‹ Les Catacombes de saint CalixteChapitre 11 sur 27 · ARTICLE I · texte numérisé non relu

ARTICLE I

Terrain où fut crtMisé le Ciinctlère do S* Talixto

Toute cette étendue de terrain qui commence à la petite église de Oiio vadis et s'étend jusqu'à S^ Sébastien, circonscrite par la voie Appienne, la voie Ardéatine et la voie des Sept-Eglises (cette dernière part de la voie Appienne près de la basilique de S^ Sébastien, croise l'Ardéatine et ensuite continue vers la basilique Ostienne), cette étendue de terrain est occupée par le cimetière de Calixte.

La première partie qui, en montant doucement depuis le carrefour de l' Appienne et de l'Ardéatine, compte environ 150 mètres, s'appelait Vis;na Moroiii. Là sont les ruines d'un édifice à trois absides qui semble avoir été plusieurs fois restauré. Ce sont •les restes de la basilique du pape Marc qui était située entre les deux voies susdites, selon les Actes de Nicolas I^»^ - sur l'Ardéatine, selon le Martyrologe d'Adon, - tantôt sur l'Appienne et tantôt sur l'Ardéatine, selon le Liber Poutificalis, Ce dernier

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document, dans la vie du pape Marc, dit que le pontife obtint de Constantin Auguste un fonds de terrain appelé « champ des roses >>, avec ses alentours, et qu'il en fit un cimetière.

Pour comprendre le motif de ce nom « champ des roses », il faut noter que les Romains, à certaines époques de l'année, avaient l'habitude de faire des sacrifices et des libations aux défunts et qu'ils employaient pour cela une quantité de fleurs, de préférence et suivant la saison, des roses et des violettes (2). Le champ dont il est question était donc exploité pour orner les tombeaux, et, malgré le but religieux de son exploitation, il put devenir, soit par extinction de la famille, soit par donation, vente ou confiscation, propriété de l'Etat, ce qui permit à l'empereur d'en disposer à son gré.

De la Vi^ua Moroni on ])asse à une autre appelée \'igna Cardelli qui arrive jusqu'auprès du monastère des Pères Cisterciens Réformés (Trappistes). On ne sait rien de positif sur cette vigne, excepté qu'elle touche et peut-être occupe en partie le terrain qui porta le nom de campus RcdicuH - « champ du dieu du retour ». Festus Pompée et d'autres auteurs racontent cprAnnibal, à la suite de certaines

(i) « Ex huius suggestione obtiilit Constantinus Augiistus hasilicae, quem cymiterium constituit via Ardealina, fundum Rosariiim cum omnem agrum campestrorum. prest. sol. XI.». (Mo.MMSEN, Acta Pont. Rom., p- 73)'

(2) \o\t7, les Notiones archeol, christ. ^ vol. I, pars I, PP- 325-^38.

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visions effrayantes, abandonna le projet de prendre Rome d'assaut, et s'en alla piller le temple de la déesse Féronia au pied du mont Soracte, puis se retira à Capoue. A l'occasion de ce départ les Romains élevèrent sur Is colline occupée par le général carthaginois un sanctuaire au dieu retour, et le champ prit le nom de campus Rediciili. C'est précisément à Tendroit où est bâti le monastère des Pères Trappistes qu'on doit reconnaître l'emplacement de ce champ, car, au temps de Pline, un cortège étrange, mais solennel, se forma à la droite de la voie Appienae, à la seconde borne milliaire, et, dans le champ du dieu Rèdiculus, sur un majes tueux biicher, brûla le cadavre d'un corbeau qui des rostres saluait chaque jour les enfants de la famille impériale et le peuple romain. Or la seconde borne milliaire s'élevait juste à cet endroit de la voie Appienne, et la vigne elle-même s'appela durant quelque temps viojia del viiglio. L'historien Ampère veut identifer le dieu Rèdiculus avec le dieu sabin Tutanus (protecteur), dieu d'origine pélasgique, apporté en Etrurie. passé de là aux Sabins, puis aux Romains, et, comme Tutanus était le même que Mutinus (ces deux noms sont d'origine Sabine), qui n'est à son tour qu'une autre dénomination de Priape, Rèdiculus ne serait en somme qu'un surnom donné à ce dieu obscène après la retraite d'Annibal y\). A vrai dire, l'érudit historien n'a point prouvé que Rèdiculus fût identique à Tu-

(i) L'histoire romaine à Rome, t. III, p. 102.

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tanus. Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître icimême, à la seconde borne milliaire. le champ d'Annibal, et non, comme certains l'indiquent aujourd'hui, dans une position absolument défavorable à une armée qui veut faire le siège d'une ville, et à gauche de la voie Appienne.

Après^ la ]/ig7ia Ca}-dellix\ç:r\t\di Vigna Amendola qui va jusq'à côté de S^ Sébastien. Dans cette vigne, à 500 mètres environ de l'église Q210 vadis, s'éleva, vers la fin du 11*^ siècle, une villa ornée d'un si grand nombre de piscines qu'on pourrait la prendre |)our un établissement, de bains publics. On a pu en découvrir le calidarium, salle où l'on chauffait l'eau et différents conduits destinés à remplir les piscines.

Du côté de S' Sébastien partait une route pavée en polygones de lave basaltique, en partie visible encore, et dont le tracé, grâce aux fouilles habih s qu'on a fait dernièrement a pu être déterminé mathématiquement, du moins sur un assez long parcours. Rien du reste de plus évident, car on a retrouvé les ruines de plusieurs tombeaux qui bordaient cette route ; ce qui prouve de plus combien elle était fréquentée et importante, quoiqu'elle fût située entre deux voies consulaires, l'Appienne et l'Ardéatine.

Une preuve qu'il y avait là une vraie nécropole, ce sont les nombreuses ruines qu'on y a retrouvées, il y a un siècle environ, au temps de Fea. Outre plus de deux cents tombeaux le long de la voie Appienne, on a pu reconnaître dans l'intérieur du

Lfi CIMKTIERK DK S, CALlXTK

champ un colombaire des soldats de la flotte du cap Misène [viililiim Misenatiinn) : un. nutre, d(jnt les propriétaires s'appelaient « adorateurs du dieu Svlvanus », divinité obscène à laquelle les matrones ne pouvaient sacrifier, parce qu'elle leur était hostile, comme le rapportent Juvénal (. i ) et S^ Augustin (2); un troisième enfin, fondé par le chef cuisinier des

Fig. 47. — Chapelle à trois absides de S. Sixte

Antonins Augustes, et dont l'inscription dédicatoire disait que, même si les propriétaires du colombaire venaient tous à mourir, la mémoire, c'est-à-dire le monument, devait devenir la propriété du Collège des cuisiniers établi sur le Palatin.

La route passait donc au milieu de ces tombes

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