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ACTION DES SELS DE CALCIUM

et il en était privé parce que, en ajoutant au sang du fluorure, qui est un poison cellulaire, on tue les leucocytes et on empêche la sécrétion de la diastase.

Bordet et Gengou ont repris cette étude et ont montré que cette hypothèse de l’absence de ferment dans le plasma fluoré n’était pas nécessaire pour expliquer son incoagulabilité. Tout d’abord ils ont établi que le plasma salé de lapin, privé de cellules, mais contenant par contre tous les éléments de la thrombine, se comporte, sous l’action de NaF, exactement comme le sang complet, et que, par conséquent, la vraie cause du pouvoir anticoagulant du fluorure ne réside pas dans la toxicité qu’il manifeste à l’égard des éléments cellulaires. Le fluorure, comme l’oxalate, est un agent décalcifiant : c’est précisément parce qu’il précipite la chaux qu’il rend le plasma incoagulable. Mais d’où vient que, par addition ultérieure de GaGl2, la coagulation n’a plus lieu, comme avec le plasma oxalaté? Cette différence d’action tient à ce que le fluorure de calcium, en se précipitant, entraîne avec lui non seulement une quantité plus ou moins grande de fibrinogène, mais en outre le sérozyme, et celui-ci avec plus d’énergie encore qu’il ne fixe le fibrinogène.

Préparons tout d’abord un plasma dilué oxalaté, et par suite incoagulable en mélangeant : 7 cc. plasma salé à 5 % -f- 28 cc. eau distillée + 5 cc. solution oxalaté de soude à 1 % Dans un tube (A) mettons 10 cc. de ce plasma dilué 2 cc. d’une émulsion trouble de CaF2 dans l’eau ; dans un tube (B) plaçons encore 10 cc. de ce même plasma 4- 2 cc. du liquide surnageant provenant de la centrifugation et de la décantation d’une émulsion de CaF2. On laisse le contact se prolonger quelques heures, puis on centrifuge les deux mélanges et l’on décante les liquides clairs. On constate alors que le premier liquide (A), qui a été en contact avec le fluorure de calcium, additionné de CaCl2 ou de thrombine, ne se coagule pas; porté à 60-65°, il ne se trouble pas davantage : le fibrinogène ainsi que la substance active ont été fixés par le précipité. Au contraire, le second liquide (B), qui n’a pas été en contact avec le fluorure de calcium, se

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coagule par addition de CaCP ou de sérum et, porté à 60-65°, se trouble fortement.

Cette expérience nous explique alors les deux faits suivants : un plasma, légèrement fluoré, suffisamment cependant pour le rendre incoagulable, peut se prendre en masse si l’on vient à le diluer : c’est qu’en effet le précipité de CaF2, qui s’était d’abord formé, et qui n’est rigoureusement insoluble que dans une solution de NaF faible, s’est redissous en partie et a permis ainsi au ferment d’agir. Mais, au contraire, si l’on additionne de CaCF un plasma fluoré, on ne pourra jamais en provoquer la coagulation, car on produit ainsi une forte quantité de florure de calcium, qui élimine la totalité du sérozyme qui aurait encore pu rester à la suite de la première précipitation : au lieu de favoriser la coagulation, le chlorure de calcium tend donc à l’enrayer davantage.

Ainsi donc, le pouvoir anticoagulant du fluorure est de même nature que celui de l’oxalate : tous deux agissent en précipitant la chaux. Cependant il y a lieu de remarquer que non seulement il est nécessaire que cet élément se trouve dans le plasma à l’état soluble, mais encore, ainsi que Sabbatani l’a montré, il faut que les sels calciques solubles soient suffisamment dissociés en ions pour jouer le rôle qui leur appartient dans la coagulation. C’est parce qu’elles diminuent le degré de dissociation des sels de chaux contenus normalement dans le sang, que les fortes concentrations salines (NaCl, S04Na\ SO‘Mg) empêchent la coagulation. C’est probablement pour une raison analogue que les citrates alcalins, à la dose de 2 à 3 o/00, se montrent également efficaces. Ces sels, en effet, ne précipitent pas les sels de calcium et ne peuvent pas être, à proprement parler, considérés comme décalcifiants. Ils doivent agir en engageant la chaux dans une combinaison soluble ne subissant pas la dissociation électrolytique.

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Prothrombine. — Conditions de transformation du proferment en ferment actif.

