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CHAPITRE II L' épigrapliie et l'art dans les catacombes

Avant d'entrer en matière se présente une question préliminaire: quel sens et quel but ont eu l 'épig;raphie et Tart des catacombes ? Les érudits se sont partagés en deux camps. Les uns veulent qu' au moins l'art, et peut-être aussi l'épigraphie et les symboles qui s'y rapportent, ait eu pour but l'enseignement et ait été comme un catéchisme peint sur les parois des tombes. D'autres au contraire, n'établissant aucune différence d'idées, enseignent que la fin de l'art sépulcral chrétien ne ditfère point de la fin de l'art sépulcral païen : c'est, disent-ils, un art sépulcral, donc il a un but funéraire.

Ces derniers nous semblent dans le vrai, sauf que. se partageant eux aussi en deux classes, les uns exagèrent l'idée eschatologique, comme si rien ne fût exprimé sur les tombeaux qui n'eût rapport ou ne fît allusion à la vie éternelle, à Tachèvement du bonheur ; les autres, plus objectifs, y reconnaissent comme dominante l'intention parénétique, plus conforme, selon eux, à l'état du défunt. Nous croyons que ces derniers ont raison.

Voici donc comment je formule la question pré-

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liminaire : de même (}ue, sur la tombe d'un |jaïen durent se refléter, en quelque façon, ses croyances, sur l'autre vie, sur son état et ses besoins ; ainsi sur la tombe chrétienne apparurent des allusions correspondantes à létat du défunt. L' Eglise enseignait que les âmes ne pouvaient entrer dans la félicité éternelle sans s'être d'abord purifiées ; que cette purification pouvait être abrégée par les suffrages des vivants, par 1' intercession des saints, et que les âmes, une fois admises à la suprême béatitude, pouvaient à leur tour se faire avocates des vivants et des morts. Enfin, dans ses prières officielles pour hâter l'admission des défunts au paradis, l'Eglise avait l'habitude de rappeler au Sei gneur la foi du défunt, la faiblesse de la nature humaine, la puissance et la miséricorde divines. Ces idées doivent naturellement se refléter dans la décoration et les inscriptions sépulcrales.

De tout cela nous pourrons, il est vrai, tirer un vrai et profond enseignement dogmatique, mais cet enseignement ne fut pas et ne peut pas être le principal but de l'art sépulcral. Sans documents, nous ne devons pas dépasser les limites que l'histoire nous impose.

Article I 1/ E p i g r a p h i e.

On peut considérer 1' épigraphie au point de vue littéraire et au point de vue doctrinal. Dans le premier cas. les épitaphes chrétiennes primitives

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ne peuvent nous olfrir de précieux modèles. Mais au point de vue doctrinal, bien que le graveur de pierres n'ait jamais eu l'intention d'exposer ses propres cro\'ances, les épitaphes nous révèlent cej)endant presque tout cet ordre d" idées religieuses que les premiers fidèles avaient puisé dans 1 enseij^nement des apôtres. Nous nous trouvons en face d'un fait cpie les scolastiques, après Aristote, ont formulé en ces mots : A7/ voMtum qiiin praccoirnitum - « Rien ne peut être voulu sans être d'abord connu ». Ces désirs, ces affections intimes du cœur

Fig. 21. — « Sévéra l't's en Dieu ! »

que nous trouvons exprimés mille fois, et toujours diftéremment, sur les pierres sépulcrales nous révèlent les idées, la foi de ceux qui les y ont exprimés. Primitivement, avant que le chrétiens eussent un formulaire à eux. nous ne trouvons que de simples noms, ou, quoioue rarement, les mêmes formules que l'épigraphie païenne. Ce sont alors les noms euxmêmes qui, avec le caractère paléographique, nous révèlent l'antiquité des inscriptions. Le style pourtant ne tarde pas à se former : il naît du besoin même de r ànie, il jaillit du cœur, dont les affections, enno-

blies par la foi et comme spiritualisées, nous offrent la prière la plus spontanée et la plus émouvante qui soit jamais sortie de la bouche de l'homme.

