NOMINA
EPISCOPORVM MARTVRVM HT CONFHSSORVM
(JVI
)KPOSITI SVNT IN COEMETIiRlO CAI.LISTI
XYSTVS
DlONYSIVS SïEPHANVS VrBAxMVS
CORNELIVS
Félix Lvcivs Manno
PONTIANVS
EvTvcHiANvs Anteros Nv.midl\nvs
Fabianvs
Gaivs Lavdicevs Ivlianvs
EVSEBIVS
MlLTlADES POLYCAUPVS OPTATVS
HORVM PKI.MVS SANCT\S XVSTVS
P^SSVS CVM AGAPITO KEI.ICISSIMO ET ALUS NV.MERO XI
Cette inscription, comme les vers HIC CONGESTA, embrassait non seulement la crypte des papes et les cryptes adjacentes, mais aussi toute la nécropole calixtienne.
Observations sur les tombes des papes
Ce livre devant servir à tous ceux qui étudient, en savants ou en amateurs, l'archéologie chrétienne, je crois bien faire en ajoutant à la description rapide de l'hypogée pontifical, quelques remarques sur la sépulture des Papes ; j'en exposerai en même temps les points moins clairs et controversés.
Dans quelques manuscrits du Liber poiitificalis nous trouvons que les papes Anicet et Soter furent eaterrés à S^ Calixte. Ces manuscrits cepen-
LE ClMETI RK DE S. CALI^CtK IOÇ
dant ne datent que du ix*^ siècle, tandis que les recensions plus anciennes (par exemple celle de 530 publiée par Schelstrate, et celle de 687 publiée par Bianchini;, mettent au Vatican la sépulture de ces deux pontifes. O'u on y ajoute le silence que les Sylloges épigraphiqiics. les Itinéraires et le Martyrologe Hiéronymieyi gardent sur ce sujet.
Les pèlerins du viii^ siècle et le Liber pontificalis affirment que S^ Zéphyrin (199 217) était déposé, non au cimetière de Calixte, mais au dessus, sur su m in coemeterio suo iuxta coemeterimn Callisti. D'autres pèlerins dis- nt qu'on le vénérair, avec S' Tarsicius. in eodem tnmulo. De Rossi ne croyait pas à l'existence d'un cimetière de S^ Zéphyrin, distinct de celui de S^ Calixte, mais supposait que S^ Zéphyrin avait d'abord été déposé dans la chapelle des Papes et en avait été retiré, peut-être au v^ siècle, pour être, conjointement au corps du martyr de l'Eucharistie, déposé dans une basilique sur terre. Mais comme on pouvait appeler cimetière une simple basilique à cause des tombes qui se trouvaient autour ou au dedans, on aurait donné au sanctuaire ou au tombeau du pontife et de l'acolyte martyr le nom de « cimetière de Zéphyrin ».
Cette explication qui parut à tous très plausible au temps de De Rossi, est maintenant Tobjet d'une vive discussion entre Mgr. Wllpert et le commandeur Marucchi. Sans prétendre résoudre ce difticile problème, j 'exposerait brièvement, en son lieu et place, l'état de la question. C'est en tout cas
IIO LES CATACO^inES DK S. CALIXTE
un fait hors de doute que Zéphyrin, à peine élevé au souverain pontificat (199?), appela à Rome Calixte qui vivait dans la retraite à Anzio d'une pension ecclésiastique qui lui était payée comme confesseur de la foi. et le mit à la tête de l'administration du cimetière et du gouvernement du clergé, avec le titre de premier diacre; il est également certain que l'ornementation des entrées primitives du cimetière de Calixte et certains res tes de maçonnerie dans la crypte des Papes remontent à l'époque de Marc-Aurèle.
Du pape Calixte (217 222) nous n'avons plus aucum souvenir pour nou> indiquer sa sépulture dans le cimetière qu'il avait administré ; au contraire l'histoire de son mart}Te nous dit qu'il fut enterré au troisième mille de la voie Aurélienne, in coemetcrio Calepodii : « A un fait si étrange, on doit chercher une raison ; elle me semble être dans les indications confuses qui nous sont parvenues au sujet du martyre et de la sépulture de ce pontife. Dans les Actes qui nous les racontent (i), les critiques trouvent très admissible le genre de mort attribué à Calixte (2). D'après ces Actes, Calixte aurait été jeté par une fenêtre dans un puits du Transtévère, ce qui semble convenir plutôt à une émeute populaire qu'à la sentence formelle d'un magistrat oii de l'empereur. Le corps écrasé sous un tas de pierres fut retiré du puits en cachette
(i) Ac/a SS., t. VI, oct., p. 439.
(2) Cf. TiLLEMONT, Nisf. cccL, t. III.
LE CTMITICRT: de s. CALIXTE III
et porté au cimetière de Calépode, sur la voie Aurélienne, non ^ loin de l'endroit où il avait été tué d'une façon si étrang-e et si illégale » (i).
A dire vrai, il semble impossible que l'empereur Alexandre Sévère ait ordonné le supplice du pontife chrétien, puisqu'on lit de lui : Christianos esse passus est, et qu'il avait rendu aux chrétiens la possession d'une église au Transtévère. Mais peut être cette préférence de l'empereur excita-t-elle mille colères contre le chef des chrétiens ; Calixte était d'ailleurs, nous le savons par le livre des Philosophoumena, détesté des Juifs qui, déjà avant sa promotion aux ordres sacrés, l'avaient fait déporter en Sardaigne. De plus le^Juifs comptaient dans Alexandre Sévère une sorte d'adepte et avaient été comblés par lui de privilèges, comme le rajv porte Lampride, ce qui leur faisait espérer Timpunité.
Ces circonstances, sans décider au juste qui furent les meurtriers de Calixte, rendent vraisemblable le récit de sa mort dans une émeute, et toute conjecture opposée nous semblerait fantaisiste.
8* Urbain (222-230). — A Calixte succéda Urbain qui fut certainement enterré sur la voie Appienne. Les plus anciens Martyrologes marquent sur cette voie la sépulture d'un évêque Urbain, mais au cimetière de Prétextât qui est en face de celui de Calixte et de l'autre côté de la voie. Ainsi
(i) De Rossi, Ro)na soft., t. II, p. 51.
ÎT2 LES CATACOMnKS DE S. CALIXTE
nous lisons au Martyrologe Hiéronymien, le 25 mal : [^A^afalis\ Urbani episcopi in coenieterio Praetexiati, et au petit Martyrologe Romain : Urbani episcopi et viartyris.
La première fois que cet Urbain apparaît comme pontife, c'est dans la plus ancienne recension du Liber poniiftcalis ; Qui et sepultus est cimitcrio Praetexiati (Epitome Feliciana). L'abbé Jean énumère le nom d'Urbain avec le groupe de Prétextât,
Fig;. 60. — Inscription du pape (?) l'rbain.
etj tandis qu'aucun document topo^raphique ne relate ce nom dans le cimetière de Calixte, le manuscrit de Malmesbury nomme Urbain entre S^ Janvier et S^ Zenon ; V Epitome de lacis sanctorum martyrmn le donne avec le groupe de Prétextât : de même le manuscrit de Salzbourg" qui l'appelle en outre : episcopiun et confessorevi.
Tout indique le culte d'un Urbain dans le cimetière de Prétextât ; seul le manuscrit de Berne du Martyrolog'e Hiéronymien, d'après les corrections de De Rossi, mentionne le nom d'Urbain au cimetière de Calixte.
Mais l'incription d'un Urbain fut trouvée près de la crypte des Papes, là où elle communique avec la chapelle de S'^ Cécile ; elle est rédig-ée en grec, et après le nom il y a un trait coiu-be qui pour-
LE ClMlîTlKKE 1)K S. CALIXTK Uj
t*ait bien faire partie d'ïin E. Il y a une grande ressemblance entre ce fragment et les épitaphe^? |)apales, mais on n'en peut comparer la paléographie à celle de l'épigraphe de S^ Antéros, qui lui est postérieure. Ce ne peut-être là une sérieuse difficulté. Ce qu'il y a de plus difficile, c'est de compléter le mot suivant. De Rossi a lu : 'ETtiaxoTToç, d'autres : 'Ev £'pryV"(j. Mgr. Wilpert a cru voir la courbe d'un Sj dont le sommet dépasserait ; pour De Rossi cela serait dû à un coup de pioche.
De Rossi suppose l'existence de deux Urbain, l'un, pape, enseveli à S^ Calixte, l'autre, évéque, déposé à Prétextât qui fut confondu avec le pape par l'auteur du Liber pontificalis. Ce n'est pas ici le lieu de discuter une question si embrouillée ; je me contente d'avoir indiqué la difficulté. L'inscription est placée à gauche, regardant l'autel, sur le bord de la tombe la plus proche du sol.
