ET LA NUTRITION NORMALE
Temps en heures
Pseudo-nutrition
Nutrition normale
Suc sécrété
Pouvoir digestif
Suc sécrété
Pouvoir digestif
Gomme on le voit, au cours de la digestion normale de la viande, la quantité de suc sécrété diminue au fur et à mesure que le travail protéolytique s’avance. De plus, le pouvoir digestif, qui était, au début, de 4.94, est descendu à 2.87. Au contraire, dans la pseudo-nutrition, on a une tout autre marche. La force digestive du suc psychique reste encore très grande, même après que la sécrétion est presque arrêtée. Il résulte donc clairement de ce qui précède, que la diminution qu’on constate dans la quantité et la qualité du suc élaboré au cours de la nutrition normale provient presque exclusivement de l’arrêt de la sécrétion psychique. C’est donc bien l’impulsion psychique qui amène le suc le plus actif; et en dehors de ce suc, on n’a qu’une sécrétion de pouvoir digestif tout à fait secondaire.
La sécrétion qui se produit en dehors de l’impulsion psychique est considérée par Pawlow comme une sécrétion spécifique, due aux agents mêmes de la nourriture. Voyons donc comment s’exerce cette influence chimique sur les glandes sécrétorielles. La méthode qu’on emploie dans cette recherche est la même que celle qui a servi précédemment dans l’étude de la nutrition inconsciente. Il s’agit de se placer dans des
conditions telles, que la part de l’appétit soit complètement exclue. On opère sur un chien en introduisant la nourriture par une fistule, tout en veillant bien à ce que l’animal ne ressente rien, ni par la vue, ni par l’odeur, etc. On peut aussi introduire la nourriture pendant que l’animal dort, puisqu’on sait que les glandes sécrétorielles fonctionnent normalement, même durant le sommeil. On connaît toute une série de dispositifs très variés pour étudier la nutrition inconsciente. Rjasanzeff, Chigin, Labosoff, et d’autres encore, tout en modifiant les conditions, sont arrivés à des résultats très analogues, et ils nous ont ainsi fourni des données d’un intérêt capital, au point de vue de la digestion. En introduisant dans le tube digestif différentes substances alimentaires, on constate que chacune agit d’une façon qui lui est propre et qui est tout à fait constante. L’influence de ces substances diffère suivant leur nature chimique : les unes agissent activement sur les glandes sécrétorielles et provoquent une sécrétion plus ou moins riche; d’autres agissent dans une direction opposée : elles ralentissent ou arrêtent complètement la sécrétion. Enfin, il existe toute une classe de matières alimentaires qui se montrent inactives et n’influencent nullement les glandes gécrétorielles. En outre, on a observé que l’action chimique des substances nutritives se porte tantôt sur les glandes stomacales, tantôt sur la glande pancréatique. Les substances actives sur les glandes gastriques peuvent se montrer sans action sur le pancréas et inversement.
Pour résumer les données nombreuses qu’on possède sur cette importante question, nous allons étudier séparément les actions chimiques, d’abord sur les glandes de l’estomac, puis sur les cellules pancréatiques.
Influences chimiques sur la sécrétion stomacale.
Action de l’eau. — Tous les aliments n’influencent pas la sécrétion gastrique. Parmi les substances qui se montrent les
SÉCRÉTION STOMACALE
plus actives, il faut citer avant tout l’eau et la viande crue. L’eau introduite dans l’estomac provoque une sécrétion acide, mais peu abondante ; celle-ci ne se manifeste nettement qu’en présence d’une grande quantité d’eau. Pour obtenir par la fistule un écoulement appréciable de suc gastrique chez un chien de grandeur moyenne, il faut introduire de 400 à 450 cc. d’eau, tandis que 100 à 150 cc. seulement restent sans résultat. Cette action de l’eau sur les glandes sécrétorielles est extrêmement importante au point de vue de la digestion.
Action de la viande. — La viande crue détermine une sécrétion plus considérable que l’eau. Introduite dans l’estomac d’un chien, elle provoque déjà une sécrétion notable après 15 ou 30 minutes. La viande bouillie se montre inactive : c’est donc que la substance sécrétorielle se trouve dans les matières extractives de la viande. L’action de l’extrait de Liebig a été étudiée par Labossof. Ce savant dissout 10 gr. d’extrait de Liebig dans 150 gr. d’eau et il introduit le mélange dans l’estomac d'un chien. La sécrétion commence après 13 minutes. On trouve que :
La lr# heure, il s’est écoulé 5.3 cc. suc. de pouv. dig. : 4.25
La 2e » » 2.6 » 4.0
On n’a pas encore pu établir la nature chimique de la substance de l’extrait de viande qui provoque la sécrétion. On sait seulement que celle-ci se trouve dans les parties insolubles dans l’alcool.
Les différentes peptones du commerce se comportent très différemment. D’après Pawlow, la peptone Chapoteau posséderait seule un pouvoir sécrétoriel. Il est fort probable que cette peptone a été obtenue à l’aide de viande crue, tandis que les autres ont été fabriquées avec d’autres matières albuminoïdes, et que c’est de là que vient la différence signalée plus haut. Mais il est possible aussi, comme nous le verrons plus loin, que cette différence provienne des degrés divers d’hydrolyse auxquels ont été soumises les peptones examinées. L’action sécrétorielle de l’extrait Liebig ou de la peptone se trouve considérablement accrue si l’on mélange ces corps à d’autres
substances peu actives par elles-mêmes, telles que l'amidon. Cette augmentation du pouvoir sécrétoriel provient de cette circonstance que l’extrait reste ainsi plus longtemps en contact avec les muqueuses.