Un premier et solennel souhait fait au défunt est celui d'être en Dieu ; ainsi la formule : IN DEO. IN DOMINO, VIVAS IN DEO - « vis en Dieu » est celle qui revient peut-être le plus souvent dans les épitaphes du ii^ et du iii*^ siècles. Il faut y rattacher le souhait de la paix : PAX TECVM, VIVAS IN PAGE, PRISCVS IN PACEM siiscipiatur - « 02ie Prisais soit reçu da?is la paix ! »

L'analogie des formules nous permet de réunir à ce groupe les formules suivantes: EVGENI SPIRI- TVVS IN BONO - « ô Eugène, que ton âme soit dans le bonheur I » qui équivaut à cette autre, écho, semble -t-il, de la liturgie funéraire: IN PAGE SPIRITUS SILVANI AMEN - « que rame de Silvanus soit dans le paix, ainsi soit-il ! » et toutes les deux trouvent un pendant dans cette autre inscription : BACCIS DVLCIS ANIMA IN PAGE DOMINI - « Baecis, douce Ame. sois dans la paix du Seigneur / »

Ce type d' épitaphe était commun à toutes les églises de l'univers ; la même formule se retrouve en latin comme en grec, en Orient comme en Occident, en Afrique, en Espagne, dans les Gaules.

Mais la formule devient plus importante au point de vue théologique, quand y sont désignées les personnes de la S'^ Trinité :

IN VNV DE\' GBEDEDIT - <' // rrut en un seul Dieu »

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EX (-)EO KITEIQ XPEIOTO - «En Dieu Scii^ncur Christ ».

IN D CHRISTO - « /fy^ Dieu Christ».

Xpiatôç \xt~y. 'jO'j - <i Le Christ soit avec toi! ».

TÀp^^z âv K'jc-io) Xs'.aTO) - « Vis dans le Seigneur Christi ! »

LucillA ? CRfDEDIT in les Vni ^ - « Luci/'a crut en Jésus- Christ ».

KAR KYRIACO VllJo DVLCISSIMO VI BAS N SPIRITO (sic) SXncto, << Cher Cyriaque, fils très doux, vis dans f Esprit-saint ! »

Que ces phrases sont expressives el explicites |)our proclamer la divinité du Christ ! Mais en voici d'autres où le Perc et le Fils sont réunis :

AVGVRINE IN DOM ET ^ -« O Augurinus, [vis] dans le Seigneur et en /ésus- Christ ^.

FAX DOMINI ET ^ C\'M FAVSTLXO AT- TICO - « La paix du Seigneur et du Christ [soit] avec Eaustinus Atticus ! »

Comme l'observe De Rossi. la rareté des inscriptions qui réunissent les trois Personnes de la Trinité, tandis que nous trouvons réunies la première et la seconde, est due aux hérésies gnostiques. Celles-ci détruisaient de différentes laçons le mystère de la Trinité, mais leurs erreurs se rapportaient au Père et au Fils : ils les confondaient en une seule personne ou détruisaient la divinité du Christ ou faisaient souffrir le Père. Les formules donc : in Domino et lesu Christo - pax Domini et Christi - EX OEO KAI XPIOTli, et autres semblables sont des affirmations de la vraie doctrine

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de r Eglise en ces temps où les tlivei'i^ences clugmatiques étaient si vives,

\'oici une épitaphe très ancienne qui mentionne la Trinité :

//^CVNDIAXYS çui credidil m

CHRISTVM l^'^um vivit in

palr^. E/. FILIO. ET \S?iriiu sanclo

* fiu luidianiLS qui crut au Chris f [csus l'it dans le Père et le Fils et /' Esprit-saint ».

Les anges ne sont pas oubliés ; dans les plus anciennes prières pour les défunts ces es{)rits célestes sont invités à accourir à la recontre de 1' ame et à la présenter à Dieu :

SEVERO FILIO DVL CISSIMO LAX'RENTIYS.

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