ARTICLE III
I/Art (les catacombos.
Les hommes ont toujoursmis tous leurssoins à faire, à conserver ou à perfectionner ce qui leur était le plus cher. Il est superflu d'expliquer ici les raisons de ce phénomène, si évident par lui-même, mais, appliquant immédiatement ce principe aux tombes chrétiennes, je dirai que les premiers chrétiens se faisaient un devoir d'orner, la plupart du temps, les tombes de ceux qui leur étaient chers et d'étal>lir un certain rapport, quand c'était possible, entre cette décoration et l'état du défunt. On ne comprendait guère qu'ils aient eu un autre but, à moins que d'en faire des hommes absoluments dif-
qui n'a point dans l'esprit d'aversion contre la substance de ce sacrement, et surtout celui qui a l'habitude de le recevoir, sait combien, même au poit de vue humain, il aide au progrès moral des âmes. Sanctionné par les paroles mêmes de Jésus-Christ et par l'autorité infailHble de l'Eglise, il produit dans les consciences cette paix et cette joie qui sont le fruit de la parole divine. Du reste, eu égard à la delicasse du sujet, il suffit de considérer que les premiers chrétiens différaient peu de nous pour comprendre de quelles précautions on devait entourer l'administration de ce sacrement et par conséquent la mention q'on en faisait dans les écrits publics et surtout dans les épitaphes qui étaient intimement personelles.
l'epigraphie et l'akt dans les catacombes 53
férents des autres i^euples, privés des sentiments les plus naturels, à qui aurait manqué cet instinct qui
Fi-. 2s. I-ij;. jy.
Gemmes sculptées avec les dotize Apôtres aiiloui du Crucifix, (double de la grandeur).
est un des plus j^récieux moyns de témoigner notre alTection envers les morts.
Nous l'avons vu par les inscriptions, ces senti-
Fig. 30 Fig. 31
Symboles de la Croix, des âmes et du Christ sculptés sur gemmes. IJans la fig. 30 l'ancre a la forme d'une barque dont le mât a la forme d'une croix.
ments étaient les plus tendres et les plus spirituels : aussi substituait-on à la douleur la prière et le souhait que l'âme du défunt arrivât à reternelle béatitude,
54 LES CATACOMBES DE S. CAl.lXTE
L'art, quoiqu'il ne j)araisse point changer de caractère dans les catacombes, est pourtaint éminemment funéraire : son inspiration vient des prières 1 populaires et du service liturgique pour les morts.
Il est en outre évident que, puisqu'il était question des plus hauts nu'slères de la religion et de pensées doctrinales, on ne les a représentés que d'une manière voilée « L>aJ%ai>ùi». et allégorique, non seulement pour ne pas révéler certaines notions dogmatiques à ceux qui ne devaient pas les connaître, mais aussi pour ne pas les exposer à être méprisés et profanés.
On compremd dès lors pourquoi Tart chrétien des cinq premiers siècles en Occident ne connaît pas le crucifix, et pourquoi, en Orient, celui-ci n'apparaît que très rarement et seulement sur des objets d'un usage personnel, comme les gemmes de bagues; pourquoi, dans toute la Rome souterraine, on n' a retrouvé sur les inscriptions que cinq croix appartenant aux siècles des persécutions, tandis que cet auguste signe était représenté par 1' anere, le /aîc grec, le trident.
Mais le plus profond mystère entourait l'eucharistie, et dans la représentation de ce sacrement, r épigraphie s'accorde heureusement avec les peintures. Examinons un instant les divers sujets qui constituent les cycles des peintures funéraires; en vuici les éléments ;
l'kPIGKAPHIE et l'art dans LF.S CATACr)MBF.S 55
Le Christ. — L 'idée de Sauveur est rei)résfntée \r.\ï la fii^ure ou par le nom grec du poisson FXHl']!^. ou par les initiales IX ou XP entrelacées en monoj^ramme ^, c'est-à-dire: 'Ir/CJoO; Xc.'j-i; « Jésus- Christ » ; ^, c'est-à-dire Xq'.'j-Az « le Christ ».