S* Poiltieii (230-235). — A Urbain succéda Pontien que les Martyrologes affirment avoir été enterré au cim.etière de Calixte. On lit le même renseignement dans le Liber pontificalis qui raconte en outre que, sous le consulat de Sévère et Quintien (235), le pape fut déporté en Sardaigne avec le prêtre Hippolyte. Le Catalogue Libérien ajoute à cette même information que le pape renonça à la charge pontificale le 28 septembre de la même année, et que, le 21 novembre, Antéros fut élu à sa place. Le Liber pontificalis remarque aussi que le pontife fut battu de verges et tué le 30 novembre, probablement de l'année suivante 236;
It LES CAtACOMUES t)E S. CALIXTË
il t'tait donc encore vivant, quand fut élu Fabieil» Celui-ci, en vertu de la loi qui permettait de réclamer les corps des justiciés et utilisant les bonnes dispositions de l'empereur Philippe l'Arabe, se rendit lui-même en Sardaigne pour transporter avec honneur le corps du glorieux martyr et le déposer dans le cimitière de Calixte, Voici les textes qui ont rapport à ce pape.
Liber poxtificat.is : Eodevi tempore Pontianus episcopus et Ypolitus presbiter exilio sunt deportafi ab Alexandro in Sardinia insula biicina (nociva?) Severo et Ouintiano conss. In eadem insnîa affîictns, maceratiis fustibiis, defnnctiis est m kaL novemb. et in eins loco ordinatus est Antheros xi kal.
deceinb Ouem beatus Fabiaiius adduxit navi-
gio \cum clero per naveni\ et sepelivit in cymeterio Calisti via Appia » (i),
« Fuit [Pontianus] temporibus Alcxandri et cons. Pompeiani et Ge/iniani. Eo tempore Pontianus et iscopiis et Ypolitus presbite7- exoles sunt deportati in Sardinia, in insula vocina (nociva) Severo et Ouintiano consulibus : in eade^n insula discincti/s est III Â^al, octobr., et loco eins ordinatus est Antheros IX kal. dec. cons. ss. (suprascriptis) » (2,)
L'insciption de Pontien fut retrouvée, il y a quelques années dans les fouilles que Dom Dominique Sheercousse, Cistercien reformé, Abbé de N. D. Des Catacombes, ent l'heureuse idée
(i) MoMMSEN, Libri pont, pars I, p. 24. (2) Catalogne Libérien^ au nom « Pontivn ».
LR ett^tETlRRlL DE S. CALlXTË Îl3
d'entreprendre dans la crypte même de S^^ Cécile. Elle est ainsi conçue: nONÏlANOO ElIICK MPT, « Pontien, évêqiie et martyr ». En outre parmi les graltîtes du vestibule de la crypte on lit ^ EN (d^ià META IIANTcov èTiiay.oTîwv nON- TIANE ZHZHC, « En Dieu avec tous les évêqnc%,
ANTCPûaC^'-eTî I
Fig. 6i. — Inscription du pape Anteros.
ô Pontien^ vis ! » Ce ^raffite, tracé sur le badigeon encore frais, peut remonttr au iii^ siècle et être, comme le pensait De Rossi, contemporain de la sépulture de ce pape.
S^ Allteros (235-236). — De la sépulture d'Antéros, successeur de Pontien, dans le cimetière de S^ Calixte, nulle trace dans les plus anciens Martyrologes ; mais elle est relatée dans la plus ancienne recension du Liber pontificalis et répétée dans toutes les autres ; en outre elle est indiquée ad S. Xysiuni, ad S. Caeciliam par les documents topographiques (manuscrits de Malmesbury et d'Einsiedeln). Antéros fut pape un peu plus de 40 jours,
n6 LES CATACuMliKS DK S. CAl.IxlK
soit du 2 1 (24?) novembre 235 au 3 janvier 236; il mourut dans la brève, mais furieuse persécution de Maximin et eut pour successeur Fabien. Selon De Rossi et d'autres critiques éminents, ces deux potifes furent élus quand Pontien vivait encore, car celui-ci succomba à la fiistigatio (bastonnade) non en décembre 235, mais un an plus tard. Le pontificat de 12 ans assigné à Antéros par les plus récents Martyrologes est une erreur due au Liber pontificalis.
Le plus évident des documents sur la sépulture de ce pape est son épitaphe qui se trouve au-dessus de celle d'Urbain. La forme paléographique et la netteté des caractères conviennent à la première moitié du iii^ siècle ; c'est donc la plus ancienne épitaphe de pape que l'on connaisse. Notons de plus la vraie forme de ce nom ANTEPQ ('AvT£pco;) et non pas 'Avtôc-oc qui correspondrait à Antenis, forme erronée qu'on trouve seulement dans des documents plus tardifs.
Il est impossible de savoir si après la sigle EIII (iTTiaxoTcoç) venait l'indication du martyre. Le titre d'évêque était le seul qui. en ces temps-là, convînt au pontife romain, et l'observation de ceux qui déduisent de cette indication que l'évêque de Rome n'avait aux premiers siècles aucune autorité sur les" autres diocèses, est vraiment ridicule. De Rossi fait observer qu'alors le titre de papa était un titre d'affection et donné à tous les prêtres ; ce n'est qu'assez tard qu'il fut réservé au pontife romain. Si on avait voulu l'appeler autrement, on aurait
LE ci.metjekp: de s. calixte 117
dû recourir aux mêmes titres classiques que les souverains pontifes païens. De fait Tertullien, devenu hérétique, dans son livre De pudicitia^ appela ironiquement le pape Calixte : Pontifex maxbnus, episcopus episcoporuni ; ce qui démontre que déjà le pontife romain revendiquait pour lui ces titres.
S*^ Fabien (236-250). — La sépulture du pape Fabien au cimetière de Calixte est attestée par de
Fig. 62. — Inscription du pape Fabien.
nombreux témoignages. Sans parler du Martyrologe Hiéronymien qui offre de grandes lacunes, toutes les recensions du Liber poyitijicalis et presque tous les autres Maityrologes l'assignent au groupe du cimetières calixtien. ]Mais le plus éloquent témoignage c'est répitaphe même du pontife martyr; à plus d'un titre cette épitaphe est digne d'intérêt. Remarquons d'abord que les lettres sont moins belles que celles de l'épitaphe d'Antéros ; cela est parfaitement d'accord avec une règle de 1' épigraphie, qui veut que les plus anciennes inscriptions soient en général le mieux exécutées. Nous faisons la même remarque à propos des trois aiitres épitaphes de papes. De plus on y trouve le
Il8 LES CATACOMBES DE S. CALIXTE
titre de martyr, réduit en sigle par 1' enchevêtrement des consonnes M T P. Nous ne savons rien du martyre du pontife, mais, outre qu'il disparut dans la persécutions de Dèce, le clergé romain et S* Cyprien, son contemporain, laissent entendre clairement qu'il succomba dans cette persécution. La sigle du martyre cependant n' est pas tracée avec les mêmes caractères que l'inscription, mais elle paraît avoir été ajoutée peu de temps après, ce qui de prime abord fit supposer à De Rossi que c'était une de ces falsifications fréquentes à une époque postérieure. Mais, en étudiant la chose de plus près, le grand archéologue s'aperçut que cette addition pouvait être V effet d'une décision officielle du successeur de Fabien, le pape Corneille. De fait, Dèce défendit et empêcha l'élection du pontife qui ne fut proclamé qu'un an et demi environ après la mort de Fabien. Or, selon la discipline ecclésiastique de ces temps-là, on ne pouvait déclarer martyr celui qui avait été tué pour la foi chrétienne, sans une reconnaissance officielle de son martyre. Cette reconnaissance s' appelait vùidicatio et correspondait à notre canonisation. Le martyr ainsi déclaré s'appelait viartyr vindicaius, tandis que, selon toute vraisemblance, avant cette reconnaissance, et pendant qu'on examinait sa cause^ il s'appelait : jnartyr designahis.
De tout cela nous avons des documents irréfragables ; citons seulement l'exemple d'une matrone qui, selon les paroles de S^ Optât, encourut les
censures ecclésiastiques pour avoir l'habitude, en s'approchant de Ih sainte table, de baiser dévotement les reliques d' un martyr non vindicatiis : <i eisi martyris, sed nondum vindicatif (i).
On comprend dès lors pourquoi le sigle du mar. tyre dans 1' inscription de Fabien est d'un caractère différent de l'inscription elle-même. L'ouvrier dut se contenter de la tracer, comme un graffite, pour ne pas briser la plaque assez mince et déjà en place.
On fut très étonné de voir que la sigle du martyre du pape Pontien est absolument la même que celle
de Fabien ; par conséquent, elles sont tous deux l'ouvrage d'un même graveur ; cela ferait supposer vraisemblablement que la vindicatio des deux pontifes ait été faite en même temps par le pape S^ Corneille, ou par un autre.
S^ Lucilis (25 juin 253-5 mars 254). — Le successeur ds Fabien. Corneille, fut enterré dans la crypte de Lucine. Nous en parlerons quand nous visiterons cette région. A Corneille succéda Lucius qui fut pape pendant neuf mois ; parmi les anciens documents, les uns disent qu'il fut ense veli à S^ Calixte. les autres ad S. Xystum, formule
Fig. 63.
Inscription du pape Luce I.
(i) Optât. MiLEV., De schisniatc Donalistarum, Wh. i, 16.
I20 LES CATACO:\IBKS DE S. CALIXTE
qui indique la plupart du temps la chapelle papale, l'épitaphe qu'on a retrouvée en cet endroit confirme les indications précédentes. Notons l'élision de l'O : A0ÏK[C au lieu de AOÏKIOC, qui se retrouve quelquefois dans les inscriptions tant chrétiennes que païennes : TAIC, KACTPIKIC, ACTEPIC, NOrMEXIC, au lieu de TAIOC, KACTPIKIOC, etc.