Nous venons de voir que dans la coagulation du sang, la chaux joue un rôle indispensable. Recherchons maintenant de quelle façon cet élément intervient. Trois hypothèses ont été successivement présentées : la première admettait une action superposée des deux agents coagulants : le ferment et la chaux. La transformation du fibrinogène en fibrine serait produite par chacun des deux facteurs et la coagulation apparaîtrait comme le résultat complexe do leur action combinée. La seconde hypothèse faisait jouer à la chaux un double rôle : tout d’abord cet élément permettait l’action du fibrin-ferment sur le fibrinogène, et ensuite, il entrait dans la constitution de la fibrine formée. Ces deux premières explications de l’intervention de la chaux ont été abandonnées, car elles s’accordent mal avec les données expérimentales, qui sont, au contraire, très favorables à la troisième conception, qui envisage la chaux comme génératrice de la thrombine.

Tout d’abord il est un fait certain, c’est que l’action de la chaux dans la coagulation n’est pas instantanée. Le contact doit être prolongé pendant un certain temps, et si l’on élimine cet élément trop tôt, on ne constatera aucun effet produit.

Il ressort même de l’expérience suivante que cette action s’exerce brusquement, mais après un certain temps perdu. Pour le montrer, Bordet etGENQOü se servent d’un plasma salé à 5 °/0, qu’ils ramènent, au moment de l’employer, par l’addition de 4 vol. d’eau distillée, à une teneur en NaCl de 1 %. Dans un tel plasma, dilué et salé, la coagulation est très ralentie et le phénomène peut être aisément suivi. On répartit donc dans plusieurs tubes 9/10 de cc. de ce plasma fraîchement dilué. L’un des tubes est conservé sans aucune addition ultérieure ; jes autres reçoivent, au biut de temps variables (2, 10, 20, 30, 35 m.), 1/10 de cc. d'une solution d’oxalate de soude à 1 °/0. On

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élimine ainsi la chaux après avoir prolongé son action plus ou moins longtemps, et l’on observe les tubes où se produit la coagulation. Voici les résultats :

Action de la chaux dans la coagulation.

Liquides Apparition de la coagulation

1° Plasma salé dilué (témoin) Au bout de 40 m.

2° » » » additionné d’oxalate après 2 m. Aucune coagulation.

6° » » » » » » 35 m. Un peu après 40 m.

Dans l’expérience témoin (n° 1), où la chaux n’a pas été éliminée, la coagulation se produit au bout de 40 minutes. Dans l’essai n° 5, la chaux est éliminée après 30 m., et l’on n’observe aucune prise en masse. Donc, même après 30 m., l’action de la chaux a été nulle ou insuffisante, la thrombine n’est pas formée et, à ce moment, la précipitation de cet élément rend encore le plasma incoagulable. Par contre, après 35 m., la chaux a produit son effet, et 5 m. suffisent alors pour amener la prise en caillot du liquide. Comme dans ce dernier essai, la coagulation n’a pas été sensiblement plus longue que dans l’essai témoin, où la chaux n’a pas été éliminée, il faut admettre que cet élément a exercé son action entre la 30me et la 35me minute et que, durant ce court laps de temps, il a produit la totalité de son effet.

D’autre part, ainsi que Pekelharing l’a montré, du plasma oxalaté, additionné de sérum provenant d’une coagulation normale, par suite riche en fibrin-ferment, se coagule, même si le sérum est additionné d’oxalate avant qu’on l’ajoute au plasma. C’est donc que la chaux, qui est nécessaire à un moment donné, ne l’est plus à d’autres. On a cru pouvoir expliquer cette anomalie en admettant que l’enzyme entrant en jeu n’est pas à proprement parler une diastase coagulante, mais un proferment : une prothrombine. Celle-ci, pour devenir active et se transformer en thrombine, aurait besoin du concours de

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la chaux. Une fois la métamorphose produite, la chaux ne serait plus d’aucune utilité. On conçoit alors qu’un fibrinogène, exempt de chaux, puisse cependant se coaguler sous l’influence d’une thrombine également privée de cet élément, si, à l’insu de l’expérimentateur, la diastase a pu au préalable se constituer grâce à l’intervention de traces de sels de calcium. Nous verrons plus tard que le rôle de la chaux dans l’activation du suc pancréatique présente une certaine analogie avec ce qu’on observe ici, tant au point de vue de l’opportunité de cet élément que dans l’allure même du phénomène.

En résumé, la chaux nécessaire à l’apparition du fibrinferment n’intervient plus ensuite dans la coagulation proprement dite. Telle n’est pas cependant l’opinion de Stassano et Daumas, qui ont montré que dans la coagulation du sang et de la lymphe, la chaux joue un double rôle et agit successivement à deux moments différents du phénomène.