Çjf;
F'o- 53- — Crucifix hlasphcmaloire trouvé au Palatin.
L'ori.^ine du poisson comme symbole du Christ n'est pas encore complètement tirée au clair. D'aucuns veulent q'elle vienne il'un chant sibylHn, dont les vingt- sept vers commencent par 27 lettres (jui torment l'acrostiche : IH^OTÏ XPElITijE HKOl' llO^ Hj^TIIP «Jésus-Christ, t'ils de Dieu. Sauveur ».
C'est le crr(/o le plus laconique et en même temps le plus explicite sur la [jersonne du Christ. Kn réu-
nissant les initiales des cinq mots de rinsci[)tion on a IXBm. qui veut dire poisson.
Cette explication serait irréfutable si, avant l'époque de ce chant sibyllin, on ne trouvait point d'autre.î symboles du Christ en forme de poisson. Mais quelques uns ont reconnu qu'il s' agit simplement d' une imitation du vrai chant sibylln, imitation datant de 1' époque d'Antonin le Pieux. vS'il en est ainsi, il ne reste qu'à reconnaître dans l'Evanii^ile même Torig-ine de ce symbole, dans le récit de la
(Cimetière des Sts Pierre et Marcellin).
innlli|)lication des pains et des poissons, ou dans le repas des sept disciples au bord du lac de Tibériade, quand ils mangèrent des poissons cuits. Quoi qu'il en soit, les monuments que nous citerons bientôt ne laissent aucun doute sur le sens du poisson dans l'art des catacombes.
J^e Baptême. — Comme prototype de ce sacrement on représenta, dès la première moitié du ii^ siècle, le baptt'jme du Sauveur danslacrypie de Lu-
L EPIGRAPHfE ET l'aRT DANS LES CATACOMBES
cint. Le sujet est traite historiquement, avec le Clirist adulte. Plus tard, nous le retrouvons peint quelquetois encore, mais avec le Sauveur enfant, pour indiquer cette enfance spirituelle dont parle la liturgie.
Fig. .;5. — (maklcchi, Man. d'arch. chrèl., p. 307).
Même usage dans la plastique, et jusqu'au \i*^ siècle environ on ne rencontre plus le Christ adulte en train d'être baptisé par le Précurseur.
Le baptême du catéchumène apparaît de la même façon dans l'art catacombal. Les inscriptions du iv^ siècle nous fournissent souvent des exemples d'adultes appelés infantes, pueri - « petits enfanls », l^arce qu'ils sont morts durant leur enfance spirituelle qui, en ce temps là, durait du diman<]m de |-*âques au dimanche in .Vais,
58 LES CATACOMBi:s DE S. CALIXTE
Il y avait encore d'autres types du baptême-, par exemple : Moïse et la source miraculeuse dans le désert (i), le pêcheur (2), l'arche de Noé (3) et peuiêtre le paralytique. Moïse qui frappe le rocher était la source même de la grâce cjui vient de la pierre, c' est-à-dire du Christ : Pctra aictem erat Chrisius (4). Ainsi les artistes chrétiens mirent parfois au-dessus de la tête de Moïse le nom Petriis pour signifier le Moïse de la nouvelle loi, le premier administrateur de la grâce ; les Pères des iv^ et v^ siècles attribuèrent par figure à Pierre l'acte de frapper le rocher m}'stique ; et la compénétration des deux législateurs dans l'art chrétien fut si intime, que le type iconographique de Moïse est aussi celui de Pierre.
Sur un plat de Podgoritz on lit : Petnis pcrcnssit virga, foules cocpcrunt currerc - « Pierre a frappé de son bâton et les sources ont jailli ». Sous cette légende est précisément représenté le rocher mystique. Enhn un verre du Britisli-MiiseuDi nous donne une curieuse variante : c'est une chaire (ca- Uiedra) adossée à un rocher d'oij jaillit Teau sainte.