Nous en avons un autre exemple dans la crypte même des Papes, dans une inscription à droite de 1' autel :
AHMHTPIO KAÏ. RPO IF. KAA. lOïN.
« La déposition de Déméirios le ly Jour avant les caleiides de juiii (20 mai) ».
Certains ont voulu y voir un idiotisme déjà établi au 11^ ou 111^ siècles, d' autres une forme archaïque provenant de 1' étrusque ou des anciens dialectes italiens. Laissons ce problème aux philologues !
8^ Etienne (12 mais 254-2 août 357). — L'histoire et le martyre d' Etienne I^', dit De Rossi, sont un véritable buisson de controverses épineuses et inextricables. Les Actes de son martyre racontent qu'il fut surprir dans la crypte de Lucine, à l'autel ; qu'il subit courageusement la mort sur sa chaire épiscopale et qu'enfin il y fut enterré : « In eadevi cripta, in loco qui appeUaiur hodie coenieteriiini Callisti». Tout serait clair, si les autres documents ne disaient tout le contraire, à savoir que S^ Etienne fut tué d'une autre façon et ailleurs, puisque, d^ns les ruines de la crypte des Papes, que l'auteur des Actes a confondue avec la crypte
de Lucine, on a trouvé les fragments d'une poésie de S^ Damase déjà citée, qui raconte précisément l'arrestation et le meurtre d'un pape dans ce même cimetière au temps du schisme de Novat :
TEiMPORE QVO GLADIVS SECVIT PI A VISCERA -MATRIS HIC POSITVS RECTOR CAELESTIA IVSSA DOCEBAM.
Les x-\ctes ne se trompent donc pas en rappelant le meurtre d'un pape dans le cimetière, mais certainement ils se trompent en attribuant ce souvenir au pape Etienne, au lieu de l'attribuer à Sixte II, son successeur.
De nom.breux documents indiquent le dies naialis de S^ Etienne sur la voie Latine, où il y avait certainement un souvenir de lui ; cependant les plus anciens, comme le Sacramentaire Léonioi^ le Martyrologe Hiéronymien et \ Index Philocalien indiquent clairement la lete ou le souvenir de S^ Etienne au cimetière de Calixte. Comment donc expliquer la divergence des documents postérieurs ? Probablement par la confusion qui se produisit dans la topographie des sanctuaires.
S*^ Etienne fut, selon toute probabilité, tué sur la voie Latine, ce qui expliquerait qu'il y eût un souvenir de lui sur cette voie. 11 souffrit le martyre avec plusieurs membres de son clergé qui cependant ne furent pas enterrés comme le pontife à S^ Calixte. Voici pourquoi, en faisant mémoire du clergé, on mentionnait nécessairement le pape, tout comme la liturgie avait réuni Si C)'prien à S^ Corneille, de telle sorte que les pèlerins dii
viii^ siècle crurent voir avec le tombeau du pape celui de 1' évêque de Carthage, dont la figure était peinte à gauche de celle de S^ Corneille. Du reste le Liber pontijicalis, dans une de ses recensions, exclut formellement du cimetière de Calixte le martyre de S*^ Etienne. Voici ce qu'on y lit : « Suis temporibus est deportaiiis , postea nutu dei reversiis est ad ecclesiani incolumis. Et post XXXI V aies tentiis a Maximiano viissus est in carcerern cum noveiu presbiteris et II episcopis Honoriuni et Castuni et III diac. Xistiwi, Dionisiuni et Gaiuvi. Ibidem in carcerem ad arcinn stellae fecit synodum et onuiia vas a ecclesiae archidiacono siio Xysto in potes tate^n dédit vel arca7?i pecttniae post dies IV e .viens siib cnstodia ipse capite truncatus est>->.
Comme on le voit, c'est surtout à ce fait qu'on doit attribuer la mémoire de S' Etienne hors du cimetière de Calixte ; mais il y a plus encore. Dans la vie de Léon IV on parle de la basilique du pape Etienne sur la voie Latine au III^ mille ; mais en réalité, au III^ mille il y avait la basilique de S^ Etienne protomartyr. Le canoniste Bonizon qui vivait au xi^ siècle, indique le mart}'re de S^ Etienne au cimetière de S^ Sebastien. Or à cette époque la topographie avait été déjà troublée, et ni le cimetière de Calixte, ni celui de Prétextât ne se distinguaient plus de celui de S^ Sébastien. Tout cela nous aide à comprendre comment naquit la confusion entre les renseignements des divers documents, Nous allons voir que
ce n'est pas S^ Etienne, mais Sixte II qui fut martyrisé dans le cimetière de Calixte.
8*^ Sixte II (257-25S. — Ce que nous ne lisons pas d'Etienne I^'' dans les plus anciens documents, nous le retrouvons attribué à Sixte II : je parle de l'arrestation et du martyre du pontife dans le cimetière de Calixte. et l'extraordinaire renommée de ce martyre en ce même endroit.
Nous avons vu quelle insistance il >' avait dans les prières et les pieuses invocations que traçaient les pèlerins en passant devant la tombe des Papes ; nous y trouvons indiqué le motif pour lequel le cimetière fut souvent désigné par la formule : ad S. Xystum.
Si au contraire le pape Etienne avait eu le sort que lui attribuèrent les plus tardifs documents, nul doute que son nom, et non pas celui de son successeur, aurait dû se retrouver sur les murs du cimetière papal. Si la chaire ensan^ilantée fut vue par les pèlerins près de la tombe du pontife martyr, cette chaire devait avoir rapport à la tombe de Sixte II, derrière l'autel, comme on le voit par la reconstruction qu'en a faite De Rossi (tig-. 57, p. T02).
Mais il y a un texte contemporain qui nous certifie ce fait: c'est dans la lettre LXXXII de S' Cvprien, par laquelle 1' évêque de Cartage fait part à Successus de la mort de Sixte II qui lui avait été officiellement annoncée par le clergé romain : Xystum autem i)i coemdeiiuvi animadvcrsKm sciatis ociaio idiann aiiç^ustanim die et ciim codevi
Quartum, Les critiques ont démontré qu' on doit lire à la lin de ce texte : et ciim eo diaconos quatuor, car les plus anciens manuscrits portent : et cum eo ci. IlII. Ce renseignement correspond parfaitement aux autres documents. De fait, sur six diacres du pontife qui ont été. nous le savons, tués dans cette circonstance, quatre furent déposés à S^ Calixte, et deux seulement, Félicissimus et Agapit. à Prétextât. La poésie damasienne de la chapelle des Papes dit;
hic comités xisti portant qTÎ ex lioste tropaea.
« Ici gisent ies compagnons de Sixte, portant ies tropiiées ar radiés à i' ennemi >•>.
Les pèlerins en outre visitèrent sur la voie Appienne V oratorium ubi decoliatus est Xystus. De là, l'autre poésie damasienne qui rapelle le pontife surpris dans le cimetière, arraché de sa chaire et mis à mort ne peut avoir rapport qu'à Sixte II.
Si le fait en lui-même est clair, les circonstances de ce martyre ne parurent pas à tous trop claires. Parmi les pèlerins, les uns visitatient Fecclesiam parvam ubi decoiiatus est S, Xystus, à droite de la voie Appienne, après 1' église de S*^ Sotère : d' autres crurent avoir vu cet oratoire à gauche de la même voie. De Rossi a remarqué que la première des deux informations fut ajoutée en marge, et que dans le cimetière de Prétextât outre V ecciesia nbi decoiiatus est Xystus de la. tropographie d'Einsiedeln, il v aussi l'image de Sixte II en face des apôtres Pierre et Paul, et que, sur un
LE CIMEÎIRRK DE SCALIXTR t25
loculus voisin, un graftile porte la tigure de deux personnes, l'une assise sur une chaire et l'autre debout et dépliant un rouleau. Enlin sur un autre /ocii- ///s, un graffite porte les traces d'une autre chaire.
De Rossi conclut donc que, puisqu'il est ici question de souvenir de la chaire de S^ Sixte, ce n'est pas à S^ Calixte, mais à Prétextât que ce pape fut surpris et tué et transporté de là à 1' hypogée papal avec quatre de ses diacres tués en même temps que lui.
Ce n'est pas ici le lieu de réfuter cette opinion ; mais j' indiquerai les points faibles de ces arguments :
i^ Les diacres Félicissimus et Agapit peuvent avoir été tués avec S^ Sixte au cimetière de Calixte et ensuite avoir été transportés au cimetière de Prétextât qui se trouvait de l'autre côté de la voie, et dont l'entrée pouvait être à égale distance du lieu du supplice que l'entrée du cimetière de Calixte. Si au contraire le pape avait été tué à Prétextât, on ne comprend pas pourquoi Ton aurait dû transporter à S^ Calixte avec son corps les corps de quatre diacres ;
2° L'image de Sixte II à Prétextât ne prouve rien, car on trouve dans la crypte de Lucine les images de S'^ Cyprien et de S^ Optât, enterrés en Afrique, et dans la chapelle de S'^ Cécile celles de S^ Ouirinus et de S^ Sébastien, enterrés ad Cata- C2imbas.