En premier lieu, la chaux est indispensable à la formation du fibrin-ferment et elle porte son action sur les deux générateurs albuminoïdes de celui-ci : le thrombogène (ou prothrombine) et la thrombokinase, dont nous avons déjà parlé. Voici quelques détails qui précisent un peu cette intervention. Les auteurs préparent tout d’abord du plasma salé à 5 % qu’ils privent de la totalité de ses sels de chaux par une dialyse de 20 jours environ sur une solution de NaCl à 5 °/0, fréquemment renouvelée. Le plasma ainsi obtenu, étendu d’eau, n’est plus spontanément coagulable. Il faut, pour qu’il y ait prise en caillot, qu’un sel de calcium intervienne, mais, et là réside le point caractéristique, cette intervention doit se faire dans des conditions et des proportions déterminées.

L’addition de très faibles quantités de Cad2 à du plasma salé dialysé à fond, comme il est dit plus haut, et dilué ensuite à 3 vol., de façon à ramener son titre à 1.25 % NaCl (titre insuffisant pour empêcher la coagulation d’un plasma ordinaire), n’est suivie d’aucune manifestation extérieure : ce plasma garde sa limpidité et toute sa fluidité. Mais il suffit d’y ajouter, quelques heures après, une dose beaucoup plus consi-

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dérable de Cad2, et même de SrGl* ou de BaCl\ pour le faire coaguler avec une avance considérable sur les échantillons témoins de ce même plasma, témoins qui étaient établis en additionnant le plasma de la même quantité totale de Ga que précédemment, aussitôt que le plasma salé venait d’être dilué.

La dose la plus favorable de CaCPpour ce travail intérieur correspond à environ 0,000.021 gr. par cc. de plasma. Au delà de 0,000.013 gr., l’addition de GaCP est inactive. Au-dessus de cette quantité optima. la coagulation ne se produit qu’avec un retard considérable. C’est grâce à ce travail intérieur, produit par une très petite dose de chaux, que le fibrin-ferment apparaît, mais son action ne peut être mise en évidence que si l'on ajoute au plasma une dose de chaux beaucoup plus grande : la coagulation a lieu aiors très rapidement. Ce même travail peut se révéler, au dehors, autrement, en faisant agir sur de la sérosité péritonéale du cheval (incoagulable spontanément) comparativement deux échantillons d’un même plasma salé, dialysé à fond et dilué : dont l’un a reçu la trace optima de CaCl2 quelques heures avant, et dont l’autre la reçoit seulement au moment de l’essai témoin. Dans ces conditions, il arrive que le premier échantillon fait coaguler la sérosité en beaucoup moins de temps que le deuxième, différence qui atteint et dépasse parfois 2 ou 3 heures. A cette même concentration moléculaire optima, agissent aussi le SrCl* et le BaCl\ mais bien plus lentement, surtout le second. Le rôle de la chaux n’est donc pas absolument exclusif, mais il se manifeste beaucoup plus énergiquement.

Le calcium, d’après Stassano et Daümas, agit aussi dans l’action du fibrin-ferment sur le fibrinogène. Mais cette fois, au lieu d’agir à des doses infinitésimales, il intervient seulement dans des proportions assez fortes. Voici comment ces auteurs le montrent : Le sérum, fraîchement exprimé d’un caillot de sang, renferme de la thrombine toute formée. D’autre part, la sérosité péritonéale du cheval, parfaitement incoagulable, peut être considérée comme une solution de fibrinogène. Si l’on ajoute quelques gouttes du premier au second liquide,

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celui-ci coagulera au bout d’un certain temps : de quelques minutes à quelques heures, selon les proportions et la qualité du sérum ajouté. Or ce moment arrive beaucoup plus tôt si l’on additionne le mélange de CaCls ou de quelques autres chlorures. La dose oplima pour chacun d’eux correspond à 0,133 cc. d’une solution n/10 pour 1 cc. de plasma salé dilué, ce qui fait pour la chaux 0,001.48 gr. CaCP pour 1 cc. de plasma. Les autres chlorures agissent également à cette concentration moléculaire et sont, par ordre d’activité, le SrCl1, le BaCP, le KC1 et, enfin, le MgCP. Il est encore possible de mettre en évidence l’action activante de la chaux de la façon suivante : on prend du plasma salé non dialysé ; celui-ci coagulerait spontanément, après dilution, en deux heures, par exemple ; au contraire, il se prendra en caillot, en quelques minutes à peine, par l’addition de GaCl2 à la dose convenable.

