ROMVLE IN PACE MOROS VIVAS
Sous le pavé sont différentes tombes ; une avec cette inscription grecque en belles lettres : KAT II MAZIMA:^. TH:^. jj AlMNH^ïOr.KAI II
0Eo:î:Eror:^. ripo. e || ...qn aekembpiqn.
« Déposition de Maxim a à jamais digne de mé moire et craignant Dieu, le cinquième jour avant les ides de décembre ».
Au-dessous de celle-ci on en écrivit plus tard une autre, presque effacée par l'aftluence des pèlerins au moyen-âge. L'excellent état de l'autre plus ancienne prouve que les pieux visiteurs se tenaient à
Fis 95- — Crypte du pape^Si I-Iiiï-che.
une certaine distance du front des tombeaux vé nérés, tandis qu'ils pouvaient s'approcher des côtés
et y tracer des ^raffites. Du côté droit la première aussi est un peu effacée, parce qu'il y avait là un pass?ge à une crypte située derrière la tombe. Cette crypte (n. ii) est un autre indice de la vénération qu'inspirait cet endroit. Les monuments nous apprennent que les fidèles, non contents de se ménager un tombeau près de ceux des martyrs, ante, rétro, iiixta sancios, se firent souvent creuser de vraies chambres appelées aussi 7'etro sanctos, et nous en avons ici un exemple. Ce n'est pas la tombe de gens ordinaires, mais de gens riches ; la lumière abondante qui y entre par le lucernaire se reflétait autrefois sur les marbres multicolores et sur les cubes vitreux des mosaïques dont étaient ornés les murs et les arcosolia. Dans le petit couloir on lit en graffitc. sur le mur de gauche :
FECIT ICOXIVS... ADALBAV... lOC LOC... DlEBVS X
* ItO)iius a fait et enduit ce lieu e)i dix jours »
Inscription damasietiiie du pape Si Eiisèbe.
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Fig 96. — Copie du \'I. siècle Fig. 97. — ReconstrucUoii.
Au-dessus est un monogramme, et à gauche, éga lement en graffite, la figure d'un homme et un autre
monogramme,
Lh crypte en face (n. 9, lig;. 95) porte le nom de S^ Eusèbe, et donne son nom à tonte la région. Elle est très ré^iulière, avec trois arcosolia disposés en croix ; elle était admirablement décorée de marbres et de mosaïques, garnie d'un vaste lucernaire, et, chose rare, d'un nuitroneiun auquel on arrive par le premier étage. L'inscription qu'on y a retrouvée n'est pas Tor-ginal damasien, mais une copie faite peut-être au vi*^ siècle sous le pape Vigile après le siège des Goths (tig. 96) : elle fut gravée au revers d'une inscription païenne provenant peut-être des thermts de Caracalla. C'est une des rares inscriptions qui portent le quatrième consulat de cet empereur.
Celui qui grava la reproduction fit plus de fautes que de mots. Il aurait mis à la torture Tesprit des archéologues, si la poésie n'avait été copiée en différents documents. De Rossi, à peine eut-il aperçu les petites lettres qui bordent l'inscription, comprit qu'il s'agissait de la signature du fameux graveur du iv^ siècle, et y lut le nom de Furius Dionysius Philocalus, le grand calligraphe du Calendrier Libérien. Les fragments du marbre original servirent à reconstituer la poésie qu'on voit sous l'arcosolium de droite. Cependant elle n'est pas exicte ; deux nouveaux fragments retrouvés l'année dernière nous apprennent que les lettres de différentes lignes n'étaient pas d'égale dimension, qu'il y avait des signes d'interponction fort élégants, et que les petites lettres de la colonne de droite disaient : DA- MASI PAPAE... et non: DAMASI SVI PAPPAE,
lS6 LES CATACOMBES DE S. CALIXTE
ni comme la copie du vi*' siècle : DAMASIS PAP- PAE (fig. 97)
La poésie est une page d'histoire ecclésiastique
inconnue avant la découverte de cette crypte, car,
si l'on avait le texte en plusieurs collections, il y
manquait la dédicace reproduite dan la copie :
DAMASVS EPISCOPVS FECIT
EVSEBIO EPISCOPO ET MARTYRI
« Daniase, évêqiie, a fait à Eusebe, évéque et martyr »
Et l'on dut corriger la liturgie même : on faisait la iôte du pape Eusèbe, confesseur ; aujourd'hui on le fête comme martyr. La poésie est donc du plus haut intérêt et mérite un court commentaire. Voici le text-e de l'inscription :
HERACLIVS VEÏVIT LABSOS PECCATA DOLORE EVSEBIVS .MISEROS DOCVIT SVA CRIMINA FLERE SCINDITVR IN PARTES POPVLVS GMSCENTE FURORE SEDITIO CAEDES BELLUM DISCORDIA LITES EXTEMPLO PARITER PVLSI FERITATE TYRANNI INTEGRA CVM RECTOR SERVARET FOEDERA PACIS PERTVLIT EXILIV.M DOMINO SVB IVDICE LAETVS LITORE TPINACRIO MVNDVM VITAMQVE RELIQUIT.