3^ De même les personnages tracés en graffite sur la plaque d' un loculus ne prouveraient
tiè in^ CATAcoMniîs de s. CALÎXTË
1*1611, à supposer même, comme De Rossi, qu' ils représentent S' Sixte II et un de ses diacres. Nous trouvons en outre des scènes semblables dans les peintures du vi^ siècle, et la plupart du temps elles représentent Tâme devant le Christ juge.
4^ Reste le renseignement du manuscrit d'Einsiedeln ; mais d'abord les erreurs topographiques de ce manuscrit sont nombreuses ; de plus le manuscrit de Salzbourg donne le lieu du martyre de Sixte II après l'église ou le cimetière de S^^ Sotère. De Rossi a observé que c'était une addition en marge ; quoi qu'il en soit, elle est anjienne. La divergence unique qu'offre la topographie d'Einsiedeln ne peut balancer le téimognage contemporain de S^ Cyprien : « Sachez que Sixte fut tué dans le cimetière avec quatre diacres », c' est-adire dans les cimetière de 1' Eglise, dans le cimetière par antonomase, dans le cimetière de Calixte. De Rossi, commentant les vers de la poésie damasienne en l'honneur de Félicissimus et Agapit:
HI CRVCIS IXVICTAE COMITES PARITERQUE MINISTRI PASTORIS SAΫJCTI MERITVMQVE FIDEMQVE SECUTI
admet que ces deux diacres puissent avoir été tués séparément, bien que le même jour et pour la même cause.
Il y a en outre la poésie damasienne de 1' hypogée des Papes qui sur ce point mériterait une large discussion. Je me contenterai de faire remarquer qu'on parle ici d'un fait arrivé à cet endroit même, et que les interprètes antérieurs à la
LE cniETÎERE UE S. CALIXTE 12^
découverte des fragments, d' après lesquels la poésie aurait été placée dans T hypogée des Papes, furent également d' avis de placer 1' arrestation du pape au même endroit que cette inscription. De fait l'arrestation y est décrite comme un événement local et il est difficile, que dans la phrase
hic positvs rector coelestîa ÎTSsa docebam
le hic ait seulement trait à la chaire qui pouvait être apportée d' ailleurs ; le reste de 1' action, T arrivée des soldats qui arrachent le pape de son siège, ne peut se comprendre si on le transporte à un endroit différent de celui où se trouvait la poésie.
S* Deiiys (259-268J. — On n' a retrouvé aucun monument qui rapelle la mémorie du pape Denys, successeur de Sixte II. Mais les Itinéraires et la Notifia portariim le nomment entre Antéros et Eutychien, et le Liber poniificalis dit, en employant la formule ordinaire, qu' il fut enterré au cimetière de Calixte. Gallien rendit à ce pape les cimetières confisqués par Valérien, et le Liber poiitificalis nous assure qu'il préposa des prêtres aux églises et établit les cimetières et les paroisses de son diocèse : Hic presbiteris ecclesias dédit et cymiteria et paroecias diocesis constituit ; on ne peut prendre cette expression à la lettre, mais on doit entendre par là la réorganisation du clergé et le rétablissement de 1' ordre et des offices ecclésiastiques troublés durant la persécution de Valérien.
îîS LÈS CA'IACOMP.KS DK R CALIXTK
H^ Félix h' (269-274).— A r égard de Félix î^f il y a dans les documentes une divergence presque inconciliable. Il semble qu' on ait confondu Félix l^^ pape avec Félix II antipape. Corne l' Index Philocalien mentionne sa sépulture à S Calixte, le Liber pontijicalis sur la voie Aurélienne, Tillemont a cru résoudre le problème en admettant une translation ; et Paoli, ne pouvant détruire la haute autorité du Calendrier ecclésiastique, supposa, à rencontre de tous les autres textes, que le cimetière de Calixte était sue la voie Aurélienne. Mais aujourd' hui 1' autorité de 1' Index Philocalien est incontestée et h critique a démotré avec quelles précautions on doit utiliser les renseignements du Liber poniificalis à cause de ses inexactitudes, voire même de ses erreurs et de ses fantaisies. Rien de plus utile que ce livre, mais aussi rien souvent de plus trompeur en fait de documents. Outre la depositio episcoponmi de V Index Philocalien^ le nom Félix se trouve dans la série chronologique des papes ensevelis à S^ Calixte, dans les divers manuscrits hiéronymiens, et dans les sylloges qui font autorité de Klosterneuburg et de Gœttwei. Quant aux Itinéraires, il est probable qu'on vénérait réellement auvii^ siècle sur la voie Aurélienne la mémoire des deux Félix ; ou peutêtre Félix I^^^^y avait-il fondé un cimetière.
S* Eutycllieil (275-283). — Presque tous les plus anciens documents ecclésiastiques attestent qu' Eutychien fut déposé au cimetière de Calixte. Ils ne diffèrent que sur la date de sa déposition.
Le comm. De Rossi supposa que cette divergence était due à des translations, parce qu'il ne put concevoir qu'on pût donner une date différente de la date déjà reçue, par mensonge, caprice ou erreur. Je ne discuterai pas ici l'opportunité de certaines translations, mais en règle générale il ne faut pas trop facilement les admettre. Une erreur de date est vite commise dans un manuscrit, et rien d'in-
Fi». 64. — Inscription d'i pape Eutychieii
vraisemblable à ce qu'elle se répète dans d' autres manuscrit dépendants du premier. Il ne semble pas qu'Eutychien ait été martyr. Quant à son inscription, voici ce qu'en dit De Rossi : « La paléographie et les caractères de l'épitaphe sont exactement semblables à ceux des trois épitaphes que j'ai examinées, d'Antéros, de Fabien et de Lucius, riches en indices du fait qu'elles sont contemporaines à la sépulture et que le titre n'est pas historique mais sépulcral. La plaque de marbre est mince, oblongue, destinée à fermer la niche du locuhis cémetérial ; la
Î30 LfeS CATACOMBES DE S, CÀLIXTÉ
gravure des lettres est d'une main absolument différente de celles qui gravèrent les trois épitaphes précédentes; cependant la paléographie ne diffère pas en substance de la leur : il n'y a de différence que dans la négligence de l'écriture qui systématiquement laisse de côté la synétrie des mesures et des lignes de chaque lettre. Cette décadence dans l'art épigraphique convient à l'épitaphe d'Eutychien, de 30 ans postérieure à celle de Lucius, sous les empereurs Carus et Carinus, alors qu'on voit apparaître cette même négligence dans les épigraphes des travaux pubblics » (i)
De Rossi pensa que dans cette chapelle des Pajies fut transféré comme dans un lieu sûr le corps du pape Caïus durant la persécution de Dioclétien. C'est possible, mais il n'y a pas de raison suffisante cà une telle translation dans la confiscation du cimetière de Calixte; d'ailleurs mon ami Georges Schneider a démontré par des raisons très fortes, sinon irréfutables, Tinvraisemblance d'une telle translation (2).
Ces deux papes suivants, Marcellin et Marcel, furent déposés au cimetière de Priscille, peut-être à cause de la persécution de Dioclétien et de la confis :ation du cimetière de Calixte. Il }' a un souvenir du pape Marcellin dans une inscription de
(ij Ro}na sof/en., t. TI, \). 72.
(2) Cfr. Bullettino di Archeol. crisl,, 1907.
ce cimetière que nous verrons plus loin. Les papes Eusèbe et Miltiade furent aussi ensevelis à S^ Calixte, mais en deux endroits distincts.
Avant de passer à la chapelle de S^ Cécile, remarquons deux choses : d'abord que la tombe la plus honorée derrière l'autel otîre sur le devant un travail en briques du temps des premiers Antonins, et que l'intérieur du tombeau suppose une altération de la décoration primitive, ce qui pourrait indiquer deux sépultures différentes. De Rossi a cru que, puisque l'hypogée des C^ecilii chrétiens était ici, dans l'hypothèse que S^^ Cécile ait été martyrisée sous Marc Aurèle (161-180), elle avait été d'abord enterrée ici, puis transportée dans la crypte voisine, pour céder la place aux papes. Cette explication a le grand mérite d'éviter pas mal de difficultés et elle est fondée sur des indices très forts; mais je ne m'attarderai pas à l'exposer ni à la discuter, car je ne veux pas décider la question si embrouillée de l'époque du martyre de cette sainte (ii. La seconde chose à noter est que d'autres personnes ques les pontifes furent ensevelies dans cette crypte, entre autres un petit enfant dont on voit le sarcophage près de la colonne de droite.
(i) Cfr. à ce sujet la réfutation de l'opinion Kell- NER dans les Ephemérides lifuroicae de 1907, en vente séparément chez Désolée, au prix de o fr. 40.
Î32 LES CATACOMBES Dfi S, CALiX'TË
Entrons maintenant dans la crypte de S^^ Cécile. La crypte de S. Oecile.