Toutefois ce qu’il faut faire remarquer, c’est que, s'il est vrai que la chaux intervient dans les deux phases de la coagulation du sang, elle ne parait être réellement indispensable que dans la première partie, celle qui correspond à la transformation du proferment en thrombine active. Son rôle activant dans la métamorphose du fibrinogène, en présence de diastase déjà formée, pourrait même peut-être résider tout simplement dans ce fait, que nous retrouverons plus tard, que le GaCl* est capable de détruire les substances antagonistes qui apparaissent dans un sérum, même après une heure seulement de conservation, et qui en affaiblissent par suite très rapidement le pouvoir coagulant. La chaux, en les décomposant, réactiverait ainsi le sérum employé; mais son effet ne serait qu’indirect. Quoi qu’il en soit, il ressort de tout cet exposé que l’action de la chaux, connue dans ses grandes lignes, présente encore bien des points obscurs, et que cette importante question appelle encore de nouvelles recherches.

Voyons maintenant quelques-unes des autres conditions dans lesquelles s’opère la combinaison du sérozyme avec la thrombokinase. Tout d’abord il ressortirait des expériences de Bordet et Gengou que dans le plasma oxalaté, le sérozyme

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n’existe point à l’état fonctionnel, mais qu’il n’acquiert la propriété de réagir sur le cytozyme ou thrombokinase qu’après une sorte d’activation. De plus, on sait que ce qui est long dans une prise en caillot, c’est la genèse de la thrombine ; la transformation du fibrinogène en fibrine est, au contraire, très rapide. Si à du plasma salé qu’on vient de diluer, et qui exigerait environ 40 m. pour se coaguler spontanément, on ajoute un peu d’un sérum riche en fibrin-ferment, on constate que la coagulation s’effectue en quelques minutes.

Cette formation de thrombine est d’ailleurs très influencée par toutes autres conditions physiques et chimiques; ainsi, sous l’action du froid à 0° la plasmase apparaît beaucoup moins vite qu’à 30°, par exemple. Pour le montrer, il suffit de préparer avec du plasma salé à 3 %, qu’on dilue de façon à ramener son titre à 1 % NaCl, deux échantillons qu’on maintient, l’un à 30°, l’autre à 0°. Au bout de 17 minutes, le premier se prend en masse. Le second, après 37 minutes de séjour dans la glace, est encore liquide : on l’additionne alors de 1 %<► d’oxalate et* l’on constate que, même remis dans l’étuve à 30°, il reste incoagulable : la thrombine ne s’était donc pas encore formée. De fait, un troisième échantillon, pareil aux deux autres, conservé entièrement à 0°, se coagulerait en 1 heure et 15 minutes.

Sur l’influence des conditions de milieu sur la production de la thrombine, on sait en réalité très peu de choses. Nous avons déjà vu que la présence de quantités assez fortes de sels neutres empêchait la coagulation du sang. En particulier, le NaCl à la dose de 5 °/0 (Hewson), et même de 2 % (Bordet), se montre efficace, non parce qu’il s’oppose à la sécrétion d’un proenzyme, comme on l’a cru, mais parce qu’il arrête la transformation de ce proferment en diastase active. Il suffit en effet do diluer le plasma salé, séparé des cellules, pour le voir se prendre en masse. A la dose de 0.8 à 1.25 %, le NaCl ne fait plus que retarder la réaction. Nous avons dit déjà comment les fortes concentrations salines agissent : c’est en empêchant la dissociation des sels de chaux solubles conlenus, naturellement, dans le sang, qu’elles entravent l’apparition de la plasmase.

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Actions de contact.

Le sang présente une particularité très curieuse en ce qui concerne la nature des parois du récipient dans lequel on le conserve. Nous avons déjà signalé ce fait que du sang recueilli dans un vase dont les parois ont été préalablement huilées, vaselinées ou enduites de paraffine, se coagule beaucoup plus lentement que si on le reçoit dans un vase en verre. A propos de l’origine du ferment coagulant, nous avons dit qu’il était probable que cette différence d’effet tenait à ce que le verre, par son contact, produit sur les cellules sanguines une excitation mécanique spéciale, que ne déterminent pas les surfaces grasses ou paraffinées, et que de cette action moléculaire différente résulterait une sécrétion de thrombokinase beaucoup plus grande dans un cas que dans l’autre.

Mais il y a plus : on a en effet constaté que le plasma, comme le sang, est sensible à l’influence de la paroi. Tandis que du plasma de lapin, complètement privé de globules, se coagule en quelques minutes dans le verre, il peut être conservé jusqu’à 24 à 30 heures, avant de se prendre en masse, si on ne lui a point fait subir d’autre contact que celui de la paraffine. Encore liquide après 20 heures, par exemple, il se coagule instantanément si on le touche avec du verre. Le contact avec un corps mouillable, tel que le verre, agit donc, non pas seulement sur les cellules, mais aussi sur les substances qui président à la coagulation, c’est-à-dire sur le fibrinogène, la thrombine ou ses éléments constituants. On se trouve en présence d’un fait d’ordre non pas biologique, cette fois, mais physico-chimique, rentrant vraisemblablement dans la catégorie des phénomènes d’adhésion moléculaire.