L'Ellcliaristie. — La vie spirituelle qui commençait au baptême s'entretenait avec une nourriture également spirituelle, le corps et le sang du Sauveilr, sous les espèces du pain et du vin. Une ins-
(i) Tkktull.. De hal^tisnio, cap. 9.
(2) Ci.EMKNs Ai,i:\., l'acdi'.o-., 3
(3) Tertull., Ioc. cit.. cap. 8,
(4) 1 Cor in th., \, 3.
L EPIGRAPJHK KT L ART DANS LES CATACOMnF.S 59
criplion de la lin du ii*^ siècle nous révèle It sens secret du banquet du poisson, que nous voyons peint tant de fois sur les parois des catacombes. Voici la traduction qu'en donne Paul AUard (i):
I\al Ttap£i)-r/X£ ipo'j^y^v J/D-'jv xe [xifi; àrco TTr^yy^ç
Kal toOtgv iTC£CW7.£ y''àol: £ail'£Lv oix TîavTo:. OIvGv ypTiizby Ï'/o'jjt,. y.ipoc^j'^T. GiocOaa iiez^y.pTO'j
TaOïf' 6 voô)v £"jça:TO "j-is iio'j Tiàç 6 a'jvwoo;.
« /.<:? /^(?/ f/ie conduisit, ci mit devant moi pour nourriture le poisson sorti d^ une fontaine , très i>;i and, très pur, que tint dans ses bras la vierge chaste ; cite te don)ia à ses amis à m animer en tout lieu, leur donna)it oicore un cxellent vin mélangé d'eau^
et du pain Que ceux qui compren
ïient ces choses veuillent bien prier pour moi ! »
Comme on le voit, le langage est allégorique, et s'adresse seulement à ceux qui peuvent le comprendre, à qui on demande le suffrage de leurs prières. D'autres chrétiens au contraire parlèrent le même langage, mais en idéogrammes. TertuUien avait dit déjà que les chrétiens étaient, par raf)port au poisson lésus-Christ^ de petits poissons qui naissaient de teau (2), et une inscri[)tion trouvée à Autun par le bénédictin dom Pitra. j)lus tard
(i) Rome souterr.. l'art, chrétien, p. 315. (2) Tektull., De baptisuio, «ap. i,
cardinal, appelle les chrétiens « la race divine du poisson céleste » (i).
ï y^^'joç oi)p(xyio'j i^-eTov ysvoç, ri~oç,i ac[iv(j) X pfjioLi Xa,3cbv Çtor^v àj^ijjpoTcv èv jjpoTsoi;
^ fOTT^C/o; o'âv''o)v jiîÀLy^oÉa Xàfi^ravs ,:p(oaiv "EaD-Lc. Tïlv£. o'jolv T/i^-jv i/cov TuaÀajiai;.
« O race divine de V Ichlhus céleste , reçois avec un cœur plein de respect la vie inunortelle parmi les mortels. Rajeunis ton âme, ô mon ami, dans les eaux divines par les flots éternels de la sagesse, qui donne la vraie richesse. Reçois f ali>nent délicieux du Sauveur des saints: mange, bois, /6^>'Z(^/// /'Ichtbus dans tes deux mains ».
Cette inscription qui peut remonter à une épo- (jue proche de S' Irénée. car elle reHète les idées et le style du saint docteur, nous découvre clairement le sens du poisson que nous voyons souvent servi aux convives dans les banquets peints sur les tombes chrétiennes, et nous explique, avec le texte de Tertullien, pourquoi les fidèles eux-mêmes étaient parfois représentés sous la figure de petits poissons. \''oici des exemples.
Ici, comme dans les peintures, nous voyons des pains vers lesquels des poissons se dirigent pour s'en nourrir ; ailleurs des pains seuls sont représentés ; enfin, dans les plus anciennes peintures,
(i) V. Lexur.mam. MeliDiges irarr/iéot., t. 1\', p. iiS.
L E^'I(^RAPHF^: ki l ar i dans lks catacomf'.es for
aux pains est jointe la coupe; ainsi dans la crypte de Lucine, ces coupes sont représentées comme si elles étaint en verre, ce qui permet de voir la liqueur rougeâtre qu'elles contiennent (voyez à la fini.