Dans l'angle gauche de l'hypogée papal s'ouvre un petit couloir qui conduit à la crypte de S^^ Cécile. L'histoire de cette noble jeune fille est connue et il est inutile de la répéter. Apportée ici après avoir soutfert le martyre dans la maison de son époux, elle fut enfermée dans un cercueil de cyprès, renfermé lui-même dans un sarcophage de marbre, et déposée dans une grande niche qu'on voit encore aujourd'hui à gauche de Tentrée. Au ix^ siècle on ne savait plus où était ce tombeau, tant les Lombards d'Atstolphe avaient ruiné les cimetières. Le corps de la vierge, trouvé ici en 821, fut tranporté au Transtévère dans la basilique qui porte son nom et qui fut construite sur l'ancien palais où elle avait subi le martyre. Aux xvi^ et xvii^ siècles, son corps, encore entier, servit de modèle à la belle statue du milanais Charles Maderno, dont un fac-similé en marlore est dans la niche de la crypte. Le cardinal Sfondrati affirma à l'archéologue Bosio d'avoir senti sous les vêtements de la sainte un rude cilice encore strictement adhérent à ses membres sacrés. A côté de sa tombe était une niche où brûlait une lampe alimentée d'huiles précieuses, et tout près se trouvait probablement l'autel. La paroi où est le tombeau fut entièrement incrustée aux iv^ et V^ siècles de mosaïques de placages de marbres
et de feuillets d'email. Mais, dégradée per le temps et plus encore par les barbares, elle fut recouverte à diverses époques de badigeons avec figures
Fig. 65. — Fresque de la crypte de Ste Cécile.
byzantines. De la frise à la naissance de la voûte qui est percée d'un lucernaire, les peintures semblent du vi^ siècle, et l'on voit encore représentée
une jenne orante au milieu des fleurs habillée comme une impératrice de Byzance et portant le nimbe. Nul doute que ce ne soit l'image de S*^^ Cécile, représentée au paradis. Les fleurs, le jardin^ un arbre même dans le symbolisme chrétien signifiaient le rafraîchissement, le séjour de paix la béatitude éternelle.
Au pied et aux côtés de cette peinture sont tracés en graffites une grande quantité de noms, tantôt isolés, tantôt réunis en groupe, et presque tous de prêtres, précédés d'une croix : BENEDICTVS PRB, -f SERGIVS PRB, etc. Un de ces noms attira spécialment l'attention de De Rossi : loannes presbyte?' z'\es]ter. Il semble certain qu'une telle qualification de presbytcr veste?', « votre prêtre », indique que ce Jean était attaché au service de la basilique de S^^ Cécile. Et de fait, en S79, un prêtre nommé Jean était titulaire de cette basilique et souscrivit au Concile Romain de cette année-là. De Rossi soupçonna également que c'était le même Jean qui fit exécuter les décorations autour du tombeau de la sainte, après l'invention etl'énlèvement du corps, parce que dans les traces qui en restaient et qui maintenant n'existent plus, De Rossi put lire une formule très commune dans l'epigraphie byzantine du ix^ siècle formule qu'on pourrait reconstituer ainsi : K'jols j^cr^O-SL xw gg'jÀw ao'j IQAXvi. . . àjjir^N -|- = ~ ^^ Seigneur, aide ton serviteur Jean. Amen ». Mais c'est une simple conjecture.
De la frise au bas de la paroi les peintures sem-
blent appartenir au x^ ou au xi^ siècles, et représentent, dans une niche, Timage du Sauveur avec le nimbe crucigére portant un livre richement relié et orné de perles. Puis, à droite de la niche, vers le tombeau, la figure en pied du pape Urbain P*", avec le nom écrit après, et, selon la coutume de répoque, écrit verticalement, précédé d'une croix ; S.VRBAN . . . Cette peinture semble avoir été faite après la translation de la sainte ; en tout cas, l'auteur a voulu représenter le pape Urbain I^'. et non pas un simple évêque de ce temps. Remarquons la forme du pallium qui ne peut convenir au vi^ siècle et qui marque déjà la dernière transformation de cet insigne. Au ix^ siècle, le pallium quoiqu' il n'eût pas une forme différente de celui-ci. ne portait généralment pas de croix sur les épaules, mais une seule croix au bout. Une peinture de S. Clément, à Rome, qu'on veut croire du ix^ siècle et qui porte le pallium décrit plus haut, serait une exception. On voit d'autres peintures dans la plus grande partie du lucernaire. Elles sont divisées en trois compartiments : dans le premier et le plus haut est la figure d'une jeune fille orante (S^^ Cécile) : au milieu, une croix entre deux agneaux ; dans le plus bas et le plus large sont trois images de saints, Policamus, Sebasiiamus , Cyrinus.' Le premier est inconnu, mais son nom se trouve, avec celui d'Optat, dans la A^oiitia natalicionuii de l'église de S'^ Silvestre. Le second n'est pas un martyr local proprement dît bien qu'il ait été enseveli près d'ici. De même
le troisième. Tous les trois sont vêtus d'une tunique galonnée et d'un paliium tirant sur le blanc ; aux pieds de Policamus sort de terre un palmier et Ouirinus porte la tonsure sacerdotale, qui dans les peintures postérieures au vi^ siècle était la plupart du temps 1' insigne distinctif des portraits de évêques. En conséquence, il est ici question de S* Ouirinus évêque de Siscia, dont le corps fut transporté à Rome au v^ siècle et ensevelli dans les catacombes de S^ Sébastien, quand les Huns envahirent les Pannonies romaines. Ce ne peut être l'autre Quirinus, tribun, vénéré au cimetière de Prétextact voisin de S^ Calixte.
Avant de sortir de cette crypte, remarqons que, près du petit couloir- qui comunique avec la chapelle des Papes, on a retrouvé un fragment de l'inscription d' Urbain, OYPBANOC. et que l'epitaphe du pape Pontien a été également retrouvée en trois endroits différents de cette crypte. Devrait-on prendre à la lettre que le pape Urbain ensevelit S^^ Cécile parmi les evêques ses collègues ? La question ne peut être encore résolue, mais elle mérite d'être étudiée.
Il est naturel que les descendants de la glorieuse martyre aient désiré avoir leur sépulture auprès d'elle. Une grande plaque de marbre fixée près d'ici au mur du crypto-portique qui sert de sacristie, porte l'inscription grecque d'un Prétextât Cécilien et d'une Petilia clarissime, très probablement, sa femme.
Cette inscription n'est pas postérieure au iii^ siècle et nous indique deux personnes certainement
illustres ; la seconde même appartenait à une famille sénatoriale (clarissima).
Marang^oni a vu dans cette crypte deux sarcophages adossés aux parois, mais il n'y en a plus de traces. On a pourtant retrouve trois [)laques avec inscriptions. En voici deux :
OctaVIVS-CAECILIANVS-V. C . || ////>^CE. DEPOSIT il . .. S-MAIS- VIX || ^7;-?;/ • XXXXIII Il dics (?) VIII
Pompeia ATTICA || C • F • VIX || A • X\'II • N • III II D • XV.
Ce sont les parents d'une petite tille dont le sarcophag^e, paraît-il. ne fut pas déposé ici ; fille d'un Caecilianus clarissime, et d'une Pompeia Attica, également clarissime, elle porte les titres nobiliaires des parents eux-mêmes, Pomùeia Ociavia, Attica. Cœciliana, petite plie clarissime. L'inscription est dans la région de Lucine.
La crypte ne fut pas à l'origine aussi vaste qu'aujourd'hui ; elle fut agrandie à plusieurs reprises, quand l'affluence des pèlerins rendit nécessaire un espace plus grand pour y stationner. Le Cimetière même de Calixte, de même qu'il fut parfois indiqué par la formule : ad S. Xystum, fut aussi appelé : ad S. Caeciliam ; et la contiguïté de ces deux insignes sanctuaires est admirablement confirmée, non seulement par les preuves monumentales citées
plus haut, mais par tous les documents topographiques, par l'index de l'abbé Jean, par les actes du martyre de S^^ Cécile (voir la table synoptique des documents topographiques p. 90).
Des fouilles récentes dans la chapelle de S^^ Cécile ont mis à découvert, outre 1' inscription déjà signalée du pape Pontien, bon nombre de fragments d'autres inscriptions, des morceaux de colonnes de cipollifio, des chapiteaux ioniques.
L'area des Caecilii son histoire et sii cliroroiiologic
On entre par une ouverture moderne dans la première galerie transversale de X'arca des Caecilii, et, en tournant à droite, on parvient après quelques pas au grand ambulacre A (voir tig. 51) qui marquait la limite nord de T area primitive, comme l'ambulacre B la limite sud. Toute la région avait à l'origine un seul niveau qui commençait à A' (fig. 66); ce ne fut qu' à la suite d' un approfondissement postérieur que les ambulacres principaux acquirent en partie leur hauteur exotraordinaire.
Le prof. Bonavenia, de l'Université Grégorienne, comme je l'ai déjà indiqué, appella l'attention des érudits sur ce principe: les hautes galoies cimitériales supposent diverses époques de fouilles, et Von procéda a celles-ci par des approfondissements successifs qu'on peut appeler niveaux. L'ambulacre AA, dont on peut voir la section à la fig. 66, est divisé
LE CnlETlERE DE S. CALIXTE
iltiilllil^ illlllill
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en trois niveaux par des lignes pointillées tracées par De Rossi. Cependant la règle de creuser de haut en bas doit être également appliquée aux susdits ambulacres, mais seulement pour la partie la plus profonde. Pour la partie supérieure, c'est-à-dire au dessus de la ligne pointillée C D', la même règle, au dire de De Rossi, ne vaudrait plus pour les raisons suivantes :
1° La partie supérieure n"oire aucun indice de plus grande antiquité que les autres ; elle semble même du iv^ siècle.