A droite et à gauche, est gravée en écriture rectiligne la signature connue de Philocalus :
DAMASI PAPAE CVLTOR ATOUE AMATOR FVRIXS DIONVSIVS PHILOCALVS SCRIBSIT.
En voici la traduction :
« Hcraclius cm péchait les lapsi de faire pénitence de leur fautes ; Eusèbe enseignaint que ces malheureux de'jçirieni pleurer leurscrimcs. Le peuple se divise en
LE CniETIERE DE S. CALIXTE 187
deux partis ; la fureur s 'allume et ron voit des séditions, des meurtres, des iruerres, des discordes, des luttes intestines. Aussitôt ils sont bannis tous deux pa> la cruauté du tyran. Mais le Pontife porta- t-il avec joie son exil, regardant le Seigneur comme son juge. Sur le rivage de Sicile, il laissa le monde et la vie,
« Le serviteur et f ami du Pape Damase - Furius Dionysius Philocalus l'a gravée [l'iscriptionj » .
La traduction est de mon confrère, le P. Antoine Nortet, qui, dans son ouvrage sur le cimetière de S. Calixte, y ajouta ces quelques lignes d'exj^lication :
« Dès le troisième siècle, au temps de S. Corneile, de violents débats s'étaient élevés dans l'Eglise, au sujet des lapsi, c'est-à-dire de ces malheureux chrétiens qui avaient failli devant les su[)plices du martyre. Ceux-ci se présentaient munis de recommandations obtenues des confesseurs de la foi, et demandaient la réconcilation et la participation aux sacrements, sans pénitence. S. Cyprien, dans ses lettres, parle des troubles et des émeutes, causés de son temps, dans quelques villes d'Afrique, par de semblables présomptions.
« A Rome, Novatien d'abc^rd, et d'autres à sa suite, rejetaient sans miséricorde les apostats du sein de l'Eglise. Les Papes, au contraire, ne repoussaient point les larmes de ces malheureux, ne leur refusaient point la réconciliation, mais exigeaient l'épreuve d'une longue et sérieuse pénitence, ils condamnèrent et rejetèrent les Novatiens obsti-
i85 LES cataco:mb[ls de s. calixte
nés, tandis que les lapsi se soumirent humblement aux réparations exigées et la paix se rétablit pour de longues années.
« Mais à la suite de l'atroce peisécution de Dioclétien, qui vit faiblir tant de courages amollis par une longue paix, de nouvelles querelles surgirent et troublèrent une seconde fois la tranquillité. Les lat>si prétendirent encore forcer l'Eglise à les recevoir sans condition. Héraclius fomentait les désordres, qui devinrent extrêmes, comme le raconte S. Damase. L'empereur Maxence, qui n'aimait pas l'Eglise, malgré ses concessions hypocrites, pun't, sous prétexte d'impartialité, le pape Eusèbe des violences d'Héraclius, en l'envoyant en exil en même temps que le fauteur des troubles. Ce fut en Sicile que le saint Pontife fut rélégué et qu'il mourut. Son corps rapporté dans la suite, par les soins du pape ■Nliltiade, fut enseveli dans la crypte particulière qui nous occupe en ce moment » (pp. 207, 208).
Cette interprétation s'appuie sur l'enseignement de De Rossi qui n'a pas été suivi par tous les historiens. D'au:uns ont voulu voir dans Héraclius un disciple rigoriste de Novatien qui refusait aux lapsi le pardon de l'Eglise. De Rossi leur répondit avec d'autre s éminents épigraphistes ; voici, en résumé, leurs principaux arguments :
I. Héraclius qui était un hérétique novatien, ne pouvait pas soulever tant de désordre à Rome, puisque, au temps de iNLixence. les novatiens n'étaient qu'en petit nombre: et on ne peut supposer que l'empereur leur donnât une telle importance.
Lti LiMRTIERE 1)R S. CALlXtE i89
à. Le second vers, expliqué par un passage analogue de S. Damase. n'a pas le sens qu'on veut lui donner. On sait que le pape Marcellin dut. comme le pape Corneille et l'évêque Cyprien, exiger des lapsi que les catholiques appellaient mis-ri îiiiscrrimi, une certaine pénitence, dont la première partie consistait à rester à la porte de l'église et à y p eurer leurs péchés ; et Damase. faisant allusion à ce fait dans la poésie qu'il composa en l'honneur de ce même pape, dit :
VERIDICVS RECTOR LAPSOS QVIA CRDUXA FLERE PRAEDIXIT MISERIS FVIT OMNIRVS HOSTIS AMARVS
C'est-à-dire le pontife est devenu pour tous les lapsi un rude ennemi, en leur ordonnant de pleurer leurs péchés : « quia praedixit lapsos sua criviina flere^ fuit omuMuis miser is [lapsis] liostis aviarus ». Si le sens était autre, on ne comprendrait pas pourquoi ils eussent regardé comme un ennemi le pontife, uniquement parce qu'il les aurait reçus de nouveau dans la communion de l'Eglise.
Aujourd'hui les plus savants épigraphistes sont d'accord sur cette interprétation. Mommsen cependant et quelques autres, suivant l'opinion de Tillemont et de Merenda. voient dans Eusèbe un pape sévère qui aurait préféré l'exil et la mort à une mesure de prudence et de miséricorde ; ils interprètent le sixième vers :