‹ Les Catacombes de saint CalixteChapitre 22 sur 27 · NVNC VENIENTE DEO NOSTRI RE.MINISCERE VIRGO · texte numérisé non relu

NVNC VENIENTE DEO NOSTRI RE.MINISCERE VIRGO

VT TVA FER DOMINVM PRAESTET :S1IHI FACVLA LVMEN.

La crypte suivante (fig. 52, n. 13) a dû contenir les corps des martyrs Calocère et Parthénius. Elle est reconstruite tout entière, mais sur le mur d'entrée, à gauche la main d'un pèlerin du iv^ ou V^ siècle a érit :

PARTENIO MARTYRI - CALOCERO MARI IRI De fait les Martyrologes indiquent la sépulture de ces saints au cimetière de Calixte ; et les pèlerins visitèrent leurs tombes aussitôt après celle de S' Eusèbe (voir la Table synoptique des documents topographiques pp. 90 e 91J.

Ici, selon De Rossi, on sort de Varea de S^ Eu sèbe pour entrer dans celle de S^^ Sotère. Les récentes découvertes ne permettent plus de lui donner ce nom : nous l'appellerons désormais la région occidentale. On y entre par la i^alerie AA (fig. 53), qui est la continuation de la galerie 0 0 dans la fig. 52 ; nous trouvons immédiatement deux chambres qui ne présentent rien de remarquable. Les chambres suivantes, au contraire, sont très importantes ; celle de gauche est appelée : chambre des Cinq Saints, (n. 3) ; celle de droite, double chambre dît diacre Sévère 'nn. 4 et 5).

La chambre des Cinq Saints fut ainsi appelée, du temps de De Rossi, parce que le mur principal^ divisé en deux compartiments, est peint en entier, et on y voit, dans le compartiment du haut, cinq personnes priant au milieu d'un jardin, symbole du paradis, avec leurs noms écrits au-dessus de leurs têtes : DIOXYSAS IN PAGE - NEMESI LN PACE- PROCOPI TN PAGE - ELIODORA IN PAGE - ZOAE IN PAGE. De plus, deux côtés de l'arcosolium, deux paons avec l'inscription ARCADIA IN PAGE au-dessus de celui de gauche. Dans le compartiment du bas sont deux vases remplis d'eau où se désaltèrent des oiseaux (fig. 100),

Un peu d'explication maintenant. Les orantes représentent sûrement les âmes des défunts. Même certitude au sujet des orantes d'un arcosolium du chemin latéral de droite BB, voisin de cette chambre, où une famille entière est représentée (fig. 53, n. 8j. De plus il est certainement question ici d'âmes

qui sont au paradis, ce qui explique la formule in pace qui suit chaque nom. Cette formule si fréquente dans les épitaphes des iii^ et iv^ siècles, peut, il est vrai, indiquer parfois le'repos du corps ;

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Fig. loo. — Repitseiitation du paradis (m. siècle).

mais plus souvent elle souhaite à Tâme du défunt cette paix qui est synonyme de bonheur, de paradis. Une fois que l'âme en jouit pour qui prie-t-elle ? Non pour elle, mais pour ceux qui ne sont pas encore au paradis, pour les survivants. C'est là précisément ce que les survivants demandent aux âmes bienheu-

LE CIMETIERE DE S. CALlXTE I99

reuses dans les épitaphes ; nous en avous déjà vu des exemples dans ce cimetière même. Peut-être ces ligures sont-elles simplement des fidèles morts dans la communion de l'Eglise ; peut-être sont-ce des martyrs à qui conviendrait aussi la formule in pace. L'Eglise ne chante- t-elle pas, dans l'office des martyrs : Iiistorum animae ia mami Dei suiit . . . Visi sunt ociilis insipieiitium rnori. illi, autem^ sunt in pace f

Même sens pour le compartiment d'en bas, où est exprimée l'idée du rafraîchissement si fréquente dans les inscriptions, et indiquée dans les Actes de ^te Perpétue. Cela nous explique aussi pourquoi l'on trouve si souvent représentés les oiseaux qui boivent dans une coupe. Il est possible que le calice, spécialement quand il est marqué du monogramme du Christ, représente le calice eucharistique ; mais il ne faut pas abuser de ces inteprétations, sous peine de tomber dans l'invraisemblance.