2^ Elle fut creusée au-dessus d'un terrassement sur lequel on put marcher quelque temps, car les deux niveaux inférieus furent remplis de terre dès le début du iv^ siècle au moins.
De fait la section de la galerie AA (lig. 67) prouve clairement qu'au commencement la voûte du premier niveau qui est celui du milieu, étaità a d, et que seulement quand on eut rempli jusqu'à ce point, on creusa le niveau supérieur et plus étroit.
LES CATAC0:MBES de s. CALIXTE
Ce travail de remplissage est étroitement lié à l'histoire même du cimetière papal. Il est antérieur aux premières explorations faites dans les catacombes et remonte donc à la plus haute antiquité. Comme la terre employée à cet effet n'est pas une terre locale, il s'ensuit que c'est seulement au temps d'une furieuse persécution et de contiscation du cimetière papal qu'on dut combler cette partie. De Rossi a également démontré que ce fut durant une confiscation que les deux grands escaliers A et B (fig,5i) furent obstrués et rendus impraticables ; au fait on ne comprend pas pourquoi on aurait dû détruire deux escaliers si commodes, excepté en cas d'extrême nécessité, surtout pour assurer les tombes des pontifes et des martyrs.
La terre qui servit donc pour combler, quand la paix fut accordée à l'Eglise, ne fut pas emportée, mais fut égalisée de façon à constituer un nouveau sol sur lequel fut creusé le plus haut niveau. Quand on enleva cette terre, De Rossi y trouva des monnaies qui durent être en circulation au t^mps du remplissage. Toutes ces monnaies sont postérieures à la moitié du iii^ siècle ; il y en a une d'Aurélien, trois de Claude le Gothique, deux de Gallien, une de Probus, quatre de Maximien et
Fig. 67. — Section traiis\eisale de la galerie AA.
une de Dioclétien ; et quand Boldetti, en y recherchant des corps de martyrs, remua cette terre, des monnaies d'époque plus récente appartenant à la partie supérieure s'y mêlèrent nécessairement ; peutêtre y étaient-elles tombées quand on emplm'a le nouveau niveau.
La hauteur donc des ambulacres AA, et CC (fig. 51) est d'accord avec l'état de destruction des escaliers pour faire connaître l'histoire primitive du cimetière de Calixte : mais cette histoire a une autre source dans la rég-ion ajoutée à l'ambulacre BR et qui communique avec un énorme arénaire. Pourquoi cette communication ?
Après un examen attentif et minutieux, Etienne De Rossi, le frère du grand archéologue, qui s'occupa spécialement de l'étude architecturale de cette région, vit dans ce système de galeries une route pour sortir ou entrer du cimetière secrètement, tandis que les entrées ordinaires étaient ou détruiies ou gardées par des soldats. De fait les galeries, bien que nombreuses, avaient originairement une seule issue dans l'arénaire. et semblent dis{)osé:s de façon à tromper ou retarder les persécuteurs. A chaque tournant, la galerie ne finit pas en angle, mais continue encore quelques pas pour se terminer à la roche. Imao;inons maintenant qu'une troupe de soldats se soit aventurée dans ces ambulacres ; que de fois iront-ils se cogner contre le tuf et devrontils retourner sur leurs pas, surpris et furieux! En outre l'arénaire, chose curieuse, est oami d'un esca-
LES CAtACO:\inËS DE S. CALIXTE
lier suspendu qui semble fait exprès pour en sortir ou y entrer secrètement.
Tel est en résumé l'avis des frères De Rossi sur riiistoire du cimetière de Calixte. révélée par les monuments. Considérons maintenant les monuments
Fig. 68. — Escalier secret de l'aréiiaire de Sle Cécile.
de Varea funéraire. D'après les inscriptions et les peintures il semble que son origine remonte au temps des premiers Antonins. S^ Zépbirin ne lit pas ce cimetière, mais le fit administer par son diacre Calixte. Donc avant Tannée 199 le cimetière existait, soit comme propriété particulière, soit comme propriété ecclésiastique. Sa chronologie est déterminée
par les tombes spacieuses et ré^s^ulières creusées à de grands intervalles, par l'absence d'arcosolia, par le laconisme des inscriptions et leurs formules bien souvent en grec, par les peintures, leur technique, leur secret symbolisme et les sujets qu'elles représentent.
Nour avons déjà assez parlé des formes architectoniques. Inutile de relever; point par point, les autres indices chronologiques. Examinons plutôt les monuments. Les deux entrées sont ornées encore de stucs très fins à petites lignes rouges et brunes ; de même la chambre d'Orphée, la chappelle des Papes, et les deux premières chambres dites « des Sacrements ». Ce sont donc des travaux contemporains.
De plus, à mesure qu'on avance dans l'ambulacre, les peintures sont moins belles et moins beaux sont les stucs des autres chambres ; ceux-ci d'alleurs sont à un niveau inférieur et par suite plus récents.
Les chambres des Sacrements
L'examen des }:)eintures une à une nous donnera le même résultat.
Cliaml)re V^ — La première chambre à droite, au pied de l'escalier, a été transformée ; son sol a été élevé jusqu'au palier de l'escalier moderne, le plafond, haussé, les parois, grattées. Excepté un peu de stuc, encore adhérent au bas des parois, il n'y reste rien de remarquable. Sur le plan de De Rosri elle est appelée A^ et sert de passage à la région contiguë (fig. 52. n. lO).
LEêi CATACC).\1P,F,S JjE S. CALIXTE
Cllillllbre IP II n'en est pas ainsi de la chambre suivante A^ (ûg. 69). A peine entré, à gauche, entre deux tombes, on aperçoit trois sujets différents
t.R CîMETÎîîRfi t3É S. CALlXl'lî U^
Unis dans un seul tableau. Moïse qui de son bâton, fait jaillir de la roche mystique Teau de la vie éternelle. Un pêcheur vient de prendre un petit poisson dans cette eau. Comment ne pas se rappeler devant cette scène l'image de TertuUien, les « petits poissons qui naissent de l'eau » ( i). c'est-à-dire les chrétiens qui naissent du baptême ; et les paroles de Clément d'Alexandrie qui recommandait à ces
Fig. 70. — Symboles du baptême et de l'eucharistie (wiLPERT, Le filture délie Catac. roui.J.
auditeurs de se rappeler le grand pêcheur S^ Pierre et des enfants (néophytes) qu'on extrait de l'eau ? (2). Toutes ces paroles se rapportent à celle que le Sauveur adressa à Pierre : Désorviais tu seras pêcheur d'hovimcs. et aux apôtres / Suivez-moi ! Je vous ferai pêcheurs (T hommes !
Pour compléter ce tableau il y a le repas au bord du lac de Tibériade, où sept apôtres ou disciples mangèrent le poisson pris dans la pêche miraculeuse : Le poisson cuit^ dit S^ Augustin à ce propos, est le Christ dans sa passion ; c^est le pain descendu
(i) De baptismo , i.
(2) Paedag., II, 3 (Migne, VIII, col 639).
îo
i4é LES cAtacomdès de s. CALiXtË
du ciel auquel t EglUe s' incorpore pour avoir la vie éternelle (i).
Quand De Rossi vit pour la première fois ces représentations répétées du poisson, il resta un peu embarrassé. Mais à cette époque l'on découvrit des monuments de toute sorte portant ce siq-ne m^'s-
Fig. 71. — Le baptême Hii catéchumène (Wii.PKRT. Le itt. dcUe Cat. ronii.
tique ; le sens du poisson devenait dès lors certain et évident. C'était le Christ. Je citerai plus tard quelques-uns de ces monuments. Continuons l'examen des peintures.
Le mur qui fait face à l'entrée porte un seul sujet : c'est la plus ancienne représentation du baptême du catéchumène dans l'art chrétien. Le baptisé est nu avec les pieds dans l'eau ; le prêtre en habits sacrés (tunique et pallium), tient la main droite sur la tête. Représentation précieuse qui nous montre une manière d'administrer le baptême que certains hérétiques et schismatiques reg-ardent comme insuffi-
(i) In loan. tract. 123 (Migne, XXXV, col. 1966): « Piscis assus Christus est passus; hic est et panis qui de caelo descendit; huic incorporatur Ecclesia ad participandam beatitudinem sempiternam s .
LE CÎMETiERË de s. CALIXTÊ
santé : rinfusion. Au dessus de ce sujet et sur le plafond est un trépied sur lequel sont posés un poisson et deux pains, et, à côte, sept corbeilles de pains» C'est encore le poison divin, mais cette fois posé sur l'autel ; c'est une allusion à la multiplication des pains qu'Origène et un g"rand nombre d'autres Pérès ont regardée comme le symbole et la figure
Fig. 72.
Symboles eucharistiques (Wii.pert, Le /if/ure drile Catac. roni.i.
de la consécration eucharistique, suivant en cela l'idée de Jésus lui même.