"En outre, dominant tous ces symboles, nous trouvons l'idée de la multiplication des pains et des
Fig. 3fi et 37, — Symboles eucharistiques.
poissons. Souvent nous voyons autour des banquets du divin 'l/^^"'^^ ^^^^ corbeilles pleines de pains marqués de croix, tantôt au nombre de sept, tantôt au nombre de douze; une fois, par erreur ou à cause d- la symétrie, au nombre de huit. Ici pourtant ce n' est pas l'idée de miracle qui est saillante, mais celle de nourriture; et le nombre constant de sept
62 LKS; CATACOMRRS DlC S. ('AI.TXTK
fait comprende qu'il s'agit du sens mystique de ce nombre, et d'une allusion au repas sur le rivage du lac de Tibériade, où sept disciples, comme le raconte S^ Jean, après la pêche miraculeuse, mangèrent du poisson cuit.
On ne peut donc douter du sens de telles peintures. Déjà Origène avait parlé de la multiplication des pains comme d'une figure de T euch.iristie et comme d'une chose si commune qu'elle n'avait pas
Fig. 3S. — wii-PKRT. Fi acti» punis, Tig. 19. \>. 83).
besoin de commentaire (i); mais au iv*^ siècle cet enseignement se généralise à un tel point qu' il a pour témoins tous les Pères.
Un autre miracle devait également devenir le symbole de 1' eucharistie, le miracle da Cana. Au iii^ siècle, Cyprien commente en ce sens le changement de l'eau en vin (2).
Quelques archéologues qui para'ssent n'avoir jamais vu les catacombes, ont tenté de diminut^r
(i) Origen., Comynent. in Maith., I, x, \ 25. (2) CvpRiAN., Ep., LXlll, 12.
L Ri'ir.RArinE i: 1 i. arf Iians i.rs catacomiîi s t>T,
la valeur de ces interprétations, mais la pauvreté de leurs arguments négatifs et 1' invraisemblance de leurs interprétations, surtout leurs erreurs concernant ces notions générales et reconnues de tous qu'il n'est pas permis d'ignorer quand on veut parler de l'art chrétien antique, ont fini par discréditer leur système (i).
On nous demandera peut-être quel rapport ces deux sacrements peuvent avoir avec l'état du défunt. Voici notre réponse : le même rapport qu 'il y en a entre les paroles d'Abercius quand il invite à prier pour lui ceux qui comprennent son langage symbolique et l'état d'Abercius. Nous retrouvons cette façon de prier pour les morts dans les plus anciennes liturgies: on demandait au Seigneur de recevoir dans sa paix l'ame du défunt, parce qu'il avait eu foi aux mystères du Christ.
(i) Voir un aperçu de cesy^tème dans ses réfutations: DucHESNE, Bulletin critique, 1894, p. T17; \V. Sciiui.TZ, Tfieoloii . Litteraturhlatf, 1.S94, 11 mai et 27 juillet; W'iij'ekt, Fraetio panis, p. 95 1 1 suiv. ; Marucchi, Les catacombes et le protestantisme, \^Q'>c\éQ\ et d'autres. Voir en outre les articles dans les Ephemerides liturgicae, 1908, fasc de févr., sept., cet., nov., déc. : 1909, Janv. - A propos de la signification du poisson, un jour, pendant que j'expliiiuais le sens caché des peintures à un groupe de savants, amateurs et professeurs, un des auditeurs, - je ne veux pas le nommer^ je dirai stulement qu'il est professeur d'Université, objecta que les poissons se trouvent aussi dans les peintures de Pompéi et sur les obélisques égyptiens. Un railleur qui était près de lui, un napolitain, je crois, lui répondit : » Mon cher professeur, dans la mer aussi il y a des poissons ! »
54 LES CATACO>iBES DE ,S. CALIXTE
X'oici ce que nous lisons dans l'ancienne liturgie romaine à propos d'un homme mort immédiatement après son baptême : « O Dieu qui accueilles dans le royaume céleste seulement ceux qui sont nés une seconde fois par Teau et l'Esprit-saint, aie pitié de r âme de ton serviteur, et comme tu l'as fait mourir sans péché aussitôt après son baptême, accorde-lui la plénitude de la vie éternelle > (i). - « Généralement, dit Mgr. W'ilpert, les défunts sont désignés comme ceiLV qui ont revêtu Dieu par t'eau ou dans l'eaji du baptê)iH\ dans les plus anciens chants (Qâle) de l'Eglise syriaque orientale, plus tard nestorienne qui remontent au iv^ siècle, et dans la littérature liturgique de toutes les églises syriennes > (2).