La double chambre de Sévère (fig- 53, nn. 4 et 5) est éclairée par un grand lucernaire qui y fut ouvert au temps du pape Marcellin. Cela pourrait paraître étrange, car Marcellin vécut sous Dioclétien, si nous n'en avions pour garant l'inscription sculptée ici sur une transenna. C'est un des plus précieux documents de la Rome souterraine, parce qu'elle nous atteste la continuation de l'administration ecclésiastique de ce cimetière commencée par Calixte, et de plus parce qu'elle a une grande valeur dogmatique {\\%. roi). En voici le texte :

CVBICVLVM DVPLEX CVM AKCISQLIIS ET LVMINARE

ivssv vapfie svi marcellini diaconvs iste

SEVERVS FECIT MANSIONEM IN PAGE QVIETAM SIBI SVISQUE MEMOR QUO MEMBRA DVLCIA SOMNO PER LONGVM TEMPUS FACTORI ET IVDICI SERVET SEVERA DVLCIS PARENTIBVS ET FAMULISQUE REDDIDIT OCTAVVM FEBBRVARIAS VIRGO KALEXDAS QVA.M DOM///7/S NASCI MIRA SAPIENTIA ET ARTE IVSSERAT IN CARNE.M QVOD CORPVS PACE OVIETUM HIC EST SEPVLTViM DQNEC RESVRGAT AB IPSO QVIQVE ANIMAM RAPVIT SPIRITV SANCTO SVO CASTAM PVDICA.M ET INVIOLABILE/// SE.MPER QVAMQVE ITERV.M DOM/////S SPIRITALI GLORIA KEDDKT QVAE VIXIT ANNOS NOVEM ET VNDECI.M .MENSCS QVINDECni QVOQVE DIES SIC EST TRAN.SLATA DE SAECLO

On s'étenne qn'on ait fait si peu de cas de cette inscription dans les divers manuels d'archéologie chrétienne. On se contente de dire qu'elle témoigne des travaux exécutés ici sous Dioclétien,

D'abord, c'est le premier document où l'évêque de Rome est appelé pape. De plus, c'est un document solennel et public de l'enseignement de l'Eglise romaine sur le fins dernières, car cette inscription a pour auteur le premier diacre de cette Eglise. Tout cela est fort important quand on considère la substance de la seconde partie de l'épigraphe. Le tombeau y est appelé une maison de paix et de repos que Sévère a faite pour lui même et pour les siens^ en pensant à la mort, pour qu'elle conserve longtemps, endormis dans le sommeil, les doux membres de Sévèra à Dieu, son créateur et juge. Ces membres {corpus) sont ensevelis ici jusqu'à ce que le Seigneur les ressuscite, le même

Seigneur qui, par son Esprit saint, en a enlevé

l'âme chaste, pudique et toujors inviolable et qui

la rendra au corps, ornée d'une gloire spirituelle.

Si nous voulions une exposition poétique de la

Fig. loi — Inscription du diacre Sévère.

mort, du jugement, de la résurrection, nous ne saurions rien imaginer de plus charmant que cette poésie. Il est vrai que la prosodie n'y est guère observée, mais le caractère spontané, le parfum

classique des formules, l'ingénuité du rythme en font malgré ses incorrections, un joyau d'épigraphe funéraire.