Dans la lunette, entre ceci et le sujet précédent, vient une scène qui, traitée de cette façon, est unique dans les peintures cotacombales, mais dont l'interprétation nous est fournie par des monuments analogues : le navire (fig. 73). Il est presque recouvert par les flots ; malgré cela une personne reste tranquille au milieu d'un si grand danger^ dans l'attitude de
t.KS) CÀTACOMBKJÎ DE S. eALD^I'fâ
la prière (î). Elle prie et .^a prière est exaucée ; linê figure juvénile avec deux rayons au front se penche du ciel et lui met la main sur la tête. Nul doute qu'on n'ait ici l'image du secours divin accordé à l'âme pour la sauver des flots de ce monde et de la perdition. C'est là une idée très ancienne et commune dans la liturgie des défunts. Nous lisons, par
Fig- 73- — S\ mbole de l'Eglise (wilpkrt, Le fitlnrc délie Catac. rnui.J
exemple, dans le Sacramevtaire gallican une prière analogue : « Seigneur, notre Sauveur, qui as daigné recevoir l'âme de bons hors des flots de ce siècle ... ». Le navire battu par la tempête, c'est l'Eglise, disent les Pères ; et l'acte du Seigneur qui se penche hors des nuages et met la main droite sur la tête de l'orante, peut être comparé avec les monuments qui représentent le Christ juge dans la même attitude (fig. 39 et 41). Nous pouvons appliquer sûrement à ce sujet ce qu'on lit sur l'inscription de la martyre Zo-
(i) Cette explication est de Mgr. Wilpert.
sime : « Reçoi-smoi près de toi ô Seigneur . . . Elle fut aussitôt exaucée, car elle fut admise à jouir [du bonheur] ». Le sort de l'infidèle est représenté par une autre personne qui se débat au milieu des flots. Sur le mur de droite on voit: la résurrection de
Fig- 74.
Le daui)liiii sur le trident (Wilperi . le pitliire délie Caiac. rom.).
Lazare, symbole éloquent de la résurrection finale dont le baptême et l'eucharistie sont le gage ; la colombe, symbole de l'âme déhvrée des liens du corps. Suit, comme détail décoratif, le dauphin sur un trident (fig. 74). C'est là un sujet païen, mais qui probablement fut adapté à l'idée chrétienne, comme d'au-
très sujets, et représente le crocifix. De fait le trident est, dans les mcnuments chrétiens^ un symbole de la croix, et le dauphin, une figure du Christ qui aime les hommes.
Le plafond est divisé en compartiments avec un goût exquis. Au milieu est l'image du bon Pasteur.
Les sujets dominants sont 'donc: la naissance spirituelle, l'eucharistie et les fins dernières, sauf l'idée de la damnation et de l'enfer. Ces mêmes sujets se répéteront dans les cryptes suivantes.
Fi&- 75- — Symbole-; du baptême et baplê ne de Jésus. (WiLPKRT, Le pu. delle Ca'.ac. rontj.
Chambre IIP — La chambre A^ (fig, 51) a le sol au niveau primitif, et comme dans la galerie on a déjà commencé à creuser, on monte une courte pente pour y entrer. A gauche, sur le mur d'entrée, est le rocher mystique, la source de la grâce, et Moïse- Pierre qui en personnifie le ministre. Sur le mur de gauche est une série de types du baptême. Le premier est détruit. Le second est un pêcheur qui prend à l'hameçon un petit poisson. A côté est le baptême du Seigneur (fig. 75). Jésus est représenté pour la première fois coiîime un enfant, pour la raisori
indiquée plus haut (pag. 55) ; il est nu et a les pieds dans l'eau; Jean-Baptiste porte une simple ceinture et verse l'eau en abondance sur la tête du Sauveur. Derrière Jean, en haut, est la colombe qui aujourd'hui n'est presque plus visible dans l'original. Vient ensuite la figure du paralytique qui porte
Fig. 76. — Sacrifice d'Isaac (Wilpkkt, Le pit. délie Catac. rom.).
son lit sur les épaules; lui aussi est un type du baptême, car il rappelle le bain dans la piscine miraculeuse. Le P. Marchi a même voulu y voir une figure de la pénitence.
Le mur qui fait face à l'entrée est consacré à l'eucharistie, et. bien que séparées, les scènes ont cependant un lien commun. A droite est le sacrifice d'Abraham (fig. 76). Abraham et Isa^c {sont dans l'at-
titude de la prière, et non du sacrifice. A côté d'eux est le bélier et le fagot de bois. Sur le sens de cette scène aucun doute n'est possible. Tous 1er Pères v voient une figure du sacrifice sanglant de la croix. De l'autre côté et fiiisant pendant, est le sacrifice mystique, la messe. Il y a un trépied,, la forme la plus
Fig. 77. — Symboles de la •:onsécralioii eucliaris (WiLPE-ir, Le />i!. d-ille Catac. roin.j.
simple de l'autel qui pouvait être adossé à la tombe du défunt pour célébrer le sacrifice d'anniversaire, pro dormitione. Sur le trépied sont' un poisson et un pain ; à droite est un homme vêtu du pallium grec qui laisse à découvert une partie de la poitrine et Tépaule droite; il étend la main comme pour saisit le poisson. A gauche est une orante, De Rossi a
LE CniETIERE DE S. CALIXTE
voulu y voir le moment de la consécration, et toute son école a partagé son avis. Mgr. Wilpert, en étudiant spécialement l'origine et le développement des symboles eucharistiques, a trouvé que celui-ci ne diffère même pas matériellement des autres, et que la figure de cet homme ayant devant soi le poisson et le pain doit s'interpréter: le Clirist qui multiplie les poissons et les pains, symbole de la consécration.
Fig. 7S.
Bauciucl cuca'.i.iUq ;c ^\\'lLi^•.K i , L,
dcllc Catac. roni.
Quoiqu'il en soit, le sens est le même et tous sont d'accord là-dessus. Quant à Voraiite, elle serait, selon De Rossi, une personnification de l'Eglise qui assiste au sacrifice. D'autres s'appuyant sur la poésie d'Abercius, ont cru que c'est la Foi, guide constant de l'évêque de Hiéraoolis, surtout quand il voit partout servi le poisson mystique. Selon Mgr. Wilpert, ce serait Tâme d'une défunte ; nous verrons ailleurs la raison de cette opinion.
Au milieu de ces deux figures du divin sacrifice, se trouve, naturellement son tfi'et^ le banquet eucharistique, la consommation des saintes espèces (fig. 78).
Elle se présente dans son type habituel : sept personnes autour d'un sig?na (ou table en forme de C), sur
laquelle est servi le poisson, et devant lequel est l'allusion ordinaire à la multiplication des pains. Cette peinture et la précédente sont synthétisées
dans celle de la fitr. 72 de la chambre A^. D'où leur sens eucharistiqne est plus évident encore.
Sur le mur de droite devraient être les symboles de la résurrection, mais malheureusement le badigeon a disparu.
Enfin sur le mur d'entrée est la scène de la Samaritaine. Ce n'est pas le type historique, parce qu'ici l'eau déborde du puits, et le Sauveur est assis plus haut avec un rouleau déployé aux mains. Nous avons donc ici l'image de cette eau qui désaltère pour toujours, promise par Jésus à la Samaritaine, l'idée du rafraîchissement que nous trouvons en tant de documents patristiques liturgiques et épigrapiques. et dans les Actes des martyrs.
Entre les plus hautes tombes et le plafond sont les trois scènes de Jonas qui rap{iellent, comme nous savons, la mort et la résurrecction.
Au milieu du plafond, est la svelte et belle figure du Bon Pasteur, mais elle n'est presque plus visible.
Clmmbre IV*^ - La chambre A"^ (fig. 51, 79) aie sol élevé et couvert de marbres de diverses couleurs {opus alexandrinuni) ; aussi le plafond paraît il très bas. Les peintures sont en général décoratives.
Cliambre Y^ — Même remarque sur la chambre A^, qui a une voûte en berceau : il faut descendre un gradin pour y entrer. Notons le banquet habituel avec le poisson, autour duquel sont assis sept convives, et auprès duquel sont sept corbeilles; allusion à la multiplication des pains.
Cliambre YI* - La chambre A^' est moins endommagée dans ses stucs que les précédentes. On y trouve
en ordre la série des symboles de A- et A^, mais en sens inverse, de droite à gauche. On voit donc : Moïse et le ro cher, le banquet avcc le poison et douze corbeilles, l'histoire dejonas, la résurrection de Lazare. Le cycle ne saurait être plus complet. Notons le pourtant en [)assant ici la symbolique n'est plus aussi pleine de mystères et d'idées que dans les premières chambrts : c'est un indice d'une époque pos t é r i e u r e , tout comme le niveau plus bas de la chambre et l'art moins parfait des peintures.
Devant ces dernières scèn 3S de Jonas et de Lazare me reviennent à la mémoire les beaux vers de Dam^ise déjà cités et cette tendre prière des Con-
lïi ClMKTIKRK Dli B. CALIXTK
JS^
i^titutions apostoliques : « Nous croyons de plus à la résusrection, car le Seigneur est lui-même ressuscité. Il est celui qui a rappelé Lazare à la vie, trois jours après qu'on l'avait enterré, qui a ressuscité la lîlle de Jaïre et le fils de la veuve, qui, lui aussi, par ordre du Père, est ressuscité après trois jours et est ainsi devenu le gage de notre résurrection. Lui qui a tiré après trois jours Jonas,
Fig. Si. — Symboles de la mort et de^Ia résurrection. (WiLPERT, Le put. de/le Catac. rom.i.
vivant et intact, du ventre du monstre marin, qui a tiré les trois jeunes gens de la fournaise de Babylone et Daniel de la gueule des lions. Il pourra nous délivrer aussi de la mort » (i).