Quant à l'eucharistie, rien ne pourrait être plus évident. Jésus semble avoir été le premier à établir ce symbole, quand il dit dans l'Evangile de S' Jean : Celui qui ^nange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour Ces paroles montrent clairement que l'eucharistie est le gage et le prix de la vie éternelle ainsi que de la résurrection. Les Pères et les Conciles parlent de même, L'Eglise, dans sa liturgie, nous le fait entendre de mille façons, et nous lisons dans une très ancienne oraison: « Regarde avec bienveillance, ô Seigneur, tous les fidèles défunts ; remets-leur leurs péchés et pardonne-leur
(i 1 MuRATORi, I.itiir^. Roui. vêtus. I, 755 ; voir Wilpert, Le pitture dette catac. rom. p. 235 ss. (2) Wilpert, loc. cit.. p. 235.
l'kpigraphie et l'art
DAKS LEf^ CATACOMP.es 65
l.urs fautes, parce que dans leurs membres se trouvent la chair et le sang- de ton Fils Unique » ( i • Du reste nous trouvons ce même rapprochement d'idées à la fin de l'inscription d'Autun déjà citée, où Pectorius, en invitant son ami qui lui survit a se rassasier du poisson divin recomande à ses pa-
mn^
•fee
Pig. 39. (un-EPERT. Le pUlnre délie Catac. mm.).
rents et à ses frères de ne pas l'oublier: -< Rassisie-toi donc du poisson, Seigneur et Sauveur, je te le souhaite. îe t'en supplie, Ô lumière des détunts. accorde un doux repos à ma mère. Ascandius mon père, si cher à mon cœur, avec ma mère et mes
i\ Renaudot, Liinrg. orient., II, p. 450 ss.
frères, dans la paix du poisson^ souviens-toi de Pectorius.
Les flus dernières. — Aux symboles du baptême et de l'eucharistie font suite les symboles des fins dernières, c'est-à-dire la résurrection de Lazare ou l'histoire de Jonas, quelquefois l'une et l'autre; on trouve aussi la représentation de l'âme devant le Christ Juge.
11 semble que le poète Prudence ait eu sous les yeux cette série de sujets symboliques, quand, racontant dans son ApotJicose comment les disciples recueillirent les fragments des pains, après que la foule fût rassasiée (symbole de l'eucharistie), il se sent tout à coup indigne de chanter ces saints mystères et évoque brusquement Lazare de son tombeau :
Sed quid ego haec mitem tHubanti voce retexo, hidigmis qui savcia caiiani .? procède sepii/chio, Lazare . . . (i i.
De plus l'image de Lazare revient souvent dans les liturgies funéraires anciennes, et, de nos jours encore, l'Eglise chante dans l'Office des morts : « Toi qui as ressuscité de son tombeau Lazare qui déjà sentait mauvais, donne leur [aux morts] le repos et sois indulgent à leur égard > .