Nous avons vu que l'on trouve non seulement vivas in pace, mais dormis in pace, in pace somni, manet in pace y etc. Ces formules sont complétées par l'inscription que nous étudions : cuius corpns in pace quietiun hic est sepidiuni donec resurgai a Domino,

C'en est assez sur la valeur dogmatique de cette inscription : je l'ai expliquée ailleurs <?.r professo (i) Remarquons enfin que cette Sèvèra dnlcis parentibus et fa^nulisque est une jeune vierge de dix ans environ. Nous avons ici sans doute un exemple de petite fille vouée dès Tenfance à la virginité par ses parents, ce qui était assez fréquent dans l'Eglise primitive ; devenue adulte, elle n'était pas strictement obligée à observer cette promesse, mais si elle mourait après cette consécration, fût-ce le lendemain, on lui donnait le titre de vierge. C'est pourquoi on trouve des épitaphes de vierges de six ans, quatre ans, un an et même de quelques mois. Nous savons même par S^ Jérôme que l'on vouait des enfants à la virginité avant leur naissance. Ce titre de vierge était un titre d'honneur ; nous l'avons déjà rencontré plusi.Hirs fois.

Dans la chambre 7 (fîg. 53) il y aurait eu, suivant Etienne De Rossi, un escalier.

Dans le chemin B B, sous un arcosolium, sont

(i) Notiones archccl. christ.^ vol. lij p^rs i»

peintes quatre orantes des deux sexes et de différents âges (n. 8) ; il semble qu'elles soient du même artiste que les cinq orantes décrites plus haut. Cet arcosolium est appelé « du masque » parce qu'à sa voûte est peint un masque avec d«ux guirlandes de fleurs.

La chambre n. 9 est très grande. Un sarcophage grossier se trouve dans l'arcosoli'im ; sur le mur de gauche de l'arc est peint en lettres rouges le nom de PATRICIVS ; ce nom est répété par un graffite local... V PATRICIVS IN PACE.

A droite de la galerie B B sont aussi deux autres chambres (nn. 10, 11), dans lesquelles un fragment d'inscription porte la marque consulaire de l'an 300 ; defunCTVS EST Puer,., qui vixit «NNOS. VI- ET. DIES...K^/. w^/(?). AS DD NN QOnsta}iiio et maxmiioNO CAESS. III Conss.

Résumons maintenant les divers indices chronologiques. L'inscription citée, les peintures des Cinq Saints et des autres orantes sont de la fin du 111^ siècle ; la double chambre de Sévère est de la même époque ; tout ce groupe est donc antérieur au iv^ siècle. Il est probable que la région prenait naissance à Tescalier ; mais à vrai dire cet escalier est douteux. S'il n'existait pas, la partie précédente serait d'autant plus ancienne qu'elle serait proche de l'escalier de S' Eusèbe. S'il existait et était l'origine de cette région, la partie précédente a, malgré tout, des caractères plus antiques, soit dans ses peintures ' qui sont du iii^- siècle, soit

parce qu'on y déposa le pape Caïus prédécesseur de Marcellin.

Les principaux indices chronologiques de la région de S* Eusébe sont : la rareté du monogramme ^, l'emploi du nom de la gens devant le cognomen, ou l'habitude de mettre deux noms : Aeliits Saturninus , Cassia Fareiria, rpexiXia EùiD^ta, Manilia Ociavia, Coc ceins G r ego rus. In lia Claudiana, etc. ; la variété des formules et leur caractère dogmatique ; la date relativement rare et le mot DEPOSITIO, KATA0ECIC, souvent en entier ; la paléographie parfois très belle.

On ne saurait croire combien les archéologues, avant le P. Marchi et son illustre élève, se sont trompés sur les indices chronologiques de cette région. En voici un exemple : ayant vu les peintures des Cinq Saints, Marangoni crut qu'ci était le cimetière de Prétextât ; il enleva donc plus de soixante inscriptions de cet endroit et du troisième étage en-dessous et s'imagina qu'il y avait ici un nombre extraordinaire de martyrs enterrés, à cause des nombreux vases de verre qu'il trouva. Ces martyrs devaient, selon lui, être de l'époque de Domitien, parce que sur la chaux d'un loculus on avait trouvé une monnaie de cet emperur.

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