Comme autres substances actives, on peut encore citer la gélatine et le lait. Mais la plupart des matières alimentaires se montrent sans action chimique sur les glandes sécrétorielles. Ainsi l’albumine, liquide ou coagulée, l’amidon, le sucre, etc., ne produisent point de sécrétion. Dilués dans l’eau, ils ne fournissent pas plus de suc que l’eau elle-même.
Action des graisses. — L’action des matières grasses et de l’amidon mérite une attention toute particulière. L’huile introduite dans l’estomac se montre inactive. Mais le véritable rôle des matières grasses se manifeste seulement quand on étudie leur action au cours de la digestion. Quand on introduit des matières grasses dans l’estomac, soit avant, soit pendant le repas, on constate toujours un ralentissement considérable dans l’écoulement du suc. C’est ainsi que chez un chien qui sécrète ordinairement, dans les 2 ou 3 premières heures, après un repas de 400 g r. de viande, de 10.0 à 15.0 cc. de suc (recueillis dans la partie isolée de l’estomac), les résultats seront tout autres si, une heure avant son repas, on introduit dans son estomac 100 gr. d’huile : on constatera alors l’absence de sécrétion pendant les premières heures, puis, seulement, après 2 ou 3 heures, l’apparition d’un très faible écoulement de suc. L’influence de l'huile persiste encore, même après qu’elle a été éliminée de l’estomac.
Cette influence des matières grasses ne se fait pas seulement sentir sur la quantité de suc sécrété, mais aussi sur sa qualité. Voici une expérience de Labossof qui montre bien cette action inhibitrice : à gauche, nous indiquons la marche de la sécrétion (suc recueilli dans la partie isolée de l’estomac) chez un chien après un repas de 400 gr. de viande. A droite, la marche de la sécrétion chez le même animal, qui a reçu, 1 h. 1/2 avant le repas, 75 cc. d’huile, puis un repas de 400 gr. de viande :
SÉCRÉTION STOMACALE. 403
Influence des matières grasses sur la sécrétion gastrique.
Temps
Repas ordinaire
Repas précédé d’une ingestion d’buile
Suc sécrété
Pouvoir digestif
Suc sécrété
Pouvoir digestif
1 heure.
2 heures.
Gomme on le voit, la différence est non seulement quantitative, mais aussi qualitative ; le pouvoir digestif se trouve considérablement abaissé à la suite de l’ingestion d’buile, et cette diminution se fait sentir dès la première heure de la digestion. Cette dernière constatation nous fournit une indication sur le processus suivant lequel l’huile exerce son action. Le changement dans la marche de la sécrétion est dû en partie à la diminution de la sécrétion spécifique, mais surtout au grand affaiblissement de la sécrétion psychique. Du reste, Pawlow apporte une preuve décisive de l’influence exercée par l’huile sur la sécrétion psychique. Il soumet un chien à une pseudo-nutrition pendant 6 minutes. La sécrétion commence normalement et se poursuit de la manière suivante :
Dans la lre heure, on a recueilli 4 cc. suc de pouvoir digestif 4.75 » 2e » » 1 » » » 4.75
Le pouvoir digestif se montre constant et égal à 4.75. Le même chien reçoit alors, dans l’estomac, une demi-heure avant la pseudo-nutrition, 100 gr. d’huile, puis la pseudonutrition est conduite encore une fois, pendant 6 minutes. On constate qu’il ne se produit pas de sécrétion pendant les deux premières heures. On recommence la pseudo-nutrition. La sécrétion apparaît, mais très faible : elle fournit dans la première heure 1.8 cc. de suc, de pouvoir digestif égal à 4.0 seulement. Ainsi donc, la présence des matières grasses dans l’estomac amène un ralentissement notable dans la sécrétion
d’origine psychique. Cette action défavorable des matières grasses peut encore être mise en lumière par la mesure de la sécrétion qu’on obtient en nourrissant un chien d’une part avec du lait, d’autre part avec de la crème.
Influence des matières grasses sur la sécrétion gastrique.
Heures
600 grammes de lait
600 grammes de crème
Quantité
sécrétée
Pouvoir
digestif
Quantité
sécrétée
Pouvoir
digestif
Totaux et moyennes
Le lait produit déjà une sécrétion peu abondante et peu active, parce qu’il contient des matières grasses. La crème, qui est beaucoup plus riche en matières grasses, provoquera une sécrétion encore plus lente, plus faible et d’activité moindre.
Action de l’amidon. — L’action de l’amidon est assez complexe. Introduit dans l’estomac vide, il ne produit point de sécrétion; mais, mélangé à d’autres substances nutritives, il influe à un haut degré sur la formation du suc. L’eflet produit par l’amidon ne consiste pas, comme pour les graisses, dans un ralentissement de la sécrétion, mais'surtout dans un changement du pouvoir digestif du suc sécrété. Si l’on ajoute de l’amidon à une ration de viande, on constate dans la sécrétion une allure tout autre qu’avec la viande seule : l’activité du suc se trouve considérablement accrue, et cela dès le début de la digestion ; de plus, la sécrétion se poursuit plus longtemps.
Dans un paragraphe précédent, on a déjà constaté que la viande et le pain produisent des sucs gastriques d’activité très différente. Tandis que le pain provoque l’apparition d’un suc
SÉCRÉTION STOMACALE
très actif, qui augmente encore sa force dans la première heure de la digestion, la viande, au contraire, ne détermine la sécrétion que d’un suc moins actif, dont le pouvoir digestif décroît d’ailleurs très rapidement. La marche caractéristique de la sécrétion produite par le pain serait due, d’après Pawlow, à l’action spécifique de l’amidon, de sorte qu’il est possible, en mélangeant de la viande et de l’amidon en proportions convenables, de réaliser une marche sécrétorielle absolument analogue à celle fournie par le pain :