Même observation au sujet de l'histoire de Jonas, si souvent représenté sur les peintures des catacombes et sur les bas-reliefs des tombes. Très significative est la la forme de dragon donnée constam-
(i) Ver. 736 et suiv
l'epigrapiiie et l'art dans les catacombes 67
ment au monstre marin qui avale le proplhète, sans doute pour représenter la mort éternelle et le dragon infernal. Dieu saura arracher l'âme de la gueule de ce dragon, comme il a sauvé autre-
i.m'^-^^'Vj*
Fig. 40. — Peinture synciéliste. 1\'. siècle Jugement de l'àine. (wiLPERT, Le piltme délie Catac. rom. fig. 132. 2).
fois Jonas. L'accord de ce symbole avec la liturgie est parfait: outre les prières faussement attribuées à Cyprien, mais qui sont du iii^ siècle, un Ordo rapporté par Martène (i), la liturgie romaine et autres éscrits, les monuments nous rendent le même témoignage. Une plaque sépulcrale relatée par Gar-
(i) Martène De antiq. EccL ritibus, 1, p. S99.
LËfi CATACOMBES DE S. CALIXTE
rucci et Perret qui représente le défunt entre le lion et le dragon, est certainement inspirée par une ancienne prière dans laquelle on supplie le Seigneur de protéger le défunt contre les assauts de ces deux personnifications du démon (i).
Fig. 41. — Peinture chrétienne, IV siècle. Jngimetit de l'âme. (\\ ii.PEKT, Le j ittiii e d<tca Catac. lom.. lig. 247).
Le jii;^eiiient de l'âme. — Une série de peintures auxquelles on a donné autrefois différentes interprétations, ont été expliquées par Mgr. Wilpert, et représentent le jugement particulier de l'âme. Le défunt est présenté par un ou deux saints devant le Juge éternel qui est assis sur une cat/iedra. Les saints plaident la cause du défunt.
(1 ) Le Blan'i. Sarcophaiies d'Aj-Ies, p. xxx, vi : « Non ei se opponat leo rugiens et draco devorans, niiserorum animas rapere cunsuetus ».
l'epigraphip: et l'art dans les cataco:\ipes 69
Ces peintures sont un peu analogues à celles de quelques obscènes adorateurs de Jupiter Sabazios : ces syncrétistes empruntèrent aux chrétiens quelques notions sur la vie future et les mêlèrent à leur pag'anisme. Voir, dans les fig. 40 et 41 les deux types analogues à côté l'un de l'autre.
Ce qui achèverait de dissiper tous les doutes, si c'était possible, serait une p'erre du cimetière de Calixte trouvée dans les dernières fouilles qu'y ont faites les Pères Tranpistes sous la direction effective de la Commission d'archéologie sacrée (fig.'~39).
I"ig. 42. — : Mustie du Laliaii).
Le défunt, Tliiodoulos, se trouve devant le Christ juge, Noir€~ Seigneur, assis sur un tribunal qui lui donne le signe de la paix en le recevant parmi les brebis. Le Christ est indiqué par le nom même qu'on lit au-dessus de sa tête avec le monogramme ^. et le nom du défunt, le même que celui de l'inscription, est gravé sur le seuil du tribunal. On ne pourrait imaginer de scène plus clairement symbolique. De l'autre côté semble être exprimée l'idée de la Loi: on y voit un livre ou diptyque ouvert à côté d'un personnage qui le tient ; près du personnage est écrit : Moïse prophète. L'inscription finit par l'accla'
mation EIC ArAllHX, qui se rapporte au festin céleste ou au bonheur du ciel signifié par ce nom. D'autres épitaphes nous donnent cette même formule.
« O Jusfe, q2ie ton noju soit inscrit an banqnet céleste ».
Le sujet est fort intéressant même pour ceux qui ne partagent ni la foi ni l'espérance des premiers
Fig- 43
Les Rois Mages el l'étoile en forme de monogramme "Ir/jO'JÇ Xoi3XGC.
(wiLPERT, Eiu Gycliis, pi. i, I).
chrétiens. Il sera traité ex professa dans le III ^ livre de mes Notiones archaelogiae christianae.
Parmi les symboles mentionnés on en trouve souvent d'autres qui indiquent l'aide de Dieu dans les épreuves. Ils sont aussi inspirés par les prières et spécialement par celles que le prêtre récite, aujourd'hui encore, au chevet des mourants. En