En étudiant de plus près le rôle du verre dans la coagulation, on constate que ce corps agit en accélérant la production de la thrombine; autrement dit, l’absence de coagulation dans des tubes paraffinés est due à ce que le ferment ne se forme pas, et non à ce que ce principe, après être apparu, a été paralysée par une raison quelconque. Si l’on observe la coagulation

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d’un plasma salé dilué (qu’on sait se coaguler plus lentement que le plasma pur), ce plasma étant placé dans un vase de verre qu’on n’agite pas, on constate que la coagulation apparaît au bout d’une demi-heure environ en commençant par la paroi, de telle sorte qu’il se forme une véritable gaine de fibrine concrète autour du plasma resté liquide encore au centre du vase. On remarque même que la coagulation se déclare, en tout premier lieu, à l’endroit précis où le contact immédiat du verre doit influencer le plus activement le liquide, c’est-à-dire au niveau du ménisque concave limitant, contre la paroi, la surface du plasma.

Si dans un plasma liquide, conservé par exemple dans un verre de montre paraffiné, on provoque, en certains endroits, une modification de la tension superficielle, soit en touchant le liquide avec des pointes de verre, soit en y projetant quelques poussières ou de fines gouttelettes d’eau, on constate que, autour de ces points où le contact a eu lieu, la coagulation se déclare rapidement. Au reste, la tension superficielle peut, lorsqu’on multiplie les surfaces où elle s’exerce, agir à la manière d’un contact. C’est ainsi qu’en agitant pendant quelques instants du plasma salé dilué, de façon à y provoquer la formation de bulles donnant à la surface du liquide une mousse persistante, on accélère très nettement la coagulation : celle-ci débute par les bulles, la mousse devient en quelque sorte solide, et bientôt la prise en masse se propage au liquide sous-jacent.

Si l’on prend maintenant du plasma salé dilué, conservé dans un vase de verre, et qu’au moment où le liquide commence à se coaguler, soit après 30 m. environ, on l’agite avec une baguette de verre, on provoque une prise en masse presque instantanée : la production du fibrin-ferment, dans ces conditions, s’effectue d’une manière explosive. Le phénomène est alors assez complexe. La rapidité de la réaction résulte de plusieurs causes concourantes : 1) On répartit dans la masse la petite quantité de plasmase déjà formée le long des parois, diastase qui restait en quelque sorte immobilisée par la fibrine apparue ; 2) on multiplie les contacts avec le verre et l’on

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provoque ainsi l’apparition d’une nouvelle quantité de fibrinferment; 3) enfin, dans le cas où il reste encore dans le plasma des plaquettes, leur répartition dans la masse du liquide favorise la prise en caillot par leur simple contact.

Il est facile de montrer que cette influence de la nature des parois ne s’exerce pas sur le fibrinogène, mais uniquement sur la combinaison des éléments constituants de la plasmase active. On sait, en effet, que le fibrinogène est légèrement plus sensible à la chaleur que le sérozyme. Si l’on chauffe 10 m. à 54° du plasma salé fraîchement dilué à 1 °/0 NaCl, on constate que le liquide devient légèrement opalescent et qu’il ne se coagule plus, par suite de l’altération du fibrinogène. On obtient ainsi du plasma incoagulable, mais dans lequel, le sérozyme n’étant pas détruit, la marche de la production du fibrinferment suit à peu près son cours habituel.

Si ce liquide est conservé dans un vase de verre, au bout de 45 m. environ, il acquiert la propriété de coaguler le plasma oxalaté ; au contraire, s’il est maintenu dans un récipient paraffiné, la production spontanée de la plasmase est empêchée.

En résumé, le rôle de la paraffine dans la coagulation du plasma est purement passif : cette substance n’étant pas mouillée par le liquide sanguin, ne détermine pas la formation de thrombine ; mais elle ne s’oppose pas à ce que celle-ci se réalise si on la provoque par une autre cause, ou encore elle ne gêne pas la décomposition du fibrinogène si le fibrin-ferment est déjà tout formé. C’est ainsi que la coagulation d’un plasma salé dilué par l’addition de sérum frais, riche en plasmase, se fait aussi vite dans un vase paraffiné que dans le verre.

Dans toutes ces expériences, il importe que la paraffine soit rigoureusement non mouillable par le plasma et que celui-ci roule sur la paroi enduite de cette substance, à la façon du mercure sur le verre. Il y a de bons et de mauvais échantillons de paraffine : Bordet recommande l’emploi d’un mélange de 1 p. paraffine et de 2 ou 3 p. vaseline liquide.

