Damase, parce que je crois.

Voici une inscription qui confirme ce que j'ai dit.

]n C//RISTUM CREDEXS PRrtEMIA LUCIS //AP,ET,

« En croyant au Christ, il a reçu la récompense de la lumière »,

A toutes ces idées s'en ajoutent encore d'autres Je ne les relèverai pas ici, mais les exposerai pen

dant la visite; je ne noterai ici que les peintures

et sculptures ayant trait à la Vierge Marie et au

Bon Pasteur.

La Sainte Vierge. — La Vierg-e apparaît pour

la première fois dans les catacombes de Priscille au

Fig- 45-

L'Kpiphanie (wii.pert, Franctio punis, pi. VIlI).

commencement du ii^ siècle. Elle est assise et porte dans ses bras l'enfant Jésus. Devant elle est debout le prophète Isaïe qui, d'un doigt, indique l'étoile. Il n'est pas douteux qu'il ne s'agisse de la fameuse prophétie qui est tigurée comme réalisée (voir p. i). La peinture nous représente l'Incarnation, article de foi, et nous révèle le sens de l'étoile qui se voit en d'auitres monuments. C'est la lumière prédite par Isaïe et que nous trouvons si souvent exprimée sur les monuments épigraphiques. Cette lumière est le Christ qui est descendu pour ilhmiiner l'hurnanité ;

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le Christ et aussi la lumière des défunts comme nous lisons dans de nombreus épitaphes et monuments d'Orient et dans une inscription d'Autun. Mais le nom même de lumière devint le nom propre à Téternelle béatitude.

Une inscription retrouvée par Boldetti dans le cimetière de Priscille, parlant à la défunte, dit qu'elle ne fut pas privée de la lumière immortelle [)arce

Fig, 46. — L'âme et h- Bon Pasleur CVw. lie St Culixle

qu'elle avait eu avec soi l'I/il-jc immortel. D'où les lormules : Les Joies de la Iiimiè) e - la hunierc celeste - les lieux éclairés pour indiquer le bonheur du paradis. D'où la route du paradis fut appelée VIA L\'CIS - « la ro2de de la lumière ».

Les autres imao^es de la Vierge représentent l'adoration des Maures, c'est-à-dire la reconnaissance du Christ, la foi dans sa divinité. \jx\ argument

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en faveur du culte rendu à la Vierge c'est le fait qu'elle est assise sur une cathedra et au premier rang-. Assurément ce culte n'a pu être aussi explicite en ces temps-là qu'à une époque plus tardive ; la condition même de l'art, la nécessité de concentrer la vénération des tidèles sur le Christ, dont la divinité fut si souvent attaquée par les hérétiques et la situation précaire de l'Eglise empêchèrent ce culte de se développer plus rapidement.

Mais c'est là la condition commune de plusieurs dogmes ; et, en ce qui regarde certains sacrements et leurs caractères distinctifs, les documents de la tradition ne nous révèlent que peu de chose. Etant données les conditions que nous avons exposées, le contraire nous surprendrait.

Il est pourtant une question qui trouve sa solution dans les nombreuses repiésentations de l'adoration des Mages. La sainte Ecriture nous parle de trois dons, mais ne nous dit rien du nombre des Mages. Mgr. Wilpert, mon docte maître, a pu observer que, pour des raisons de symétrie, c'est-à-dire quand la Vierge est assise, par exemple, au milieu d'une lunette d'arcosolium, les Mages rangés à ses côtés sont au nombre de deux ou de quatre ; mais où la symétrie n'a rien à voir, dans les sculptures par exemple, les Mages sont toujours au nombre de trois (voir fig. 44 et 45 1.

Le Bon Pasteur. — La douce figure du Bon Pasteur domine tout le symbolisme chrétien. Au i'^'' siècle apparaissent une seule fois les scènes de Daniel et de Mo se qui, comme nous l'avons vu^ indiquaient

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l'aide de Dieu dans les épreuves les plus dures ; mais on rencontre aussi trois fois le Bon Pasteur, comme pour prendre possession et fournir les premières inspirations de Tart chrétien.

On le rencontre peint, sculpté et gravé en graffite. Au III ^ siècle cette figure se multiplie encore plus, et au IV ^ ses représentations deviennent innombrables.

La raison de ce fait n'est pas difficile à comprendre. La prière fut la grande inspiratrice de cette figure, comme de toutes les autres. On priait le Christ de bien vouloir traiter le défunt comme le Bon Pasteur, la brebis perdue ; on lui demandait de prendre son âme et de la porter au paradis. La liturgie grecque, plus expressive encore sur ce point que la liturgie latine, met sur les lèvres du défunt même cette prière : [e suis la brebis perdue : appellemoi, ô Seigneur, et sauve moi! (i) Prudence, en décrivant la campagne où le Bon Pasteur porte la brebis, emploie les mêmes termes que pour décrire le paradis.

Mais le Bon Pasteur apparaît également avec le troupeau, et selon la remarque de Mgr, Wilpert, a dans ce cas un tout autre sens. Le défunt est alors désigné comme appartenant au tropeau du Chri'it, ou comme membre de l'Eglise, et, sous la protection du Christ qui a donné sa vie pour ses brebis, il n'a rien à craindre. Cette idée se rapporte plus aux vivants qu'aux morts. Au commencement du iii^ siè-

(1) ' ÂY'.acjiia-âji'.ov xo lAsycc, p. 190.

clc on représenta sur la voûte d'une chambre du cimetière de Prétextât le Bon Pasteur, qui. avec un bâton éloigne de ses brebis un porc et un âne, images du démon infernal.

Nous voici au terme de notre rapide aperçu sur la symbolique chrétienne. D'autres éléments seront expliqués au cours même de la visite. Jetons maintenant un regard sur l'endroit où fut établi le cimetière que nous allons décrire. ^

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