Dans cette dernière chambre on a mis une inscription appartenant aux Caecilii : sergivs alexan-
DER CAECILIAE FAVSTAE COXIVGI SVE BENEMERENTI FECIT.
Passons donc aux iscriptions de leur a?ra.
(i) V, 7 (Mig-ne, i, col. 843).
ISS
Inscrii)tioiis de la lyreitiiève aven,
En commençant à l'escalier, au pied, à droite (fig. 51), est une très ancienne plaque avec deux noms seuls PRISCA ET MVSES, gravés en fort belles lettres. A droite est le Bon Pasteur vers lequel une
Fig. 82.
brebis expressive est tournée ; derrière elle, un arbre, symbole du paradis ; de l'autre côté, une orante. L'inscription est peut-être de la fin du 11^ siècle.
Plus loin, appuyée au mur de droite, est l'importante inscription de Cyriaque :
« Au cher Cyriaque, très doux fils.
Puisse tu vivre dans VEsprit saint ! »
t)0 v^^ET -Jlf
Fig. 83.
Plus loin encore, à gauche, une autre inscription importante :
« O Augurnuis^ L^^^] dans le Seigneur et en jésns Christ ! »
Ces deux inscriptions sont analoques à deux autres trouvées près d'ici :
TENKCI zpICTlXA H KX (-)Eo KA[ XPICTO niCTPTr- CAOA -poC (?) TOIC AXrEAOIC.
« A Géncsis. Christin qui, pojir avoir cni en Dien et dans le C/irist, est avec /es anges ».
« 0?fe la paix du Seignenr et du Christ soit avec F au s ti nu s Atiicus ! »
Fig. S5.
Ces formules sont empruntées à l'ancienne formula fidei et nous donnent les principaux articles du Symbole apostolique en usage à Roma avant le Concile de Nicée.
(i) Voir au vol. II, lib. i, des Notiones arshaeol. christ,, le rapport entre ces inscriptions et les hérésies gHotiques aux temps des papes Zéphyrin et Calixte.
î60 LKS CATACOMBES Î)R S. CALiXTfi
Sous l'inscription d'AugUriniis sont plusieurs tombeaux intacts»
A quelques pas, à droite, est l'inscription de Priscus, contenant une phrase empruntée à la liturgie funéraire : PriscKS in pacevi [suscipiatur] » acoompagnée de l'image du Bon Pasteur.
Fig. S6.
Sous cette inscription se trouvent des tombe. lUx appelés par De Rossi sepokri a mensa ; au fond de la galerie est le groupe du poisson avec l'ancre correspondant à la phrase épigraphique : Spes in Christo, in Deo. A côté, Tinscription suivante:
REDDETE BENEMERENTI FECIT MATER
On y trouve, outre un vase qui indique le corps fragile du défunt, une colombe qui va s'envoler d'une corbeille renversée et pleine de fleurs. C'est un symbole païen : la corbeille renversée signifiait le corps du défunt, et l'oiseau, l'esprit qui s'en détachait. On en retrouve un autre exemple au cimetière de Domitille.
Quand on a dépassé le couloir qui mène à C C (p. 86, fig, 52, I), on trouve à gauche cette inscription :
t.K CI.METIKRE DE S. CALIXÎE l6l
EVGENI SPIRITVVS IX BOXO
Spirifuus est mis pour spiritus tnus : rinscriî)tion est donc un souhait de vie éternelle : « O Eugène, que ton âme soit dans le bonheur! » L'âme est représentée per une colombe grossière et mutilée.
On a trouvé dans le voisinage les inscriptions incomplètes d'un Pomponius Bassus et d'un Pomponius Graecinus.
Voici deux inscriptions remarquables trouvées dans la région qui communique avec l' arrénaire :
AGATEMERIS . SPI RITVM . TVVM . INTER SAXXTOS
« O A^atemlris, que toi âme soii parmi If s saints! »
L'inscription est entre deux colombes qui représentent les saints.
LWVARLV BENE REFRIGERA ET
ROG\ PRO nos
« Ja)uiaria. sois rafraiiliic et pne pour nous ! » Au point où l'escalier B fut détruit, les fossoyeurs creusèrent un premier étage qui aujourd'hui, à cause de son état délabré, n'ofTre rien de remarquable. Avant de quitter cette prmière a?ra calixtienne, on me demandera où furent déposés les milliers (jnulta millia^ de martvrs que les pèlerins des vii^ et viii^ siècles indiquaient en cet endroit, où se trouvaient les So martyrs ou plus ensevelis près de S^^ Cécile.
îé2 LKS CATACO.Mr.ES Dii S. CALIXTK
Dans la seconde galerie transversale H H, on a découvert un large escaliei qui descendait près de la crypte de S'^ Cécile. De Rossi, pensant que c'était là le polvandre (i) si fameux des 80 martys^ le fit déblavei. Mais, quand on arriva au pied de l'escalier et quand on eut dégagé quelques mètres de galerie; on s'aperçut qu'on aboutissait à une roche très friable, sans tombes. Cet escalier fut donc 'le résultat d'une tentatives des fossoyeurs de creuser un troisième étage tentative rendue inutile par la friabilité de la roche (2)
Dans la galerie C C il y a une série de grands polyandres, où furent jetés pêl-mêle une quantité de cadavres. Or il est certain que les chrétiens avaient horreur de déposer un corps sur un autre: TertuUien racontait, comme une légende notoire, qu'un cadavre s'était retiré au fond d'un loculiis pour laisser la place à un autre cadavre que les fossoyeurs avaient voulu mettre sur lui. Pour expliquer la présence de tels polyandres. De Rossi a proposé deux hypothèses : celle d'une épidémie et celle d'un exécution en masse. L'illustre archéologue penchait pour la seconde, et un vieux fossoyeur
(i) Un polyandre est une tombe qui renferme un certain nombre de cadavres ; du grec -oÀ-j beaucoup et av/^p hoinnic,
(2) Remarquons en passant que les marches sont couvertes de tuiles portant au-dessous des timbres de fabriques qui paraissent contemporaines à l'établissement de rescalier: De Rossi, suivant l'opinion de Marini, les croit du temps de Commode. Cependant Dressel, les reporte à l'époque de Sep-
qui était toujours avec lui dans ses explorations, affirma qu'il l'avait vu plusieurs fois s'agenouiller pour prier en passant devant ces tombes.
L'area dite de S^ Miltiade (fio-. 52, II)
C'est selon De Rossi, la seconde arca du cimetière de Calixte. Mgr. Wilpert n'est pas du même avis : c'est, à l'en croire, non une area, mais la rencontre de plesieurs arcae environnantes. Elle serait le résultat du prolungement de la région des Caecilii qui commence sous l'escalier damasien, et indiquée per les lettres P R wS ; du prolongement de la région de S^ Eusébe (III) ,que De Rossi a ap pelée troisième area, par la galarie ^ <? ; et finalement du prolongement de la région de Lucine. que De Rossi a appelé ancien cimetière anonyme. Ces trois prolongements ont les caractères d'une antiquité antérieure à ceux de la seconde région ; il faut donc raisonnablement dire que celle-ci est plus récente.
La principale raison qui fit adopter à De Rossi cet avis, c'est que son frère crut reconnaître les ruines d'un escalier dans l'ambulacre a a qui, par la chambre A^ (n. lo), communique avec la première région. Là est un grand lucernaire, avec d'extraordinaires parois inclinées ; les parois tout
time Sévère. Quoiqu'il en soit c'est un autre indice chronologique très préciux. parce que si le travail est contemporain du temps où ces fabriques étaient en activété, il fut entrepris quand Xarea rectangulaire était déjà développée.
t64 les catacomhks de s. calixte
autour sont renforcées de murs ; il y a là un escalier qui conduit au troisième; étage; il devrait donc y avoir un second escalier qui communiquait avec la surface du sol.
A vrai dire on ne comprend pas l'existence en cet endroit d'un tel escalier, dont il ne reste absolument aucune trace et qui aurait été trop raide; ce qui démontre en outre l'impcssibilité d'un escalier, quel qu'il soit, car à un escalier il faut un certain espace. Les murs étaient ici, comme dans l'ambulacre o o, absolument nécessaires à cause de la cella trichora (exèdre à triple abside) construite au-dessus (p. 86, fig.52). Une autre raison est fournie par l'épigraphie, et je la développerai quand nous visiterons cette rég-ion ; retournons maintenant à l'escalier d'entrée. Sous elle sont plusieurs chambres et un ambulacre d'où part la galerie S.
Dans la première de ces chambres est l'inscription suivante en très belles lettres et répétée deux fois en grandeurs difterentes. Selon De Rossi elle nous offre un des rares exemples du monogramme ^ avant Constantin :
FL CARTILI CORNELIANI DEP