Il est presque superflu d’ajouter que le verre ne joue aucun rôle spécifique et que toute autre substance mouillable, telle que de la porcelaine ou du platine, peut le remplacer.

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Phénomènes d’anticoagulation

1) Sérums antagonistes de Bordet. — Les phénomènes d’anticoagulation peuvent être observés dans plusieurs circonstances. L’une d’elles repose sur l’existence de sérums antagonistes. Bordet et Gengou ont, en effet, montré qu’un animal a d’une espèce A, un cobaye, par exemple, injecté à plusieurs reprises de plasma ou de sérum d’un animal b d’une espèce différente B, soit un lapin, fournit un sérum qui neutralise in vitro le fibrin-ferment du sérum de l’animal b, et le rend par suite incapable de provoquer la prise en caillot d’un plasma non spontanément coagulable, celui d’oie, par exemple, préparé comme il a été dit précédemment.

Afin de mettre en évidence la substance antagoniste contenue dans le sérum de cobaye traité, chauffons tout d’abord ce sérum à 58°5, température qui détruira le fibrin-ferment qu’il contient normalement. Ajoutons-y ensuite du sérum de lapin neuf et non traité : on constate que le mélange est sans action sur le plasma d’oie. Au contraire, faisons l’essai témoin suivant : à du sérum de cobaye neuf, chauffé à 58°5, ajoutons du sérum de lapin neuf non chauffé : nous voyons cette fois que le mélange coagule très rapidement le plasma d’oie. C’est que, dans le premier cas, le fibrin-ferment du lapin a été rendu inactif par le sérum de cobaye préparé, tandis que dans l’essai témoin, le fibrin-ferment de lapin, non neutralisé, a pu librement agir. Le sérum de cobaye traité contient donc un anticorps du fibrin-ferment de lapin, anticorps qui résiste à la température de 58°5. Pour enlever totalement à 1 partie de sérum frais de lapin sa propriété coagulante, il faut cependant une quantité assez forte, 6 parties environ, de sérum de cobaye traité.

Bordet et Gengou ont reconnu que l’action neutralisante est nettement spécifique, sans l’être néanmoins d’une façon absolue. Ce fait est d’autant plus remarquable que le fîbrin-

PHÉNOMÈNES D’ANTICOAGULATION.

ferment n’est pas lui-même spécifique, du sérum de lapin pouvant coaguler indifféremment du plasma de cobaye, d’oie, de mouton, de chien, etc. Cette contradiction apparente s’explique cependant en admettant que le fibrinogène des divers plasmas, de lapin, d’oie, etc., n’est pas capable de révéler la différence qui existe réellement entre les fibrin-ferments d’origines variées, tandis que l’organisme, moyen d’analyse plus sensible, peut, par voie de réaction vitale, mettre en évidence la spécificité des fibrin-ferments en élaborant des substances antagonistes susceptibles de s’adapter uniquement à chacun d’eux.

A côté de ces actions nettement antifermentaires, il se produit également des phénomènes ressortissant aux propriétés des précipitines. C’est ainsi que les sérums d’animaux A, préparés surtout avec du plasma d'espèce B (et non avec du sérum), précipitent le plasma de l’espèce B. D’après Camus, l’action anticoagulante de ces sérums sur les plasmas résulterait de ce que, en précipitant le fibrinogène, ils lui enlèveraient son aptitude à la coagulation. Bien que cette interprétation repose sur un fait exact, il est probable que les sérums empêchent la coagulation bien plus parce qu’ils annihilent le fibrin-ferment que parce qu’ils modifient le fibrinogène.

2) Action anticoagulante de l’extrait de tête de sangsue, de la peptone, etc. : Thrombase. — Duclaux a donné le nom de thrombase à une diastase décoagulante, capable de redissoudre le coagulum, ou thrombus, formé dans les vaisseaux. En réalité, cette diastase n’a pas été étudiée dans un tel mode de travail, mais simplement en raison du fait que son action s’oppose à celle de la thrombine. C’est donc plutôt un anticorps, une antithrombine. Du reste, cette thrombase de Duclaux, qui comprend un certain nombre de substances susceptibles d’empêcher la coagulation, ne correspond pas à un enzyme bien défini. D’autre part, étant donné que différents auteurs, à tort, ont employé déjà ce nom de thrombase pour désigner la thrombine, diastase coagulante, il convient d’abandonner définitivement ce terme, qui, ainsi que nous venons de le dire, ne répond même pas à la conception

THROMBINE.

de Duclaux, sur laquelle repose toute sa nomenclature des diastases. Nous adopterons donc, pour l’ensemble de ces anticorps, le nom d 'antithrombine ou substances anticoagulantes.

On connaît un certain nombre de substances, d’origine organique, capables de s’opposer in vitro à la coagulation du sang. La plus connue est l’extrait de tête de sangsue. Haycraft a constaté le premier que la sécrétion buccale des sangsues contenait une substance anticoagulante, qu’il a d’ailleurs isolée. Les têtes de sangsues sont macérées dans l'alcool, en vue de les déshydrater. Ensuite on les réduit en poudre, on fait macérer le produit dans l’eau et on filtre. La liqueur obtenue possède la propriété d’empècherle plasma de se coaguler. Cette antithrombine peut supporter l’ébullition prolongée sans se détruire. Cependant, chauffée à 140°, elle perd sa propriété. La substance active retirée des sangsues n’est pas spécifique : elle s’applique à toute espèce de plasma; elle agit in vitro; mais, injectée dans la circulation, elle rend également le sang incoagulable.

On a signalé une propriété analogue dans le suc de foie d’écrevisse, dans le produit de la digestion papaïnique du foie, dans les extraits de certains organes. Lilienfeld a constaté la présence de substances anticoagulantes dans le sang d’oiseau, dans les globules rouges et les leucocytes, dans les ganglions lymphatiques, etc. Enfin, l’histone, de Kossel, possède également ce pouvoir d’arrêter, in vitro, la prise en caillot du sang.

A côté de ces substances, il en est d’autres qui agissent surtout après injection dans un organisme, en rendant le sang de celui-ci incoagulable. Le type de ces corps est le produit désigné commercialement sous le nom de peptone, qu’on sait être un mélange de différents produits de l’hydrolyse pepsique. Si l’on pratique dans un chien une injection intraveineuse de peptone de Witte, à raison de 0.2 à 0.3 gr. de peptone par kg. d’animal, on constate que le sang qu’on recueille peut rester pendant une journée sans se coaguler. Ce fait, découvert par Albertoni en 1878, a été étudié plus en détail par Fano, Contejean, etc. 11 est à remarquer qu’à la même dose, mais in vitro,

PHÉNOMÈNES D’ANTICOAGULATION.

Ja peptone ne donne aucun effet. On peut cependant obtenir avec ce produit une action retardatrice, mais il faut en employer de très fortes quantités. Le sérum antidiphtérique de Roux, certains extraits d’organe, comme le suc de muscle frais, un alcaloïde, l’atropine, ainsi que Doyon l’a montré, agissent d’une façon analogue à la peptone. Mais additionnée au sang in vitro, l’atropine est sans effet.

Ce résultat est dû à la production dans l’organisme d’une substance anticoagulante, car l’addition de ce sang ou de son plasma à du sang normal empêche la coagulation de ce dernier. Delbzenne a reconnu que la substance anticoagulante qui se forme ainsi sous l’influence de la peptone supporte la température de 100°. Gley et Pachon ont démontré que le siège de la formation de ces anticorps est le foie. L’injection de peptone pratiquée après destruction ou extirpation du foie reste sans effet, et, d’autre part, ainsi que Delezenne l’a constaté, la circulation artificielle, à travers le foie, d’un sérum additionné de peptone ou d’extrait d’organe, fournit, à la sortie du foie, un liquide à propriétés anticoagulantes énergiques.

Pouvoir anticoagulant d’un sérum additionné d’extrait d’organe, après le passage a travers le foie.

Mélange circulant

Temps de coagulation d’une solution de fibrinogène

Mélange n’ayant pas passé par le foie

Mélange ayant passé par le foie

10 sérum + 1 extrait. .

3 minutes

2 jours

40 heures

Ainsi donc, tandis qu’un mélange de 10 sérum + 1 extrait provoque la coagulation d’un liquide d’hydrocèle, par exemple, en 3 m., si on le fait circuler à travers le foie, il ne déterminera plus la prise de cette même solution de fibrinogène qu’en

THROMBINE.

2 jours : la production do substance antiplasmasique est manifeste, et elle est d’autant plus grande, que la proportion d’extrait par rapport au sérum est plus forte.

3) Substances anticoagulantes dans le sérum. — Lorsqu’on conserve quelque temps du sérum, on constate que son pouvoir coagulant s’affaiblit très rapidement. Pekelharing a suivi la diminution de la quantité de plasmase active dans un sérum, en mesurant le temps nécessaire à la coagulation d’un certain volume d’une solution de fibrinogène, auquel on a ajouté une même quantité de sérum, pris à différents moments de sa conservation.

Perte du pouvoir coagulant d’un sérum avec le temps.

Durée de la coagulation de la solution de fibrinogène.

Sérum frais 3 min.

Sérum vieux de 1 jour 10 »

» » de 6 jours 16 »

Ainsi donc, du sérum de 6 jours a une activité coagulante environ cinq fois plus faible que s’il est frais.

Bordet et Gengou ont confirmé ce fait et ont même constaté une altération beaucoup plus grande. Ces auteurs se servent de sérum obtenu par dilution et coagulation spontanée de plasma salé et prennent, comme réactif de la puissance coagulante, du plasma oxalaté. A différents tubes contenant du plasma dilué à 1 % NaCl et additionné de 0.1 % d’oxalate, on ajoute, au bout de temps plus ou moins longs, une même quantité de sérum provenant d’une coagulation faite au début de l’expérience ; d’ailleurs, 7 minutes avant le mélange, on met 1 °/00 d’oxalate successivement dans les différents prélèvements de sérum. On constate alors que les coagulations sont d’autant plus lentes à se faire que les échantillons de sérum employé sont plus vieux.

Affaiblissement du pouvoir coagulant d’un sérum avec le temps.

Plasma sérum proven. d’une coagul. datant de 1/4 h. Coagul. en moins de 3 m.

» » » » » » 1/2 h. » en 30 m.

PHÉNOMÈNES D’ANTICOAGULATION.

Le pouvoir coagulant du sérum s’atténue donc très rapidement : cette dégradation est parfois tellement brusque, que la conservation pendant 10 m. d’un sérum fraîchement préparé peut suffire à décupler le laps de temps qu’il exige pour coaguler un volume égal de plasma exalaté.

La disparition du fibrin-ferment se fait encore plus rapidement à 37° qu’à la- température ordinaire.

Influence de la température sur l’altération du sérum.

Durée de la coagulation.

Sérum de 5 jours conservé à la température ordinaire . . 30 minutes. » 5 » maintenu 6 heures à 38° 15 heures.

Tandis que du sérum conservé 5 jours à la température ordinaire détermine la coagulation d’une solution de fibrinogène en 30 m., si ce même sérum a été ensuite maintenu 6 h. à 38°, il ne réalise plus la prise en caillot qu’en 15 h. On voit donc comment une faible élévation de température peut énormément nuire à la conservation d’un sérum.

On vient de remarquer que l’altération du sérum constatée par Bordet est beaucoup plus profonde et plus rapide que celle observée par Pekelharing. Mais ces deux expérimentateurs se sont placés dans des conditions différentes : le premier emploie du plasma oxalaté comme source de fibrinogène, tandis que le second se sert de fibrinogène pur. La diminution d’activité du sérum vieux, indiquée par Bordet, peut s’expliquer par la grande sensibilité qu’acquiert le sérum, en vieillissant, à l'égard des précipités provoqués dans son sein. Le sérum neuf résiste relativement bien à l’action de l’oxalate de calcium, tandis que dans un sérum vieux, le précipité qu’on y forme entraîne et immobilise une partie plus ou moins grande de la substance active. Les résultats obtenus sont donc la conséquence de deux causes qui se superposent : 1) une altération véritable ; 2) une disparition de la diastase par insolubilisation.

Du reste, l’altération due au vieillissement ne peut pas être attribuée à une usure ou à une destruction de la substance active : en réalité, dans un sérum affaibli par le temps, la

THROMBINE.

diastase est en quelque sorte masquée par un corps antagoniste. On peut la régénérer, soit en additionnant le sérum de sel de calcium, soit en traitant celui-ci successivement par l’alcali et l’acide. L’addition de CaCls n’est pas très efficace. Elle relève bien la force coagulante, mais elle ne la ramène pas à sa valeur primitive. Au contraire, on obtient de très bons résultats avec le second procédé.

Voici comment on opère pour réactiver un sérum vieux : A 100 cc de sérum on ajoute 40 cc de soude N/4, on laisse agir quelque temps, puis on additionne avec précaution le mélange, de 40 cc HCl N/4. Dans ce traitement, il faut se rappeler que le fibrinogène, en milieu alcalin, se détruit à la longue, et que, d’autre part, le sérum ne peut pas rester plus de 30 à 40 m. en présence d’un excès d’alcali sans s’altérer.

Régénération d’un sérum vieux par traitement a NaOH et HCl.

Durée de la coagulation.

Fibrinogène + sérum de 6 jours 31 m.

Fibrinogène -f- le même sérum traité 4 m.

Le sérum régénéré perd de nouveau, avec le temps, la propriété de coaguler le fibrinogène ; cette altération se fait même, d’après Pekelharing, plus profondément dans ce cas qu’avec un sérum non traité.

Altération et régénération comparées d’un sérum normal

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